‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 226 sur 314 · CONSEIL DU 25 JUIN · texte numérisé non relu

CONSEIL DU 25 JUIN

Le dimanche 25 juin, par l’ordre de Monsieur Vincent, Mademoiselle Le Gras et les trois sœurs officières s’assemblèrent à Saint-Lazare, sur la pensée que Dieu lui avait donnée des grâces que sa bonté faisait à la Compagnie et le désir qu’elle ne se rendît pas indigne

Document 174. — Dossier des Filles de la Charité, original, écriture de sœur Guérin.

de la continuation des bénédictions que Dieu répandait sur elle. Et la charité de notre très honoré Père, pour rendre l’assemblée plus célèbre, y appela Monsieur Portail et Monsieur Aimeras, où d’abord il dit :

Mes sœurs, voyant l’obligation que la Compagnie de la Charité a d’être fidèle à Dieu pour se rendre digne de le servir partout où l’on vous demande, il m’a donné la pensée de vous assembler pour trouver les moyens propres à cela, comme étant obligé d’empêcher, autant qu’il est possible, que cette belle Compagnie ne déchoie en se rendant ingrate et infidèle à Notre- Seigneur.

Et comme, au dire de saint Jean, toutes choses qui contribuent à la perte des hommes, se réduisent à trois chefs, savoir la concupiscence de la chair, la convoitise des yeux et la superbe de la vie, voyons de quels moyens on se pourra servir pour faire que ci-après la Compagnie évite ces trois malheurs.

Vous savez ce que veut dire la superbe de la vie. On le voit assez dans le monde aux habits, au luxe et à tout le reste.

Pour le premier, par la miséricorde de Dieu, vous n’y trempez pas, puisque vous avez tout quitté pour vous donner à Dieu.

La concupiscence de la chair comprend toutes les satisfactions et plaisirs illicites qu’on prend. Il faut espérer que vous n’êtes point de ceux-là; ce que vous avez assez fait voir par le choix que vous avez fait d’une Compagnie où non seulement on ne prend point de plaisirs contraires aux commandements de Dieu, mais où même on se prive volontairement de ce qui serait permis. Quant au boire et au manger, vous menez une vie fort frugale et dans laquelle il n’y a pas grande sensualité. Pour le mariage, c’est un crime d’en parler seulement entre vous autres; et jamais vous ne devez vous

en entretenir. Cela étant, vous pouvez vous garder de tomber en ce vice.

La convoitise des yeux n’est autre chose que le désir d’avoir des richesses, d’être bien accommodé, bien logé, etc. Cdlui-la, non plus que les deux autres, ne vous doit pas toucher, étant de pauvres filles pour la plupart, ou si vous n’avez été tout à fait dans la mendicité, ni l’albondance, vous avez quitté le peu que vous aviez, pour suivre Notre-Seigneur dans une Compagnie composée de pauvres filles. Mais, de crainte qu’à l’avenir cette convoitise ne s’introduise dans la Compagnie, il est bien nécessaire, mes sœurs, de se servir de toutes les précautions que l’on pourra pour l’empêcher. Ce que vous ferez, ne désirant que le nécessaire, selon vos premières coutumes, tant pour la nourriture que pour les habits ; et surtout prendre garde que la pauvreté paraisse toujours dans la maison, vous gardant bien de faire batiments splendides et superflus ; car cela serait un acheminement à la perte de l’esprit de votre Compagnie, qui ne doit être que pauvreté, simplicité et humilité en toutes choses.

Il me paraît deux choses importantes pour conserver cet esprit et pour maintenir la Compagnie en bon ordre. L’une regarde le bien temporel, par lequel la convoitise peut entrer dans la Compagnie; et l’autre, la pureté, que vous savez, mes sœurs, être si importante, et laquelle, par la grâce de Dieu, je pense n’avoir pas besoin de vous recommander. Néanmoins, encore qu’e/lle soit parmi vous, il est très important d’affermir la Compagnie dans cette vertu pour l’avenir par les moyens qu’il plaira à Dieu faire connaître et qu’il lui faut beaucoup demander. Non seulement cette pureté est nécessaire pour le maintien de la Compagnie; mais dans toutes les communautés on a besoin de se servir de

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