‹ Correspondance et œuvresChapitre 9 sur 47 · MON PREMIER ROMAN · texte numérisé non relu

MON PREMIER ROMAN

Les mémoires d'une Rose.

« Tout le monde écrit son histoire ; de belles dames et de petits enfants ; des écrivains illustres et des voleurs de profession : jusqu'à un louis d'or cpii a donné ses mémoires ! Pourquoi donc, moi aussi, ne donnerais-je pas les miens? Ma vie, si éphémère et si parfumée, n'en sera pas moins remplie de graves enseignements et de douces leçons. Peut-être plus d'un cœur brisé trouvera au fond de mon calice un baume pour des blessures, et, dans les plis de mes feuilles, une pensée du ciel pour essuyer ses pleurs !

Ma naissance

Marie, blonde et rieuse enfant, prodiguait ses soins empressés à sa vieille mère d'abord, puis à un pot de fleurs placé sur l'étroite fenêtre de son obscur réduit ; et ce fut là le lieu de ma naissance.

— Un beau rosier croissait avec lenfant ; l'un et l'autre embellissaient la solitude de la pauvre mère, et réjouissaient ses yeux et son cœur.

Marie, la blonde jeune fille, ne connaissait encore de la vie que les joies de l'innocence et les caresses maternelles. Bientôt, hélas! ces dernières lui furent ravies ! et son petit réduit, naguère si riant quand elle était heureuse, lui parut tout à coup sombre et désolé. Elle considérait avec elfroi cette couche déserte, cette quenouille abandonnée, cet escabeau de bois où plus personne ne viendrait s'asseoir, ces murs tristes et dépouillés où pendaient seulement un rosaire, une image enfumée et un crucifix devant lequel, désormais, elle s'agenouillera toute seule !

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plus de caresses maintenant ! plus de regards amis 1 Que deviendra la pauvre orpheline?

Et ses larmes coulaient, amères et abondantes, quand tout à couple joli rosier frappa ses regards. Elle approche avec émotion de ce compagnon d'enfance ; elle aperçoit un beau petit bouton dont le rouge commençait à poindre, le premier qui eût encore paru :

« Ah : dit-elle, enjoignant les mains : Merci ! mon Dieu, de l'ami que vous m'envoyez ! N'est-ce pas l'àme de ma mère qui a passé par cette lleur et qui vient me dire : Courage ! Vois ce pauvre arbuste : tu l'avais abandonné, et pourtant, le soleil et la rosée ne lui ont pas manqué. Crois-tu donc que Dieu t'abandonne, lui qui prend soin de ce petit bouton? ».

Aussitôt, cette charmante enfant, remplie d'une sainte confiance, essuya ses larmes, écarta une feuille qui empêchait un rayon de soleil d'arriver jusqu'à moi : et, dès lors, nos existences se confondirent comme mes doux parfums avec ceux d'un beau lis.

Le papillon

Dix fois le jour elle venait me voir, et, à chaque visite, «lie me trouvait embellie. Bientôt se détachèrent les frêles liens qui retenaient mes feuilles prisonnières ; et ce fut un moment de bonheur pour Marie, lorsqu'elle les aperçut qui commençaient à s'entrouvrir.

« Ah I disait-elle, joli bouton ! nous sommes du même âge ; j'ai quinze ans, toi quinze heures, et M. le Curé, ce matin, comparaît mon existence à celle d'une fleur. Puisque la vie est si courte, je veux au moins qu elle soit bien remplie. »

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