Première epître de saint Paul aux Corinthiens XIV
à salut, et qu’iil fallait une grâce actuelle et surnaturelle de Dieu par Jésus-Christ, qui nous fît embrasser le bien nécessaire à salut et fuir le mal. En quoi saint Augustin fut suivi des souverains pontifes et de l’Eglise, peu de personnes exceptées, qui suivirent l’opinion de Pélagius.
De cette dispute qui se passa entre saint Augustin et Pélagius, en est sorti, de temps [en temps], d’autres, dépendantes de celle-ci, et en est arrivé comme de certaines maladies malignes, qui ne se guérissent jamais si bien que, de temps en temps, elles en poussent d’autres, comme fait celle d’un certain mal qu’on n’ose nommer, et la fièvre quarte en aucuns.
Celle des semipélagiens parut bientôt après la mort de saint Augustin. Ceux-ci publièrent une opinion mitoyenne, qui s’accordait avec saint Augustin, en soutenant que les hommes ne pouvaient rien sans la grâce de Dieu, et avec Pélagius, en ce qu’ils disaient que les hommes avaient en eux un principe de bonnes œuvres, qui donnait lieu à Dieu de leur donner ses grâces; et pour cela s’appelèrent semipélagiens, et furent condamnés par l’Eglise.
Quatre cents ans après, cette erreur en produit une autre, qui était que Notre-Seigneur n’était pas mort pour tous; en sorte que, l’évêque de Troyes2 ne pouvant assister à l’élection d’un évêque de Paris, il envoya sa procuration pour donner sa voix à un qu’il nommait, au cas qu’il crût que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’était pas mort pour tous, et non autrement. Et cette opinion, que Notre-Seigneur n’était pas mort pour tous, était [sans] contredit pour exclure la grâce suffisante donnée à tous 3.
2. L’évêque Prudence. Le fait mentionné par saint Vincent se passait en 858.
3. Texte de l’original : « Et cette opinion était contredit, que Notre- Seigneur n’était pas mort pour tous, pour exclure la... »
Lan 1560, Baïus, docteur et doyen de Louvain, mit en avant quantité d'opinions, entre lesquelles il y en avait contre la liberté d’indifférence, disant que le vojQfjtgjrç, quoique necessaire, s accordait avec la liberté qu’on entend toujours pour la liberté d’indifférence; ce qu’il faisait pour montrer que l’on ne peut résister à la grâce. Et ces opinions furent condamnées par Pie V ; et ayant été encore repou ssees sous le pontificat de Grégoire XIII, il condamna derechef les mêmes opinions.
Lesquelles ont recommencé à paraître l’an 1640 4 , [par] l’évêque d’Ypres, Jansénius, et ont été favorisées par l’abbé de Saint-Cyran et quantité de personnes qui les ont embrassées. Mais, comme ce qui reste du mauvais mal que nous avons dit, ains un autre, souvent différent en espèce, ainsi les erreurs de Jansénius ne sont pas celles qui ise meuvent du temps de saint Augustin, ains sont différentes.
Les opinions de Pélagius étaient contre le besoin de la grâce intérieure pour le salut; et celles de ces temps sont que Dieu ne donne pas de grâce à tous pour se sauver, et que celles qu’il donne à quelques-uns opèrent nécessairement, en sorte qu’on n’y peut résister.
Selon cela, nous avons à prouver que Dieu donne des grâces suffisantes à tous les hommes et que Notre-Seigneur, nous donnant ces grâces, ne nécessite pas notre libre arbitre, et lui laisse la liberté de faire bon usage de ces grâces ou d’en abuser.
La preuve de ce que j’avance se tire de la Sainte Ecriture, des conciles, des Pères et de la raison.
\ oici celles qui font voir que la bonté de Dieu est si grande qu’elle donne moyen à tous les hommes pour se sauver. Saint Paul dit de Dieu que vult omnes hommes salvos feri* 5. Et l’on fait cet argument, que, s’il veut