‹ Correspondance et souvenirs (de 1805 a 1864) (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · MÉRIMÉE · texte numérisé non relu

MÉRIMÉE

De Mérimée à J.-J. Ampère.

Paris, 2 juillet i8j0, tt Mon cher ami,

a J'ai communiqué tes intentions à MM. Villemairi et Cousin, en leur disant qu'elles étaient inébranlables. J'ai ajouté que les miennes l'étaient aussi ; de sorte qu'on

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n'a rien communiqué à l'Académie et que le statu quo durera encore quelque temps, pour aviser et trouver un remplaçant. Je ne comprends pas trop pourquoi on n'a pas fait la chose tout de suite, à moins qu'on songe à donner un linguiste pour successeur à Tocqueville; mais où le prendre?

« Je n'ai pas de projets bien arrêtés pour ce mois-c et le mois de septembre. Je voudrais être à Madrid au commencement d'octobre pour en partir en décembre et venir passer l'hiver à Cannes ou à Menton. Quitter Madrid, quand on y est, n'est pas chose facile; mais je compte sur l'hiver pour m'en chasser et m'obliger à chercher un climat plus doux.

« La paix a été reçue ici d'abord assez froidement. La fibre guerrière était tendue, et on aurait voulu des conquêtes ; il me semble maintenant qu'on en est plus content par réflexion. La maxime des Spartiates était de ne pas donner des leçons de guerre à ses ennemis, en la faisant durer trop longtemps. Ensuite les gens qui reviennent nous font de si drôles de peintures de l'enthousiasme et du patriotisme lombard , que l'on ne regrette pas les bras qu'on a conservés en n'allant pas jusqu'à l'Adriatique. J'ai une théorie que je crois absolument vraie : c'est qu'il n'y a d'insurrection possible que dans un pays où le paysan ne couche pas dans un lit; il lui faut encore des traditions guerrières. En Italie, il y a des lits et point de traditions : aussi les villageois nous

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jetaient des fleurs, nous vendaient cher leurs mauvais vins, et prévenaient l'ennemi de tous nos mouvements, pour gagner quelques pauls. Présentement il y a beaucoup d'ordre et de bon sens parmi les libérés: si cela continue, il est évident qu'ils se donneront le gouvernement qu'ils voudront. Mais gare la réunion de la Diète! c'est alors que les sottises commenceront. Je ne crois pas qu'il y ait pour l'Italie un gouvernement qui la régénère, si ce n'est un despotisme éclairé. Il faut deux générations pour faire perdre les habitudes de volerie et de bassesse, et autant pour former une armée; tandis qu'il ne faudra pas trois jours pour avoir des orateurs éloquents.

« Que faut-il penser d'une Vénus achetée par l'a Russie? Est-ce un original, ou bien une copie? A-t-on fait quelques découvertes étrusques? C'est à quoi je m'intéresse le plus. Enfin, que devient l'affaire Campana, et surtout son musée?

« Mille amitiés.

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