‹ Correspondance, entretiens, documents (volume 5)Chapitre 92 sur 314 · CONTRAT DE FONDATION DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION · texte numérisé non relu

CONTRAT DE FONDATION DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION

(17 avril 1025)

Pardevant les notaires et garde-notes du roi, notre sire, au Châtelet de Paris soussignés, furent présents en leurs personnes haut et puissant seigneur Messire Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, marquis des Iles-d’Or, chevalier des ordres de Sa Majesté, conseiller en ses conseils, capitaine de 50 hommes d’armes de ses ordonnances, son lieutenant général ès mers du Levant et général des galères de France; haute et puissante dame Françoise-Marguerite de Sllly, baronne de Montmirail, etc., et son épouse, dudit seigneur son mari autorisée pour l’effet des présentes; lesquels, de leur bon gré, franche et libre volonté, ont unanimement et conjointement dit et déclaré que, Dieu leur ayant donné depuis quelques années en çà le désir de le faire honorer tant en leurs terres qu’autres lieux, ils auraient considéré qu’ayant plu à sa divine bonté pourvoir, par sa miséricorde infinie, aux nécessités spirituelles de ceux qui habitent dans les villes de ce royaume par quantité

Document 59. — Arch. nat., M 209, copie notariée.

de docteurs et religieux, qui les prêchent, catéchisent, excitent et conservent en l’esprit de dévotion, il ne reste que le pauvre peuple de la campagne, qui seul demeure comme abandonné.

A quoi il leur aurait semblé qu’on pourrait aucunement remédier par la pieuse association de quelques ecclésiastiques de doctrine, piété et capacité connues, qui voulussent renoncer tant aux conditions desdites villes qu’à tous bénéfices, charges et dignités de l’Eglise, pour, sous le bon plaisir des prélats, chacun en l’étendue de son diocèse, s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village, aux dépens de leur bourse commune, prêcher, instruire, exhorter et catéchiser ces pauvres gens et les porter à faire tous une bonne confession générale de toute leur vie passée, sans en prendre aucune rétribution en quelque sorte ou manière que ce soit, afin de distribuer gratuitement les dons qu’ils ont reçus de la main libérale de Dieu.

Et pour y parvenir, lesdits seigneur et dame, en reconnaissance des biens et grâces qu’ils ont reçus et reçoivent journellement de sadite Majesté divine, pour contribuer à l’ardent désir qu’elle a du salut des pauvres âmes, pour honorer le mystère de l’Incarnation, la vie et la mort de Jésus-Christ, pour l’amour de sa très sainte Mère, et encore pour essayer d’obtenir la grâce de si bien vivre le reste de leurs jours qu’ils puissent espérer avec leur famille parvenir à la gloire éternelle, ont délibéré se constituer patrons et fondateurs de ce bon œuvre; et, à cette En, ont lesdits seigneur et dame donné et aumôné, donnent et aumônent ensemblement par ces présentes la somme de quarante-cinq mille livres, de laquelle en a été présentement délivrée comptant ès mains de Messire Vincent de Paul, prêtre du diocèse d’Acqs, licencié en droit canon, la somme de trente-

sept mille livres comptées et nombrées en présence desdits notaires soussignés, en pièces de seize testons, demi-francs et monnaie de douzains, le tout bon et ayant cours suivant l’ordonnance. Et pour le regard des 8 ooo livres restantes, lesdits seigneur et dame ont promis et promettent les payer et délivrer audit sieur de Paul, en cette ville de Paris, d’hui en un an, sous Hypothèque de tous et chacuns leurs biens présents et à venir, aux clauses et charges suivantes.

C’est à savoir que lesdits seigneur et dame ont remis et remettent au pouvoir dudit sieur de Paul d’elire et choisir, entre ci et un an prochainement venant, six personnes ecclésiastiques, ou tel nombre que le revenu de la présente fondation en pourra porter, dont la doctrine, piété, bonnes mœurs et intégrité de vie lui soient connues, pour travailler audit œuvre sous sa direction, sa vie durant; ce que lesdits sieur et dame entendent et veulent expressément, tant pour la confiance qu’ils ont en sa conduite, que pour l’expérience qu’il s’est acquise au fait desdites missions, èsquelles Dieu lui a donné grande bénédiction jusqu’ici; nonobstant laquelle direction toutefois, lesdits seigneur et dame entendent que ledit sieur Paul fasse sa résidence continuelle et actuelle dans leur maison, pour continuer à eux et à leurdite famille l’assistance spirituelle qu’il leur a rendue depuis longues années en ça ;

Que ladite somme de 45 ooo livres sera par ledit sieur de Paul, de l’avis desdits seigneur et dame, employée en fonds de terre ou rente constituée, dont le profit et revenu en provenant servira a leur entretien, vetements, nourriture et autres nécessités; lequel fonds et revenu sera par eux géré, gouverné et administre comme chose propre ;

Que pour perpétuer ledit œuvre, à la plus grande gloire de Dieu, édification et salut du prochain, ave-

nant le décès dudit sieur de Paul, ceux qui auront été admis audit œuvre et y auront persévéré jusqu’alors, éliront, à la pluralité des voix, tel d’entre eux qu’ils aviseront bon être pour leur supérieur, en la place dudit sieur de Paul, et en useront ainsi successivement de trois ans en trois ans, et pour tel autre temps qu’ils aviseront pour le mieux, ledit cas de mort avenant;

Que lesdits seigneur et dame demeureront conjointement fondateurs dudit œuvre, et, comme tels, eux, leurs hoirs et successeurs descendant de leur famille jouiront à perpétuité des droits et prérogatives concédés et accordés aux patrons par les saints canons, excepté du droit de nommer aux charges, auquel ils ont renoncé;

Que lesdits ecclésiastiques et autres qui désireront à présent ou à l’avenir s’adonner à ce saint œuvre s’appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple de la campagne, et, à cet effet, s’obligeront de ne prêcher ni administrer aucun sacrement ès villes dans lesquelles il y aura archevêché, évêché ou présidial, sinon en cas de notable nécessité seulement, ou à leurs domestiques, à portes closes, avenant qu’ils eussent quelque maison de retraite en aucune desdites villes;

Qu’ils renonceront expressément à toutes charges, bénéfices et dignités, à la réserve néanmoins qu’avenant que quelque prélat ou patron désirât conférer quelque cure à l’un d’entre eux pour la bien administrer, celui, qui lui serait présenté par ledit directeur ou supérieur la pourrait accepter et exercer, ayant préalablement servi huit ou dix ans audit œuvre, et non autrement, si ce n’est que le supérieur, de l’avis de la Compagnie, jugeât convenable de dispenser quelqu’un dudit service de huit ans ;

Que lesdits ecclésiastiques vivront en commun sous 1 obéissance dudit sieur de Paul, en la manière susdite, et de leur supérieur à l’avenir après son décès, sous le

nom de Compagnie, Congrégation ou Confrérie des Pères ou Prêtres de la Mission;

Que ceux qui seront ci-après admis audit œuvre seront obligés d'avoir intention d’y servir Dieu en la manière susdite et d’observer le règlement qui sera sur ce entre eux dressé;

Qu’ils seront tenus d’aller de cinq en cinq ans par toutes les terres desdits seigneur et dame, pour y prêcher, catéchiser et faire toutes les bonnes œuvres susdites, et que, pour le regard du reste de leur temps, ils remploieront à leur volonté le plus utilement qu’ils pourront et en tels lieux qu’ils estimeront les plus convenables à la gloire de Dieu, conversion et édification du prochain et à assister spirituellement les pauvres forçats, afin qu’ils profitent de leur peine corporelle, et qu’en ceci ledit seigneur général satisfasse à ce en quoi il se sent aucunement obligé par le dû de sa charge; charité qu’il entend être continuée à perpétuité à l’avenir auxdits forçats par lesdits ecclésiastiques pour des bonnes et justes considérations;

Qu’ils travailleront auxdites missions depuis le commencement d’octobre jusqu’au mois de juin, en manière qu’ après avoir servi un mois ou environ en ladite Compagnie, ils se retireront pour quinze jours en leur maison commune, ou tel autre lieu qui leur sera assigné par leurdit supérieur, selon l’exigence des cas, en l’un desquels lieux ils emploieront les trois ou quatre premiers jours des quinze susdits en récollection ou retraite spirituelle, et le reste à disposer les matières qu’ils auront à traiter à la mission prochaine, à laquelle ils retourneront aussitôt;

Et qu’ès mois de juin, juillet, août et septembre, qu: ne sont pas propres à la mission, à cause que les gens des champs sont lors trop fortement occupés au travail corporel, lesdits Pères s’emploieront à catéchiser par les

villages ès fêtes et dimanches et à assister les curés qui les réclameront, et à étudier, pour se rendre d’autant plus capables d’assister le prochain de là en avant pour la gloire de Dieu.

Car ainsi le tout a été dit et convenu et accordé entre les parties, promettant, obligeant, chacun en droit, même lesdits seigneur et dame, pour l’entretènement des présentes, solidairement l’un pour l’autre et chacun d’eux seul et pour le tout, sans division ni discussion, renonçant iceux seigneur et dame audit bénéfice de division, ordre de droit de discussion et forme de fidéjussion.

Fait et passé en l’hôtel desdits seigneur et dame à Paris, rue Pavée, paroisse Saint-Sauveur, l’an mil six cent vingt-cinq, le dix-septième jour d’avril après midi; et ont signé la minute des présentes, demeurée vers Le Boucher, l’un des notaires soussignés.

P. E. DE Gondy.

Françoise-Marguerite de Silly.

Vincent Depaul.

Dupuys. Le Boucher.

60. — ACTE PAR LEQUEL L ARCHEVÊQUE DE PARIS APPROUVE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION

(24 avril 1626)

Jean-François de Gondy, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège Apostolique archevêque de Paris, conseiller du roi en ses conseils d’Etat et privé, et grand maître de

sa chapelle, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut.

Savoir faisons que, vu par nous le contrat de fonda-

Document 60. — Arch. nat. M 209, original.

tion passé par devant Jean Dupuys et Nicolas Le Boucher, notaires garde-notes du roi en son Châtelet de Paris, le 17 avril 1625, par notre très cher frère Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, marquis des Lles-d’Or, chevalier des ordres du roi, conseiller en ses conseils, lieutenant général ès mers de Levant et général des galères de France, et feu notre très chère sœur dame Françoise-Marguerite de Silly, baronne de Montmirail, etc., son épouse, [au sujet1] de quelques ecclésiastiques qui s’emploient aux missions, à catéchiser, prêcher et faire faire confessions générales au pauvre peuple des champs, nous, archevêque de Paris susdit, avons reçu, loué et approuvé ledit contrat de fondation, comme, par ces présentes, nous le recevons, louons et approuvons, consentant que lesdits ecclésiastiques s’établissent et demeurent en cette ville de Paris, à la charge qu’ils n’iront en mission en notre diocèse qu’aux lieux que nous leur assignerons, et après avoir reçu notre bénédiction, ou celle de nos grands vicaires, et qu’ils nous rendront compte, à leur retour, de ce qu’ils auront fait auxdites missions.

Donné à Paris, sous le scel de notre chambre et. seing du secrétaire ordinaire de notre archevêché, 1626, le .24 avril.

Signé par mondit seigneur archevêque de Paris.

Baudouyn.

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