‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en OrientChapitre 15 sur 17 · PA. . . E · texte numérisé non relu

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Au-dessous de ce temple , élevé à la gloire ou à la paix , j'ai vu l'amphithéâtre, dont la largeur est de quatre-vingts mètres. Il avait une forme demi-circulaire. Les deux portes

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d'entrée, semblables et parallèles, restent comme un modèle de la perfection et de la solidité du travail. Au nord, il reste un pan de muraille de soixante pieds d'élévation. Les gradins étaient étages jusqu'à cette hauteur. Je passe sous silence quelques inscriptions tumulaires, trouvées sur un temple remarquable par les débris de ses énormes colonnes, et la description d'un vaste édifice, que je crois avoir été des thermes, construits sous la domination romaine, pour vous conter en peu de mots une de mes excursions dans les environs d'Amastris.

Le peuple qui avait colonisé Amastris venait, selon les historiens, de Sésame, Tium, Cytore et Kromna. J'avais vu Tinm; j'avais retrouvé Sésame dans la presqu'île placée en tête de la ville, et qui est sa forteresse naturelle ; je voulais encore découvrir, s'il était possible, Kromna et aller à Cytore, que les Turcs appellent aujourd'hui Kydros. Le trajet d'Amasserah à Kydros est de douze heures par mer, lorsque le temps n'est pas défavorable. Je m'embarquai donc, dans un assez mauvais canot, avec M. Scafi et mon gendarme turc. Le vent nous conduisit heureusement jusqu'au village de Teukung, distant de sept lieues; et là, je crois avoir trouvé dans quelques beaux débris de colonnes et de temple les restes de l'ancienne Kromna , mentionnée par Homère. Je la place à Tchakaraz, qui n'est qu'à trois lieues d'Amasserah. J'avais également remarqué deux belles frises, avec des feuilles d'acanthe d'un travail exquis, servant de fondation à une cabane turque. C'est près de ce lieu que devaient être les Erythriens , que le poëte mentionne avec Kromna. Je n'arrivai à Kydros qu'à la nuit close, et guidé faiblement par la lune, encore toute nouvelle, au milieu des écueils très-nombreux sur cette côte. La pénurie d'hommes et de matelots m'avait contraint à être le pilote de ma barque, que j'eus le bonheur de faire entrer sans accident dans le port étroit et obscur de Cytore. Je ne pus juger qu'au matin des dangers que nous avions courus, en doublant ces rochers, qui, comme de menaçants colosses, défendent le mouillage de cette ancienne ville. Il ne subsiste d'elle que les fondements de son acropole, dont j'ai encore vu enlever les

dernières pierres par l'aga turc du canton, qui se faisait: construire une habitation nouvelle. Sa maison est la seule qui occupe l'emplacement de la ville; et dans le port même, mal abrité du vent du nord, on ne trouve que quelques magasins en planches, destinés à recevoir les beaux bois de construction qui y sont amenés de l'intérieur des terres, pour être transportés à l'arsenal du Grand-Seigneur.

De retour à Bartan, je pris, le 28 mai, la route de Castemouni, situé au centre de la Paphlagonie, environ à trentedeux heures de distance. J'employai cinq jours à ce trajet, en suivant pendant deux journées les rivières ou plutôt les torrents d'Olos et d'Owa, qui viennent se jeter dans le Parthenius. Leur lit me formait un chemin , semé de mille difficultés, lorsque le voyageur le suit, comme moi, au moment où il est grossi par quelque orage. Le quatrième jour, j'atteignis de hautes montagnes, couvertes de pins magnifiques, qui peuvent fournir la mâture des plus belles escadres. Je trouvai à cet endroit une longue colonne de granit, tombée d'un monticule, que je suppose être le reste de quelque monument, semblable à celui que l'on me montra le lendemain, à trois lieues de là , près du village de Kérasse, dans la même forêt , à l'entrée d'une vallée entièrement solitaire. Je vis sur une petite élévation un monument circulaire, ayant dixhuit mètres de diamètre. Les murs, conservés jusqu'à la hauteur de six pieds, étaient d'énormes blocs de granit brut, d'une forme plus grandiose que ceux que j'avais précédemment trouvés à Amastris, à Tium et à Prusias. Au pied du monument, du côté méridional, gisait un obélisque fracturé en deux parties, mais primitivement d'un même bloc. Il avait six mètres et demi de long, bien qu'il y manquât la pointe, qui pouvait avoir trois pieds au plus. A la hauteur du sol , il paraissait un ornement semblable à un cordon assez grossièrement fait. Toute la plate-forme de ce monument recouvrait avec des pierres massives un caveau ou souterrain de la hauteur d'un homme , dans lequel on descendait par une ouverture pratiquée au centre. Le caractère simple et

puissant à la fois de cette architecture me fait penser qu'elle est bien antérieure à l'époque romaine; et que cet édifice servait à l'ancien rite paphlagonien. Les nombreux amas de pierres dispersés dans les environs m'ont prouvé en outre que ces lieux avaient été jadis habités. A quatre lieues plus au sud, dans les montagnes, se trouvent, m'a-t-on dit, des ruines assez considérables, auxquelles les Turcs donnent le nom de Hassarqualeh. Je ne l'appris qu'au moment de partir pour Castemouni, où j'arrivai le soir même ; et j'ai eu le regret de ne pas les visiter.

Castemouni est l'ancienne Germanicopolis. Cachée au fond d'une vallée fraîche et fertile, elle surprend agréablement le voyageur, qui ne rencontre dans ses environs que des rocs arides et désolés. Elle est le chef-lieu d'un sandjak très-vaste, qui s'étend de Sinope jusqu'à Marsévan. J'ai visité sa forteresse, ouvrage du Bas-Empire; et si, par hasard, je n'avais trouvé un pan de muraille évidemment de construction romaine, j'aurais mis en doute l'antiquité de cette ville, qui ne devait être primitivement qu'un poste militaire. Tasch-Kupri, simple bourg, éloigné de huit lieues à l'est, m'a offert des restes d'antiquité dignes d'examen. Les débris de colonnes et de chapiteaux corinthiens que j'avais remarqués, le 6 juin au soir, en arrivant dans ce lieu , me firent espérer d'y découvrir quelques monuments. Effectivement , le lendemain je trouvai une belle fontaine de marbre blanc, ornée d'une tête de taureau et de guirlandes de fleurs. Chose extraordinaire! les Turcs, ennemis de toute figure et de tout emblème, d'après la loi du Coran, ont respecté ces sculptures et plusieurs autres, qui sont incrustées dans la muraille d'une école, qui avoisine cette fontaine. J'y ai vu une tête de déesse avec une lance, et audessous, un bélier avec un mouton, penchés sous le couteau du sacrifice. Cette école est un ancien temple, dont l'intérieur assez bien conservé présente un péristyle interne , orné de dix colonnes, dont deux sont corinthiennes, six doriques et deux autres toscanes. Sur les murs extérieurs, reconstruits depuis la conquête musulmane, j'ai trouvé deux inscriptions,.

qui ne me permettent pas de douter que ce simple bourg ne fût autrefois la ville assez importante de Pompeiopolis. Vous pouvez en juger vous-même, Messieurs, par les numéros 2 et 3,

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