RELATIFS AUX ÉVÉNEMENTS RÉCEMMENT SURBVENUS
Le Secrétaire d'Etat au Gouverneur-Général.
(Caxapa.—No 7.) Dowxive STREET, 8 janvier 187 0.
N, o. 134, Nov. 25, 1869 Moxsreur,—-J'ai l'honneur d’accuser réception de vos dépêches ee 1 Dec. oi « indiquées en marge,-côncernant les troubles récemment survenus à «156, ‘# 17, « l'Etablissement de la Rivière-Rouge. Dans votre dépêche No. 156, & 164, “ 23, “ vous transmettez copie de la: minute des délibérations du Conseil
Compagnie de la Baie Privé du Canada, dans laquelle les membres du cabinet expriment
dndson, 28 décembre Jeur opinion sur la position présente du gouvernement canadien à
Ministère des colonies, l'égard du transfert du territoire de la Baie d'Hudson au Canada.
; 8 janvier 1870. Je vous transmets, pour votre information, copie d'une lettre qui m'a été adressée à ce sujet par la compagnie de la Baïe d'Hudson, avec la réponse que
je lui ài fait tenir.
J'ai appris avec satisfaction que le gouvernement canadien est déterminé à éviter tout conflit avec les rebelles de l'Etablissement de la Rivière-Rouge, et d’é épuiser tous les moyens d'explication et de conciliation avant d’avoir recours à la force. Je conviens parfaitement avec vos ministres que toute effusion de sang pourrait avoir les conséquences . les plus funestes et qu'il faut bien s’en garder, à moins ‘dy être forcé par la nécessité la plus urgente. On doit beaucoup déplorer la maladie du gouverneur Mcl'avish ; mais ‘j'ai une confiance parfaite dans la compagnie de la Baie d'Hudson, et n'ai aucun motif de soupçonner ses bonnes intentions. Les ; journaux ont annoncé que M. McDougall enrôlait les Sioux pour les employer contre les insurgés. Je n’aï aucun doute que cette intention a été erronément imputée à M. McDougall. Si j'avais jamais conçu quelque crainte à ce sujet, la minute des délibérations du Conseil Privé m’eûñt complètement rassuré.
J'ai, etc., | - GRANVILLE. | Au Gouverneur-Général, ” Le très-honorable Sir Joux ÉYouxe, Bt., G. C. B., G. C. M. G+, etc., ete. ete.
Sir Stafford Northcote à Sir F. Rogers.
L | Hôrez DE La Baïte D'Hupsor, Loxprss, 28 décembre 1870.
Mowsreur,—Le comité de la: compagnie de là Baie d'Hudson .me charge de vous transmettre, pour l'information du comte de Granville, copie ‘des documents ‘énumérés dans la liste ci-annexée, dont quelques-uns ont déjà été envoyés privément à Sa Seigneurie.
Le comité regrette extrêmement les malheureux incidents relatés par M. MéTavish. 1 désire fortement s'entendre avec le gouvernement de Sa Majesté pour adopter toutes mesures que le comte de Granville pourra trouver favorables au rétablissement de l’ordre et à la colonisation du territoire. Dans la pensée du comité, ces deux objets peuvent être réalisés sans l'emploi de la force, et surtout sans conflit entre les différentes classes de la - population de la Rivière-Rouge, le comité étant bien persuadé que les effets d’un tel conflit seraient désastreux à la prospérité du pays. En même temps, le comité désire que j'exprime au comte de Granville sa conviction qu'il serait très regrettable de laisser les choses dans la position indéterminée où elles se trouvent actuellement. L'autorité de la compagnie qui (comme lord Granville en estinformé) à été pendant longtemps exercée sous certaines difficultés, s’est trouvée considérablement affaiblie par les démarches prises pour transférer le pays à la Puissance du Canada, transfert . qui, d’après les arrangements publiquement et officiellement annoncés, aurait dû étre formellement complété Îe premier de ce mois. D'un autre côté, l'autorité de la Puissance n’a pas encore été établie, et le fait d'annoncer que le gouvernement de la Puissance à l'intention de retenir le prix d’acquisition, et, en conséquence, de refuser de prendre’les rênes de ce gouvernement jusqu’à ce ‘que les troubles actuels soient terminés, doit naturellement affaiblir l'autorité de la comp gnie.'
Le comité ne peut pas, dans les circonstances actuelles, reconnaître au gouvernement de la Puissance aucune raison de différer l'exécution de l'engagement qu'il a contracté avec la compagnie sous la sanction du gouvernement de Sa Majesté, et il espère'que.le comte de Granville prendra des mesures pour que cet engagement soit immédiatement effectué, en plaçant formellement le territoire sous l'autorité. qui doit être tenue responsable de.son bon gouvernement, et en faisant remettre à la compagnie le prix stipulé. .
N ; J’ai l'honneur, ete.,
STAFFORD H. NorRTHCOTE, Gouverneur.
"Si F. Rogers, Bt, etc., ebc., etc. ‘
Ministère des Colonies. |
Sir Frédéric Rogers. à Sir Stafford H. Northcote.
Downixe STREET,, 8; janvier 1870.
MonsEUR, — J'ai reçu ordre de lord Granville d'accuser réception de votre lettre du 28 décembre, relativemeñt aux troubles qui ont eu lieu dans la colonie de la Rivière- Rouge, et. demandant que les arrangements faits pour le transfert du territoire soient
complétés et le prix stipulé versé entre les mains de la compagnie sans plus de retard,
Lord Granville me prie de vous informer qu'il a reçu dernièrement du gouverneurgénéral du Canada, une minute dü conseil privé de la Puissance eontenant l’expression de l'politique du gouvernement canadien dans cette question.
Dans cette minute, le gouvernement canadien répète l'expression de son désir d'acquérir |
le territoire et de remplir toutes les obligations qu'il à eontractées à ce sujet.
T1 demande un délai temporaïre avant de procéder au transfert, délai motivé par la gravité des circonstances, et nullement dans le but de retarder ou fe éluder ses engagements, Il représente que le gouvernement de la compagnie, que les habitants sont accoutumés à respecter, devrait être maintenu pendant que l’on prendra des mesures pour faire disparaître les craintes qui existent et faire accepter le changement par le peuple.
Il représente que toute tentative inconsidérée de la part du Canada de faire accepter de force sa domination par les insurgés pourrait amener une effusion de sang, semer une haine indéracinable contre l'union des deux pays et entraver ainsi la prospérité future de l'Amérique Britannique du Nord; que même si le prix d'acquisition était payé à la compagnie, il serait imprudent de ‘faire cesser le seul gouvernement reconnu dans le pays et d'obliger le Canada à faire reconnaître son autorité par la force.
Lord Granville à été informé que le gouvernement canadien prend des mesures actives pour amener un meilleur état de choses. T1 à envoyé en mission de paix au milieu des Métis français actuellement sous les armes, le très révérend M. Thibault, vicaire général, qui les a desservis pendant 39 ans, ainei que le colonel de Salaberry, qui est bien renseigné sur le pays, les mœurs et les dispositions de ses habitants.
Le gouvernement à aussi délégué, à titre de commissaire spécial, M. Donald A. Smith, agent principal de la compagnie de la Baie d'Hudson à Montréal. Grâce à son titre d'officier de la compagnie, le comité prévoit qu’il obtiendra facilement accès au Fort Garry, qu'il pourra assister le gouverneur: McTavish ét prendre, avec la partie loyale et bien disposée de la population, les mesures nécessaires au rétablissement de l’ordre.
-Le comité espère que ces démarches réussiront, mais, en cas d'échec, le gouvernement canadien se prépare à envoyer des troupes au commencement du printemps.
Lord Granville me charge d'ajouter que les raisons apportées par le gouvernement canadien pour retarder le transfert, raisons pressantes en elles-mêmes, deviennent spécialement concluantes quand on considère que le gouvernement de Sa Majesté et la compagnie de la Baie d'Hudson doivent également compter sur le gouvernement canadien pour l'accomplissement final du transfert, et que celui-ci a conduit les choses de manière à mériter l'approbation du gouvernement de Sa Majesté et la plus propre à empêcher que le commerce de la compagnie ne souffrit quelque préjudice,"ce que M. MeTavish craignait comme résultat de toute mesure violente.
© Lord Granville, de plus, apprend des jurisconsultes de la couronne que, quoique le gouvernement de Sa Majesté pût compléter le transfert en acceptant la cession de là compagnie eb en émettant l’ordre en conseil nécessaire, cette acceptation ne permettrait pas à la compagnie d'exiger par des moyens légaux la somme de Æ£300,000. récemment déposée par M. Rose pour le paiement du prix d'acquisition ;- et considérant que, même après avoir eomplété la cession, des questions porrrrient s'élever ou d'autres arrangements pourraient devenir nécessaires entre la compare de la Baie d'Hudson et le gouvernement canadien, Sa Seigneurie croit qu'un cou‘ délai apporté à à l'exécution du contrat, quoique pouvant donner lieu à des inconvénients, pourrait plus qu'être compensé par la certitude que la cession serait. finalement effectuée avec le plein consentement et l'assentiment des deux parties intéressées. Je suis, etc.,
F. Rocers.
A l'honorable Sir Stafford Northcote, Baronnet.
Liste des incluses mentionnées dans la lettre de Sir Stafford Northcote à Sir F. Rogers, datée de Londres, 25 décembre 1869, et transmises avec la dépêche du comte Granville à Sir John Young, No. 7, 8 janvier 1870.
Extrait d'une lettre du gouverneur McTavish au secrétaire de la compagnie de la Baie
d'Hudson, datée du Fort Garry, Rivière-Rouge, 2 novembre 1869.
Copie d’une lettre du gouverneur MeTavish, datée du 9 novembre 1869.
Extrait d'une lettre du gouverneuf MeTavish, datée du 23 novembre 1869, avec copie de sa proclamation * aux « habitants de l'Etablissement de la Rivière-Rouge.
* Proclamation reçue du gouverneur avec la dépêche No. 147, 9 décembre 1869.
138 ° a — Liste des documents déposés au ministère des colonies par Sir Curtis Lampson.
Extrait d’une lettre du gouverneur McTavish au secrétaire de la compagnie de la Baie d'Hudson, datée du Fort Garry, Rivière-Rouge, 16 novembre .1869. Procès-verbal d'une assemblée du conseil d'Assiniboia, tenue le 25 octobre 1869.
Procès-verbal do do 80 octobre, 1869.
Reçue du Gou- Lettre du Gouverneur M:Tavish à l'honorable Wm. McDougall, datée vernement du Fort Garry, 30 octobre 1869.
avec la dé- , pêche No. 139,
27 nov. 1869.
Reçue avec Lettre de l'honorable Wim. MoDougall à M. MoTavisb, datée de Fem- Re a bina, le 2 et 4 novembre 1869. :
Corverne. Réponse à la lettre datée du Fort Garry, le 9 novembre 1869.
ment avec le s
No. 147, 9 dé- ___—
cembre 1869.
Extrait d'une lettre du gouverneur HcTavish à M. Smith, secrétaire de la Baie d'Hudson, datée du Fort Garry, Rivière-Rouge, 2 novembre 1869.
“]1 y a eu, durant l'automne, beaucoup d’agitation parmi les Métis canadiens’au sujet du nouveau gouvernement qu’on veut établir ici. Ils semblent avoir des renseignements détaillés, sinon exacts, sur la composition du gouvernement et paraissent croire, d’après
‘les on-dit, que leurs intérêts seront méconnus et leur religion persécutée. Mais î y a lieu de penser que leur intention est d'attendre l’arrivée de l'honorable W. McDougall,. qu'on leur a dit devoir venir en qualité de gouverneur, et de conclure avec lui les arrangements propres à sauvegarder leur droits et leurs intérêts. Mais il y a environ douze jours, un parti de Métis français a pris possession de la route qui mène à Pembina et a construit des barricades de distance en distance ; le foyer principal de la révolte est à St... Norbert, localité située à environ neuf milles du Fort Garry. L'objet avoué des rebelles est d'arrêter la marche de M. McDougall et, suivant leur Propre expr ession, de lui faire ‘‘ rebrousser “ chemin.”
‘“ À une réunion du conseil d'Assiniboia, tenue le 25 du mois dernier, l’on « pleinemant discuté les meïlleurs moyens à prendre pour faire face aux événements. MM... Bruce et Riel, chefs du mouvement des Métis français, étaient présents, et le conseil a employé tous les arguments possibles pour leur faire abandonner le projet de # opposer à l'entrée de M. McDougall, mais ses efforts ont été vains. ; 4
“ Après mûre délibération, le conseil a décidé, pour plusieurs raisons, qu'il serai imprudent d’enrôler des constables spéciaux ou d'organiser une contre-démonstration de habitants en faveur de M. McDougall.
“ Toutefois, je me suis abouché avec ce monsieur et lui ai fait connaître la situation, lui laissant le soin d'agir à son gré.
‘ Hier, on m'a informé que M. Provencher, attaché au personnel du nouveau gouvernement, avait été arrêté à St. Norbert et forcé de regagner Pembiria avec le capt. Cameron, A. R. , qui était arrivé à la barricade quelques heures après M. Provencher.
“ Le gouverneur McDougall était arrivé lui-même à Pembina dans la soirée du 30 du mois dernier. Un parti de moins de cinquante Métis était venu à sa rencontre. Il a dû recevoir, dans la soirée du 31, une lettre de moi, dont copie incluse, et que je lui adressai aux soins spéciaux du Colonel Dennis, qui devait aller le trouver par un chemin détourné.
‘“ Au moment :où je ferme cette lettre, cent des mécontents sont arrivés et ont pris possession armée du Fort Garry, sous prétexte de le défendre, et cela d' après des renseignements que M. Riel dit avoir reçus, et qui l'informent que le fort est en danger ; des gardes sont postées à chaque barrière et paradent sur les plateformes. Les rebelles ‘donnent lassurance que rien ne sera touché ni enlevé. Pour les provisions dont ils ont ‘besoin, ils m'offrent de me Payer au nom du conseil de la République des Métis.
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' Le tofu RER ae oies EE — EP PP ue
‘ Environ quatre cents hommes continuent à faire la garde à St. Norbert. Les malles ‘ qui partent et celles qui arrivent sont examinées.”
M, McTavish à M. Sniti.
Forr Garry, Rivière-RouGE, le 9 novembre 1869.
| Mowsteur,—J'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu hier une réponse de l’honorable William MceDougall à la lettre dont je vous ai communiqué copie avec mon envoi du 2 de ce mois. “Dorénavant, je vous enverrai copie de ses lettres. Je dois dire que M. McDougall semble être sous l'impression queje n'ai pas agi avec assez d'énergie, et il me rappelle en termes assez vifs que je suis responsable du maintien de l’ordre dans le pays. :
Il dit qu'ayant reçu à Pembina l'avis qu'il ne pourrait entrer dans la colonie, il s’est; rendu au poste de la compagnie à cet endroit jusqu’au moment où une troupe armée de
- cavaliers métis vint lui enjoindre de regagner le territoire américain, et qu’en conséquence, au moment où il m'écrit, il est campé sur le territoire américain où il restera, me dit-il, jusqu'à ce qu'il ait appris le résultat des efforts faits pour lui ouvrir le chemin de la colonie, ou jusqu’à ce que je l’informe qu'il est inutile pour lui de réster à Pembina. Or, je ne puis lui donner aucun avis à ce sujet, bien que, selon moi, l'entrée de M. McDougall dans les limites de la colonie puisse occasionner des difficultés encore plus sérieuses que cellles que vous connaissez. , M. McDougall parle d'organisation militaire et d'autres arrangements qui auraient été pris à la suite de l’outrage qu’il a reçu.
Tci les choses sont dans le séatu quo. Le comité semble siéger en permanence, mais on ne saura rien de ses délibérations tant que son secrétaire, Louis Riel, n'aura pas émis ses manifestes “par ordre.” L'organisation semble avoir commencé à l'endroit où, l'hiver dernier, on distribuait des secours ; chaque paroisse canadienne a envoyé un délégué au comité central, et, d'après une invitation adressée ce matin aux protestants, les délégues sont priés de se réunir aux douze membres du comité formé pour les paroisses catholiques romaines. On suitle même plan ici, et les paroisses protestantes sont nommément désignées. L'objet de la réunion est de se consulter sur l’état du pays et le gouvernement à adopter, “ maintenant que l’envahisseur à été chassé de notre territoire.” La position est évidemment -grave et on doit agir avec précaution, car tout conflit aurait pour résultat une descente des Sauvages des prairies sur la colonie, au printemps prochain, et de créer des troubles dans toutes les prairies, troubles qu’on mettrait des années à apaiser, tandis que la ruine du pays serait consommée depuis longtemps.
J'ai l'honneur, etc.,
W. MoTaviss.
William Gregory Smith, Ecr., | Secrétaire, Hôtel de la Baie d'Hudson, Londres.
ExTRaiT d'une lettre du gouverneur MeTavish à W. @. Smith, écuier, secrétaire, datée du
Fort Garry, Rivière-Rouge, le 23 novembre 1869.
“ Depuis ma dernière ieitre, les délégués des paroïsses de la colonie ont eu plusieurs assemblées et sont encore réunis aujourd'hui. Le seul fait à signaler depuis hier au soir est que lé parti français déclare que M. McDougall n’entrera sur le territoire qu’en passant sur leurs cadavres, et telle est la réponse qu'on a faite à une proposition des délégués anglais, ayant pour but de laisser entrer M. MeDougall après certaines concessions par lui faites en ce qui regarde la représentation du peuple dans son conseil. On espère que quelque décision sera prise aujourd'hui, mais je suis porté à croire que le parti français ne consentira qu’à la formation d’un gouvernement provisoire. . !
“De bonne heure ce matin, Louis Riel, chef des Métis français, a requis M. John H. MeTavish, notre comptable ici, de se rendre au bureau, et une fois là, Riel, accom-
EL
pagné d'une bande armée, l'a sommé de lui remettre les comptes publics. Sur le refus de M. MeTavish, Riel a déclaré qu'il s'emparerait de ces comptes par la force. Finalement, Riel s’est emparé du registre des terres, du registre où l’on tient le compte du gouverneur et du conseil d'Assiniboia pour la traite des pelleteries, et- &u brouillard de la caisse, le tout avec le dessein évident de vérifier les comptes publics de la colonie relatifs à la traite des pelleteries et d'exiger le paiement de la balance.
7.“ Riel a eu soin de déclarer que l'argent des particuliers ne serait pas touché, mais bien que je ne doute pas de la sincérité de cette assurance, je ne saurais dire jusqu’à quel point elle sera mise à exécution. . .
: Depuis ma dernière'lettre, je n’ai pas eu de nouvelles de M. McDougall, mais il est encore à Pembina. J'inclus copie de la proclamation que j'ai adressée à' la population de la Rivière-Rouge.”
Procbs-verBAL des délibérations d'une assemblée du Gouverneur et du Conseil d'Assini-
boia, tenue au palais de justice, lundi, 25 octobre 1869, à laquelle assistaient les mem-
bres suivants :—
John Black, Gouverneur intérimaire, président, ‘ Le Très-Révérend Lord Evêque de la Terre de Rupert, conseiller, Andrew G. B. Bannatyne, écuier, ' « Wim. Cowan, écuier, :
Docteur Bird, .
Thomas Brown, écuier, M. D.
Wim. Fraser, écuier,
| John Sutherland, écuier. «6
M. Black regrette d'annoncer à assemblée que le gouverneur McTavish est toujours
malade, et qu'en conséquence, lui, M. Black, doit encore présider cette réunion du conseil.
Le procès-verbäl de la dernière assemblée étant lu et approuvé, M. Black rappelle qu'à sa dernière réunion le conseil avait adopté une adresse qui devait être présentée à l'honorable Wm. McDougall, à son arrivée dans la colonie, arrivée qui était prochaine ; que le conseil, en préparant cette adresse, était animé de la conviction que les sentiments de loyauté et de Lienvenue qu’elle exprime seraient partagés par la colonie en général, ou du moins par une majorité suffisante pour éloigner toute idée d'une démonstration hostile ; il regrette, néanmoins, d’avoir à dire que cette conviction ne s’est pas réalisée et qu’une grande partie de la population française est animée de sentiments tout opposés. En ce qui regarde les changements prochains dans le gouvernement du pays, les sentiments de cette population sont si manifestes et si énergiquement exprimés,—d’après des informations dont l'exactitude ne peut être mise en doute, —qu'elle s’est organisée en bandes armées pour arrêter M. McDougall sur la route entre le Fortet Pembina, avec l'intention avouée de l'empêcher d'entrer dans la colonie. Le conseil s’est assemblé pour considérer ce grave état de choses et aviser aux mesures à prendre pour empêcher l’outrage dont M. McDougall est menacé. : -
Le conseil désapprouve avec indignation, et à l'unanimité, les démarches outrageantes que le président signale, mais persuadé que les partisans du mouvement agissent inconsidérément, ou peut-être dans l'ignorance complète du caractère criminel de leurs actes et des graves conséquences qu'ils peuvent entraîner, il croit que la froide raison et de: bons avis les engageront à abandonner leurs dangereux projets avant qu'ils ne se soient irrévocablement compromis. Dans ce but, M. Riel et M. Bruce, qui sont reconnus comme chefs « du parti opposé à M. McDougall, avaient été invités à cette assemblée du conseil. Et à la question qui leur fut faite par le conseil au sujet des motifs et des intentions du parti qu’ils représentaient, M. Riel, qui prit seul la parole en cette occasion, répondit en substance, durant une discussion un peu longue et irrégulière, que son parti était parfaitement satisfait du gouvernement actuel et n’en désirait point d'autre ; qu’il s'opposerait à l'entrée de tout gouverneur venant du Canada avant que les habitants eussent été consultés à ce sujet; qu’il n'admettrait jamais aucun gouverneur, quelle que fût l'autorité qui le nommôt, sauf celle de la compagnie de la Baie d'Hudson, à moins qu’on n’envoyât au préalable des délégués .
. qui définiraient les conditions auxquelles le gouverneur pourrait être reçu ; que’les Métis
étaient sans éducation et seulement à moitié civilisés, et que si une immigration considérable avait lieu, ils seraient bientôt chassés du pays qu'ils considéraient comme le leur ;
que les Métis connaissaient leur pauvreté et leur impuissance, mais qu'on ne devait pas.
tirer avantage de leur infériorité pour les traiter plus mal qu’ils ne.le méritent ; qu’on ne semblait tenir aucun compte de leur existence ou du moins de leurs aspirations ; que &i M. McDougall pénétraït dans la colonie, la partie anglaise de la populs tion le laisserait probäblement s s'établir comme gouverneur ; qu'il serait alors “ roi et maître” dans le pays, et que, pour cette raison, ils voulaient lui faire rebrousser chemin ; qu’ils avaient agi nonseulement pour leur propre bien, mais pour le bien de toute la colonie ; qu'ils ne croient pas avoir violé aucune loi, mais avoir seulement défendu leur liberté, et qu’à tous risques ils sont déterminés à empêcher M. McDougall de pénétrer dans la colonie.
Le conseil essaya de persuader à M: Riel combien, ses idées et celles du parti qu'il représente sont erronnées. Il lui fit comprendre que leurs démarches étaient hautement criminelles et lui signala les désastrueuses conséquences qui pouvaient en résulter, nonseulement pour eux-mêmes, mais pour toute la colonie, s'ils persistaient dans leur obstination. On lui conseilla fortement d'user de son influence sur son parti pour le dissuader de chercher à molester M. McDougall en aucune façon et pour engager ses partisans à retourner tranquillement dans leurs foyers, l’avertissant que, tôt ou tard, la rétribution. serait sévère. pour eux s’ils persistaient dans l'exécution de leurs plans.
Toutefois, M. Riel refusa d'adopter les vues du conseil, eb persista obstinément à exprimer sa détermination d'empêcher l'entrée de M. MeDougall dans la colonie, refusant même de communiquer à son parti les mesures et avis du conseil ; cependant, il promit, assez malgré lui, de communiquer à ses partisans” ce qu'il venait d'entendre, et de faire part au gouverneur MeTavish du résultat de sa mission, jeudi à 11 heures.
M. Riel et M. Bruce s'étant retirés, le conseil reprit ses délibérations et discuta la question de savoir s'il serait opportun d'appeler des hommes aux, armes pour aller trouver M. McDougall et lui offrir protection ; mais comme cette force armée ne pourrait être recrutée, en gande partie, que parmi Ta population anglaise, si toutefois elle répondait à l'appel, il en résulterait évidemment un conflit entre les deux classes de la population qui, bien qu'elles aient vécu jusqu'à ce jour en assez bonne intelligence, différaient cependant tellement au point de vue de la race, de la religion, du langage et des mœurs, que le commencement des hostilités entre elles aménerait probablement une lutte longue ‘eb sanguinaire, dans laquelle interviendraient probablement aussi les Sauvages des environs. Le conseil croit, en conséquence, que sans le secours d'une force armée régulière, il serait peu sage, en tout cas, de faire une expérience si pleine de danger pour tout le pays.
Enfin, le conseil ayant été informé qu'un grand nombre de Français intelligents et influënts n'étaient point impliqués dans le mouvement hostile à M. McDougall, adopta la résolution suivante, proposée par M. Bannatyne et secondée par M. McBeth :—
‘ Que MM. Dease et Goulet soient chargés immédiatement de prévenir un aussi grand nombre que possible de colons français, et de se rendre avec eux au camp des insurgés, dont le but est d'arrêter M. McDougall, pour essayer, si possible, d'obtenir d'eux qu'ils se dispersent paisiblément ; et que M. Deasé soit chargé de faire rapport à M. M cTavish, jeudi prochain où avant, sur le succès ou l’insuccès ‘de cette démarche.”
. Et le conseil s’ajourne.
+ Procs-vERBAL d'une assemblée du Gouverneur et du Conseil d’Assiniboia, tenue le 30 octobre 1869, et à laquelle assistaient les membres suivants :— ‘ John Black, écuier, Gouverneur intérimaire, — Président.
Le Très-Rév. Lord Evêque de la Terre de Rupert, conseiller Dr. Cowan, À. G. B. Bannaïyne, écuier, .
Dr. Bird, . # John Sutherland, écuier, ; Wm. Fraser, écuier, 6
Le président, rappelant la décision adoptée à la dernière réunion du conseil à l'effet d'envoyer M. Dense avec un certain nombre de ses compatriotes, à l'endroit où étaient réunis les gens qui menacent d'empêcher l'entrée de M. McDougall dans la colonie, informa le conseil que la mission de M. Dease avait complètement échoué, que non-seulement toutes les offres possibles de conciliation n’ont pu engager les rebelles à se disperser paisiblement, mais qu'ils semblaient plus résolus que jamais dans leurs desseins. Vu les circonstances, et considérant que M. McDougall était en ce moment rendu à Pembina, le gouverneur croit que le temps, est venu d'entrer en communication avec M. McDougall à ce sujet, et afin de ne point perdre de temps, le président soumet à l'approbation du conseil un projet de lettre du gouverneur ‘MeTavish à M. McDougall au nom du conseil.
‘ Après mûr examen de l’état actuel des choses, le conseil, sur motion de l’évêque de la Terre de Rupert, secondé par M. Sutherland,
Résolut-—que, dans l'opinion du conseil, l'on devait immédiatement écrire à M. McDougall conformément au projet de lettre adopté. |
LS
ExTraitr d'une letire du gouverneur McTavish à W. G. Smith, écuier, secrétaire, datée
du Fort Garry, Rivière-Rouge, le 16 Novembre 1809.
‘ Je regrette d’avoir à vous informer que depuis ma dernière lettre du 9 de ee mois, les choses ne se sont point améliorées ici. Un corps armé de Métis canadiens, sous la conduite de leur chef, Louis Riel, occupe encore cet établissement, et bien que ses hommes
soient généralement tranquilles et évidemment inoffensifs, Riel Juimême ne me semble
pas aussi traitable. Une bande encore plus considérable de Métis garde la grande route de Pembina à la rivière Sale, environ dix milles en amont. de Ja Fourche, sur la rivière Rouge, et les Métis sont résolus à ne laisser entrer sur le territoire ni M. McDougall ni personne y sa suite. M. McDougall est encore sur le territoire américain, à Pembina, où il attend le cours des événements.
‘ Louis Riel m'a envoyé hier, de la part de la population française, maïs signée setlement de lui-même, une protestation contre la compagnie de la Baie d'Hudson, parce qu'elle tolère la présence de l'honorable Wm. McDougall près de la frontière du'territoire. Il m'informe, en même temps, que “ les propriétés de la compagnie, dans ce pays, auront à répondre des troubles résultant de la présence en ce lieu de M. MeDougall” Cette déclaration, jointe à la demande des clés de deux des bastions, où il ya quelques mousquets,—demande faite au facteur en chef Cowan quelques jours auparavant, —semblerait indiquer que lui, Riel, est au moins décidé à pousser les choses fort loin. Je crois donc fermement que, si quelque conflit a lieu, les propriétés de la compagnie, ici et ailleurs, sont en grand danger. Jusque là ou jusqu'à ce qu'il soit clairement démontré qu'il faut abattre la rébellion par la force, je crois que l’hésitation de la population empêchera d'en venir à des extrémités, quand même les chefs du mouvement le désireraient, ce qui pourrait bien être le cas, car il y à un meneur fénien parmi les insurgés, et il est très intime : avec Riel.
°! &Lindividuen question est un M. O’Donoghue, qui vint ici, il y a deux ans, en qualité de maître d'école pour la mission catholique romaine eb qui, depuis l'an dernier, porte la soutane, prétendant qu’il se destine à la prètrise, mais qui, depuis le commencement de , la révolte, a quitté l’habit ecclésiastique et s’est franchement allié aux rebelles, leur promettant l'assistance des féniens.
“ Les chefs des Métis français invitèrent, il.y a quelque temps, les paroisses protes-
. tantes de la colonie à envoyer des délégués, pour s ‘entendre avec ceux des paroisses catho’
liques romaines, et c'est ce qui a été fait. Les délégués se sont assemblés aujourd'hui pour considérer l’état du pays ; quelques-uns pensent qu’on arrivera à un arrangement d'après lequel M. MeDougall pourra entrer en sûreté dans la colonie, mais je crains que les Métis français n'acoeptent j jamais ceb arrangement à aucuñe condition.
* Toutefois, j'ai profité de l'occasion pour envoyer à l'assemblée une adresse aux populations de la Rivière-Rouge, proclamation où j'expose l’état des affaires et proteste contre
les démarches des rebelles. J'ai pris cette mesure plus pour satisfaire M. McDougall et les membres du conseil d'Assiniboia que dans l'espoir d’en obtenir aucun résultat en ce qui concerne la rébellion. 7
& Je vous expédie sous ce pli, pour l'information du gouverneur et du comité, copie des divers documents relatifs aux troubles et que j'ai mentionnés à plusieurs reprises dans ma correspondance, , La liste de ces documents est aussi incluse.”
| TéLÉGBAMME.
Sir John Young à Lord Granville.
Orrawa, 23 novembre 1869.
* È M. McDougall, choisi comme gouverneur du territoire du Nord-Ouest, après le transfert, est arrêté sur la route du Fort Garry, par un parti armé, peu nombreux, de rebelles métis. Les autorités de la compagnie de la Baie d'Hudson, encore chargées du gouvernement du pays, semblent impuissantes et inactives. Les Métis ont formé un gouvernement provisoire. John Bruce, président. On dit que le gouverneur MeTavish se meurt.