‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 334 sur 500 · Ville natale de Bernard Codoing · texte numérisé non relu

Ville natale de Bernard Codoing

là qu’elle a tiré ses principales forces pour le renversement de notre sainte religion et de l’Etat même, si elle eût pu. Oh ! que Satan y a eu et qu’il y a encore un grand empire ! J’espère, Monsieur, que Notre-Seigneur se servira de vous et du bon M. Durot 8 pour lui faire une bonne guerre, non certes in sublimitate sermonis et humanae sapientiae verbisy sed in ostensione virtutis spiritus , in humïlitate et mansuetudiney in patientia et longanimitate 9. Allez donc, Monsieur, in nomine Domini. Je prie sa divine bonté qu’elle vous donne sa sainte bénédiction et, avec elle, une plus grande part à son esprit. Je ne doute point que votre cœur ne se sente comme arraché de ce pays-là, où vous avez poussé des racines de charité dans ces âmes, et que vous n’éprouviez les tendresses de saint Paul quand il dit le dernier adieu à ce peuple qui pleura tant sur lui. Mais quoi ! il n’appartient qu’à un cœur vraiment apostolique à s’affermir contre ces tendresses, à passer par-dessus et à se rendre là où la sainte obéissance lui fait connaître que Notre- Seigneur le demande. Certes, Monsieur, c’est être dans l’accomplissement du bon plaisir de Dieu que d’être en cet état, et commencer son paradis dès ce monde. Mais que dis-je à une âme qui m’a toujours paru toute prête d’aller aux antipodes pour l’amour de Dieu, si la sainte obéissance le requérait ?

Je ne sais pourquoi ma plume s’est échappée à vous dire tout ceci. Je sais bien que ce n’est pas pour penser que vous ayez besoin d’être persuadé, ayant peut-être

8. Nicolas Durot, né à Oisemont (Somme), reçu dans la congrégation de la Mission en août 1633, ordonné prêtre en décembre 1636. Il prêchait en 1639 dans la région de Toulouse. Nous le trouvons à Paris en août 1640. Il revint à Richelieu en 1642, quitta la congrégation en 1645 et obtint, grâce à saint Vincent, la chanoinie de Saint-Martin d’Angers.

9. Texte formé avec différents passages de saint Paul, I Cor. II, 1, 4 ; Eph. IV, 2 ; Col. I, 11.

plutôt besoin d’être retenu dans l’ardeur de votre zèle ; et c’est de quoi j’avais à vous parler et vous parlerai un jour, s’il plaît à Dieu, lequel sait, lui seul, pourquoi je me suis étendu sans y penser.

Il sera bon que vous preniez congé, en présence ou par écrit, de Mgr de Valence10 et que vous le remerciiez de la grâce qu’il vous a faite d’agréer votre service dans son diocèse, et que vous lui disiez que rien moins que la pure nécessité nous aurait fait résoudre à vous rappeler, et que, s’il plaît à Dieu de nous en donner le moyen, nous tâcherons d’y retourner une autre fois.

Vous prendrez aussi congé de la bonne et très chère soeur Marie * 11 et recommanderez, s’il vous plaît, à ses prières cette petite compagnie et le plus chétif et misérable de tous les hommes, qui est moi et qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble...

Je n’attendrai point d’autre réponse que celle de votre partement, que je vous supplie qu’il soit le plus tôt qu’il se pourra. Monsieur votre frère attend de vos lettres pour réponse à celles que je vous ai envoyées de sa part. Je m’imagine que Notre-Seigneur vous a guéri de l’amour trop tendre de vos parents.

Page 1