‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 280 sur 500 · A AMIENS · texte numérisé non relu

A AMIENS

Du 19 d’octobre 1636.

J’ai été consolé de recevoir une de vos lettres et également affligé, voyant le danger où vous croyez être. Au nom de Dieu, Monsieur, usez de toutes les précautions que votre emploi vous permettra, dans la confiance que celui qui, de toute éternité, vous a choisi pour l’assistance des pauvres de ces quartiers-là, vous conservera

6. Célèbre proverbe de Socrate rapporté sous cette forme latine par Lactance dans ses Divinae Institutiones, 1. III, ch. 20, popularisé par les Adages d’Erasme (éd. H. Estienne, s. 1., 1578, p. 215.)

7. Ce proverbe apparaît pour la première fois dans saint Thomas, Comment, in ] oan ., chap. IV, lect. VI, n° 2.

Lettre 245. — Reg. 2, p. 275.

comme la prunelle de son œil, autant que sa gloire et votre bien le requerront. Après cela, qui est celui qui veut vivre ou prétendre quelque chose sur la terre, ou qui, sentant en soi des affections contraires, ne les mortifie, dans la pensée que nos jours sont comptés et que nous ne pouvons ajouter un moment de vie au dernier que Dieu nous a déterminé ? Cela étant, Monsieur, abandonnons-nous à la divine Providence ; elle saura bien ménager ce qu’il nous faut.

Et à propos de la Providence, ne reconnaissez-vous point qu’elle a tellement soin de votre personne qu’il semble qu’elle s’occupe d’une manière particulière pour vous ? Et, si cela n’était, comment vous aurait-elle fait choisir entre tant de saintes âmes qui sont à l’armée, pour vous donner un emploi des plus importants à la gloire de Dieu et au bien des pauvres ? Nous sommes ravis d’admiration, tant que nous sommes, de voir comme elle pense à ce qui vous regarde, et pourvoit à tout ce qu’il vous faut. Que tout cela vous soit donc un motif, s’il vous plaît, de vous fier pleinement à elle.

Vous dites que la charité se refroidit. Oh ! que ce mot me touche ! Il faut grâce pour commencer ; il en faut encore pour persévérer jusqu’à la fin. Prions Dieu qu’il la donne à ceux qui doivent remédier à tels besoins. M. Desclaux h confesseur de Monseigneur le cardinal, y peut beaucoup et n’a pas peu de charité pour cela. Si vous le voyez, je vous prie de le saluer de notre part et de l’assurer de notre obéissance.

i Pierre Desclaux, mort le 7 octobre 1637.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je pense que vous ferez bien, Mademoiselle, de voir Madame Fieubet 2, si elle est de la compagnie de l’Hôtel-Dieu, et de lui dire ce que vous me mandez. Je crains bien qu’il n’y ait un peu de la faute de ces filles, pour le moins indirectement. Il faut principalement regarder les pauvres villages, car, pour les villes, il n’en sera jamais autre chose ; c’est se flatter que de s’y amuser. J’embrasse et chéris ces contradictions; et ne pensez pas que cela me rebute, je dis du dessein des villages et d’être, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

Mademoiselle,

Je vous dirai donc aujourd’hui que, si vous preniez la peine de venir à la chambre de vos filles de Saint-Nicolas demain, l’après-dînée, que j’aurais le bonheur de vous y voir, au cas que je ne vous voie pas demain à La Chapelle le matin, ou que je ne vous mande le contraire.

Lettre 246. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original, i. Probablement Claude Ardier, morte le 29 août 1657. Elle avait épousé Gaspard de Fieubet, seigneur de Launac-en-Guyenne et autres lieux, secrétaire du roi, mort trésorier de l’Epargne, le 12 août 1647, à- l’âge de soixante-dix ans.

Lettre 247. — Manuscrit Saint-Paul, p. 41.

C’est pourquoi vous emprunterez l’équipage pour venir, à condition que vous en ayez besoin, dont je vous donnerai avis demain, le plus matin que je pourrai, et vous prie de me pardonner de ce que je vous parle ainsi en doute ; c’est à cause des diverses occurrences qui arrivent de moment à autre.

Je suis en peine de notre pauvre fille affligée à Saint- Louis 1 et de ce que les autres sont devenues, car elles ne sont point à leur chambre. Je vous prie me mander ce que vous en savez. Nous avons eu un accident quasi semblable à Saint-Lazare 2, où je n’ai point encore été, pour converser sans difficulté avec quelques personnes avec lesquelles j’ai à faire.

Du collège des Bons-Enfants, ce 21 octobre 1636.

Ce 2 novembre 1636.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous écris de Fréneville, à mon retour d’Orléans. C’est la maison que Madame la présidente de Herse nous a donnée, où j’ai reçu la vôtre, laquelle m’a plus consolé que je ne vous puis exprimer, voyant la résolution que vous me mandez que Monsieur votre fils a prise. Béni en soit Dieu à jamais, qui vous a donné cette consolation et à moi aussi, qui appréhendais pour lui, en toute manière, toute autre condition ! Qu’il étudie donc, à la bonne heure, en théologie. Je prie Dieu qu’il lui

Page 1