‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 16 sur 28 · XV. — État de la Cbaldée devenue chrétieane , jusqu^à · texte numérisé non relu

XV. — État de la Cbaldée devenue chrétieane , jusqu^à

rapparitioD de Mahomet.

La tradition nous apprend que la vocation des Gentils commença par le peuple chaldéen ; puisque trois de ses princes, initiés au culte et à la science des mages, furent miraculeusement appelés au berceau du Rédempteur. L'annonce de la Bonne Nouvelle se fit dans la nation à l'arrivée de ces rois ambassadeurs ; de sorte qu elle était déjà préparée à recevoir la doctrine de Y Espérance ' , lorsque les apôtres, assistés de l'Esprit-Saint, se partagèrent lempire spirituel du monde. Saint Thomas, qui, deux ans après rassemblée du Cénacle, avait déjà parcouru la Perse, la Bactriane , les vallées de Caboul , de Candahar et de

' La note de la page 205 noa» a irontré que ceUe idée était contenue dans rétymologie du root Évangile,

Cachemire, et péuélré dans llnde plus avant que le conquérant Alexandre , et saint Barthéiemi , qui déposa les premières semences de la foi en Ârméme, dans le pays des Ibères et chez les peuplades du Gancasey avaient d abord l'an et Faatre traversé la Chaldée, et leur parole avait en* fente des disciples à Ja vie spirituelle.

Mares et Adée , le Thadée des Arméniens , développant leur œuvre, foiKlèrent Téglise de Mésopotamie, où fat rédigée la première liturgie chaldéenne. La parole de Jésus- Christ, annonçant qu'il est venu diviser le frère contre le frère et susciter parmi les hommes la guerre sans arnoisticedela vérité contre le mensonge, se vérifie surtout dans la lutte ensanglantée que livra , durant pins de six siècles, le magisme à la religion chrétienne. Le culte réformé de la Médie et de la Perse avait beaucoup perdu de sa pureté primitive; et la corr^iption philosophique des écoles de la Grèce et de Rome lavait abaissé généralement jusqu'au sensualisme le plus voluptueux. Voici la cause de Tinsurmontable résistance qu'éprouva le vrai culte, qui prêche à tous la pauvreté, la pénitence et la mortification des sens.

Les peuples de Gtésiphon et de Séieucie fermèrent leur cœur à la prédication de Mares ; parce que , la tète couronnée de fleurs et les oreilles réjouies par la musique des concerts, ils restaient ensevelis dans Tivresse des festins. Néanmoins la parole divine prit racine dans quelques consciences, qui furent comme la pierre angulaire sur laquelle se bâtit insensiblement Téglise patriarcale de la Chaldée. De là , conune d'un centre lumineux , la foi rayonna dans la Presqu'île Arabique , la Sasianne et le pays d'Hormus ; et sa lumière éclaira les contrées conquises par saint Thomas, au delà de Tlndus et du Gange, Le peuple de Ninive,

^ui avait écouté les avertissements de Jonas, fat aussi docile aax enseignements des apôtres ; et, si les Hébreux avaient renié le Messie, salué par Abraham, les Ghal-* déens , sortis de la même tige que ce patriarche , furent moins aveugles et moins ingrats.

La doctrine de Jésus s'ouvrit un passage à travers les monts Gardon, fermés aux légions des Grecs et des Romains et aux invasions des Parthes , et envahit bientôt la Médie» boulevfird et foyer du magisme. Si les empereurs de Rome, persécuteurs du christianisme , n avaient eu pour défen* senrs , du côté de la Perse , les chrétiens , ennemis irréconciliables du culte de Zoroastre, qui aurait mis un frein à la puissance féodale des Ârsacides? L'humiliation de Grassus avait appris à ces bandes ', redoutables surtout dans la fuite, que le peuple invincible pouvait enfin être vaincu. La politique païenne des maîtres de l'empire, qui ne comprenaient point le secret de la domination universelle, octroyée pari aP rovidence pour l'accomplissement de ses fins, contribua, par des guerresinjustes et orgueilleuses, à indisposer les Perses contre la religion qu'elle leur semblait quelquefois faussement protéger. A peine le patriarche Abraham avait-il fait cesser la première persécution, suscitée en Perse l'an 152 de notre ère, en rendant miraculeusement la santé à son prince héréditaire , qu'elle recommença brutalement, provoquée par Trajan, qui livrait aux flammes Nisibe et Ëdesse , emportées d'assaut. Ges deux cités et celles de Gtésiphon et de Séleucie furent , durant plusieurs siècles, prises et reprises par les empereurs et les rois leurs ennemis , comme une redoute que

* Le nom de Bande $ convient aux armées des rois de cette dynastie, nommée par les auteurs arabes et persans , Malouk-Tavaif,

des combattants se disputent au jour du combat ; et, chaque fois qu elles changeaient de mattre , les chrétiens étaient tourmentés, comme formant une opposition religieuse et politique , qui , par ses fluctuations , tenait en échec les deux empires.

Lan 165, l'animosité causée par la guerre qui désolait toute le Ghatdée rompit les liens religieux qui unissaient à Téglise d'Ântioche le siège patriarcal de Séleucie ; et comme le CalhoUqm ' des Chaldéens cessa d'aller recevoir du pa*triarche de Syrie son investiture , ses successeurs s'habituèrent aisément à lesprit d'isolement et d'indépendance , qui les entraîna plus tard dans une rupture ouverte avec le chef suprême des fidèles. Bien que cet état violent contrariât la propagation de la .doctrine chrétienne, sa force interne triomphait, à la longue , des obstacles; et , au moment où elle était proscrite de l'empire, on la voyait se relever puissante, et s'asseoir près de celui qui le gouvernait. C'est ainsi que les historiens persans nous assurent qu'Ardecfair Babégan professait secrètement le christianisme. Toutefois les autres Sassanides ne marchèrent point dans la même voie que le fondateur de leur dynastie ;, et le fils même d'Ardechir, après avoir ravagé la Mésopotamie et poussé ses armes victorieuses jusqu'à Antioche , attaqua les chrétiens avec une férocité que Décius , qui les persécutait dans l'Occident , eut de la peine à égaler»

Les noms des innombrables martyrs qui succombèrent en ces jours enrichissent les pages du Martyrologe chai-

' Calholicos, ou Chef imiversel, tel est le nom impropre et contradictoire que donnent à leur patriarche les Nestoriens, les Jacobiles et les Arméniens, qui n'ont retenu du catholicisme que ce mot, exprimant l'erreur qui le leur a fait perdre.

déen. Le feu de la persécution fut activement attisé par Manès, dont l'hérésie tendait à concilier les doctrines incompatibles de la religion chrétienne et du magisme. On doit, sans doute, attribuer à sa persuasive éloquence le» merveilles magiques que les musulmans disent être la^ création de son pinceau ^ lui à qui ils ne pardonnent pas du reste la présomption de s'être attribué le titre de Paraclet qui ne convient qu à Mahomet leur prophète. Bahram , fils d'Hormuz , fut séduit par ce réformateur, dont le symbole était si criminel qu'il fut repoussé comme immoral par le corps entier des mages.

D'autre souverains , comme Jezdegerd-Alathim , conseillé par un ministre chrétien, ou comme Kosrou- Perviz , allié à une princesse chrétienne , laissaient quelques heures de calme à l'Église* Alors des évêchés se constituaient dans les principales cités du royaume; des chapelles s'élevaient ; et le nombre des fidèles croissait au centuple ; mais bientôt un orage plus violent éclatait sur leurs têtes , le sang ruisselait à flots , les temples da vrai Dieu étaient démolis; et, avec les livres condamnés aux flammes^ périssaient les souvenirs de la vertu et du savoir de ces premiers chrétiens \ Que d'hommes sacrifiés comme martyrs dont les actes héroïques ne sont connus que du Dieu pour qui ils mouraient! Que de dévouements admirables I Tel est celui de deni mille vierges chaldéennes , emmenées en esclavage par Kosrou , vainqueur d'Âpamée et de Nisibe. Leurs gardes, intéressés à conserver la fraîcheur de leur beauté, les ayant laissées se baigner dans une rivière, voisine du Turkîstan, elles se noyèrent toutes» en

' Chron. syria. de Bar Hcbraeus, p. 63.

chantant les loilangeB du Trè^Haut , de peur d'être exposées à 1 offe&ser '.

Saint Eugène , disciple dé sâiht Antoine, que la liturgie chàidéenne ose appeler Un atUre Christ, k cause dti prodige de sa sainteté, bâtit Sbf te mont IzlenSis lô premier cloître; et la Ghaldée., ainsi que la Perse , se peupla de cellules. Gotement les ftmes blesàées du trait àé TaMour divin et nourries dune méditation cofttMplative auraient-' elles hésité à oublier dans la S(^iliide un inonde devenu plus haïssable pAt ses di$isordes civiles et ses (liroscriptions kacri> léges? L'hotocâuste de tknlas et de sa femme Gôrdoa, parents du roi Chapouri n'assouvit point les royales fureurs; et, en 366, les niassacre^ avaient tellement décimé la population chrétienne, que le saint patriarche Thamuza défendit aux jeunes gens d'ehibra^ser la vie monastique. L^an 421 , le tièie imprudent de l'évé()ue de Suze, qui renversa un autel du F^, soukiya coiitre les chrétiens les mages et leors sectateurs. Et, comme ils cherchèrent un appui dans la puissance des enàpereUrs de Gonstantinople, oh eu fit un nouveau prétexte pour les poursuivre et les exterminer. La vengeance éVangéliquè que tirait de ces excès Acace, étôque d*Amid , qui vendait ^s vases et les ornements de son église pour le l'achat des eaptifs persans tombés au pouvoir ctes Rmnains, désarma Bahram, et rétablit la paix jusqu'à ce qà elle fût rompue de nouveau, vers 488, par Isdegerd , vainqueur dâhs le Chorasan.

Dimi n^attrait point montré aux Ghaldéens une sévérité aussi implacable, s'ils étaient demeurés, avec une sincérité

' C6 fait et ^belctcles antres du itiême genre , cités dans l'histoire des pQnécolioj», ÉAit lOBlIfiés pàt la Donne foi des maftyrs et par l'Ignorance où ils étaient des vrais principes de la religion , <tai téproavft toujours le suicide ( IV. de l'éd.)

unanime, dans la communion (H*thodoie. Leur unité reli-^ gieuse eût même engendré parmi eux un esprit public , dont la force eût résisté aux attaques des Romains et des Persans, ennemis du christianisn^e. L empire d'Orient était possible avant qu'il se constituât a By zance. Ses éléments existaient dans la multitude de chrétiens qui couvraient TAsie , depuis le Pont-Ëuxin jusqu'au Golfe Persique. Mais le goût des investigations spéculatives et une curiosité téméraire d'expliquer des choses insaisissables à la pure raison ont constamment sollicité l'esprit oriental ; jusqu'à ce que le rationalisme des Grecs , l'aidant de ses procédés scolastiques , changea ce penchant en habitude , et intima ses présomptions , en les décorant du nom de liberté intellectuelle. La parole de Jésus-Christ, à peine tombée des lèvres des apôtres, fut traduite en des systèmes dont la conception monstrueuse effraya l'Église naissante, et déconcerte encore la déraison timide des modernes novateurs. Telles furent les théories de Simon le magicien et de tous ces penseurs, qui ne prirent à l'école platonicienne qu'un nom, encore qu'ils profanèrent.

La pierre d'achoppement contre laquelle se brisera toujours toute raisoQ que ne retient pas la grâce de la foi est l'inexplicable et incompréhensible relation de l'in&ni avec le fini^ premier mystère^ qui enveloppe de son ombre l'origine des choses visibles, et qui a conduit à nier la création de l'univers quiconque a voulu la concevoir en dehors de la révélation. Les philosophes de l'antiquité et des temps niodernes, qui n'ont pas pris pour point d'appui la tradition et la parole divine qu'elle conserve , se sont perdus dans leurs propres pensées , en transformant tout en Dieu , ou en excluant Dieu de tout t double erreur, qui , par des voies

oppoaées^y aboutit au même doute universel. La religion chrétienne a pour fondement ce mystère unique, qui repa* ratt sous des faces multiples dans tous ceux qu elle propose à notre foi* La rédemption , Tincarnation et Teucharistie ne sont que des modes différents d une même union de l'être sans limites à lauature limitée. Celui qui yeutrexpliquer et non le croire finit par le nier ; et celui qui le nie a perdu à jamais FinteUigence du christianisme.

Les hérésies d'Arius, d'Eutychès et de Nestorins ont été engendrées par la tentation de raisonner sur ce point , sans rintention préalable de se conformer à renseignement de rËglise. Qu'en est-il résdté? Le premier n a vu en N. S. J.<-G. qu'un homme; le second qu'un Dieu; et l'autre flotte dans le vague de ces deux erreurs. Nestorius , en effet, ne nie pas Tincamation ; mais il soutient que l'homme formé dans le sein de la Vierge est autre que le Verbe, fils unique de Dieu. L'union de la divinité à Thumanité dan» le Sauveur n est pas substantielle ou hypostatique , mais seulement formelle et morale. La divinité réside en lui comme dans son sanctuaire; elle le pénètre comme le rayon le miroir qui le réfléchit; d'où la distînc* tien de deux natures , de deux substances et de deux personnes, P(xrzoupa, mot que les Chaldéens prirent des Grecs, en faussant sa signification équivoque.

L'ariaoisme, après avoir sapé le christianisme dans ses bases, par la négation nette de la divinité du Christ, s'est placé dans l'ordre des systèmes philosophiques ; et il en a eu l'éphémère existence. II n'en est pas ainsi de deux autres hérésies, qui, renfermant plus ou moins des éléments de la vraie foi, participent à sa vitalité. Elles se perpétuent au sein de l'Orient , à l'état d'un christianisme dégénéré, igno-

rant, mais encore attaché à l'Église, coitime les phinte» parasites à larbre dont elles s'approprient Qne partie de la substance. Le nestorianisme rallia la majorité des Cbaldéens à son syknbole, qui ne fut proprement, ni formulé, ni propagé par Celui dont il porte le nokn , mais bien par ses disciples » qui pk-ovoquèrent la ruiné de la savante école d'Ëdessé, en la rendant le foyer de leur dootritie« Cest d'elle , un siècle après que leur maître eut etpiré tristement dans les sables de la Haute-Ëgypie , que Barsumas , Acace et Michée sortirent, pour cok*rompre la nation par le venin de leur hérésie. L'ancienne liturgie et la discipline primitive de l'église chaldéennè n'éprouvèrent pas d'altération extérieurement sensible. Le clergé eut la même oonsistancô. Seulement le patriarcat de Séleàcie, degré suprême de l'échelle hiérarchique, s'arrogea les droits infaillibles du pontife souverain. Cette intégrité du corps ecclésiastique nous rend raison de la force de résistance présentée par le nestorianisme , à un plus haut degré que dans les autres sectes chrétiennes; et tious concevons pourquoi, vivifié par un certain esprit de prosélytisme, il fonda des colonies religieuses au centre de la Tatarie, dans l'Inde , le Thibet et la Chine. Avec plus d'avantage encore que l'euthychianisme , il échappait^ par les plis et replis de ses flexibles erreurs, à l'argumetitation saisissante de l'orthodoxie. Il niait la divinité de Jésus-Christ ; et, en même temps il soutenait que le Verbe incamé est réellement le fils de Dieu ; il rejetait l'autorité de l'Église, eu gar* dant toute la constitution qu'il avait reçue d'elle ; il reprochait aux catholiques d'unir la divinité et l'humanité ; et il continuait à croire, comme eux, que le pain mystique offert 8ur l'autel est changé en une substance divine.

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Les mêmes inconséquences sont répétées journellement par les Nestoriens avec une ignorance plus tiaïVe.

$. XYI.^ Condition de la société chaldéenne , depuis le

mahométisme.

Quand on examihe les éléments internes et les fondements de la religion de Mahomet , qui suivit de près la consolidation du nestorianisme, et quon se rappelle qu'il eut pour maître un Nestorien , il devient en quelque sorte logiquement prouvé qu'il tira de cette secte l'idée première de la sienne. Il voulut être seulement plus conséquent que Nestorius; et, partant du dogme de l'Unité, connu du peuple hébreu et expliqué par le christianisme , il nia cehii de la Trinité, auquel oh porte involontairement atteinte, dès qu'on dévie de l'enseignement de l'Église. Eu disant, comme les Nestoriens, que Jésus-Christ n'est pas Dieu y il s'explique sur sa nature avoo un vague incompréhensible; puisqu'il déclare ailleurs qu'il est la Parole , le Verbe de la divinité , que sa génération est l'œtivre de TËsprit-Saint , et que les Juifs ont cru » par une folle illusion, torturer et suspendre à la croix sa personne, tandis que c'était son apparence.

Il range les livres révélés antérieurement en trois classes : la Torahf les Psaumes de David et l'Évangilei On ne comprendrait guère cette singulière classification, si on ne savait que la base de l'enseignement dans les écoles chaldéennes a toujours été la lecture de ces trois principales parties des livres saints. Les Chaldéens oht surtout une prédilection si marquée pour les cantiques du Roi- Prophète qu'un historien arménien, en pariant du peuple barbare des montagnes de l'Aryen , dit que , malgré leur

irréligion^ ils ont toujours à ta bouche des versets des psaumes ; et nous-mème, nous avons vu des gens qui , ne sachant pas lire, récitaient néanmoins de mémoire le Psautier. Le verset de FAlcoran est coupé comme celui des psaumes; il y règne le même ton prophétique et inspiré; et la pensée y marche avec pompe , dans le même cortège d'images. Les noms de Loi et de Livre des chrétiens sont des mots primitivement étrangers à larabe et tirés de la langue chaldéenne. Des explications de certains points, relatifs aux croyances et aux faits exposés dans l'Ancien Testament, sont prises du commentaire mystique de saint Ephrem , Fauteur le plus populaire de la nation chaldéenne. Les noms des anges glorieux et des anges déchus, des prophètes et de lantéchrist sont écrits suivant l'orthographe et Tétymologie chaldéenne ; et la transcription chaldéenne du nom divin d'/cAou, Jésus', {Isa) n'a probablement été re-

' Nous nous contentons d'indiquer ici celte filiation du mahométisme, dont on a cherché tro][) exclusivement les origines dans le Judaïsme. Des preuves plus étendues exigeraient un travail spécial et une discussion philologique des termes dogmatiques que Tarabe a dérobés au chaldéen. Nous pourrons traiter une autre fois ce sujet, sur lequel nous appelons d'avance l'attention des personnes que charme l'étude de la religion et de l'Orient. En attendant, nous dirons que le mot Torah, Loi, prononcé Total, par les musulmans, bien qu'il s'écrive Torial, a son radical dans la langue chaldéenne. Avant Mahomet, le mot Kitab, Livre, et le verbe Kalaba, Écrire, n'étaient point employés par les anciens auteurs arabes, qui se servent du mot Zébour dans ce sens, comme on le voit chez le poëte Amrélkaés. Le moiKtavaj Livre, dans le sens d'évangile, est particulier à la langue chaldéenne où il a aussi la signification de Lettre et de Texte. Les passages de saint Ephrem auxquels nous faisons surtout allusion sont relatifs à l'expulsion d'Adam du Paradis terrestre ( Assem. Biblioth. orient., t. I, p. 84, et Alcoran, Sur. ]);auchap. XXV, 17 des Nombres, où il est dit que Moïse fit sortir douze ruisseaux du rocher ; â l'histoire de Joseph, tirée en partie du sermon InpulcHerrimum Joséphum. Le nom de l'antéchrist, Da^ol, estUré du chaldéen, où Dagaia

tournée par le prophète que pour témoigner de Topposi-* tion de sa croyance à celle des chrétiens, touchant sa divinité. Les reproches multiph'és de mauvaise foi et de duplicité incorrigible quil déverse sur ces Nazaréens ', tombant d'accord avec lui et retournant incontinent à leur erreur, ne peuvent convenir quà la secte qui, ayant un point de contact religieux avec Tislamisrae , a toujours été spécialement protégée par lui. Mahomet, comme par un sentiment de reconnaissance, fit un traité avec le patriarche Jesuiabus, dans lequel il garantit la liberté religieuse de son église. Les califes, ses successeurs*, nommèrent des nestoriensau gouvernement de TAssyrie et de l'Adiabène. Leurs trésoriers, leurs secrétaires, et surtout leurs médecins étaient géné-

sigoifie encore le Menteur et Vlmposleur par excellence. Quant au nom musulman d'Isa, Jésus, pour saisir notre observation, il faut connaître les deux alphabets arabe et cbaldéen , et comprendre qu'/^a est l'in- Terse d*ichou. Nous avons eu occasion de remarquer que les Gbaldéens renversent dans leurs manuscrits et écrivent à rebours les noms qu'Us réprouvent, tels que celui des hérésiarques et surtout de Satan. Mahomet, franc négateur de la divinité du Christ , a dû emprunter cet usage des JScstoriens; et l'écriture l'a perpétué ensuite dans le texte de TAlcoran.

' Nazaréens est la traduction littérale du mot JVasara, donné dans rAlcoran aux chrétiens. Les Gbaldéens seuls sont encore appelés par les Tares et les Persans du nom de Nasrani, A ce sujet, nous citerons un trait de l'ignorance fanatique du guide turc qui nous accompagnait de Van A Tauris, â travers le territoire des Curdes. Gomme nous lui de* mandions quelle espèce de gens étaient les Nasrani dont il parlait : « lia foi! répondit-il, je n'en sais rien; seulement, ont dit qu'ils sont au-dessous des Giaour, Gioourlerden ^chaga der lez » L'épilhëtede Giaour ou d'Incroyant dans la bouche d'un Turc, signifie un Chrétien t

* Chose singulière 1 Tous les mahométans donnent aux évéqueschaldéensle nomde Kalifa, ou vicaire. Est-ce un souvenir de leur puissance sous les califes de Bagdad , ou l'expression correcte du rang hiérarchique qu'ils occupent dans l'église ?

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ralement des disciples de Nestor ius ; et piiisiaura, tels que Bochtichou-le-Graod , célèbres par leur savoir en anatomie et en thérapeutique , avaient une influence politique qui décidait , dans Tordra spirituel , de la nomination d<îs patriarches.

La domination des Arabes fut indulgente pour les Chai* déens , à quelques exceptions près d'un calife fanatique , comme Âboudjafar , ou du fondateur dun culte nouveau , tel quHachem-Biamr- Allah , qui condamnait tous les chrétiens à n avoir pour monture que des ânes et à suspendre à leur cou une croix de bois pesant 5 livres.

En communiquant aux mahométans les premiers articles de leur symbole , les Chaldéens léguaient encore à tout le peuple qui lembrassa le don inappréciable de récriture. L application de cet instrument aux connaissances qui leur étaient simultanément transmises produisit la science musulmane, dont laurore a éclairé Timmense élendue des régions comprises entre la terre d'Espagne et celle du Khovaresm. Son ère se prolongea plusieurs siècles; et jBar-Hebrseus disait à sa nation ' : « Les mahomé- « tans nous doivent tout ce quils savent; mais, à notre <( honte , il faut avouer que les disciples ont devancé aa- <( jourd'hui les maîtres. » Lorsque la Kgnée de Djenguis- Khan s'éleva sur les ruines de l'empire des Âbassides, la condition sociale des Chaldéens ne fut point pire, sous des princes dont les aïeux , du fond des steppes de la Tatarie, conspiraient avec le saint roi de la France au renversement de la puissance sarra&ine. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux , alliés à des princesses chrétiennes , sont honorablement soupçonnés d'avoir été attachés à la vraie foi.

' Bar-Hebr., Chr. syr., p. 103.

Le pape Nicolas IV leur ^Toyaii pour ambassadeorg des missioanaireSy qui aillonnaieiit leurs vastes États , en préchaut à haute vok l'Évangile. Le quatoriième sièele commença favorablement pour le christianisme ; et , pendant qu UQ simple frère prêcheur, du nom de Jean» ramenait à l'orthodoxie les oestoriens du Cathay, leur patriarche, Ja* ballaba, écrivait, Tan 1304, au premier et unique patriarche de rÉgtise qu il rétractait son hérésie, pour croire à la croyance de tous. Ce triomphe était encore Tœuvre des frères prêcheurs, qui couvraient de leurs ardents émissaîrea les pays des Sarrasins, des Ibères Orientaux , des Âlains, des Grecs, des Bulgares, des Goths, des Russes et des Tatares. Cette tentative de réunion avorta bientôt, par l'effet des causes qui ont paralysé les quatre autrei^ ', et qui se réduisent sommairement a lorgueil fatal des Orientaux, qu'humilie une suprématie étrangère, à la conservation de la liturgie corrompue primitivement par les hérésiarques, à la cessation de rapports que l'église d'Occident ne peut jamais trop multiplier et étendre, et enfin à TigDorattce de la langue et des usages locaux chez les envoyés.

L'extinction progressive de la tradition ecclésiastique et de la discipline dégrada tellement la dignité patriarcale qu'elle fut assimilée aux dignités temporelles héréditairenieiit trausmissibles par le droit du sang. Lan 1450, lé patriarche Siméon établit la loi , que son successeur serait perpétuellement choisi dans sa famille et parmi ses plus

' Va première réconciliation s'effeclua Tan 630 , la seconde l'an 1396, soas le patriarche Savarichou , et la troisième en 1552, sous le pape Jul€s III. Solskah en fut l'auteur; puis après lui , Elie , l'an 1616 , et Joseph 1, Tan 1681, envoyèrent leur acte de soumission au Saint-Siège.

proches parents, principe qui constitua la légitimité du népotisme nestorien. Le célibat imposé au chef de cette église et à ses premiers dignitaires rendait l'exécution du règlement plus difficile. De nombreux prétendants se disputèrent le siège avec une rivalité qui agitait toute la nation par ses .intrigues et ses désordres. Mais un siècle s'était à peine écoulé que la Providence faisait tourner ce mal à bien. Gomme il ne restait plus alors qu lin descendant de la famille privilégiée, lequel, malgré son indignité, réclamait, en vertu de la loi, lautorité spirituelle , une assemblée d'éyéques se réunit a Mossoul ; et Sulakah , ou Siud , moine du couvent d'Alkouch % ayant été élu patriarche , alla à Rome près de Jules III abjurer le nestorianisme. Le 20 février 1553, il recevait, avec le nom de Jean, la confirmation de sa dignité. Lan 1555, le patriarche nestorien le faisait sacrilégement massacrer par les Turcs. Ebedichou fut désigné à sa place; et le souverain pontife lui conféra pareillement l'investiture de son siège. Le successeur de Simon Barmana, meurtrier de Siud, envoya à Sixte-Quint sa profession de foi; mais elle fut rejetée comme hérétique ; et Ebedichou fut remplacé par Jaballaha.

Après ce patriarche , la suprématie spirituelle des Chaldéens fut partagée entre trois chefs. Le premier, résidant à Kodjannès', monastère voisin de Djulamerk, était Simon Denha , qui , avec les deux autres Simon , ses suc-

' Ce couvent est le seul qui se soit conservé dans la nation chaidéenne. La raison en est que les religieux , au nombre de cinquante , sont catholiques.

* Assémani, dans sa bibliothèque, a déûguré ce nom qu'il écrit Cananès.

cessears» persista dans les sentiments orthodoxes, dont il soumit l'exposition au pape Grégoire XIII. Quand les antres Simon retombèrent dans le schisme et l'hérésie , un patriarcat fut érigé à Mossoul par Mar Elie, avec lap* probation de Paul Y. Ses successeurs, qui portaient le même nom, n'ayant pas été fidèles à la foi, les catholiques du Diarbekre obtinrent, en 1 681 , d'Innocent XI la nomination d'un patriarche, dont le siège est occu pé par Joseph Y I, persévérant comme les autres Joseph , ses prédécesseurs , dans l'attachement à l'unité. A la fin du dernier siècle, le patriarche de Mossoul étant rentré dans le sein de l'Église , son siège fut considéré derechef comme le centre de la catholicité chaldéenne.

En examinant les révolutions et les déchirements que la jalousie fomenta dans cette société spirituelle , et en comparant ces misères à celles qui affligèrent encore à un plus haut degré l'église d'Arménie, on se demande si les souverains pontifes de Rome n'avaient point été trop indulgents à tolérer une dignité dont le nom seul met en émoi toutes les ambitions et dont l'exercice est une tentation trop forte pour une nature essentiellement vaine. Les Chaldéens disent des Arméniens , que, s'ils se sentent les deux pieds fermes en terre, ils se mettent incontinent une couronne à la tète. Nous croyons que les uns et les autres méritent le reproche d'un penchant effréné à commander. L'amour de la puissance n'est jamais plus fort que chez rètre faible ; et celui qui, depuis des siècles, ne voit partout qu'esclavage, étant lui-même esclave, doit naturellement aspirer à devenir mattre , au moins spirituellement. Qu'on ne juge point les peuples d'Orient d'après les sociétés européennes. La servitude a effacé dans la plupart des chrétiens II. 15

ce sentiment de dignité personnelle qui fait porter la tète haute , et cette loyauté qui agit en tout et partout à la face du soleil. L'éducation sociale, premier avantage de la civilisation , leur manque complètement; et la science leur a retiré sa lumière, parce qu'ils ont détourné leurs cœurs de Tunique centre d amour et de vérité. Lorsqu'à ce foyer vivant se rallumera ce double flambeau de la foi et de la science qu'ils ont volontairement éteint , leur nature se régénérera , et ils redeviendront à la fois chrétiens et hommes.

§. XVII. — Chaldéens montagnards.

Xénophon, arrêté par le lit du grand Zab, que défendait, sur la rive opposée, Tissapherne, à la tète de l'armée persane, conçut, dans un beau désespoir, le dessein de franchir les monts Gardou, qui projetaient sur lui leurs cimes nébuleuses. Par cette résolution énergique , il échappait aux poursuites des cavaliers ennemis, qui le pouvaient accabler en plaine, et il surprenait les montagnards, nullement disposés à défendre le passage , persuadés qu'ils étaient que les Grecs ne se décideraient jamais à le tenter, au prix de leurs tentes brûlées et de leurs chevaux abandonnés. Le petit nombre des Carducbiens, dont les traits sûrement lancés et les pierres qu'ils faisaient rouler portaient la mort dans les rangs des dix mille, prouva au général historien quel péril l'eût nienacé, si cette nation, hostile aux Grecs comme aux Persans, se fût réunie pour défendre l'entrée de son pays. Rennel les appelle les Ancêtres des Cardes, trompé qu'il est par l'autorité des critiques, ignorant l'existence de nos Chaldéens '. La vue de ces Carducbiens causa aux Grecs la même

■ ^'bolzer a dU : « Noas savons Irès^bien quel dialecte on parlait à

terreur qu'elle avait inspirée jadis aux Juifs» traînés par eux captifs à Babylone. « Voici que je suscite les Chaldéens , peuple rude et violent, qui va par retendue de la terre prendre possession de pays qui ne sont pas à lui. Effrayant et terrible , il tire de soi ses jugements et sa puissance. Ses chevaux sont plus agiles que les léopards et plus rapides que les loups nocturnes. Ses cavaliers se dispersent ; ils accourent de loin ; ils volent comme l'aigle qui fond sur sa proie. Tous viennent pour piller; ils dévorent d'avance de leurs re* gards ; et ils entassent les captifs comme le sable. Les rois, il les méprise, et les princes sont sa risée ; il se rit de toutes les forteresses qu'il prend avec des retranchements de terre. Il passe avec la furie de l'orage, et profane tout; car sa force est son Dieu. Et toi , n*es-tu pas de toute éternité, Jéhova, 6 mon Dieu!....' »

La nature des Chaldéens n'a pas plus changé que celle de leurs montagnes. Le progrès de leur société consiste dans les quelques notions de justice et. d'ordre qu'un christianisme profondément altéré y entretient encore. Ils ont la même horreur de la domination étrangère et un amour aussi effréné de la liberté. L'or et la fortune ne les tentent aucunement ; et, comme un luxe amollissant n'a pas multiplié leurs besoins , les arts et l'industrie leur sont toujours aussi inutiles qu'inconnus. Au sein de la pauvreté, ils sont donc réellement riches ; puisque le peu de terre cultivable qu'ils possèdent suffit à leur subsistance, simple

Babylone ; mais nous ignorons la natare da dialecte propreoienl elialdéen , leqael défait être parent du persan , du méde, de l'arménien et du corde. Certainement les Gurdes sont les fils des Chaldéens. » Eichor., Repart., t. YIII, p. 1 18. - Il est difficile d'enfermer plus d'erreurs en moins de mots.

* Habac, ch. I, 6.

et frugale comme celle des patriarches. Le froment , assez rare, est remplacé par un ri2 au grain énorme et par le millet , dont les récoltes sont doubles dans les années favorables. S'ils n'expriment point du raisin une liqueur spiritueuse, ils en font, lorsqu'il est confit au soleil, un fruit sec, recherché dans les villes de Turquie et de la Perse. La vigne se marie aux arbres, comme dans l'Italie; et son cep prend souvent racine dans une terre artificielle, péniblement transportée sur les flancs d'un rocher. Une de ces espèces de vignes se couvre à la fin de l'été de grappes vermeilles, si monstrueuses qu'on les appelle raisin-noix. Le coing, labricot et la grenade croissent naturellement au fond des vallées, ainsi que l'arbuste produisant un fruit, d'une forme spirale, appelé mergith, dont ils sont très friands, lorsqu'il est desséché et macéré dans le sel. Avec le lait des troupeaux , ils préparent un fromage blanc , qui se conserve dans des outres; et, pour faire Téloge de leur yogourt ou lait caillé, il suffit de dire qu'il est renommé par-dessus celui des Arméniens , des Turcs et des Curdes. La laine des brebis , le poil des chèvres et le lin qu'ils cultivent , filés et tissés pendant les veillées , composent leurs vêtements. Les robes des femmes sont longues et décentes. Elles ne prennent pas la précaution de voiler leur visage, que défigure l'antique ornement de boucles d'or passées dans les narines. Les hommes sont d'une taille élevée et robuste ; une longue barbe noire communique à leurs traits une fierté sauvage , qui impose. Ils n'ont point de villes ; et les maisons sont rarement groupées en bourgs et en villages. Chaque habitation est d'ordinaire isolée, dans un ravin ou sur la pente bien exposée de la montagne. A ces hauteurs, ils aspirent, durant l'été, la fraîcheur des

brises ; et ils se garantissent pendant Thiver des rigueurs du froid, en convertissant leur logis en étable. D octobre jusqu'à mai, la neige samoncèle autour d eux ; et, comme, aux premiers jours de printemps surtout, elle est sans consistance, ils ont inventé une espèce de patins, qui leur permet de courir, sans y enfoncer. Cette chaussure, apjpelée Kbirdi, se compose d une planchette de bouleau ' ou de saule, liée solidement ap pied par des cordes, dont le tissu l'enveloppe, comme un cothurne, ^

Thomas Ardzéroni , qui ignorait Tantique. et pure origine de la race chaldéenue, dépeint la population de Khouth, montagne attenant à la chaîne de l'Arnos , comme des Arméniens dégénérés et tombés à Tétat de barbarie. « La moitié des habitants, dit-il , ont corrompu leur langue « maternelle, à cau$e de l'éloignement et d'une antipathie « mutuelle. Ils ont formé un langage rapiécé de mots « qu'ils ont mendiés ;. et il s'en trouve de si difficiles et de « tellement inconnus qu'ils ont besoin entre eux d'inter- « prêtes. Ils tirent leur subsistance de qudques graines , <( surtout de celle qui est dite goriag, ou millet, et que « quelques-uns, dans les temps de disette, appellent du pain. <i Elle est semée au fond des vallées entre les plantations (( d'arbres. Ils l'arrosent et la cultivent avec des bêchés Cl fourchues.

« Un vêtement de laine couvre leur nudité ; leur cbans- (c sure est une espèce de soulier fait de peau de chèvre. Un «seul mets et un seul vêtement leur suffisent, F hiver et c< l'été. Ils ont pour armes des dards, qu'ils portent conti-

* Le nom vulgaire chaldéen de ce bois est loghra, et le nom lUtéral nourba. Les Turcs l'appellent souï-sengut. Dans la langue ancienne, le radical khrad signifie froHer en glissant.

« nuellement avec eux , se tenant préparés aux attaques des « bétes qui vivent dans ces montagnes* Au signal de Tina cursion d'un ennemi ftur leur territoire , les montagnards « s'unissent pour la défense del princes ; car ils sont atta- « chés à leurs «hefs. »

<c A cause de la hauteur et de l'inconsistance des neiges « versées par les nuages , ils s'adaptent autour du pied des « bois liés avec des cordes, comme nos jougs , à l'aide des- « quels ils courent aussi facilement que sur la terre ferme. n Ils ont des mœurs de bétes féroces ; ils sont sanguinaires, c( et ne réputent pour rien le massacre de leurs frères ou « de leurs propres personnes. Ils ont la réputation de pila lards et de brigands. Ils habitent la montagne qui sépare « TArzen du pays de Daron. Leur langue, difficile et im- « pénétrable, les fait appeler Khouth, Yiom qui a été donné tt aussi à la montagne. Ils savent les psaumes tels qu'ils c( ont été traduits par les anciens docteurs ou vartabeds « arméniens ; et ils les ont sans cesse à la bouche. »

M. Rich , ancien consul anglais à Bagdad , durant son séjour à Suléimania, prit quelques informations sur les Chaldéens; et, en y joignant les rapports d'un courrier turc, qui avait traversé leur pays , il nous apprend que la race vivant entre Amadia et Djulamerk est distincte des Curdes; qu'elle est chrétienne, et parle une langue spéciale; que les hommes, remarquables par leur saine constitution, vivent sous un gouvernement libre ; quHs portent des chapeaux de paille ; qu'ils cultivent le riz ; qu'ils se vantent d'être maîtres de leurs montagnes, bien avant Mahomet, et qu'il n'y a parmi eux aucune distinction de race aborigène et asservie , semblable à celle appelée Tat ou Tadjik , dans le bas Gurdislan et même par toute la Perse.

$. XVll I. - Récîi des voyageurs qui ont traversé ces montagnes.

Il y a quinze ans, six catholiqaes du bourg de Chosrova, appelés à Moâsoul par des affaires, voulurent abréger leur route , en prenant te voie directe du pays des Chaldéens. Ils ne se dissimulaient pas les dangers auxquels les exposait la déGance farouche des montagnards; mais leur qualité de Chaldéens les rassurant, ils se mirent en voyage. Arrivés au couvent de Marsava, renommé dans toute la nation , la veille de la fête annuelle qui s y célèbre, on les pria d'assister à la cérémonie. Un évèque officia , selon le rite nestorien ; et, au moment de la communion , on leur présenta des gâteaux consacrés et un grand vase rempli de vîn. Nos catholiques participèrent à ces mystères, à l'exception d un seul , que sa conscience arrêta. On s'en aperçut; et l'un des sectaires les plus fervents lui dit : « Seraisc( tu, par hasard, du nombre de ces Chaldéens qui se sont « faits Francs ( c'est-à-dire catholiques)? Parle -nous donc (c de leur patriarche, qui réside au delà des sept mers, dans ce QuiziUËlmasi '. On nous a dit qu'il avait dix mille prêc( très autour de sa personne, lesquels disent par jour mille c< messes pour notre conversion. Cependant, nous autres, « nous croyons être dans la voie droite. Pourquoi les « Francs nous regardent-ils comme des giaours? S'ils nous « méprisent , qu'ils sachent que nous sommes le plus an- « cien peuple du monde , et que ces montagnes sont notre

' Rome porte chez les Orientaux ce nom, qui signiie pomnf$ d'or; car quizil, en turc oriental , désigne le mêlai rouge par excellence. Ce nom fait allusion à l'énorme boule dorée qui surmonte la coupole de Saint-Pierro, et qui paue ici pour être une dei merreilles de l'univers.

« bien , depuis le jour où Noé posa le pied sur leurs (( cimes, p

Ces paroles prononcées avec un accent de reproche effrayèrent les voyageurs, qui , ea déguisant leur conviction religieuse, avaient excité des soupçons. Us craignirent même qu'on ne s'^n vengeât en les retenant prisonniers. Ils partirent donc précipitamment , guidés par des sentiers , qui sont les grandes routes du pays , et où le pied trouve à peine un appui sur la marche artificielle d'un escalier creusé dans le roc, et suspendu sur des abtmes. Plusieurs fois ils furent mis à la question par d autres Chaldéens , qui les auraient spoliés, s'ils n avaient eu leur panvreté pour sauvegarde. Le mauvais exemple des Curdes a perverti la probité nationale.

La clef de leur pays est dans les mains du patriarche qui habite le couvent de Kodjannès. S*il revenait à TÉglise, tout le peuple des montagnes , son troupeau, spirituel, imiterait cette soumission. Un siècle et demi plus tôt, ses prédécesseurs vivaient dans lunité du saint-siége ; et nous ne nuirons pas à la cause du catholicisme en racontant Torigine de leur défection.

§. XIX. — A quel incroyable abaissement est tombé le patriarcat

nestorien.

Le pacha de Van avait pour trésorier un Chaldéen, qui, du vivant de sa première femme, en prit une seconde; parce que celle-là était stérile. Il sollicita vainement do patriarche catholique l'acte de légitimation de son nouveau contrat. Ni les présents , ni les menaces ne purent décider le pasteur à enfreindre une loi formelle de TEglise* Dans

son dépit, notre trésorier du pacha, renoavelant, sans le savoir, l'acte criminel d'Henri VIII , entraîna de nouveau la nation dans le schisme. La nouvelle église chaldéenne, comme l'église anglicane, fut donc rég;énérée par un adultère ! Il troHva facilement dans la famille patriarcale du premier Simon un de ses arrière-neveux disposé à usurper le pouvoir spirituel ; et il l'établit à Somaï, dans le Gurdistan. Il passa ensuite à Kodjannès.

Ce. n'est pas ici le lieu d'esquisser l'histoire de cette réforme ; néanmoins, pour renseignement des lecteurs qui ne comprennent point encore le bienfait de l'unité religieuse, nous leur montrerons, dans la personne du patriarche actuel et dans celle de son prédécesseur immédiat, ce que devient une église qui a divorcé avec l'Église, unique épouse du Christ.

Mar-Simon , le dixième du nom , oncle du patriarche actuel , avait été , suivant la coutume , désigné à la succession patriarcale de son oncle, avant sa naissance. La mère, sur Tespoir souvent trompé que l'enfant à qui elle donnerait le jour serait un garçon , s'était astreinte, après sa conception , au régime abstinentiel qui proscrit à tout jamais l'usage de la viande au chef de l'église chaldéenne. Si le nouveau-né eût été une 611e , d'après les autres dispositions du règlement, elle aurait été condamnée à la vie religieuse; à moins que l'amour du monde, triomphant de sa vocation forcée, ne l'eût portée au mariage; dans ce cas, elle aurait obtenu une dispense, en faisant abandon de sa dot à l'église. Ce cas se présenta dans la personne de la sœur de Màr-Simon X , laquelle , avant de naître , avait été faussement saluée comme le patriarche futur. La pauvre enfant, qui se nommait Schemié, était fort

disgraciée de la nature. Une taille difforme et un pied boiteux la préservèrent forcément de la tentation de rompre le vœu que ses parents avaient fait pour elle. Elle resta donc près de son frère; et, comme sa capacité intellectuelle lui donnait sur son esprit le plus grand ascendant , elle exerça de fait la suprématie spirituelle dont son sexe l'avait privée. En effet, étant son secrétaire et son unique conseiller, elle tenait dans les plis de sa robe la nomination et la suspension des évéques. Les mandements ou ordonnajices, qui étaient son œuvre, s'ouvraient par des exordes surchargés du luxe des imageâ orientales. Le siège patriarcal devenait sous sa plume le soleil sans couchant da monde et la lumière éblouissante des nations. Lorsqu elle allait au chœur réciter le bréviaire, elle s'emparait de la place d'honneur, située à gauche; elle chantait les antiennes, bénissait iassemblée; et un prêtre ne l'abordait jamais sans lui baiser la main , salut réservé aux supérieurs ecclésiastiques.

Son frère était heureux d'être secondé aussi activement dans le ministère patriarcal ; car il avait d'autres graves occupations. C'était lui qui , pendant l'absence du bey de Djulamerk, son suzerain politique, avait le privilège de faire sentinelle à la porte du harem de ses femmes, droit qui a été retiré au patriarche actuel. On l'accuse d'avoir été distrait encore par un penchant assez funeste , celui d'aller, avec les Curdes , détrousser les voyageurs ; mais nous aimons à croire ce rapport calomnieux.

Son neveu , Abraham , Mar-Simon , lui a succédé. Il peut avoir quarante-deux ans ; il est bègue , et Ton vante beaucoup son habileté à tirer le fusil et à manier l'épée. Il est venu visiter une fois l'évêque de Chosrova; et, comme on lui demandait s'il avait d'anciens manuscrits dans son

couvent , « beaucoap, dit*il ; mais je ne connais que mon cheschkkana ■•» C'est le nom de la carabine des Chaldéens et des Cordes. Son goftt martial est si décidé, que la nuit il la faisait placer près de sa couche. 11 n a pour ses lettres pastorales qu'un seul modèle , lequel sert à tous les sujets et pour toutes les occasions. Il vit en fort mauvaise intelligence avec le petit souverain de Djulamerk.; et, si celui-ci ne craignait la vengeance des montagnards , il l'aurait expulsé depuis longtemps du monastère , situé à quatre lieues de sa ville. La nécessité de passer sur les terres du chef curde rend impossible en ce moment le pèlerinage du couvent deKodjannès, tenu dans un état de siège continuel. La source principale des revenus du patriarche est la vallée d'Ourmi, les Chaldéens de la montagne étant trop pauvres pour l'assister. Donc , s'il perd cette meilleure portion de son troupeau, qui le menace, comme nous le dirons ensuite , de revenir à la foi catholique , c'en est fait de l'église nestorienne et de son patriarche.

§. XX. — Ce que deviennent le culte et les cérémonies d'une

église dissidente.

Les évéques, souvent consacrés avant d'avoir atteint l'âge de raison , officiant par l'entremise d'un coadjuteur , qui leur tient les mains à l'heure solennelle de la consécra-' tion et qui balbutie pour eux les paroles sacramentelles ^ n'ont ni les premiers éléments de la science pastorale , ni la conduite régulière, ni même aucun signe extérieur de cette haute dignité qui attire chez nous un saint respect. L'évèque nestorien est un homme qui , pour la valeur de

' Ce nom désigne les six cannelures de cette arme, que l'on charge à balle forcée.

quelques tomans , et après le vœu d'une abstinence perpétuelle, reçoit 'du patriarche la crosse et Tanneau. Du reste » il est confondu dans sa vie privée avec les autres hommes. II mange, boit, dort, chasse ou se promène comme tout le monde; et, dans une année , il prend seulement deux ou trois fois la peine d'immoler sur lautcl Y Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde.

La vue de tous ces prélats , plus nombreux que nos curés de canton, sans en avoir les revenus, nous a expliqué un fait de l'histoire ecclésiastique qui scandalise la foi de certains chrétiens d'Occident : c'est que les conciliabules convoqués par les hérésiarques et les empereurs de Constantinople n'étaient ni aussi imposants , ni aussi difficiles à improviser que le nombre de leurs membres pourrait le faire croire. L'épiscopat n'a jamais été environné en Orient d'autant de considération sociale que dans l'Occident ; et , après la consommation des schismes et des hérésies , il perdit même la science et les vertus qui pouvaient lui assurer encore une influence spirituelle.

D'un autre côté, le clergé inférieur, que les évoques, afin de concentrer dans leurs mains le monopole temporel du diocèse , ont réduit à quelques desservants , est descendu à un état de dégradation comparable seulement à celui du clergé grec schismatique de l'Anatolie. L'ignorance est poussée au point que plusieurs prêtres ne peuvent lire les prières ordonnées par leur liturgie. Non-seulement le célibat ne leur est pas imposé; mais, depuis Simon Barmana, ils ont la permission de prendre successivement sept femmes et demie; ce qui veut dire que, si les sept épouses l^itimes meurent avant eux , la discipline leur accorde, comme dernière grâce, de s'unir à la veuve, qui, depuis la mort

de son mari , n est plus considérée socialement que comme une moitié de femme. A Oumii , vit actuellement un prêtre qui a mis à profit cette permission, dans toute son étendue.

La simonie souille les fonctions les plus sacrées ; et les règlements du mariage , autrefois si stricts , sont ouvertement violés / dès que For brille à leurs regards. Les cérémonies du culte ne sont plus qu'une parodie de la pompe nestorienne, qui attirait autrefois à cette église les populations* du Thibet et de la Chine. Le prêtre ne rougit pas de se présenter à lautei les jambes nues , la tête coiffée d'un bonnet, et un drap blanc jeté sur les épaules, en guise de chasuble. La messe se célèbre secrètement dans le sanctuaire, isolé du corps de Téglise, comme une chapelle particulière, et fennée par un rideau. Le diacre le tire. pour lire au peuple l'Evangile, qui s'interprète et se chante ordinairement dans la langue vulgaire. Aux grands jpurs de solennité , comme Pâques et Noël , le célébrant appelle les fidèles à l'offrande ; et sa voix excite parmi eux une ardente rivalité. C'est à qui se précipitera le premier dans le sanctuaire , pour y déposer sur l'autel les dons de la chanté ; parce qu'alors l'intention votive du sacrifice lui est appliquée eictusivement. Mais le diacre les arrête à sa porte, à cause de la superstition nestorieune qui oblige l'évêque à consacrer de nouveau toute l'église, lorsqu'un simple laïque, un chien ou un chat ont pénétré dans le lieu saint. Il charge donc sur son dos celui qui devance les autres , et le porte vers l'autel, où il remet au célébrant son offrande.

Une autre scène plus risible trouble les lugubres cérémonies de la semaine sainte. Les homnoes y viennent armés de bâtons ; et , lorsqu'ils entendent prononcer le nom de ludas, ils se frappent violenunent les uns les autres , en se

chargeant de malédictions. La confession est abolie de fait parmi eux; néanmoins ils ne craignent point de se pré* senter pèle mêle , hommes , femmes et enfants , a la communion, qui leur est administrée sous la forme d un pain solide et fermenté. Tous boivent abondamment à la même coupe le vin qui leur est offert, comme le sang précieux de Notre -Seigneur Jésus - Christ. Dans quelques canetons s'est introduit le singulier usage de ne conférer le sacrement de baptême quà une fête patronale de Tannée, dans quelque chapelle miraculeuse, ou à leur église métropolitaine de Mar-Sava. Tous les enfants y sont portés ; et, pendant que le prêtre verse sur eux Teau purificatrice, les mères et tous les parents se pressent autour de lui , avec un désordre tel que quelques-uns de ces tendres néophytes se perdent on sont changés, ce qui suscite des querelles lamentables.

.§. XXI. — Que le catholicisme conserve seul Pesprit et les

pratiques du culte.

La liturgie chaldéenne proprement dite , telle que les catholiques la conservent, est pleine d onction et de gravité. Les aspirations de la charité y sont ardentes , et le sentiment d une foi profonde se manifeste dans ses prières. Saint Ephrem lui a fourni une grande partie de ses orai- , sons, où le dogme est expliqué avec une netteté convaincante, et dont les effusions amoureuses sont tempérées par ridée toujours présente de la crainte divine. Le soir et le matin, à Theure du crépuscule, les prêtres, les diacres et les âmes ferventes se réunissent à Féglise, au bruit d une planche frappée du marteau', qui doit remplacer dans

' L'abolition de l'usage des cloches chez les Chaldéeiis remonte au

les pays miisuimans nos cloches sonores ; et là, ils récitent les heures du bréviaire, animées par un récit dialogué et par des chants, dont le rhythme , cadencé avec justesse, se rapproche quelquefois du chant de Téglise latine. Ce chant liturgique a quatorze clefs principales, dont les noms sont les premiers mots des prières les plus anciennes et les plus connues, comme chez nous les premières paroles de nos vieux airs nationaux désigneiit lair d'une romance. Les plus connus sont Biou Lak ouba , Bmrkha de Bhoamé, Pousch beschlama ; et, selon la nature et l'esprit des solen> nités ou des cérémonies auxquelles ils s'appliquent , ils sont graves, joyeux ou tristes. Les Chaldéens ont un goût naturel et vrai pour la musique. Leur voix flexible, pleine et harmonieuse, n'éclate point par des sons nasillards et déplaisants, comme celle des Grecs et surtout des Arméniens.

L'habitude séculaire de ce dernier peuple de vivre sous le joug musulman pourrait bien avoir, à son insu, modifié la partie extérieure de son culte. Souvent, en voyant, dans l'intérieur de l'Arménie, les chrétiens. faire la prière, au lever de l'aurore, sur le toit de leur maison, où ils avaient passé la nuit, nous les avons pris pour des Turcs s'acquittant du Namaz, Même posture, même façon de fléchir les genoux et de se prosterner le frofit dans la poussière. Quelquefois un signe de croix, et surtout le point de l'horizon autre que le côté méridional de La Mecque vers lequel il se tournaient, nous aidaient à dissiper nos doutes. A mesure qu'on s'enfonce dans l'Asie orientale, toutes les tribus turques que Ton rencontre chantent sur un même

caUfe Omar, fils de Sôléiman. F oyez la Chron. 5yr. de Bar-hebr., p. 123.

mode la chanson qui a été appelée de leur nom Tarqui. Son accent original, chez les derniers venus de la Tatarie, nous rappelait aussi davantage le ton du chant ecclésiastique des Arméniens. La flûte surtout , qui 1 accompagne aux jours solennels , a le son tremblotant et aigu du même instrument tatare.

La division de Tannée ecclésiastique est la même chez les Chaldéens catholiques que dans Téglise nestorienne. Trois classes, dites Khaudra \ Gezaei Cachecoal, distinguent les jours fériés et les jours simples, appelés aussi jour^noir^; ce qui nous explique l'expression du caiUou blanc, avec lequel les anciens marquaient leurs jours prospères. Dans la célébration de la messe , nous avons admiré un usage touchant et traditionnel de la primitive Église. Vers le moment de lofiertoire, lacolyte, après avoir baisé la main du prêtre, vient présenter la sienne aux assistants , qui se tournent vers leurs voisins en répétant cet acte symbolique de charité, selon la parole qui dit : « Si , au moment où tu présentes ton offrande à lautel, il te vient à lesprit que ton frère a quelque chose contre toi , laisse ton offrande devant lautel, va te réconcilier avec ton frère, et viens ensuite loffrir au Seigneur *. »

Les Chaldéens , comme le peuple d'Arménie et tous les Orientaux, ont sur les chrétiens d'Occident le louable avantage d'être pins mortifiés et plus sobres dans leur nourriture, habitude qui, nous devons l'avouer, est favo-

' Khaudra, qui a le sens de tour, de cercle, désigne la révolotton continuelle des grandes fêles mobiles de l'année. Geza est le iréior des saints et des fêtes secondaires. Cachecoul est à la lettre le commun des jours non fériés.

' Matth., V, 23.

risée par te climat et prescrite par on état social beaucoup plus simple. Les œufs , le poisson , le beurre et le lait sont interdits les jours de jeûnes ; ils vivent de pain , de fèves » de quelques autres légumes et de fruits. A la vérité » ils n attendent pas , comme nous , jusqu'à l'heure de raidi. Ils mangent dès qu'ils se lèvent; et, durant le jour, ils n'ont pas scrupule de répéter leurs repas chaque fois qu'ils ont faim ; de sorte que le jeûne se réduit au fond pour eux à une sévère abstinence. Les jours abstinentiels sont beau* coup plus nombreux dans l'Église nestorienne que chez les catholiques, l"". Les vingt-cinq jours qui , précédant Noël , correspondent à notre Âvent sont le premier jeûne de leur an née ecclésiastique. 2°. Vient ensuite le jeûne ditdes FUles, qui dure trois jours. Il a été institué à l'honneur des filles chaldéennes de Xira , qui, par leurs prières» échappèrent à la convoitise d'un roi de Perse '. 3"". Les trois jours de jeûne de Ma-résU ou de l'église Au cent rangées de pierre^ lieu saint et connu dans toute la nation par les miracles qui s'y opèrent. Souvent on entend les Chaldéens jurer par le nom de cette église. 4''. Un jeûne de trois jours à l'hon* iieur du prophète Jonas , par l'intercession duquel ils ont été délivrés d'une peste. 5"". Le jeûne des apôtres, qui suit la Pentecôte et dure sept jours. 6"*. Le jeûne de quinze jours qui précède l'Assomption ; mais ces deux derniers jeûnes ne sont pas précisément obligatoires ; ils ne sont observés que par les nestoriens rigides. T. Enfin tous les mercredis et vendredis de l'année, jours auxquels l'abstinence est aussi stricte que dans les jours dits de jeûne.

Que ceux qui reprochent à l'Église catholique son ri-

' Assem. Bibli. Orient., t. 2, p. 426.

gorisme comparent sa discipline à celle des Églises orientales qui Tont reniée, et qu'ils nous disent si leurs plaintes sont fondées I

Un autre signe noble et beau auquel on reconnaît la communion catholique, entre toutes les autres communions qui Font trahie , c'est la liberté de son culte. Les dissidents n ont pas voulu dépendre du chef de TÉglise , sonmission sainte et honorable , puisqu'elle n'est pas prêtée à rhomme, mais au vicaire de Dieu, sur la terre, au successeur des apôtres ; et ils se sont faits les esclaves des hommes. Voici comment : dans chaque diocèse arménien et chaldéen , le clergé est soumis au contrôle d'un laïque , le plus considéré de la nation , ce qui veut dire le plus riche ou le plus diffamé par ses exactions ou ses usures. On l'appelle, en langue chaldéenne , Saura ou Inspeetear, et en langue arménienne , Eretsphokhan ou Destitateur de prêtres. Tout ce qui regarde le maintien de la discipline est départi à ces laïques. Ce sont eux qui gourmandent , fustigent, incarcèrent les délinquants, et font ta collecte des fonds que la Millet ou nation concède , à titre d'aumône , à ses ministres. Comme la charité publique devient chaque jour moins généreuse, ils ont inventé un droit que nous ne pouvons décemment appeler ici par son nom ' . Les disciples de Nestorins ne sont pas doués par la nature du même génie financier.

' Le terme correspondant est vectigal cubile. Deux fois Tannée , les prêtres vont dans chaque maison recevoir ce tribut des ebefs de la fiimille. L*un d'eux médisait spirituellement è ce sujet : « Nous avons une singulière religion, qui nous fait payer le loyer de nos femmes.»

§. XXII. — De la constitation sociale des montagnards.

Le prophète a parfaitement caractérisé le génie social des montagnards , quand il nous dit qu'ils n ont pour les rois que m^ris et risée. Jamais soumis à des étrangers > ils ont laissé se briser au pied de leurs rocs la force des conquérants, comme les vagues dune mer impuissant ment irritée. Immobiles à leur poste , ils ont vu croître , prospérer et mourir les plus florissants empires. L amour de régalité politique est l'élément conservateur de leur constitution fédérale. Chaque homme s'estime socialement autant que ceux qui portent le nom de Mefiks ou chefs » et qui n'ont qu'une autorité déléguée par eux, pour veiller à l'intérêt général, et prendre le commandement des troupes, si le pays est menacé. Ces meliks , au nombre de sept , per^ çoivent un léger impôt réglé, par la volonté de tous^ et dont la plus grande partie est appliquée à l'entretien du corps ecclésiastique.

Ils sont divisés en seize tribus, ainsi nommées : Tiari , Tbekhoumi, Baz, Diz, Djéiou, Barvar, Ârtousch, Gavar^ Nottdjia , Margavar, Thargavar, Das , Valtou , Beith-nouré , Léon, Noudis. La langue chaldéenne explique d'une manière satisfaisante quelques-uns de ces noms anciens. Par exemple Tiari , dans lequel on peut voir la signiSca-^ tion de montagnards ^ est expliqué par les Chaldéens eux-mêmes dans le sens de troupeaux ou de pâtres. Tbekhoumi * veut dire ImUe, frontière, dénomination convenant au^lieu qu'habite la tribu. Baz est le root piller. Djelou , qut sôf t

' Daos la Ghron. syr. de Bar-H»br., p. 167 , où on troii^^la îaénM'on d'un lieu dit Bcith«Thekhaumi.

peut-être du radical Gla, émigrer, prononcé avec un accent moderne y signifie errer, se promener, ce qui exprime avec justesse Tétat social de cette tribu , réduite à chercher ses moyens de subsistance dans les pays voisins. Barvar désigne VincKnaison dnn roc pendant; et Beith-nouré, la maison de feu, offre un vieux souvenir du culte du magisme. Nous n osons encore proposer une étymologie des autres noms y qui ne peuvent sans doute être expliqués que sur les lieux , et dont Tun d'eux , Léon , présente lanomatie singulière d'être d origine grecque '.

La tribu de Tiari , qui compte sept mille âmes , a une charte commune avec les cantons de Thekhoumi et d'Artousch y où vivent des Curdes , amis de leur confédération. Diz , Baz , Bervez , Djélou et des Curdes Pinochi forment un parti opposé. Des dissensions, entretenues par un intérêt contraire, divisent leurs forces, et font celle des princes curdes qui les entourent. S'ils étaient unis, toutes les tribus

' A ceUe occasion» nous rectifierons certains noms chaldéens de pays, (ranscrits par Assémani avec peu d'exactitude. Bibliot. orient., t. III, p. 1, p. 622. Gulmar doit être Djulamerk; Baruz— Bervez ; Gur- Gavar; Gelu—DjéloQ; Bas— Baz ; Dasen-Das; Tachuma— Thekhoumi ; latira— Tiari ; Valtu - Valtou ; Luun— Léon. Tatt est peutrêtrelc Ueu qui se présente sous ce nom de l'autre côté d'Amadiah ; Batnura doit être Beilh-Nouré ; Nudis— Noudis ; Vasgan— Vastan, à quatre lieues environ de Van , sur la rive méridionale du tac. Il ne s'est conservé de la ville ancienne qu'un château demi -ruiné et le tombeau d'un saint musulman , devant lequel on forçait autrefois les passants chrétiens de descendre de cheval. Arné est près la ville de d'Ourmi. Saldus doit être Souidouz ; Marga—Maraga ; Gulnéa est peut-être lebourgdeGunal , qui se trouve à huit lieues de Tauris, vers le lac d'Ourmi. Saphtan est peut-être So-> mal ; Anzel— Enzel ; Asnoch— Artosch, ou Ouchenot, village sur le chemin de Soouk Boulak, où se trouve, nous a-t-on dit , sur un rocher, une inscription cunéiforme, qu'aucun voyageur n'a relevée, A cause de la crainte des Curdes.

des Curdes, que des rivalités et des qaerelies interminables affaiblissent et épuisent» ne pourraient leur résister. Cette race , séparée de la race chaldéenne par son origine , sa religion , sa langue , ses mœurs et son caractère » tremble » malgré sa valeur , au premier mouvement de guerre qui agite les montagnards.

En plusieurs rencontres, les Ghaldéens leur ont donné de sanglantes preuves de leur supériorité. C'est la terreur que leur inspirent ces hommes libres qui les empêche d'opprimer les autres Chaldéens, et qui force le bey de Djulamerk à souffrir sur son territoire leur patriarche, dont il est lennemi. Les Chaldéens des montagnes se vengent, à l'égard des Curdes vivant au milieu d eux, des humiliations que ceux-ci , comme musulmans , prodiguent ailleurs aux chrétiens; et ils les appellent, à titre de représailles, leurs raïas. Cependant Thekoumi, d après un ancien traité, paie au bey une espèce de tribut annuel. Djélou lui envoie aussi, à une époque déterminée, une sorte de régal. Cette tribu est la plus pauvre de toutes ; et, comme ses montagnes stériles ne pourvoient pas toujours à lentretien de sa population, qui est nombreuse, ils mettent chez les étrangers leurs services h gage et exercent quelque industrie. Ils sont considérés comme les plus braves^ et peuvent envoyer deux mille guerriers pour leur contingent fédéral. Dans des temps de discordes, ils ont tenu tète à toutes les autres tribus réunies. Au milieu d'eux se trouve un prêtre catholique , le desservant d'une vingtaine de fa^ milles , qu il entretient dans la foi. Ce lieu est sans doute le poste avancé d où lorthodoxie rentrera triomphante dans la république chaldéenne.

Mais parlons maintenant des Chaldéens catholiques.

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