‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 27 sur 314 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

La maniéré dont se comporta Monsieur Vincent envers sa famille , les conversions qu'il y fit et ce qui lui arriva.

Auparavant que d’entreprendre de déraciner tous les abus dont nous avons parlé, Monsieur Vincent ht une visite générale de toute la paroisse pour en connaître l’état, tâchant de gagner un chacun ou par une cordialité extraordinaire, ou par aumône.

Sachant que celui qui n’a pas soin de ses domestiques est pire qu’un infidèle, il travailla au règlement de la maison de celui chez lequel il demeurait comme dans une religion. On se levait à cinq heures; on y faisait demi-heure d’oraison; après, ils faisaient chacun leurs chambres, qui étaient au second étage, séparément l’un de l’autre, puis ils allaient à l’office, dire la sainte messe, et ensuite continuait la visite de la paroisse. Cet ordre ne fut toutefois bien suivi qu’à la fin.

Mais, comme ceux qui sont plus proches d’un soleil ou d’un feu se ressentent plus de la chaleur et participent davantage à ses influences, ainsi la maison et parenté du sieur Beynier reçut tant de bénédictions par la demeure de ce vertueux hôte, qu'il est aisé de voir et de dire que la main du Seigneur l’accompagnait, con-

sidérant les changements extraordinaires qui arrivèrent pendant le temps qu’il y séjourna.

Toute la famille du sieur Jacques Garron, officier, cidevant dans la compagnie des gens d’armes de Monsieur le duc de Montpensier, beau-frère du sieur Beynier, était de la religion prétendue réformée. Elle fut totalement convertie par les grands- soins de Monsieur Vincent. Jacques et Philibert Garron furent les premiers qui se convertirent, dont le père, ayant plaidé à la chambre de l’édit de Grenoble [contre] les sieurs Vincent et Beynier comme auteurs, en mourut de déplaisir, ledit sieur Vincent, par l’entremise de Jacques Garron, son fils, ayant pris de grands soins pour sa conversion, inutilement toutefois. René et Jean Garron reçurent l’absolution de l'hérésie quelque temps après par Monsieur Vincent. Lesdits Jacques, René et Philibert Garron convertis donnèrent ensuite presque tous leurs biens en œuvres pms, et ont fait des actions remarquables en suite des instructions dudit sieur Vincent, l’aîné se faisant capucin et la fille religieuse ursuline.

Monsieur Beynier se convertit aussi totalement par la demeure de Monsieur Vincent, ayant quitté la religion prétendue réformée et cessé d’être abbé de Malgou vernés ( ?), où il avait mené une vie fort libertine. Il fit des restitutions à des particuliers, des réparations à l’église et quantité de. legs pieux très considérables, en suite des avis dudit sieur Vincent. Il vécut clans le célibat jusqu’à quarante-cinq ans, s’appliquant en plusieurs œuvres de charité, notamment pendant la famine et la peste qui survinrent à Châtillon, enfin s’appauvrit par ses aumônes, quoiqu’auparavant il fût très accommodé.

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