A BENOIT BÉCU, PRÊTRE DE LA MISSION
A RICHELIEU
De Paris, ce 28 octobre 1639.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
La Providence de Dieu a jeté les yeux sur vous pour l’aller servir à Notre-Dame de La Rose, au diocèse cl’Agen* 1, où sont Messieurs Brunet et Savinier.
Je vous envoie un mémoire secret, que vous ne communiquerez à personne qu’à M. Lambert.
La nouveauté de l’emploi vous fera appréhender. Ressouvenez-vous que Notre-Seigneur sera votre directeur et votre direction et que vous pouvez toutes choses avec lui ; Jérémie était un enfant qui ne savait que dire
Lettre 407. — L. a. — Original à Martel (Lot) chez les Filles de la Charité.
1. La fondatrice de la maison établie à Notre-Dame de La Rose n’était autre que la duchesse d’Aiguillon. Par contrat du 18 août 1637, elle avait donné une somme de 22.000 livres pour l’entretien de quatre prêtres, à charge par eux de faire des missions, aux quatre fêtes principales de l’année, dans les villes, bourgs et villages de son duché et d’assurer dans leur chapelle une messe quotidienne pour elle et les siens. (Arch. Nat. MM 584.)
à Dieu : Domine , nescio loqui ; et que cependant le dessein de Dieu était de s’en servir en l’affaire le plus important que Sa Majesté eût pour lors à l’égard de son peuple, et que vous avez sujet d’espérer les mêmes grâces qu’il lui fit, si, comme lui, quoi qu’on fasse, vous répondez dans son esprit d’humilité à votre vocation. J’espère cela de sa bonté et de la reconnaissance qu’il me semble, que vous avez de votre indignité et insuffisance, et suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, votre très humble et très obéissant serviteur.
Vincent Depaul.
M. Bécu 2, qu’on nomme à Nancy M. de Montigny, se porte bien et fait des merveilles à l’entour de quatre cents pauvres, qu’il nourrit corporellement et spirituellement, et frère Hubert 3 fait toujours de mieux en mieux.
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Vincent Depaul.