‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 281 sur 314 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

sieurs fois, sans en convertir peut-être aucune; il a même dit que ceux qui croiraient en lui feraient plus qu’il n’ avait fait. Il a voulu être plus humble en entreprenant moins. Un estomac chargé ne digère pas bien. Un portefaix a coutume de soulever son fardeau avant que de le mettre sur ses épaules, et, s’il excède ses forces, il ne s’en charge pas. Nous devons prier Dieu qu’il lui plaise lui-même de faire notre charge; car, en ce cas, si les forces nous manquent, il nous aidera à la porter; qu’il fasse la grâce à la Compagnie d’être fort retenue, pouf ne rien embrasser qui ne vienne de lui. Combien de temps a-t-elle passé avant que de prendre le soin des enfants trouvés! Combien de sollicitations a-t-elle souffertes pour cela! Combien de prières, de pèlerinages et de communions a-t-elle faits pour s’y résoudre! Vous le savez, Mesdames, et vous savez aussi qu’il est toujours bon d’en user de même dans les nouvelles propositions, pour ne s’engager en aucune par un zèle indiscret. Quand vous verrez que vous portez bien les affaires que Dieu vous a commises, courage, bénissez-en sa bonté infinie et donnez-vous à elle pour continuer; mais ne présumez pas de pouvoir faire davantage.

Voilà la collation et l’instruction des pauvres de l’Hôtel-Dieu, la nourriture et l’éducation des enfants trouvés, le soin de pourvoir aux nécessités spirituelles et corporelles des criminels condamnés aux galères, l’assistance des frontières et provinces ruinées, la contribution aux Missions d’Orient, du Septentrion et du Midi. Ce sont là, Mesdames, les emplois de votre Compagnie. Quoi! des dames faire tout cela! Oui, voilà ce que depuis vingt ans Dieu vous a fait la grâce d’entreprendre et de soutenir. Ne faisons donc rien désormais davantage sans le bien considérer, mais faisons bien

cela, et le faisons de mieux en mieux, car c’est ce que Dieu demande de nous.

Un troisième moyen pour le maintien de la Compagnie, c’est de contribuer à la remplir d’autres dames de piété et de vertu. Car, si l’on ne suscite d’autres personnes pour y entrer, elle demeurera court et, diminuant de nombre, elle sera trop faible pour porter plus loin ces fardeaux si pesants. On a pour cela ci-devant proposé que les dames qui mourraient, disposeraient quelque temps auparavant une bile, une sœur ou une amie, pour entrer en la Compagnie; mais peut-être qu’on ne s’en souvient pas. Oh ! qu’un bon moyen, Mesdames, serait que chacune de vous demeurât persuadée des grands biens qui arrivent, en ce monde et en l’autre, aux âmes qui exercent les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle en tant de manières comme vous les exercez ! Cela vous porte sans doute de plus en plus à en disposer d’autres pour se joindre à vous en ce saint exercice de la charité, par la considération de ces biens-là. Cette persuasion vous échauffera premièrement entre vous autres, comme des charbons ardents unis ensemble, et puis vous en échaufferez d’autres par vos paroles et par vos exemples.

Souffrez, Mesdames, que je vous demande votre sentiment.

Se tournant vers Madame de Nemours, M. Vincent lui dit :

Madame, vous est-il venu en l’esprit quelque bon moyen ?

Et la même question fut posée aux autres dames de rassemblée. Quelques-unes observèrent :

i° Qu’il serait bon de porter les personnes prêtes à paraître devant Dieu à faire des legs pieux en faveur des pauvres dont la Compagnie a soin.

- — • C’est un moyen considérable, remarqua M. Vincent,

de suggérer cette pensée aux personnes accommodées, en les visitant en leurs maladies.

2° Que l’exactitude aux exercices serait très profitable à la Compagnie.

— C’est un grand conseil, reprit-il, pour attirer les autres à quelque bien, que celui de l’exactitude, comme c’est aussi un grand moyen de donner attrait que la sainte vie.

3° Que chaque dame devait concourir, dans la mesure de ses facultés à la dépense et au travail de la Compagnie.

M. Vincent ajouta :

Or sus, Mesdames, béni soit Dieu ! Reste à savoir si vous trouvez bien que les officières continuent à faire leur charge; si vous n’êtes pas de cet avis, on passera aux voix.

Le maintien des officières ayant été accepté à l’unanimité, M. Vincent conclut :

Voilà qui est bien, Mesdames; rendons grâces à Dieu de cette assemblée. Prions-le qu’il ait agréable l’oblation nouvelle que nous lui allons faire à genoux, en nous donnant à sa divine Majesté de tout notre cœur, pour recevoir de sa bonté infinie l’esprit de charité, et qu’elle nous fasse la grâce de répondre dans cet esprit aux desseins qu’elle a sur chacun de nous en particulier et sur la Compagnie en général, et de susciter partout cet esprit d’ardeur pour la charité de Jésus-Christ, afin de mériter qu’il le répande abondamment en nous, et que, nous en ayant fait produire les effets en ce monde, il nous rende agréables à Dieu son Père éternellement en l’autre. Ainsi soit- il.

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