LA VOCATION DE SOELIÎ MARIE 28Î
Enfin Emilie paraît ! Oh ! quel murmure flatteur s'élèvedans la foule quand passe la fiancée de Dieu ! Aïh ! qu'es poulido.'.. Ah ! quelle est jolie î... dit-on de toutes parts, seinblo un aiigel ! ! Elle ressemble à un ange !.. ses deux coadjutriees sont à ses côtés. Arrivées à l'Eglise, on les installe sur des places élevées ; les mondains auraient dit le bûcher de leur sacrifice ! mais, voyez leurs visages sérieux : et puis, si vous l'osez, dites encore : Pauvj^es vicfi mes ! Le saint sacriiice commence; le festin des nocespréparé par les anges est aussi servi par eux. Oh ! quel pain délicieux, quel breuvage inell'able rassasient de bonheur ces vierges bénies ! Ah ! c'en est trop, Seigneur l elles vont mourir si vous ne modérez leur joie I il faut les arracher à cette douce extase ; car la sainte messe est terminée.
Un jeune prêtre est monté en chaire ; écoutez les paroles ravissantes qui s'échappent de son cœur, comme les flammes brillantes d'un foyer brûlant.
11 fixe d'un regard insj^iré la jeune épouse du Seigneur, lui fait de la part de son Divin maître des promesses magnifiques, et, tandis que l'auditoire fond en pleurs, au touchant détail de son sacrifice, elle seule se réjouit, regarde le ciel qu'on lui montre et se sent animée d'une nouvelle ardeur. La voilà enfin aux pieds de son archevêque qui lui dit :
— Ma fille, que demandez vous?
Que de courage, dans sa réponse,
« Eh bien ! lui dit l'Archevêque, vous ne serez plus- Emilie de Villeneuve, mais désormais vous vous nommerez Sœur Marie. »
Vous qui avez pour elle lalVection d'une soeur,.
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VOUS ses tendres amies qui, déjà ce matin, l'avez revêtue fen pleurant de toutes les pompes du monde, hâtez-vous d'aller len débarrasser. Cette robe lég^ère lui est d'un poids insupportable et ses bijoux étincelants sont pour ■elle un pesant fardeau ; où est son humble coiffure et son habit grossier? avec quels transports saisit-elle sa nouvelle parure? Non, jamais la jeune fille n'a revêtu avec tant de joie le costume de bal qui va la faire parai tre si belle !
Mais ses pauvres amies 1 qui racontera les déchire- :ments de leur cœur lorsqu'elles enlevaient un à un : ses bracelets, sa ceinture, ses boucles d oreilles et son riche collier. Enfin, sa belle chevelure doit aussi tomber sous le ciseau. Oh ! par pitié ! cherchez une main étrangère !... .mais non, c'est le dernier témoignage qu'elle réclame d'une amitié qui va poser sa racine dans le ciel, et voilà ces longues tresses blondes, si admirées de tous, qui couvrent le pavé (1)... Oh, c'était bien triste! Et là main amie, qui fit ce ravage, tremblait encore longtemps •après !
Enfin la voilà parée de sa robe bleue ; ses mains blanches et délicates se cachent sous les grands plis du rude vêtement. Elle reçoit de monseigneur la ceinture de laine et le long chapelet, et prononce d'une voix émue ses trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance... Aussitôt, les anges se réjouissent, les saints de la terre • chantent ensemble veni sponsa chrisii.
On met l'anneau au doigt de la nouvelle épouse ; l'on
(1) Emilie de Villeneuve avait demandé à Coraly de Gaïx de lui couper sa chevelure.
LA VOCATION DE SOKl'K MARIK 283
attache une croix à son cou et sur sa tête une couronne, car son époux est roi. Ah ! du moins, celle-là ne sera pas douloureuse à son jeune front, comme celles de la terre ! L'innocence et la pureté sont les perles qui la composent.
Approchez-vous donc, jeunes filles, ne craignez pas d'aller attacher une épinj^le à la couronne de la nouvelle reine; cela vous portera bonheur? N'est-ce pas qu'elle est plus belle, sous ce costume, que toutes les princesses du monde ? Entonnez un cantique de réjouissance ; car tout est consommé, on va la reconduire en triomphe.
La multitude lixe sur elle ses regards attendris : « La <^ voilà ! disait-on de toutes parts ; elle s'est lait pauvre « pour nous rendre riche, elle s'est dépouillée pour nous « vêtir, elle a quitté son père pour servir de mère à nos « petits enfants ! » Bénie soit celle qui vient au nom du Seigneur ! ! !
Et, lorsqu'elle fut rentrée dans sa pauvre demeure, le peuple regarda longtemps encore la porte qui venait de se fermer sur elle ! . . .
0 douce Vierge Marie ! bénissez cette famille qui se forme sous votre aile ! bénissez votre enfant qui a tout quitté pour vous suivre, pardonnez-moi les larmes qui tombent sur cette page I votre enfant, cest ma sœur ! nos vies coulaient ensemble comme deux ruisseaux qui avaient mêlé leurs ondes ; et voilà qu'aujourd'hui il faut nous séparer ! mais, pourquoi troubler par des pleurs la joie d'un si beau jour 1 c'est qu'ici-bas nos joies les plus pures ont toujours un arrière-goût de la terre !
J'ai vu couler les larmes d'une famille, j'ai entendu
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les regrets d'un pauvre village, j'ai vu la solitude du foyer paternel ! 1...
Le cœur de riiomme est un abîme de tristesse, quand les pensées de la foi ne tiennent pas le réjouir ! Aussi, j'irai chercher, pour essuyer mes larmes, un doux regard de la pauvre sœur Marie !
La Fête de Xoël au couvent de V Inimaculée-Concepiion
Noël!.. Noëll... ainsi criaient nos pères, alors que, pleins de foi, une grande allégresse faisait battre leurs cœurs. Ce cri de réjouissance était comme un parfum qu'ils mêlaient à leurs joies de la terre pour les sancti-iier et leur donner un avant-goùt de celles qui ne finissent pas.
Oh ! qu'ils savaient bien comprendre les secrets de nos pauvres cœurs 1 eux qui, trouvant comme nous le- 1 but de leurs plaisirs, se hâtaient d'y mêler une penséechrétienne, et donnaient ainsi à leurs joies éphémères quelque chose d'éternel. Mais aujourd'hui que la main glacée de l'incrédulité ou de l'indiiférence a passé sur notre siècle, nous avons oublié ce cri d'allégresse. Aussii nos plaisirs sont tristes, nos joies remplies de larmes ; ' car. dès quelles commencent, nous en voyons la fin. Foi de nos pères, vous nous avez quittés sans retour? Et ce mot de Noël qui faisait surgir autrefois de si magnifiques espérances, ne réveille-t-il rien dans nos cœurs ?