‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 278 sur 314 · RAPPORT SUR L’ÉTAT DES ŒUVRES · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR L’ÉTAT DES ŒUVRES

(11 juillet 1657 1)

Mesdames,

Le sujet de cette assemblée regarde trois fins. La première est pour procéder à une nouvelle élection d’ofûcières, s’il est jugé à propos; la seconde, pour donner connaissance à la Compagnie des œuvres que Dieu lui a fait la grâce d’entreprendre; et la troisième, pour considérer les raisons que vous avez, Mesdames, de vous donner à sa divine bonté, afin qu’il lui plaise vous faire la grâce de soutenir et de continuer ces œuvres commencées.

Document 197. — Doc. aut. — L’original a été mis en vente en 1914 à Paris chez S. Kra, qui ne nous a pas permis d’en prendre copie. Le catalogue l’annonce ainsi : « Ms. entièrement autographe n. s. Minute d’un discours, 2 p. in-4, grandes marges. Discours prononcé à une des célèbres assemblées... Compte rendu de ses œuvres. Très belle pièce où il expose très minutieusement l’état financier de ses œuvres de bienfaisance. » Les trois courts extraits cités plus haut sont empruntés à ce catalogue.

Document 198. — Abelly, of. cit ., 1. II, chap. x, p. 358 et suiv. i. Date donnée en marge par Abelly.

Pour l’élection, on en parla vendredi dernier en rassemblée ordinaire, laquelle est composée des offre 1ère s et de quelques autres dames, les officières faisant instance qu’on en élise de nouvelles, et les autres étant d’avis qu’on les prie de continuer leurs charges jusqu’à Pâques.

Et parce que vous, Mesdames, avez voix délibérative sur ce sujet, nous les prendrons à la En de ce discours, pour savoir si les officières doivent continuer, ou si vous procéderez à une nouvelle élection.

Quant à l’état des affaires, nous commencerons, s’il vous plaît, par l’Hôtel-Dieu, qui a donné sujet à fa naissance de la Compagnie; c’est le fondement sur lequel il a plu à Dieu d’établir les autres œuvres qu’elle a entreprises, et c’est la source des autres biens qu’elle a faits.

M. Vincent lut alors devant l’assemblée l’état de la recette et de la dépense. Depuis la dernière assemblée générale, c’est-à-dire depuis environ un an, on avait dépensé 5 000 livres .pour la collation des pauvres malades de l’ Hôtel-Dieu et reçu à cette En 3 500 livres. Le déficit montait donc à I 500 livres.

Cette constatation faite, il continua :

Cela a pu provenir de ce qu’il est décédé nombre de dames qui étaient de l’assemblée et qu’il ne s’en remet pas d’autres. C’est pourquoi, Mesdames, vous avez été en partie assemblées pour voir les moyens de faire subsister cette bonne œuvre, laquelle a été commencée et continuée depuis tant d’années par des manières imperceptibles à d’autres qu’à Dieu, et avec tant de bénédiction de sa part, qu'il y a grand sujet de l’en remercier.

O Mesdames, que vous devez bien rendre grâces à Dieu de l’attention qu’il vous a fait faire aux besoins corporels de ces pauvres malades; car l’assistance de

leurs corps a produit cet effet de la grâce, de vous faire penser à leur salut, en un temps si opportun, que la plupart n’en ont jamais d’autre pour se préparer à la mort; et ceux qui relèvent de maladie ne penseraient guère à changer de vie sans les bonnes dispositions où l’on tâche de les mettre.

M. Vincent lut ensuite le tableau des dépenses faites par la Compagnie pour la Champagne et ,1a Picardie, et il ajouta :

Depuis le 15 juillet 1650 jusqu’au jour de la dernière assemblée générale on a envoyé et distribue aux pauvres trois cent quarante huit mille livres; et depuis la dernière assemblée générale jusques aujourd'hui, dixneuf mille cinq -cents livres, qui est peu au prix des années précédentes. Ces sommes ont été employées pour nourrir les pauvres malades, pour retirer et entretenir environ huit cents enfants orphelins des villages ruines, tant garçons que filles, que l’on a mis en métier ou en service après avoir été instruits et habillés ; pour entretenir nombre de curés dans leurs paroisses ruinées, lesquels auraient été contraints d’abandonner leurs paroissiens, pour ne pouvoir vivre avec eux sans cette assistance; et enfin pour raccommoder un peu quelques églises, qui étaient dans un si pitoyable état, qu’on ne peut le dire sans frémir d’horreur.

Les lieux où l’argent a été distribué sont les villes et les environs de Reims, Rethel, Laon, Saint-Quentin, Ham, Marie, Sedan et Arras. Sans comprendre les habits, draps, couvertures, chemises, aubes, chasubles, missels, ciboires, etc., qui monteraient à des sommes considérables, si cela était supputé.

Certes, Mesdames, on ne peut penser qu’avec admiration au grand nombre de ces vêtements pour des hommes, des femmes et des enfants, et aussi pour des prêtres; non plus qu’aux divers ornements pour les

églises dépouillées et réduites à une telle pauvreté, qu’il se peut dire que sans cette charité la célébration des saints mystères en était bannie, et que ces lieux sacrés n’auraient servi qu’à des usages profanes. Si vous aviez été chez les dames chargées de ces hardes, vous auriez vu leurs maisons être comme des magasins et des boutiques de gros marchands.

Béni soit Dieu, Mesdames, qui vous a fait la grâce de couvrir Notre-Seigneur en ses pauvres membres, dont la plupart n’avaient que des haillons, et plusieurs enfants étaient nus comme la main ! La nudité des filles et des femmes était même si grande qu’un homme qui avait tant soit peu de pudeur, n’osait les regarder, et tous étaient pour mourir de froid dans la rigueur des hivers. Oh ! combien vous êtes obligées à Dieu de vous avoir donné l’inspiration et le moyen de pourvoir à ces grands besoins ! Mais à combien de malades n’avez-vous pas sauvé la vie ! Car ils étaient abandonnés de tout le monde, couchés sur la terre, exposés aux injures de l’air et réduits à la dernière extrémité par les gens de guerre et par la cherté des blés. A la vérité, il y a quelques années que leur misère était plus grande qu’elle n est a cette heure, et alors on envoyait jusqu’à seize mille livres par mois. On s’animait à donner, à la vue du danger où étaient les pauvres de périr, s’ils n’étaient promptement secourus, et on s’échauffait les uns les autres en charité pour les assister; mais, depuis un an ou deux, le temps étant un peu meilleur, les aumônes ont beaucoup diminué. Il y a néanmoins encore près de 80 églises en ruine, et les pauvres gens rsont obligés d’aller chercher une messe bien loin. Voyez ou nous en sommes. On a commencé à y faire travailler, par la providence que Dieu a sur la Compagnie.

Or, Mesdames, le récit de ces choses ne vous attendrit-il pas le cœur? N’êtes-vous pas touchées de recon-

naissance envers la bonté de Dieu sur vous et sur ces pauvres affligés? Sa Providence s’est adressée à quelques dames de Paris pour assister deux provinces désolées; cela ne vous paraît-il pas singulier et nouveau? L’histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d’Espagne, d’Italie, ou de quelque autre pays. Cela était réservé à vous autres, Mesdames, qui êtes ici, et à quelques autres qui sont devant Dieu, où elles ont trouvé une ample récompense d’une si parfaite charité.

Il en est mort huit de votre Compagnie depuis un an. Et à propos de ces dames défuntes, ô Sauveur! qui leur aurait dit, la dernière fois qu’elles s’assemblèrent, que Dieu les appellerait avant la prochaine assemblée ! Quelles réflexions n’auraient-elles pas faites sur la brièveté de cette vie et sur l’importance de la bien passer ! Combien auraient-elles estimé la pratique des bonnes œuvres! Et quelles résolutions n’auraient-elles pas prises pour s’adonner plus que jamais à l’amour de Dieu et du prochain, avec plus de ferveur et plus d’effets ! Donnons-nous à Dieu pour entrer dans ces sentiments. Elles jouissent maintenant de la gloire, comme il y a sujet d’espérer; elles éprouvent combien il est bon de servir Dieu et d’assister les pauvres; et au jugement elles entendront ces agréables paroles du Fils de Dieu : « Venez, les bien-aimés de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé; parce qu’ayant eu faim, vous m’avez donné à manger; ayant été nu, vous m’avez habillé; étant malade, vous m’avez visité et secouru, etc. 2 yfi Belle pratique, Mesdames, de vous offrir à Dieu, et moi avec vous, pour nous rendre dignes, tandis que nous en avons l’occasion, d’être un jour de ce

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