‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 221 sur 500 · Livre des Proverbes xiv · texte numérisé non relu

Livre des Proverbes xiv

sus-Christ récompensé de ses travaux par l’opprobre et le gibet. Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus- Christ par la mort de Jésus-Christ, et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus- Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ, et que, pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ Or, ces fondements posés, donnons-nous au mépris, à la honte, à l’ignominie et désavouons les honneurs qu’on nous rend, la bonne réputation et les applaudissements qu’on nous donne et ne faisons rien qui ne soit à cette fin.

Travaillons humblement et respectueusement. Qu’on ne défie point les ministres en chaire ; qu’on ne dise point qu’ils ne sauraient montrer aucun passage de leurs articles de foi dans la Sainte Ecriture, si ce n’est rarement et dans l’esprit d’humilité et de compassion ; car autrement Dieu ne bénira point notre travail. L’on éloignera les pauvres gens de nous. Ils jugeront qu’il y a eu de la vanité en notre fait, et ne nous croiront pas. L’on ne croit point un homme pour être bien savant, mais pource que nous l’estimons bon et l’aimons. Le diable est très savant et nous ne croyons pourtant rien de ce qu’il dit, pource que nous ne F aimons pas. Il a fallu que Notre-Seigneur ait prévenu de son amour ceux qu’il a voulu faire croire en lui. Laisons ce que nous voudrons ; l’on ne croira jamais en nous, si nous ne témoignons de l’amour et de la compassion à ceux que nous voulons qu’ils croient en nous. Monsieur Lambert et Monsieur Soufiiers, pour en avoir usé de la sorte, ont passé pour des saints en l’un et l’autre partis, et Notre - Seigneur a fait de grandes choses par eux. Si vous en usez de la sorte, Dieu bénira vos travaux ; sinon, vous ne ferez que du bruit et des fanfares et peu de fruit. Je ne vous dis pas ceci, Monsieur, pource que j’ai su que

vous ayez fait le mal que je dis, mais afin que vous vous en gardiez et travailliez constamment et humblement dans l’esprit d’humilité 5 6. Que Monsieur Lucas continue donc les prédications, et vous le catéchisme.

je doute fort que Monsieur Olier 6 et Perrochel 7 vous aillent voir. Le premier était déjà parti et l’autre le devait suivre quelques jours après. Mais Monsieur Olier a été arrêté par la proposition avec instance que Monsieur de Langres 8 lui a fait faire de prendre son évêché. Ils sont dans les pourparlers. La chose est encore douteuse à cause des conditions. Il y a plus d’apparence que la

5. Saint Vincent savait qu’Antoine Lucas, compagnon d’Antoine Portail, était d’un tempérament ardent et porté à la controverse, pour laquelle il avait d’ailleurs de grandes aptitudes.

6. M. Olier se repentit de n’être pas allé au secours des deux prêtres de la Mission. La peine qu’il en éprouva fut si vive que sa santé faillit en être ébranlée. Ce furent pendant deux ans des remords cuisants, des scrupules continuels, accompagnés de « sécheresses et de grandes obscurités », de larmes et de soupirs. (Faillon, op. cit ., t. I, pp. 158, 180, 181.)

7. François Perrochel, né à Paris le 18 octobre 1602, était cousin de M. Olier. Il fut du nombre des ecclésiastiques pieux et zélés qui se groupèrent autour de saint Vincent pour s’animer de son esprit et travailler sous sa direction. Il donna des missions en divers lieux, en particulier en Auvergne, à Joigny et au faubourg Saint-Germain, fit partie de la conférence des mardis et assista aux réunions dans lesquelles fut organisée l’œuvre des retraites des ordinands. Evêque nommé de Boulogne, il fut invité à faire les entretiens des ordinands réunis aux Bons-Enfants et s’en acquitta si bien que la reine voulut l’entendre. Touchée de ses paroles, elle laissa d’abondantes aumônes au saint pour l’aider à couvrir une partie des dépenses faites par les retraitants. François Perrochel fut sacré dans l’église de Saint-Lazare le ri juin T645. L’épiscopat de ce saint prélat est l’un des plus féconds et des plus glorieux qu’ait connu le diocèse de Boulogne. Quand, accablé par l’âge et les infirmités, l’évêque de Boulogne se vit dans l’impossibilité de gouverner convenablement son diocèse, il donna sa démission. C’était en 1675. Il couronna sa carrière le 8 avril 1682 par une mort digne de sa vie. (Cf. Van Drivai, Histoire des évêques de Boulogne, Boulogne-sur-Mer, 1852, in-8°.)

8. Sébastien Zamet, né en 1588, sacré en 1615, mort en son château de Mussy le 2 février 1655. M. l’abbé Prunel a publié sa vie [Sébastien Zamet , évêque-duc de Langres , pair de France, Paris, in-8°, 1912) et ses lettres spirituelles ( Lettres spirituelles de Sébastien Zamet précédées d,es Avis spirituels , Paris, 1911, in-8°.)

chose se fera que du contraire 9. Ledit sieur Olier ne laissera pas pourtant peut-être de faire un petit voyage jusqu’à Pébrac pour affermer son bail. Si Monsieur Perrochel avait quelque compagnon, il ne laisserait pas peut-être de vous aller trouver. L’on verra, je vous supplie cependant de m’écrire souvent et de donner mandat à qui j’adresserai ma lettre à Mende.

J’ai envoyé ce soir la lettre de Monsieur Lucas à Monsieur Tinien, et à Monsieur Olier la sienne ; car c’est ce matin que j’ai reçu la vôtre.

Que vous dirai-je de nos nouvelles ? Tout le monde se porte bien, Dieu merci. Nous avons reçu depuis votre départ un gentilhomme limousin qui a été de la religion, parent de Monsieur de Saint-Angel, et un écolier d’Auvergne 10 ; mais, en récompense11, nous avons fait reconnaître à Monsieur Flahan qu’il fera mieux ailleurs que céans. Il vient de s’en aller, il y a environ une heure. Je pense que nous recevrons aussi un cousin de Monsieur Meyster 12 ; c’était frère Etienne aupara-

9. Cette lettre est le seul document qui fasse mention de l’offre de l’évêque de Langres à Jean-Jacques Olier .Sa découverte a mis fin aux conjectures des biographes du fondateur de Saint-Sulpice. (Cf. Frédéric Monier, of. cit., t. I, p. 128, note 3.)

10. Annet Savinier, né à Clermont-Ferrand, ordonné prêtre en mars

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