Première épître de saint Jean
que : 0 pitulatio haec adhibetur omnibus. Et Paul Orose dit qu’il croit fermement que La grâce est donnée à tous les hommes pour se sauver : Non solum fidelibus , sed ctiam univer sis gentibus / non solum univer sis , sed etiam singulis ; et non solum -per dies , sed quotidie , per tempora, per horas , per momenta , per atomos. Et puis il conclut : Nemim hominum deesse adjut onum.
Et certes, je ne sais comment Dieu, étant une bonté infime, qui a tous les jours les bras [ouverts] pour embrasser les pécheurs : Quotidie expandi manus meas ad populum non credentem et contradicentem , etc., aurait le cœur de refuser des grâces à tous ceux qui les lui demanderaient, et se laisserait surmonter par la bonté de David, qui était en peine de trouver quelqu’un de la maison, son ennemi, pour lui faire miséricorde.
Ajoutez à cela que, si Dieu dénie ses grâces à quelques-uns, qu’il n’aurait pas raison de leur commander l’observance des commandements de Dieu, qu’il sait qu’ils ne peuvent point observer sans son aide; et ce qui noterait Dieu d’injustice, c’est s’il les damnait pour cela; ce qui n’est pas vraisemblable; il s’ensuivrait qu’il n’y aurait point d’enfer pour les hommes.
Selon cela, il s’ensuit que Dieu est si bon que, comme il ne tient pas au soleil que tout le monde ne voie, mais au défaut de la vue, ou à ce qu’on ferme la fenêtre ou les yeux, qu’ainsi Dieu envoie des grâces à tout le monde, et qu’il ne tient pas à lui que tout le monde ne se sauve.
Le bienheureux évêque de Genève montre cela par la comparaison de quelques pèlerins qui, s’étant endormis et ayant été tous éveillés, les uns se lèvent, marchent et 01 rivent heureusement au lieu où ils allaient; et les autres, s étant endormis, s’éveillèrent tard, et, s’étant égarée dans la nuit, ils furent pris et maltraités des voieurs; or, tous furent éveillés, et ne tint pas au soleil
que tous ne se levassent et n’arrivassent heureusement au lieu où ils allaient 10.
Voici ce que l’on objecte contre :
L’on dit que saint Augustin a dit que : Deus non vult omnes salvos fieri. Il dit vrai à l’égard de ceux qui n’ont pas voulu observer ses commandements, et non à l’égard des autres qui les ont observés. Dieu désire que tout le monde soit sauvé, et donne des moyens à tous pour cela; mais, s’ils ne les observent, ce n’est la faute de Dieu, mais la leur.
L’on objecte de plus que :
Nous avons dit que la seconde difficulté consiste en l’opinion qu’ont ces sectateurs des nouvelles opinions, que la grâce de Dieu opère de telle sorte que notre libre arbitre n’y peut résister.
Voicii les raisons contre :
Le concile de Trente dit le contraire à la session 6 (c’est De la justification), fulmine anathème contre ceux qui croient que notre volonté ne peut résister au mouvement de la grâce * 11 } et se fonde sur la Sainte Ecriture, qui dit : Quousque resistitis Spiritui Sancto? Vocavi et renuis tis. ] er usaient , ] er us aient, quoties volui congregare folios tuosy sicut gallina congregat pullos suos , et noluisti! et sur saint Augustin, disant (comme il est dit ci-dessus) que les hommes n’observent pas les commandements de Dieu, quia nolunt . Et le même dit d’Esaii : No luit Esaü currere , et non cucurrit ; sed, si voluisset , cucurrisset , et ad paradisum pervenisset , nisi , vocatione contemptay reprobus fier et. Et le même saint Augustin encore, parlant de Pharaon et de Nabuchodonosor, il dit : « Tous deux étaient rois, tous deux persécuteurs de Dieu, et Dieu les a affligés tous [deux] par
10. Saint François de Sales, Traité de V Amour de Dieu , 1. IV, c. v.