‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 77 sur 500 · I. Très probablement le prieur de Montmirail · texte numérisé non relu

I. Très probablement le prieur de Montmirail

Lettre 58. — L. a. — Original au Mans dans le trésor de l’église Notre-Dame de la Couture.

i. Le saint venait de passer une quinzaine de jours à Beauvais, où il avait pu sc rendre compte que la visite de Louise de Marillac serait utile aux confréries de la Charité établies dans cette ville. L’histoire de l’établissement des Charités à Beauvais mérite d’être connue. Avant 1629, on rencontrait partout à Beauvais dans les rues, aux portes des églises, dans les églises même, des troupes de mendiants effrontés qui demandaient ou plutôt exigeaient l’aumône, la menace à la bouche. Augustin Potier, évêque du diocèse, s’inquiéta de cette situation. Il fit dresser la liste de tous les indigents, s’enquit de l’étendue de leurs besoins et pensa qu’il serait utile de créer une caisse, qu’alimenteraient les aumônes et le produit des quêtes, et de constituer un bureau central pour recueillir et répartir les secours. Le 16 avril 1629, il convoqua dans son palais les chanoines, les jurats et les notables de la ville et leur proposa son plan, qui fut adopté. Pour l’exécution, on fit appel à saint Vincent, qui accourut et se mit de suite à l’œuvre. Il monta en chaire, parla des Charités, de leur fonctionnement, de leur utilité et eut bientôt la joie de voir l’œuvre établie dans chacune des dix-huit paroisses. Cela fait, il partagea la ville en quartiers pour faciliter la distribution des aumônes. (Cf.

santé ! Oh ! ayez bien soin de la conserver pour l’amour de Notre- Seigneur et de ses pauvres membres, et prenez garde de n’en pas faire trop. C’est une ruse du diable, dont il trompe les bonnes âmes, que de les inciter à faire plus qu’elles ne peuvent, ahn qu’elles ne puissent rien faire ; et l’esprit de Dieu incite doucement à faire le bien que raisonnablement l’on peut faire, afin que l’on le fasse persévéramment et longuement Faites donc ainsi, Mademoiselle, et vous agirez selon l’esprit de Dieu.

Or, répondons maintenant à tout ce que vous me mandez. Il me semble qu’il est à propos voirement 2 que Madame la trésorière 3 se décharge de la délivrance du vin et qu’on le baille à quelque autre ; car pour l’hôtellerie, il faudrait payer le huitième. Quelque bonne veuve

Abelly, op. cit., t. I, chap. xxui, p. 108 ; Delettre, op. cil., t. III, p. 407 ; Réglemens pour la Charité des pauvres malades establie à Beauvais V onziesme novembre mil six cent trente, Beauvais, 1669, in-18.) Cependant les obstacles ne manquèrent pas. Alphonse Feillet a découvert dans les Archives du Comité d’Histoire de France un projet de réquisitoire dressé par le lieutenant de Beauvais pour se plaindre « que depuis quinze jours environ serait arrivé en cette ville un certain prêtre nommé Vincent, lequel, au mépris de l’autorité royale, aurait, sans en communiquer aux officiers royaux ni à aucun autre corps de la ville qui y eût intérêt, fait assembler un grand nombre de femmes, auxquelles il avait persuadé de se mettre de la confrérie, à laquelle il donne le nom spéciaux (sic) de Charité et laquelle il désirait ériger pour subvenir et fournir de vivres et autres nécessités aux pauvres malades de ladite ville de Beauvais et aller chaque semaine faire une quête des deniers qu’ils voudraient bailler à cet effet ; ce qui aurait été, depuis, exécuté par ledit Vincent et icelle confrérie érigée, en laquelle il aurait reçu 300 femmes ou environ, lesquelles pour faire leurs exercices et fonctions ci-dessus, s’assemblent souvent, ce qui ne doit pas être toléré ». Et le lieutenant de la ville, indigné de l’audace « du prêtre nommé Vincent », requiert qu’une information soit faite et envoyée au procureur général du roi. Grâce au saint homme, la ville fut bientôt complètement transformée.

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