L. DE LOMÉNIE
Souvenirs écrits à Rome en 1862. — « Chaque année, le moment le plus difficile à passer pour la convalescente était le mois d'août. Cette fois, le terme fatal s'annonçait pour elle comme devant être moins redoutable qu'à l'ordinaire quand tout à coup le mal* éclata plus dangereux que jamais ; tout à coup elle fut comme frappée de la foudre.
« A Corne, dans ce lieu enchanté, Mme L*** a goûté ses derniers jours heureux ; là ont commencé pour les siens les heures les plus amères...
« En ce terrible moment la saison nous chassait du nord de l'Italie ; il fallait revenir à Rome, retrouver un climat plus doux, un médecin habile et dévoué. Il fallait faire un voyage de deux cents lieues au milieu de souf-
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frances et d'inquiétudes qui ne devaient plus cesser !..
« J'avais bien des motifs impérieux pour aller en France ; le principal était de voir enfin mon cher Alexis ; mais je ne pouvais laisser ainsi mes amis. Je résolus de les suivre jusqu'à Florence, et quand je fus là, jusqu'à Rome, où je ne pus jamais trouver la force de m'en séparer.
« Déjà Florence, à cette époque, n'était plus pour nous Florence, comme bientôt Rome ne devait plus être Rome »
De J.-J. Ampère à Alexis de Tocqueville.
Rome, 8 octobre 1857.
« Que le lieu d'où je vous écris, mon très-cher ami, ne vous effraye pas trop ; Rome, grâce aux bateaux à vapeur, est, comme le lac de Côme, à trois jours de Paris et à quatre de Tocqueville. Croyez bien, cette fois, que ce n'est pas ma passion pour cette ville qui m'y a ram3né. Je suis venu à Rome comme j'aurais été à Quimper-Corentin. La santé dont je vous ai parlé, sans donner trop d'inquiétudes immédiates est, pour le présent, dans un état fort triste, et le voyage de Milan ici était une assez grande difficulté. Je n'ai pu me résoudre à abandonner une famille désolée. Je n'avais pas besoin
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delà lettre ! si véritablement amie que j'ai reçue à Florence pour savoir tout ce que je perdais en manquant à la réunion de Tocqueville. Mais cette lettre, où l'affection se sent à chaque ligne, et d'autant plus véritable qu'elle est plus indulgente pour un retard que je n'ai pu empêcher, cette lettre m'aurait donné par cela même encore plus d'envie d'aller vous trouver sur-le-champ si cela eût été possible. Mon plus vif désir est de vous revoir, et j'espère encore que ce très-grand bonheur n'est pas fort éloigné; pour le moment, jusqu'à ce qu'un mieux survienne, comme il y a lieu de l'espérer, je ne puis rien arrêter. Je ne puis qu'attendre, en tâchant de conserver tout ce que je possède d'énergie pour soutenir une mère, un père auxquels je suis heureux que mon amitié puisse apporter quelque douceur.
c Je n'ai pas cessé entièrement de travailler; je commence à préparer l'histoire de Rome moderne ; ce genre d'occupation m'est plus facile que la rédaction.
« Adieu, mon cher et très-cher ami, aimez-moi toujours comme je vous aime malgré l'absence.
« J.-J. Ampère. »