Barbe Angiboust
Lettre 202. — Reg. 2, p. 196. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.
le catéchiser. Or sus, béni soit Dieu de ce qu’il se peut dire que Idiotae rafiunt caelum !
Que vous dirai-je de nos nouvelles ? La compagnie est maintenant presque toute ramassée céans. Nous allons faire nos retraites et puis recommencer l’exercice des controverses et de nos prédications. Et pour les jeunes, peut-être qu’on leur fera lire le Maître des Sentences h
Mademoiselle,
Je pense voirement qu’il est à propos de commencer à parler à cette fille de l’Hôtel-Dieu de sa propreté et gentillesse. Mais comment ferez-vous ? De lui faire quitter sa manière de s’habiller, il semble n’être pas faisable ni expédient. Il semble qu’il serait à propos de lui ôter l’affection à paraître bien vêtue et à se négliger un peu de ce côté-là. Vous verrez.
Pour l’Hôtel-Dieu, d’y être toujours, il n’est pas expédient ; mais d’y aller et venir, il est à propos de le faire. Ne craignez pas de trop entreprendre de ce que vous pourrez faire sans aller et venir ; mais craignez seulement la pensée de faire plus que vous ne faites et que Dieu ne vous donne le moyen de faire, et donnezvous à sa divine Majesté pour ne faire jamais que ce que vous faites. La pensée contraire me fait trembler de peur, pource qu’elle me semble un crime aux enfants de
i. Sententiarum libri IV, ouvrage du célèbre Pierre Lombard, évêque de Paris.
Lettre 203. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. ï. Voir note 3.
la Providence. Je loue sa divine bonté de ce que vous m’ôtâtes hier de cette peine-là.
Je verrai vos hiles en particulier et puis en général ; et vous me direz tout ce qu’il vous plaira le plus tôt qu’il me sera possible.
Ne craignez pas ce grand voyage ; il me semble que l’occasion diminue. Peut-être en pourrai-je faire un, de trois ou quatre jours seulement, pour aller voir deux fermes que la bonne Madame la présidente de Herse 2 nous a laissées, à douze lieues d’ici 3. Priez Dieu pour moi cependant.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur très humble.
Vincent Depaul.
Suscrifition : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
2. Madame de Herse, de son premier nom Charlotte de Ligny, était fille de Jean de Ligny, seigneur de Ranticey, maître des re quêtes, mère de Félix Vialart, évêque de Châlons, parente de Jacques Olier, veuve de Michel Vialart, seigneur de la Forest de Herse, conseiller du roi en sa cour de parlement, président aux requêtes du palais, puis ambassadeur en Suisse, mort à Soleure le 26 octobre 1634. Elle était chère à saint François de Sales, qui avait voulu être le parrain de son fils. Elle s’enrôla dans la compagnie des dames de la Charité et devint une des principales auxiliaires de saint Vincent. Elle donna beaucoup aux pauvres de Paris, de la Picardie, de la Champagne, soutint de ses libéralités l’œuvre des ordinands et celle des Enfants trouvés, établit les Filles de la Charité à Chars (Seine-et- Oise). Pendant les guerres qui désolaient la capitale, la reine-mère la chargea, avec d’autres dames, de distribuer ses propres aumônes. La présidente de Herse mourut en 1662.
3. Le contrat est du 23 juillet 1635. La présidente de Herse donnait à la maison de Saint-Lazare deux fermes situées l’une à Mespuits, l’autre à Fréneville, petit hameau de la commune de Valpuiseaux (Seine-et-Oise) . Elle demandait en échange qu’il fût fait une mission à perpétuité sur ses terres de cinq en cinq ans et que deux missionnaires fussent mis à sa disposition ou à la disposition de son second fils, Félix Vialart, prieur du Bu, pour être employés pendant trois mois, tous les quatre ans, dans les localités qui leur seraient marquées.