‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 3)Chapitre 14 sur 35 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

§. I. — Ce que se propose l'auteur de cet écrit.

L'amour-propre de chaque nation aspirant à une antiquité d'origine qui se perde dans la nuit du passé, ses annales , ses traditions et ses légendes exposent les titres de sa généalogie; et, si les preuves ne sont ni lucides ni assez abondantes , il se trouve d'ordinaire quelque auteur dont l'imagination se charge complaisamment d'y suppléer. Sans vouloir contester ici les prétentions d'aucun peuple en particulier, nous dirons seulement que les races comprises dans la famille dite de Sem ou sémitiques , peuvent , avec raison, revendiquer ce mérite, qui constitue comme la vieille noblesse de l'humanité. Le livre de Moïse , considéré sous le rapport de la pure critique, est encore le titre de ce genre le plus irréfragable; et , après les Juifs , dont il est l'histoire et le code religieux , nul autre peuple ne peut invoquer le même témoignage avec plus de droit que les Chaldéens.

Maintenant, nous cherchons à établir un fait digne d'at-

tention , et peut-être nouveau , c'est que la nation chaldéenne , la même qu'ont citée les auteurs sacrés et profanes, dès la plus haute antiquité, existe actuellement au centre de l'Asie occidentale, et s'y est conservée dans son intégrité primitive. A cette démonstration se lie un ordre de questions importantes pour l'histoire orientale et dignes d'un examen sérieux ; puisqu'elles contredisent des opinions accréditées par la science actuelle. En mettant toute la clarté possible dans l'exposition des preuves, nous rappellerons au lecteur que, ces pages étant écrites au pied même des montagnes des Chaldéens et dans le dénûment scientifique du voyage , il ne doit point être trop exigeant. Un jour, nous pourrons, Dieu aidant, traiter les mêmes matières avec plus de correction et de développement.

§. II. — De l'étendue et de la position du pays des Chaldéens.

S'il est dans la géographie ancienne un pays dont les limites ne puissent être tracées d'une manière claire et précise , assurément c'est la Chaîdée. Cette région , comme celle des Mèdes , des Parthes et des Arméniens , reste de loin enveloppée des obscurités et du vague d'une terre inconnue. Le voyageur arrive-t-il sur les lieux, il les voit éclairés d'une lumière qui dissipe toutes les ombres ; et il conçoit que 1 eloignement seul est la cause des incertitudes ou des erreurs qui le trompaient lui-même.

Les livres anciens , et surtout les Saintes-Lettres , nous font chercher la Chaldée, tantôt au milieu des ruines de Babylone , ou dans la Mésopotamie , tantôt dans les plaines du Sindjar, ou aux environs de Ninive, puis, enfin, dans les montagnes qui séparent de ces contrées la Médie et la

terre des Arméniens. Ezéchiel met dans la bouche de Dieu ces paroles : « Je conduirai mon peuple à Babel , au pays « des Ghaldéens '. » Abraham était né àUr, ville des Chaldéens2, que, d'après un passage d'Ammien Marcellin3, on croit retrouver dans le désert de Nisibe. Jérémie répète en plusieurs endroits que la région des Chaldéens est au nord de la Palestine4. Mais ce renseignement n'éclaircit rien, l'Assyrie et la Syrie5 étant situées dans la même direction. L'idée imparfaite que les auteurs sacrés avaient de la configuration de la terre, représentée par eux comme quadrangulaire 6 et enveloppée de l'Océan , ne pouvait être rectifiée par les explorations des voyages ; puisque la loi interdisait toute communication avec les infidèles du dehors. Du reste, les documents fournis par les écrivains de la Grèce et de Rome , étant moins complets et comparativement plus modernes, ne peuvent résoudre les mêmes difficultés. C'est ici le lieu de regretter la perte de l'histoire de Bérose , prêtre de Bélus , sur les antiquités de la Babylonie , et la destruction des archives qu'il avait consultées. Cependant la critique peut , à l'aide d'inductions et de raisonnements , coordonner ce qui semble d'abord contradictoire; et, de prémisses mal formulées , il sort quelquefois une conclusion satisfaisante. La confusion apparente des témoignages qui nous montrent les Chaldéens répandus depuis l'ancienne Susiane jusqu'à la chaîne du Taurus et

' I, Moïse, XII, 13.

a I, Moïse, XI, 27, 28.

3 Lib. XXV, cap. 8.

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