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A FRANÇOIS DU COUDRAY, PRÊTRE DE LA MISSION

A ROME

Monsieur,

25 juillet 1634.

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je reçus hier la vôtre du 2 de ce mois, par laquelle [vous] me parliez de Saint-Lazare et comme vous avez mis cet affaire en état. Vous me parlez de plus de la version de la Bible syriaque en latin et du jeune homme maronite, et m’envoyez la copie d’une partie des privilèges qu’avez obtenus. Or, je vous dirai que je vis hier Monsieur l’avocat général Bignon, estimé des plus savants et des plus pieux et des plus capables hommes de sa charge de la chrétienté h touchant Saint-Lazare. Son avis est donc que, quoiqu’il ne juge pas nécessaire que nous recourions à Rome, que nous le fassions néanmoins, pour arracher, comme il dit, tous les prétextes que l’on pourrait avoir ci-après de nous inquiéter, mais pourtant qu’il

Lettre 177. — Recueil du procès de béatification.

1. Jérôme Bignon, avocat général au Parlement de Paris, conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi, était, au témoignage de Moreri ( Le grand Dictionnaire historique , Paris, 1718, .5 vol. in-f°), « un de ces génies extraordinaires que les derniers siècles peuvent hardiment opposer aux plus grands personnages de l’antiquité ». A quatorze ans, il était déjà l’auteur des Discours de la ville de Rome , -prici'pales antiquité z et singularitez d’icelle. L’année suivante, paraissait le Traité sommaire touchant V élection du Rafe. Sa grande science juridique en fit le conseiller écouté d’Anne d’Autriche. Il travailla au traité d’alliance avec la Hollande (1649) et au traité conclu avec les villes Hanséatiques (1654). Il mourut le 7 avril 1656, à l’âge de soixante-dix ans.

faut tâcher d’en avoir le meilleur marché que l’on pourra ; que c’est beaucoup de mille écus ; que vous ferez un effort pour l’avoir le meilleur marché qu’il vous sera possible ; que vous leur fassiez entendre que ce bénéfice ne dépend point du Pape, qu’il n’était point aux religieux de Saint- Augustin ; qu’il est à la ville de Paris et que la collation en a toujours appartenu à l’évêque de Paris ; que les prieurs lui ont rendu compte tous les ans de l’administration du revenu ; que cette administration leur a été baillée il n’y a que cent ou six vingts ans ; que ce bien a été administré auparavant par des prêtres séculiers et quelquefois par des laïques, pource que c’est une maladrerie ; qu’il se trouve qu’il y a environ trois cents ans un évêque de Paris, nommé F ulco 2, ôta cette administration à quelques prêtres séculiers, qui vivaient en commun dans la maison, dont l’un était administrateur, et le donna à d’autres, sans autre autorité que de la sienne ; que Poncher, aussi évêque de Paris 3, l’ôta des mains des prêtres séculiers, qui vivaient aussi en commun et dont l’un était prieur, que l’évêque commettait ad nutum , notez cela, et le mit entre les mains des chanoines réguliers de Saint-Augustin, l’an mil cinq cent dix-sept, et en donna l’administration à l’un d’eux, qu’il nomma prieur, déposable aussi ad nutum, sans autorité du Pape, ni d’autre que de la sienne, non pas même du roi, ni de la cour ; que les provisions de ces prieurs ont toujours été ad nutum ; que tous ont

2. Fulco de Chanac, évêque de Paris de 1342 au 25 juillet 1349, jour de sa mort.

3. Etienne de Poncher occupa le siège de Paris de 1503 à 1519. Par acte du 20 février 1518, « il promet, tant pour lui que pour ses successeurs, de nommer audit prieuré et maison hospitalière de Saint- Lazare un religieux de la congrégation dudit Saint-Victor, tant qu’elle sera en réforme, et qu’en cas que ladite réforme vienne à se relâcher, lesdits évêques de Paris rentreront en leurs droits d’y établir, comme auparavant, tels autres ecclesiastiques qu’ils voudront. » (Arch. Nat. MM 534.)

rendu compte à l’évêque de Paris et finalement que jamais aucun prieur n’a pris provision en cour de Rome que celui-ci, pour tâcher de se perpétuer, huit ou dix ans après qu’il a été fait prieur par Monsieur l’évêque de Paris, et vous verrez cela même par ses provisions, dont je vous ai envoyé la date ; que je vous prie de tenir et de bien considérer cette remarque que je vous dis ici, de la nature de Saint-Lazare, et pour le faire considérer aux ofâciers de cette cour-là ; et, quoique le bénéfice ne dépende point du Pape, néanmoins, par la dévotion que nous avons de ne rien posséder que de son autorité, nous avons désiré en cela et son approbation et sa bénédiction. Monsieur l’avocat général, qui connaît la cour de Rome, pour y avoir été, croit que, si vous représentiez bien tout cela aux officiers, que vous en sortiriez bientôt et à bon marché ; que si, après tout, vous n’en pouvez avoir raison dans un mois après les réceptions des présentes, il est d’avis que cela ne vous empêche pas de vous en revenir ; car la confiance que nous devons avoir à la bonne volonté de Monsieur Marchand, et les recommandations que nous en ferons faire de deçà, nous en feront venir à bout à condition raisonnable, ainsi qu’on fait en choses semblables, à la longue.

C’est pourquoi, Monsieur, je vous supplie très humblement d’en user de la sorte et de ne vous pas arrêter pour cela, non plus qu’à la proposition qu’on vous fait de travailler à la version de la Bible syriaque en latin. Je sais bien que la version servirait à la curiosité de quelques prédicateurs, mais non, comme je pense, au gain des âmes du pauvre peuple, auquel la Providence de Dieu vous a prédestiné de toute l’éternité. Il vous doit suffire, Monsieur, que, par la grâce de Dieu, vous avez employé trois ou quatre ans pour apprendre

l’hébreu et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire et confondre ses ennemis en ce royaume. Représentez-vous donc, Monsieur, qu’il y a des millions d’âmes qui vous tendent les mains et vous disent ainsi : Hélas ! Monsieur du Coudray, qui avez été choisi, de toute l’éternité, par la providence de Dieu pour être notre second rédempteur, ayez pitié de nous, qui croupissons dans l’ignorance des choses nécessaires à notre salut et dans les péchés que nous n’avons jamais osé confesser, et qui, faute de votre secours, serons infailliblement damnés. Représentez-vous de plus, Monsieur, que la compagnie vous dit qu’il y a trois ou quatre ans qu’elle est privée de votre présence, qu’elle commence à s’en ennuyer et que vous êtes des premiers de la compagnie, qu’en cette qualité elle a besoin de vos conseils et de vos exemples. Et écoutez, s’il vous plaît, Monsieur, que mon cœur dit au vôtre qu’il se sent extrêmement pressé du désir de s’en aller travailler et de mourir dans les Cévennes et qu’il s’en ira, si vous ne venez bientôt dans ces montagnes, d’où l’évêque crie au secours et dit que ce pays, qui a été d’autres fois des plus dévots du royaume, périt maintenant de mal faim de la parole de Dieu ; qu’il n’y a point de village où il n’y ait quelques catholiques parmi les huguenots, excepté cinq ou six ; et il y en a quantité où il n’y a point de prêtres, ni d’églises, qui peut-être attendent leur salut de vous et de moi.

Venez donc, Monsieur, et ne tardez plus, s’il vous plaît, si ce n’est environ à un mois ou six semaines, pour faire des efforts pour l’affaire de Saint-Lazare ; et je vous attendrai, au plus tard, vers la fin de novembre ; et amenez quand et vous, s’il vous plaît, le bon Monsieur Gilioli 4 et ce bon enfant maronite, si vous pensez qu’il

4. Jean Gilioli, prêtre de la Mission, inscrit par distraction au ca'

désire se donner à Dieu en cette petite compagnie ; et exercez-vous, s’il vous plaît, en venant, à son grec vulgaire, pour l’enseigner ici, si besoin est ; que sait-on ?

Monsieur l’ambassadeur de Turquie* * 5 m’a fait l’honneur de m’écrire, et réclame des prêtres de Saint-Nicolas et de la Mission et pense qu’ils pourront plus faire de delà que je n’oserais vous dire. Or sus, nous verrons ce qu’il conviendra faire lorsque vous serez de deçà, tant en cela qu’en toutes autres choses qui regardent notre affermissement.

Mais, au nom de Dieu, Monsieur, faites votre possible pour obtenir les indulgences que Sa Sainteté a données aux Révérends Pères jésuites et de l’Oratoire, quand ils vont en mission à la campagne. L’indulgence est plénière pour ceux qui assistent à leurs instructions, se confessent et communient avec eux à la campagne. Et plût à Dieu que vous en puissiez aussi obtenir pour les confréries de la Charité, qui font des merveilles, par la grâce de Dieu ! Nous l’avons établie en plusieurs paroisses de cette ville et en avons fait une depuis peu, composée de cent ou six vingts dames de haute qualité 6, qui visitent tous les jours et assistent, quatre à quatre, huit ou neuf cents pauvres ou malades de gelées, consommés, bouillons, confitures et toutes autres sortes de douceurs, outre leur nourriture ordinaire, que la maison leur fournit, pour disposer ces pauvres gens à faire confession générale de leur vie passée et procurer que ceux qui mourront partent de ce monde en bon état et que ceux qui guériront fassent résolution de ne jamais plus offenser Dieu, de sorte que cela se fait avec une béné-

talogue des frères coadjuteurs, était né à Ferrare vers 1606 et était

entré dans la congrégation de la Mission en juillet 162g.

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