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TALVAL
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Tokat est situé sur les bords de l'Iris, à une lieue environ deComana. Lorsque cette dernière cité, constituée sa-
cerdotalement, comme l'autre Comana de Cappadoce, eut été ruinée par les guerres qui dévastaient alors ces contrées , sa population dut chercher un asile près de la forteresse avantageusement située, qui depuis prit le nom d'Eudocia. Comana, assise dans une plaine, était exposée à toutes les attaques; et ce qui la protégeait anciennement, c'était sans aucun doute l'idée religieuse qui avait consacré son territoire et l'avait transformé en un lieu de pèlerinage, célèbre par toute l'Asie Mineure. Avec le paganisme elle devait disparaître ; et le nom de saint Jean Chrysostôme est demeuré attaché à ses derniers débris, comme pour les purifier des souvenirs profanes qui la faisaient comparer à Corinthe *.
Il ne reste de cette ville qu'un pont en marbre , servant de passage à tous les voyageurs qui suivent la grande route d'Erzeroum. Les Turcs y ont ajouté une arche de bois , quelques fragments de colonnes d'un style corinthien trèsgracieux, et l'énorme roc appelé parles Arméniens Le rocher du Saint-Oiseau , et par les musulmans La pierre du Diable, Suivant la tradition , ce roc fut tiré du lit de l'Iris par une prière de saint Jean Chrysostôme , que les païens avaient défié à ce miracle. Tokat est devenu , comme Comana, l'entrepôt des marchandises venant de l'Arménie, et la colonie arménienne qui y a été transplantée l'a rendu le foyer le plus actif du commerce et de l'industrie dans la Turquie asiatique.
En quittant Tokat, je pris la route de Siwas, qui en est
' « Il y a, dit Strabon, dans la ville un grand nombre de courtisanes, <( dont la plupart appartiennent au temple ; car Comana est en quelque «« sorte une petite Corinthe. En effet, dans cette dernière ville on voyait « aussi quantité d'étrangers qui s'y rendaient pour la fête, attirés par 1^
éloigné de seize lieues vers le sud. Dès que l'on perd de vue les bords de l'Iris , on reconnaît bientôt une autre nature de pays , nu, sauvage , exposé à des étés plus chauds et à des hivers moins cléments. Les montagnes dépouillées d'arbres n'ont plus ces formes arrondies , dont le prolongement graduel et symétrique donne naissance , dans le Pont , à des vallées longues et fertiles. Ici les pics sont plus élevés , et la verdure ne couvre point leur squelette aride. Ce n'est qu'après huit heures de marche , que la plaine de Kargun , située au pied de L'Ildiz-Tagh ou la montagne de V Etoile , console les regards par ses moissons et par ses prairies, où sont répandus de nombreux troupeaux. On monte ensuite pendant quatre heures , et l'on atteint le vaste plateau de Siwas, dont les pâturages sans limites s'étendent de l'est au couchant.
Suivant Strabon , ! Pompée changea le nom de Cabira , où le grand Mithridate avait déposé ses trésors, en celui de Diopolis, qui fut lui-même remplacé plus tard par le nom de Sébaste. Dès le temps de Justinien , elle était devenue la capitale de la deuxième Arménie; mais elle continua d'appartenir à l'empire de Constantinople jusqu'à l'arrivée des Turcs Seldjoukides qui s'emparèrent du Vasbouragan où régnait Sénékharim. Ce prince, qui ne pouvait tenir tète à un aussi puissant ennemi , céda ses États à l'empereur Basile , mais à la condition qu'il aurait Sébaste et le territoire qui s'étend jusqu'au bord del'Euphrate. Telle est l'origine de la domination arménienne à Sébaste, où
« grand nombre de courtisanes attachées au temple de Vénus. Bien des « marchands et des militaires s'y ruinaient entièrement; ce qui a donné « lieu à ce proverbe : Il n'est pas donné à tout le monde de faire le « voyage de Corintke. Strab. liv. xii, p. 559, » ' Liv. xii, p. 557.
elle fut de peu de durée ; car, sous le règne de Nicéphore Botoniate, les Grecs égorgèrent les deux infortunés fils de Sénékharim , Adom et Abousahl , et reprirent possession de ce pays.
Cette révolution s'opéra l'an 1080 de notre ère. Cependant les Grecs ne jouirent pas longtemps de cette conquête, achetée par le crime et la trahison. Les Seldjoukides entrèrent en vainqueurs dans l'x\rménie; et ils l'eurent bientôt soumise entièrement à la force de leurs armes. Nous avons là le nom de leurs sultans inscrit sur les deux citadelles de la ville, où il reste encore des traces manifestes de leur puissance. Cette double forteresse, qui porte le nom de château Supérieur et Inférieur, parce que l'un couronne la colline qui domine la cité, et que l'autre s'étend à ses pieds dans la plaine , est un monument fort remarquable. Les fondements et certaines autres parties , que le temps ni l'ennemi n'ont pu détruire, portent un caractère de haute antiquité; et j'oserais les considérer comme ayant fait partie de la vieille Cabira. Les pierres, d'un dur granit , superposées sans ciment avec un art et une patience admirables , m'ont rappelé les constructions de l'époque grecque primitive, que j'avais admirées à Héraclée et à Amastris. On distingue aisément les brèches ou les tours réparées dans le style turc ou bysantin , qui n'ont ni l'un ni l'autre la solidité imposante du premier, que les Arméniens attribuent à Sennakherib , en confondant par une erreur grossière ce nom avec celui de leur roi Sénékharim. Les Seldjoukides avaient sans doute pris à tâche , par fanatisme ou par mesure politique , d'anéantir tout vestige des dominations précédentes. Aussi , dans cette capitale d'Arménie , n'avons-nous trouvé aucun mo-
nument arménien. Du reste, les sultans de cette dynastie aimaient et comprenaient l'art de l'architecture , comme le prouvent les édifices entrepris et achevés sous leurs règnes.
La citadelle inférieure fut réparée avec beaucoup de soin par Aboulfath, comme le prouve cette inscription, que nous avons trouvée sur la porte principale :
j.-a-a\ yLif^.j ^j^M.i*. £ qjÎ ^Ui £ Ê*^ y^ GJ£*^ls
Ce nom d'Aboulfath me fit d'abord croire qu'il était question de l'illustre Alp Arslan, qui prit ce titre de Père de la victoire, après la conquête de la ville d'Ani, et qui peut être considéré avec raison comme le fondateur de la race des Seldjoukides. Mais Alp Arslan vivait l'an 459 de l'hégire; et la date est ici de 621. La citadelle supérieure , complètement ruinée par Timour, fut rebâtie l'an 861 par les ordres du sultan Mohammed , fils deMourad Khan, ainsi que l'annonce cette autre inscription :
CA.-awÎ C^l^ <>I^À. |*K>- jà (j*i^A.w J"tr+» jy^î* të* jr
Je n'arrêterai point votre attention , Messieurs , sur ces travaux, qui ne méritent tout au plus d'être considérés que dans leurs rapports avec la science militaire des fortifications; mais je vous parlerai de quatre édifices dont la vue
m'a surpris très-agréablement : le premier est un hôpital , a^nJÎjÎ^ construit l'an 624, par le même Aboulfath, qui avait réparé la citadelle inférieure, et à qui l'on décerne dans l'inscription le titre de Couronne delà maison des Seldjoukides. Cet édifice est actuellement transformé en Tekkié ou couvent, occupé par quelques jeunes étudiants en théologie. Les trois autres monuments sont trois écoles bâties dans le même siècle. La première fut élevée par un Mohammed , fils de Mohammed , qui prend le nom de Soleil de la religion et du monde : la seconde a pour fondateur Keikosrou , fils de Quilidj Arslan ; et la troisième est l'œuvre d'un pieux personnage, comme l'indiquent les inscriptions mystiques qui entourent son tombeau. Il était appelé Muza/fer-Houbet-ullah. Le nombre et la grandeur de ces écoles attestent que , dans ces anciens temps , les lettres étaient cultivées avec une ardeur bien honorable pour ceux qui les encourageaient. Des maîtres célèbres devaient y attirer à leurs leçons un brillant concours d'élèves : c'est ainsi que les Seldjoukides se montraient les dignes imitateurs des Kalifes de Bagdad, de qui ils relevaient dans le principe. Le style de l'architecture a un caractère propre , que je n'ai retrouvé ni à Constantinople , ni dans aucune autre ville de l'Asie Mineure. Les minarets sont plus élancés; et des pierres de couleur, disposées en mosaïque, présentent inscrits sur leurs flancs des versets du livre sacré ou les noms glorieux du prophète. Les portes sont découpées en ogive; et l'élégant dessin des inscriptions entrelacées au milieu des guirlandes de fleurs et des autres ornements que le ciseau du sculpteur a prodigués avec une somptuosité surprenante, vous frappe et rappelle à votre imagination les plus beaux édifices mo-
resques de l'Espagne. On sait que les Seldjoukides , de même que la dynastie des Orthokides , n'observaient point ce précepte de l'Alcoran, qui défend toute représentation de forme humaine ou d'animal. On trouve sur les monnaies battues par ces princes les images du cheval , du lion et du soleil. Aussi ces monuments nous ont-ils présenté sur leurs façades plusieurs constellations du zodiaque, des figures de poisson, des candélabres; nous avons même reconnu un bas-relief de marbre blanc , orné des portraits de deux rois , que le zèle iconoclaste des Turcs a mutilés, ainsi que l'inscription qui y était jointe. Malheureusement ces chefs-d'œuvre de hardiesse et de légèreté sont privés de la solidité propre aux constructions grecques et romaines qui semblent braver les siècles. Deux de ces monuments sont dans un état complet de dégradation : les voûtes sont renversées ; et chaque année , à la fonte des neiges fort abondantes à Sébaste dont le climat est aussi rigoureux que celui d'Erzeroum, un pan de muraille , un arceau ou quelque sculpture délicate croule et disparaît. Encore quelques hivers, et le voyageur qui traversera cette ville ignorera que , six siècles auparavant , les arts et les lettres y jetèrent un vif éclat.
Du reste, Sébaste, si célèbre dans l'histoire ecclésiastique par le nombre de ses saints et de ses martyrs, n'est plus aujourd'hui au rang des capitales. Sa population monte à 40,000 âmes et se compose d'environ un quart d'Arméniens. Le commerce et l'industrie y sont totalement nuls ; et, depuis que le pacha réside à Karpouh, elle a perdu son importance politique.
En quittant Siwas, le 6 juillet, je pris la direction du nord-est, pour gagner Erzeroum. Dès qu'on a dépassé le
village de Perknik, distant d'une lieue, qui présente le phénomène remarquable d'une population exclusivement catholique au milieu d'une nation encore dissidente, on reconnaît que là finissent les limites de la Cappadoce, et qu'une contrée nouvelle commence. C'est la petite Arménie qui , de ce côté , est comprise entre le Rizil-Irmak et l'Euphrate. Des villages entiers sont arméniens sans qu'il s'y trouve de Turcs. Les femmes et les enfants ne parlent ni n'entendent la langue de leurs dominateurs. Le sol , nu comme le désert, est coupé par des chaînes de collines ou de hautes montagnes blanchies par les neiges, qui se croisent et courent dans toutes les directions , présentant sur leurs flancs d'épais herbages , où. s'engraissent ces beaux troupeaux de moutons qui servent à l'approvisionnement de Constantinople , et qui font la richesse principale du pays. A leurs pieds s'étendent des vallées, qui sont plutôt des plaines , et où le froment , l'orge et le seigle croissent avec une abondance égale, mais à des époques bien différentes, suivant que le terrain est plus ou moins élevé. De toutes parts s'échappent du sein des rochers et des entrailles de la terre des sources, d'une eau si fraîche, si limpide et d'un goût si délicieux, que véritablement elle fait perdre le souvenir et le regret des boissons européennes. Un grand nombre d'eaux chaudes , de toutes les températures et de toutes les qualités, révèlent un autre genre de richesses que la terre recèle et garde inutilement enfouies, à cause de l'ignorance ou de l'apathie de ceux qui la possèdent. L'année se divise en deux saisons : l'hiver, dont le règne est généralement de huit mois, et l'été, qui vient, avec ses chaleurs souvent extrêmes, faire naître, pousser et jaunir les moissons. L'aspect monotone du pays, où nul
ombrage ne repose jamais la vue, inspire un sentiment de mélancolie indéfinissable ; et l'on est peu tenté d'envier le sort de ses habitants , dont les villes et les bourgades , cachées sous terre , se confondent de loin avec l'âpre nudité du sol.
A six lieues de Siwas , près du village de Hodja-Hassar , l'Adi-Sou , qui sur plusieurs cartes porte le nom d'Atoe-Sou , vient de l'ouest se jeter dans le Kizil-Irmak. La route se continue entre ces deux rivières, rapides et d'égale largeur, côtoie quelques lacs et aboutit à une vallée spacieuse, où l'on retrouve le Kizil-Irmak seul, baignant la petite ville turco-arménienne de Zara. Là se mêlent les deux sources principales du fleuve , dont l'une s'est encore trouvée sur mes pas à deux lieues de là , au-dessus du village Quaila-Kaïa. La contrée change alors d'aspect. Les montagnes, qui, comme autant de rameaux, partent du tronc gigantesque du Quouzé-Dagh , sont ombragées de pins et de hêtres et forment comme une oasis de deux lieues, jusqu'au village de Kurdtachi, près duquel coule un large torrent, que j'ai reconnu être la source de l'ancien Iris, qui passe à Comana, à Tokat et à Amasie. Il descend des pics neigeux du même Quouzé-Dagh. Ce jour-là, je couchai sous ma tente, à la hauteur de 5,525 pieds au-dessus du niveau de la mer, à Heibesche , espèce de Iaïla ou à' Habitation d'été, qui offrait l'étrange assemblage de Curdes et de Grecs réunis et vivant en bonne intelligence.
Je pensais trouver aussi de ces côtés les sources du Lycus, que Strabon fait venir de l'Arménie occidentale, sans autre renseignement. Dans la notice de Hiéroclès, une note porte qu'il coule à six milles de Nicopolis, bâtie par Pompée; mais, pour profiter de ce document, assez
vague, il aurait fallu savoir où était cette même ville de Nicopolis. Je cherchai à découvrir l'un et l'autre lieu, comme dignes d'intérêt pour l'histoire et la géographie ; et ce n'est qu'après beaucoup d'investigations, et je puis dire, de fatigues, que j'y suis parvenu. Lorsque je demandais aux habitants du pays quelques ruines du temps des Giaours , ils m'en indiquaient sept ou huit, dans les directions les plus divergentes. C'était toujours quelque château, quelque forteresse, où il ne restait ni inscription, ni aucun autre signe, propre à en faire connaître l'origine. Toutefois j'ai cru depuis pouvoir les attribuer à Mithridatele-Grand, d'après un passage de Strabon, qui nous dit que ce roi, voulant protéger ses Etats contre les invasions des Romains, avait bâti, de Cabira jusqu'au Pont-Euxin, une ligne de quatre-vingt-deux forts, soit pour y enfermer ses richesses, soit pour couvrir la retraite de ses troupes en cas d'échec '. En outre, la nature même de la contrée jetait l'incertitude dans mon esprit , et me portait à désespérer de cette découverte. Les vallées étaient étroites et profondes; leur froide atmosphère laissait à peine le blé parvenir à une pleine maturité. Nulle part, je ne voyais de ces belles et vastes plaines, nécessaires, surtout dans un pays de montagnes, à l'approvisionnement et à la circulation des habitants d'une ville grande et bien peuplée, comme l'était Nicopolis \ Enfin, le 10 juillet, après avoir suivi pendant deux heures un sentier coupé de précipices, j'arrivai au pied d'énormes montagnes, dont les crêtes ondulées ressemblaient à une mer violemment agitée, puis pétrifiée soudain par une puissance surnaturelle. Là je me
■ Strab., liv. xii, p. 555.
a id. ma.
trouvai arrêté par un cours d'eau considérable , qui , selon l'indication de mes guides, descendait en droite ligne à Ni-Kissar, ou Néo-Césarée, ville jadis illustrée par saint Grégoire Thaumaturge. Ce renseignement fut pour moi un trait de lumière. Je me rappelai que cette rivière était la même que j'avais vue se mêler à l'Iris, près des ruines de Magnopolis; que, par conséquent, elle devait être le Lycus ; et qu'au lieu d'avoir perdu la direction de Nicopolis, je m'en rapprochais au contraire, suivant la note de Hiéroclès. Je poursuivis donc ma route, en longeant cette chaîne, qui formait sans doute autrefois le rempart de la contrée, connue sous le nom de Paryadres, et que les Turcs désignent vaguement aujourd'hui par celui de Djanik , en comprenant sous la même dénomination toutes les autres montagnes qui coupent le Pont, et vont aboutir à la plaine de Thémiscyre, la poétique patrie des Amazones. Vers le soir, je fis halte au village d'Andresé, moitié turc et moitié arménien, situé à l'entrée d'une plaine, favorablement ouverte au rayons du midi et couverte de villages et de moissons jaunissantes. La longueur de cette vallée est de six lieues , et sa largeur d'une lieue et demie environ. Les habitants la nomment Plaine d'Andresé ou à'Akchéher, du nom d'un gros bourg, placé sur le versant oriental de la même vallée.
Je ne doutai plus de rencontrer là les restes d'une ville, qui eût pu être autrefois Nicopolis. Dès le lendemain matin , j'étais au village de Pirk , que l'on m'avait désigné comme renfermant quelques antiquités. Les habitants, tous Arméniens, m'accueillirent avec une curiosité mêlée d'intérêt, en m'entendant parler leur langue. Ils me dirent que ce lieu avait été une ville considérable ; qu'on l'appelait
« Pirk, ou mieux, Piurk ^t»-?^, ce qui signifie Les dix « mille ; parce que dix mille de leurs compatriotes y avaient a anciennement souffert le martyre pour la foi 5 que néan- « moins elle avait un autre nom, qu'ils mentionnaient « une fois chaque année, le jour de la fête de ces coura- « geux martyrs, et qui correspondait à Nicotimia; que « cette même ville avait une immense forteresse, dont les « murs se prolongeaient jusqu'à la montagne; et qu'on y « trouvait souvent des blocs de marbre et des monnaies. » Je me convainquis de la vérité de leurs paroles , en parcourant l'emplacement de la ville, qui s'étend surtout de l'est au couchant. Je fis le tour de ses remparts, qui ne sont plus que des monceaux de pierres écroulées, où apparaissent par intervalles des vestiges de tours. Dans les fondations d'un mur, je remarquai une magnifique colonne avec son piédestal d'ordre toscan; et, lorsque j'eus suffisamment capté la confiance de mes guides, ils me déclarèrent que, dans la cheminée du chef du village, il y avait une pierre, écrite en caractères inconnus. Je courus la voir; et, à l'aide d'une lumière, je parvins à déchiffrer ce fragment d'inscription :
. . . IIEPAKAZ ATATAAO TATHAAMITTC BOYAHKArm TICTC2ÀHMÏ2 AAPIANHCNIKO ITOLEÎ2CTHC ftKCXDOY^KA TPOriOAEr
En lisant aussi clairement le nom de Nicopolis, je remerciai la providence d'avoir épargné ce dernier monument , comme pour préserver la mémoire de cette ville. Je dois ajouter que je trouvai encore dans une écurie une pierre, servant à soutenir un poteau , sur laquelle on distinguait ces caractères , dont la beauté et la longueur de plus de quatre pouces prouvent qu'ils faisaient partie de quelque inscription monumentale :
.... I.K1 BLaII .. IG. LEG. ETVS.
Un des affluents du Lycus prend effectivement sa source à deux lieues de Piurk , c'est le Framat-Sou. Mais il est assez faible ; et du fond de la vallée viennent deux autres ruisseaux plus considérables, l'Argavous-Sou et le Bech- Olouk. Toutefois ils ne sont encore ni l'un ni l'autre la tête du Lycus, qui reparaît quatre lieues plus loin, large et rapide, sous le nom vague de Rara-Sou ou Eau noire. C'est seulement après quatre jours de marche, en suivant toujours la même direction , que j'ai pu reconnaître le point de sa naissance, dans la vallée supérieure de Kizil-Iéniche à quatre lieues de Méliki-Chérif , bourg turc bien peuplé, que la tradition rapporte avoir été autrefois une ville nommée Erzez ou Anourgia. Il est certain que j'y ai vu l'emplacement d'un fort et d'un édifice en marbre, qui devait être un temple; et que, sous l'escalier du Quonak, ou de la maison du bey , qui m'avait accordé une bienveillante hospitalité, j'ai déchiffré, sur le fragment d'une colonne de granit, ces caractères :