I. — La chapelle
Sur la cime isolée d'une haute montagne, au milieu d'arbres séculaires et toulfus, s'élevaient deux tours jumelles, aimées du pauvre comme de l'hirondelle ; l'un et l'autre trouvaient là nourriture, abri et secours. Lne jeune et bonne châtelaine (2) accueillait tout ce qui soulîrait.
Elle aussi avait des larmes dans son histoire ; les
(1) Ecrit en 1830.
(2) Ursule d'Espine, née de Raynaud de Roquefeuil, habitait le château d'Espine, non loin de Labastide-Rouairoux (Tarn), en pleine Montagne Noire.
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crêpes de deuil qui l'enveloppaient en décelaient une partie ; et, quand venait le soir, prenant de chaque main ses deux beaux enfants, elle se dirigeait vers la petite chapelle, au bout de la cour. Les pauvres petits orphelins, à genoux, les mains jointes devant un crucifix, disaient au bon Dieu une prière pour leur père, et puis s'en retournaient jouer.
Mais la pauvre mère ! Oh ! elle restait aux pieds de ce crucifix qu'elle regardait avec amour, contemplant cette douleur plus grande encore que la sienne, et regardant ce cœur déchiré qui savait compatir au sien et le consoler
D'autres étaient venus prier là avant elle. Dire combien de pleurs avaient coulé devant ce crucifix, combien de soupirs s'étaient échappés en sa présence, autant vaudrait compter les feuilles du vieux lierre, qui tapissait la chapelle.
Il y avait bien longtemps, bien longtemps qu'il était placé là sur l'autel, il avait reçu bien des secrets, il avait essuyé bien des larmes, et la jeune mère éprouvait que son pouvoir consolateur n'était pas épuisé. Elle se relevait, le cœur moins flétri, rentrait au château, se couchait plus calme, s'endormait, puis voyait dans un songe son époux dans le ciel...