‹ Correspondance et souvenirs (de 1805 a 1864) (volume 2)Chapitre 2 sur 30 · Dans le National · texte numérisé non relu

Dans le National

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avons pris une charge horrible, mais nous la porterons, si vous nous aidez. La politique est aujourd'hui d'une difficulté immense; car pour prouver qu'on doit être monarchique et libéral à la fois, il faut faire un travail de Romain. Je ne vois de tout côté que des Républicains, qui veulent cependant accorder le budget ; moi je suis- le seul monarchien qui veuille le refuser. Notez que je ne suis ni cardinaliste, ni dynastique, ni quoi que ce soit, mais disciple forcené de l'école anglaise. C'est un gâchis que tout cela, n'est-ce pas? Eh bien, figurez-vous que je suis obligé de faire comprendre ce gâchis à des électeurs à cent écus. Quel rôle, ma chère Antigone ! que vous êtes bien plus heureux de remplir votre devoir sous un beau ciel ! Allez, mon cher ami, il vaut mieux soigner la santé de son père que l'esprit de la patrie. Quoi qu'il en soit, aidez-nous, faites-nous de ces savants articles, qui sont savants sans être insupportables comme ceux de nos amis du Globe, si aimables, si clairs, si modestes.

« Adieu, mon cher Ampère, travaillez bien vite. Je vous en réponds sur l'honneur, votre article est excellent.

« Tout à vous.

« A. Thiers. »

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Au moment où M. Mignet annonçait à son ami que les membres dirigeants de l'Athénée de Marseille réservaient cette chaire à leur compatriote Méry, celui-ci refusait et quittait sa ville natale pour retourner à Paris; dès ce moment, les propositions déjà faites à Jean-Jacques recommencèrent et furent définitivement acceptées ; les honoraires étaient fixés à mille écus; le cours devait durer trois mois , et avait pour sujet l'étude de la poésie Scandinave.

De J.-J. Ampère à Madame Récamier.

Hyères, 22 février 1830.

« Je suis plongé en ce moment, madame, dans la rédaction de mon discours d'ouverture ; je veux y mettre ma principale idée sur mon sujet favori, l'histoire de la poésie, et je soigne le style de mon mieux. J'aimerais à vous lire ce que j'écris, car vous êtes mon Aristarque aussi bien que ma Muse, aussi bien que ma vraie, que ma seule amie, en toute chose et pour toute chose ; vous me manquez cruellement.

« J'ai eu, il y a quelques jours, des accès de découragement et de mélancolie; c'était la suite d'une vie trop renfermée, trop uniforme. J'ai reconnu ce que vous

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m'avez dit souvent, que nous avons besoin de nos semblables, et je me suis mis à aller en société pour connaître un peu ce petit monde d'Hyères au sein duquel j'ai vécu sans m'apercevoir qu'il existât. Nous avons eu deux bals qui n'avaient point mauvaise tournure. On a joué des proverbes de Leclerc. Vous rappelez-vous ce vaudeville du palais de Venise, où Mme Lenormant était si charmante, et n'avait au milieu de ces Polonais, de ces Russes, de ces Anglais, de ces Allemands, de ces Italiens, d'autre défaut que d'avoir de l'accent? Eh bien, ici, il n'y avait à ce compte-là personne qui n'en eût; ces dames et ces messieurs accentuaient à la provençale à qui mieux mieux. Du reste, j'ai été étonné de l'air naturel et du bon goût de la plupart des actrices. Il est vrai que quatre mois de réclusion absolue ne rendent pas très-difficile. Au bal de lundi dernier, j'étais joyeux comme un enfant en vacances, de voir des lumières, des toilettes. Mon père a fait avec moi sa première sortie du soir et ne s'en est point mal trouvé. Il a maintenant quelques connaissances qui l'accompagneront à la promenade ; ainsi il pourra se passer de son fils pendant le peu de temps qu'il en sera privé.

« Dans ce bal je me rappelais ceux de Rome, celui où vous étiez masquée comme la reine Hortense, chez le duc de Laval, vous en souvenez-vous? Un souvenir mène à l'autre, et je me prenais à me retracer tout à coup au son du violon, Saint-Jean de Latran ou les bords du Tibre.

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« A propos, je me suis lié à Hyères avec un jeune homme fort aimable, qu'on doit vous présenter; il est grand amateur de la palingénésie, plein d'esprit, des manières gracieuses et distinguées. Nous nous voyons tous les jours. Je voudrais qu'à mon intention vous le reçussiez et fussiez bien aimable pour lui. Il me semble tout à fait des nôtres. Il s'appelle de Syon.

« Adieu. Ne m'écrirez-vous point un mot pour porter bonheur à mon cours ? Adieu, adieu.

« J.-J. Ampère. »

D'André-Marie Ampère à Ballanche.

Marseille, 31 mars 1830.

« Bon ami, je suis auprès de mon fils. Hier je l'entendis professer pour la première fois. Tu sens quelle émotion j'éprouvais en l'écoutant, en le voyant applaudir par six cents auditeurs. J'aurai encore ce bonheur vendredi et samedi. Mardi ce n'est pas lui qui parlera, c'est toi, Ballanche. Merci d'avance de tout le plaisir que feront à moi et au public le mont Sacré et les derniers accents de Virginie.

« Je te supplie de m'écrire chez de Gasparin, à Orange; j'attendrai à Lyon un collègue de tournée.

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« Des circonstances, que j'éviterai dorénavant, m'ont exposé à des changements de température trop variés; de cette imprudence il n'est pas résulté le moindre rhume, ma guérison est donc complète.

« Mon fils et moi t'embrassons de toute notre âme.

« André-Marie Ampère. »

D'Albert Stapfer à J.-J. Ampère.

Le 17 avril 1830.

« Vous commenciez peut-être à croire, mon cher ami, que nous manquerions à notre promesse et que votre discours ne paraîtrait pas dans le National; ce long retard m'a impatienté au moins autant que vous. Mais je viens enfin d'obtenir la place nécessaire aux longues citations que j'avais annoncées. Le préambule de Thiers est tel que lui seul pouvait le faire, et je crois qu'il flattera suffisamment l'amour-propre des Marseillais. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les éloges qu'il donne à l'auteur de votre harangue sont sincères et que nous sommes tous parfaitement de son avis. C'est un morceau complet pour

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le fond et la forme. Vous voilà professeur à Paris d'emblée, dès que les temps seront devenus meilleurs.

« Vous savez depuis quelques jours la condamnation de Sautelet. Les trois mois de prison ne sont pas réjouissants, et cependant il faut s'en réjouir, car c'est le moins possible, et le tribunal a fait preuve d'une bienveillance extraordinaire en joignant la petite affaire à la grande. Aussi n'en appellera— t-il probablement pas, d'autant moins que le Globe s'en tient aussi là, quoique plus mal traité, ce qui est bien juste de toute façon. Conçoit-on, en effet, quelque chose de plus bêtement exposé que son article de début ? Et les plaidoyers de Dubois, le dernier surtout ! Cousin disait hier : « C'est la plus importe tante et la plus sublime niaiserie que j'aie jamais lue ! » Thiers s'est borné à écrire à Dubois quatre lignes sèches et nettes. Ces messieurs avaient pris une habitude de régenter leurs confrères, qu'ils ont de la peine à quitter; bon gré, mal grésils en prendront d'autres, ou malheur à eux.

« Cousin veut être de l'Académie et conjure le National de l'y porter; car, dit-il, « il n'y a que lui qui puisse « réparer tout le mal que le Globe m'a fait dans cette « occasion, par bienveillance ». Ce lourdaud a imité l'ours de la fable !

« Adieu, mon cher Ampère, quand vous reverronsnous? J'ai peur que les applaudissements de ces demi- Grecs, ne vous retiennent plus que de raison. Je vous

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embrasse tendrement et vous transmets les amitiés bien vives de toute la famille.

« Albert Stapfer. »

D'Albert Stapfer à J.-J. Ampère.

Paris, 14 mai 1S30.

«- Je vous embrasse, mon cher Ampère,, au nom de notre excellent Sautelet qui m'en a chargé peu de moments avant de mettre à exécution un bien horrible projet. Imaginez, mon ami, que ce cœur parfait a cessé de battre! Dans la nuit de mercredi à jeudi, Sautelet a mis fin à ses jours. Il n'est pas besoin de vous détailler les raisons qui l'ont porté à cet acte de désespoir; vous le connaissiez trop bien pour n'avoir pas souvent craint ce malheur. La manière cruelle dont sa dernière illusion fut détruite rompit le peu de fils qui l'attachaient encore au monde. Je l'avais quitté mercredi soir, entre onze heures et minuit, et il m'avait dit adieu avec une sorte de solennité que je n'avais pas comprise. Il passa la nuit à écrire et fut interrompu par le jour. Je suis dans le nombre de ceux à qui il a adressé quelques lignes et vous êtes nommé dans ces lignes. Il a dit entre autres choses : « Si ma nature faible, indolente, avait pu être

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« changée, elle l'aurait été par vous tous. J'ai été incor- « rigible. »

« Adieu, il m'est impossible de continuer.

'« Albert. »

D'Andrê-Marie Ampère à J.-J. Ampère.

Paris, 23 mai 1830.

« Cher bon ami, au lieu de trouver M. Daburon à Orléans, j'y ai reçu une lettre qui m'appelait à Paris; mais notre départ est fixé à demain; je vais directement à Bordeaux à petites journées. Le 10 juin je serai à Pau, le 20 à Toulouse, le 30 à Cahors, etc.

« L'horrible catastrophe1, que tu as vue dans les journaux, m'a frappé à la fois de douleur et de stupeur. Je ne sache rien de plus épouvantable, rien qui me semble plus éloigné de ce qu'on aurait pu prévoir. Ton chagrin ajoute encore à ma peine : tous tes amis sont indignés contre Celle qui l'a plongé dans le désespoir....

« M. Fourier-est mort; Arago le remplacera, j'espère. Poisson et bien d'autres opposés à Poisson, le portent ;

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