‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 55 sur 314 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

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A dit qu’il ne sait pas en particulier quel avis et quel office il lui eût donné, mais qu’en l’occasion il eût prié Dieu et n’eût rien fait sans se concerter avec lui, comme il faisait en ses affaires temporelles.

108. — Interrogé pourquoi il n avait « voulu pour rien au monde prendre aucune part » a 1 etablissement du sieur Vincent dans les lieux où il est;

A dit avoir dit cela, désirant que les affaires spirituelles, comme sont les communautés saintes, surtout comme celles des prêtres, soient traitées spirituellement et sans faire des concordats qui donnent lieu à des procès, qui détournent les bénédictions de Dieu.

109. — Interrogé en quoi l’établissement dudit sieur Vincent ès lieux où il est empêche que les affaires spirituelles ne soient traitées spirituellement;

A dit que ledit sieur Vincent, pour s’établir en la maison de Saint-Lazare, a fait plusieurs concordats, qui ont causé force procès.

11 o. — Interrogé pourquoi il a agi « contre le jugement de sa conscience », comme il dit dans sa lettre, n’étant jamais permis d'agir ainsi;

A dit que sa conscience ne lui eût jamais permis d’entreprendre pour lui-même un tel procès, qui serait cause d’un tel concordat, et qu’il a cru néanmoins pouvoir faire, par condescendance pour autrui, ce qu’il n’eût jamais pu faire pour lui-même.

Et sur ce que lui avons représenté qu’il n’est pas permis de soutenir ou poursuivre une mauvaise affaire, non plus que de l’ entreprendre, a dit qu’il avait fait cela dispensatorie , comme diit saint Bernard en cas semblable; et puis, la conscience dépendant de la connaissance, il veut croire que ledit sieur Vincent a eu de bonnes intentions, appuyées de bonnes autorités et raisons; et qu’en cela ledit Saint-Cyran lui a voulu témoi-

gner qu’il n’était pas si rigoureux, ni si peu accommodant que ledit sieur Vincent a cru quelquefois.

111. — Interrogé quelles sont les choses qu’il dit avoir « soutenues dans une contestation publique, jusques à faire changer d’avis, par force de raisons et d’importunités, celui à qui ledit sieur Vincent en a toute l’obligation » ;

A dit que ces choses sont tous les incidents du procès que ledit sieur Vincent a eu pour la maison de Saint- Lazare, et que c’est Monsieur l’avocat général Bignon, à qui ledit sieur Vincent en a toute l’obligation; lequel sieur Bignon trouvait si grandes difficultés dans l’affaire dudit sieur Vincent que ledit répondant eut beaucoup de peine à le gagner par des raisons contraires, qui n’eussent rien servi :si ledit sieur Bignon n’eût trouvé un expédient pour faire réussir l’affaire.

11 2. — Interrogé qui est le « collègue de Monsieur l’avocat général » dont ledit Saint-Cyran parle dans sadite lettre;

A dit que c’est Monsieur le procureur général.

1 13. — Interrogé quelles sont les « paroles que le Fils de Dieu dit à ceux qui le maltraitaient », et lesquelles il dit pouvoir être dites par lui pour répondre audit sieur Vincent;

A dit ne savoir pas quelle idée il avait en écrivant lesdits mots.

1 1 4. — Interrogé ce qu’il entend par ces mots : « Je persiste à maintenir et à adorer dans mon cœur ce que la succession de la doctrine apostolique, par laquelle nous ruinons les hérétiques et sans laquelle l’Eglise n’eût pu subsister, m’a appris, par l’organe de la même Eglise universelle et catholique, depuis vingt-cinq ou trente ans », et quelle est cette doctrine, et s’il veut dire que M. Vincent ne la tenait pas;

A dit que cela n’a été dit par lui que pour se dé-

fendre contre ceux qui ont publié que lui répondant avait des opinions particulières, au lieu qu’il n’en a que de publiques, faisant profession d’être disciple (comme dit saint Grégoire le Grand sur Job), comme tout évêque doit être, de l’Eglise universelle, dans laquelle réside la succession apostolique, et qu’il ne veut pas dire que ledit sieur Vincent ne crut pas cette doctrine, mais lui a parlé de la sorte, de peur que les bruits communs qui couraient de lui répondant, n altérassent les bons sentiments qu’il avait eus de lui.

A dit de plus le répondant qu’il ne hait rien tant que de parler, de son propre esprit, de choses de la foi et de ce qui concerne la religion et la dévotion catholique; qu’il serait marri d’avoir rien avancé qu’à la vue de la foi et de la tradition; tout le reste, quelque beauté et quelque éclat de vérité qu’il semble avoir, lui est suspect; pour le moins, il s’abstient, autant qu’il peut, de l’approuver, comme aussi souvent de le condamner, pour le respect des personnes qui le disent, jusques-là même que, par l’espace de dix ans, il a souffert qu’on l’ait entretenu de choses frivoles et peu assurées et solides, lesquelles choses néanmoins ledit répondant a souffertes pour n’offenser personne et pour éviter toute contestation.

1 1 5. — Interrogé quelles sont les « choses qu’il trouve à redire en l'Institut » dudit sieur Vincent;

A dit les avoir oubliées, hormis deux : l’une, que, l’ayant prié de faire la mission en l’abbaye de lui répondant, il apprit que les prêtres de ladite Mission parlaient trop librement en chaire, à ce qu’il lui semblait, des choses qui concernent la pudicité, pour détourner les hommes de la campagne des péchés qui lui sont contraires; l’autre, qu’on disait qu’ils interrogeaient trop particulièrement en confession de ces mêmes choses. Il semble aussi audit répondant que lesdits prêtres sem-

blaient se contenter que les paysans qui ne se peuvent confesser d’eux-mêmes, disent leurs péchés aux confesseurs, après leur avoir demandé un à un, sans se soucier assez de leur disposition intérieure, sans laquelle le plus souvent les paysans se présentent à la confession, croyant que la déclaration de leurs péchés, après les avoir interrogés, leur suffit.

116. — Interrogé ce qu’il entend par ces mots : « Je prétendais vous ôter certaines pratiques que j’ai toujours tolérées en votre discipline, voyant l’attache que vous y avez, avec une résolution d’autant plus forte de vous y tenir, qu’elles étaient autorisées par /l’avis des grands personnages que vous consultez » ;

A dit qu’il croit que, par ces mots ci-dessus, il a entendu parler des choses mentionnées en sa dernière réponse, et que, si d’autres lui reviennent en l’esprit, il les dira. Et puis a dit qu’il se ressouvient que ledit sieur Vincent prenait, des prêtres trop jeunes, qui manquaient ou de connaissance ou de vertu pratiquée assez longtemps pour être employés aux confessions, surtout voyant qu’il les envoyait en des lieux fort éloignés pour faire, seuls ou avec un compagnon, les fonctions de la Mission.

11 7. — Interrogé qui sont ces « grands personnages » par l’avis desquels ces pratiques de M. Vincent étaient autorisées ;

A dit qu’il n’entend autre que feu M. Duval, docteur en théologie et professeur du roi en icelle, duquel le répondant vit bien que le sieur Vincent prenait conseil, par le refus qu’il fit du prieuré que lui répondant offrit audit sieur Vincent, qui lui dit qu’il faisait ledit refus par l’avis dudit sieur Duval.

1 1 8. — — Interrogé comment il est possible qu’il croie que M. Duval ait approuvé ou conseillé les susdites pratiques, et particulièrement celle par laquelle les prêtres

de la congrégation de M. Vincent avaient soin que les paysans disent leurs péchés aux confesseurs après les avoir demandés un à uin, et ne se souciaient point assez dq leur disposition intérieure, comme aussi que ledit sieur Duval ait conseillé ou approuvé que ledit sieur Vincent prît des prêtres trop jeunes ;

A dit qu’il n’a rien à dire de M. Duval, mais qu’il a dit son sentiment comme il le pensait.

n 9. — Interrogé qui est « le bienheureux de notre temps qu’il dit avoir dit des directeurs des âmes de notre temps que, de dix mille qui en font profession, à grand ’peine y en a-t-il un à choisir » ;

A dit que c’était Monsieur de Genève qui l’a dit ainsi au livre qu’il a fait de l 'Introduction à la vie dévote : « Avila, prêtre espagnol, a dit qu’il faut choisir un directeur entre mille; et moi je dis entre dix mille, car il y en a moins qu’on ne pense. »

120. — - Interrogé pourquoi, concluant sa lettre, il dit qu’il « laisse à part la qualité de maître pour prendre celle de très humble et très obéissant serviteur » dudit sieur V mcent ;

A dit que cela a été dit gaiement et comme une honnête excuse que fait ledit répondant audit sieur Vincent de ce qu’il semble l’avoir voulu instruire, en lui parlant comme il fait de la tradition de l’Eglise et du reste.

121. — Interrogé si ce n’est pas que ledit sieur Vincent l’appelât son maître;

A dit que non.

122- — * Interrogé s’il n’envoya pas ladite lettre tout ouverte à la sœur Anne-Marie de Lage, supérieure de la Visitation de Poitiers;

A dit qu il 1 envoya tout ouverte à ladite supérieure.

123- ' Interroge a quel dessein il l’envoya ainsi tout ouverte ;

A dit que 1 heure le pressait et que le messager était

sur le point de partir et que d’ailleurs il s’assurait que ladite dame supérieure ne faisait rien que ce que lui répondant lui ordonnait et qu’il avait une entière confiance en elle.

138. — Interrogé si lui répondant a dit on cru que les actions faites avec le vœu ne sont pas plus parfaites que celles qui se font sans vœu;

A dit que les actions faites avec le vœu sont plus parfaites que celles qui se font sans vœu.

139. — Interrogé si lui répondant distingue les conseils d'avec les préceptes;

A dit qu’oui.

140. • — Interrogé si lui répondant approuve la pauvreté volontaire qu’on voue dans les religions;

A dit qu’il approuve.

14 1. — Interrogé si lui, répondant a toujours été dans les sentiments ci-dessus mentionnés touchant l’ absolution, l’attrition, les vœux, la pauvreté, les conseils et autres choses susdites, et s’il n’a jamais tenu le contraire, ni porté les autres à le tenir ou l’approuver, s’ils le tenaient;

A dit qu’il n’a jamais eu des sentiments contraires, ni même la moindre tentation, et n’a jamais porté les autres à des opinions contraires, lesquelles il a toujours désapprouvées en tous ceux qui les tenaient, comme pourraient témoigner les Pères de la Doctrine Chrétienne, qu’il a aidés à s’établir à Paris, les Carmes des Billettes, il’ abbé de Saint- Nicolas d’Angers (à la prière duquel il se transporta à Angers pour établir la réforme en ladite abbaye, où, en une assemblée de plusieurs ecclésiastiques et religieux, lui répondant fut seul d’avis d’introduire les Réformés), les Carmes Déchaussés, les Bernardins, les Chartreux, les Bénédictins et autres, chez lesquels il a mené des religieux, la plupart nourris dans sa maison, sans parler des Filles du Calvaire, qu’il

a conservées contre la violence de ceux qui voulaient avoir leur maison de Poitiers, les Filles de 1 Annonciation de Boulogne, desquelles il a dressé les règles, et plusieurs autres.

143. — Interrogé s’il n’a point dit ou cru que ce qu’on dit ordinairement, qu’en la confession un pénitent d 'attrit devient contrit , n’est point recevable;

A dit qu’il n’a jamais condamné cette maxime, qu’au contraire lui répondant dit que, si l’attrition suffit avec l’absolution, comme il a dit ci-dessus qu’elle suffisait, et n’a jamais dit ou cru le contraire, il s’ensuit, par une conséquence nécessaire, que cette maxime est véritable.

144. — Interrogé s’il n’a pas différé de donner l’absolution, comme il a dit ci-dessus, afin que ceux qui n’avaient point de contrition la pussent obtenir ;

A dit que ce n’est pas pour cette raison qu’il a différé de donner absolution, mais pour les raisons qu’il a dites ci-dessus, qui sont les mêmes pour lesquelles l’Eglise l’a fait autrefois.

145. — Interrogé s’il ne croiit pas qu’un pénitent s’étant confessé de ses fautes et témoignant s’en repentir et avoir propos de s’en corriger, un confesseur doit l’en croire et lui donner l’absolution, sans attendre que lui pénitent eût la contrition;

A répondu qu’oui, si ce n’est que le pénitent de luimême ne désire attendre.

146. — Interrogé s’il n’a point dit ou cru que les péchés véniels ne sont point matière suffisante d’absolution sacramentelle ;

A dit qu’il ne l’a jamais dit, ni cru.

147. — Interrogé s’il n’a point dit ou cru qu’il n’est pas nécessaire de confesser le nombre des péchés mortels, ni les circonstances qui changent l’espèce du péché;

A dit que cela ne lui est jamais venu en la pensée.

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