Vogue , fête de village
chœur, que les assemblées de ville ne se tinssent dans l’église, et les fiançailles à la maison, et fit diverses autres choses, tant pour la discipline de l’église, que pour les réparations d’icelle, qu’il serait trop long et qu'on aurait peine de rapporter en particulier.
Quant aux soins que prit Monsieur Vincent de la paroisse, il en fit la visite générale et visita aussi les maîtres et maîtresses d’école, leur inspirant beaucoup de dévotion. Les dimanches et fêtes, il faisait, avec Monsieur Girard, vicaire, le prône ou prédication le matin, et le catéchisme l’après-dînée. Les principales fêtes, il faisait venir des Jésuites pour prêcher et confesser. En administrant les sacrements, il faisait souvent des instructions sur les cérémonies. Il était fort assidu aux confessions, auxquelles il venait grand nombre des lieux circonvoisins, pour avoir demeuré longues années sans entendre sermons, catéchismes et ne s’être approchés des sacrements. Il apprit à parler bressan pour sa facilité en tous ses exercices. Il pratiquait bien lui-même ce qu’il enseignait aux autres et s’appauvrit par ses excessives charités.
On a remarqué que, par ses exemples et ses discours, ceux de la famille du sieur Beynier et les paroissiens qui ont eu le plus de communication avec Monsieur Vincent ont fait des charités extraordinaires, comme sont les sieurs Beynier, Garron, Blanchard, Mesdemoiselles Baschet de la Chassaigne, de Brie et autres.
Le changement extraordinaire de Monsieur Beynier, du seigneur de Rougemont et des susdites demoiselles de la Chassaigne sont aussi des effets de ses instructions. Ils quittèrent leurs façons de faire mondaines, et, s étant mis sous la conduite de Monsieur Vincent, ils ont fait des actions très chrétiennes et exemplaires. Ledit sieur comte de Rougemont mourut dans l’habit de Capucin, après une longue maladie. Il employa ses
grands biens en fondations de monastères et autres œuvres pies, et lesdites demoiselles ont de plus contribué à rétablissement des Capucins à Châtillon. Enfin, depuis l’arrivée de Monsieur Vincent à Châtillon, toutes les familles des huguenots qui y étaient sont à présent converties, et les habitants et l’église' bien changés.
Le huitième décembre de la susdite année, il établit une compagnie de filles de la Charité à l’occasion de quelques pauvres malades qu’il avait recommandés en l’un de ses sermons. Elle fut approuvée par Monsieur de Marquemont. Les pauvres en ont reçu de grandes assistances, notamment pendant la peste et la famine qui sévirent à Châtillon, et en reçoivent encore des soulagements chaque jour. Il serait difficile de rapporter les fruits spirituels que cette assemblée a causés par les conversions et changements qui sont arrivés aux malades que ces dames ont assistés. A l’exemple de celle de Châtillon, on en a établi à Bourg et autres lieux voisins de semblables .
Voilà comme Monsieur Vincent travaillait à arracher, déraciner et détruire les abus qui restaient dans la vigne où la Providence l’avait mis; et lorsqu’il se disposait d'y planter, un gentilhomme, venant de la part, à ce que l’on croit, de Monsieur de Bérulle et Monsieur le général des galères, lui remit plusieurs lettres, et entre' autres une de Monsieur de Bérulle, laquelle, à la vérité, causa divers mouvements en son âme; mais, après avoir conféré avec lui et demeuré devant le Saint Sacrement, il partit quelque temps après pour Lyon, tant pour déterminer cette affaire si importante, qu’il recommanda bea uco j p aux personnes de piété, que pour obtenir l’approbation de Monseigneur l’archevêque pour la confrérie de la Charité, qu’il obtint, comme nous avons dit.
Et au retour de' Lyon, il procéda, le huit décembre, jour de 1 Immaculée-Conception de Notre-Dame, à l’exé-
cution et établissement de cette confrérie en la chapelle de l’hôpital; en suite de quoi fut procédé à la nomination des officières, ainsi que se voit par actes des huit et douze décembre, dont la copie a été ci-devant envoyée par nous au supérieur du séminaire des Bons-Enfants de Paris.
Peu de temps après, il distribua ses habits et même son linge aux pauvres de cette paroisse, de laquelle il partit pour Paris, après avoir témoigné dans une exhortation que, lorsque la Providence l’amenait à Châtillon, il ne croyait point de les quitter, mais qu’en ayant disposé autrement, il fallait qu’ils se conformassent a sa sainte volonté, aussi bien que lui, qu’il demandait instamment leurs prières, dont il avait grandement besoin; ce qu’il répéta diverses fois avec beaucoup de tendresse. L’on ne peut expliquer les larmes qui furent versées, les cris que l’on entendit lorsqu’on vit que Monsieur Vincent les quittait.
Le dernier jour de janvier de l’année suivante, Monsieur Vincent fit une démission pure et simple par acte reçu de Messine Thomas Gallot, notaire de Paris, en suite duquel messieurs les comtes de Saint-Jean nommèrent Messire Louis Girard, vicaire dudit Châtillon, et ce le dixième juillet seulement de la même année.
Enfin les soussignés disent qu’il serait impossible de marquer tout ce qui a été opéré en si peu de temps par Monsieur Vincent, et qu’il serait même difficile de le croire, s’ils ne l’avaient vu et ouï. Ils en ont une si haute estime qu’ils n’en parlent que comme d'un saint. Ils publient hautement que jamais ils n’ont eu et n’auront un pareil curé et qu’il les a. bien quittés trop tôt pour eux. Ils croient qu’il y aurait suffisamment pour le canoniser, sachant ce qu’il a fait dans Châtillon, et ils ne doutent point que, s’il s’est partout comporté comme il a fait en ce lieu, il ne le soit un jour. Et afin de donner une plus
authentique preuve de tout ce que dessus, chacun de ceux qui l’ont vu et ouï a voulu signer la présente.
Garron. Blanchard. Besson.
Buy. Etienne Tely.
MlCHAUD, recteur de VHôtel-Dieu.
DEMIA, prêtre indigne