CONSEIL DU 27 AVRIL
Le jeudi suivant, 27 avril, Monsieur Vincent fit faire une seconde assemblée pour conclure ce qui n’avait pas été résolu la dernière fois, où, après quelques propos, sa charité dit :
Document 172. — Dossier des Filles de la Charité, original, écriture de sœur Guérin.
Je vous le disais l’autre fois, mes sœurs, il faut que la Compagnie fasse état d'aimer le mépris.
Mademoiselle dit à notre très honoré Père :
J’avais pensé à demander à votre chanté, mon Père, qu’elle nous donnât quelques moyens solides pour acquérir cette vertu.
— Il n’y en a point d’autre, dit-il,* que de s’humilier. L’art d’aimer Dieu, c’est de l’aimer; tout de même, l’art d’acquérir P humilité, c’est de s’humilier; et tant plus on sera avant dans cette pratique, on ressemblera davantage à Notre-Seigneur. Oui, mes sœurs, il est certain que tant plus on sera méprisé, pauvre et humilié, tant plus ressemblera-t-on au Fils de Dieu, lequel a tant aimé le mépris et la pauvreté qu’il n’avait point de maison à lui lorsqu’il était au monde. Or, si on ne peut pas l’imiter en cela, au moins faut-il essayer de lui ressembler, n’ayant que le nécessaire.
Mademoiselle, à ce sujet, représenta à sa charité le besoin que la maison où étaient les Filles de la Charité avait d’être accommodée, ajoutant qu’elle avait toujours cru la nécessité de conserver cet esprit dans la Compagnie, et que, s’il était possible d’avoir des pierres noircies pour bâtir, afin qu’il ne parût point de bâtiment neuf, il le faudrait faire.
Il est vrai, dit notre très honoré Père, qu’il serait à souhaiter de laisser à la postérité, si l’on pouvait, des marques de l’amour de la pauvreté. Monsieur le lieutenant ... me fait toujours la guerre, quand il vient ici, de ce que je ne fais point refaire notre pavillon. Quand il me le dit, je ris avec lui, sans dire ce qui m’empêche de le faire raccommoder; mais au fond c’est cela; c’est que je désire que la Compagnie s’établisse sur ce fondement d’humilité et qu’elle soit conforme, autant qu'il est possible, à la façon de faire de la vie du Fils de Dieu. Or, j’appréhende fort que, si vous aviez une belle
maison, cela n’attirât des personnes de condition; ce qui serait désavantageux.