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rentsdes fluides électriques, uniquement parce qu'on n'y a pas esesû^e habitué son esprit! Je sais bien* que mon mémoire n'est pas rédigé assez clairement : cela vient de ce que je l'ai écrit avec une hâte extrême et par morceaux détachés, réunis ensuite comme j'ai pu.
« A. Ampère. »
D^André-Marie Ampère à J, Bredin.
Paris, icfmai 1821.
« Cher amî, j'ai voulu, tout en donnant mes leçons à TÉcole polytechnique, en rédiger des sommaires, con- ,lî!fti€i'' à m'occuper d'électricité, répondre à des lettres reçues àiee sujet de divers pays, faire publier à M. Savary ses 'admirables calculs sur l'action électro-dynamique, etc.
« Qui trop embrasse mal élreint », dit-on à Lyon. Je n'ai pu répondre à la plupart de ces lettres, mes sommaires ne sont pas terminés, et il "n'y a d'écrit qu'une partie de ce que j'ai fait depuis mon retour sur l'électricité dynamique. Enfin la réponse à M. Faraday est achevée , elle paraîtra dans le prochain cahier des An nales de chimie; le mémoire de M. Savary est à l'im-
1 88 André-Marie et Jean-Jacques Ampère,
pression pour le cahier de février du Journal de physique. Que m*objectera-t-on quand ce mémoire aura paru, je n'en sais rien; mais du moins ce seront des objections sans fondement.
« Mon fils avait fini Rosemonde le 1 2 octobre ; je m'attendais à ce qu'elle serait reçue sans difficulté, mais il n'en est rien. Ceux qui ont entendu lire cette pièce Pont déclarée irreprésentable, à moins de changements considérables. Ils demandent qu'Alboin ne soit tué qu'à la fin, et devienne le principal personnage. Jean-Jacques a été dégoûté de tout cela pendant quelque temps, mais il s'est remis à l'œuvre, et d'ici à quatre ou cinq mois il aura refondu sa tragédie sur un nouveau plan. Le cinquième acte est autant de perdu ; celui dont il s'occupe sera plus théâtral et mieux accudiiii du public, mais moins conforme à l'histoire.
« J'ai trouvé, traînant chez moi, la copie destinée au comité de l'Odéon ; je te l'envoie, tu verras ce dont ils ne veulent point. . '
(^ A. Ampère. »
André-Marie et Jean-Jacques Ampère. \ 89
D' André-Marie Ampère à J. Bredin.
Paris, 15 août 1821.
« Cher ami, je ne pourrai guère arriver à Lyon que vers le milieu de septembre, mais il est décidé que j'irai, les affaires de mon fils m'en font un devoir; les miennes auraient exigé que je restasse ici. Un bout de lettre de toi, où tu me dis de t'aller voir, m'est tombé récemment sous la main : ta demande m'aurait décidé si je ne l'eusse été.
« Je suis d'une tristesse mortelle; l'abandon où l'Europe lais^ la Grèce me désespère.^ Encore un de mes vifs chagrins c'est d'avoir passé huit mois sans calculer les conséquences de mes formules sur l'action des courants électriques pour les comparer aux faits. Depuis qu'on m'a interdit la pipe, à cause de ma poitrine, je suis devenu presque incapable de travailler. A la campagne, j'ai pris un goût de botanique, comme si je commençais déjà à retomber dans l'enfance. Mon jardin me passionne toujours bien ridiculement; il est vrai que la température pluvieuse dç cet été l'a couvert d'une végétation superbe .
« Adieu, toi dont l'amitié m'est si douce.
w A, Ampère. « I. II.
190 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
Au jour de l'an 1820, six mois avant son voyage en Suisse, Jean-Jacques avait été présenté à M"* Récamier par M. Ballanche. Sa correspondance ne fait aucune allusion à ce grand événement de sa jeunesse. L'impression que lui avait laissée cette visite ne devait pourtant pas s'effacer, car il aimait à en rappeler le souvenir bien longtemps après, et à raconter un petit incident de la soirée où, pour la* première fois, il était entré à l'Abbaye-au-Bois.
La belle Juliette lui apparut, dans ce petit salon de la rue de Sèvres, entourée de personnages illustres, à demi-cachée sous un flot de mousseline, assise, presque étendue sur une causeuse de damas bleu ciel (de forjne Empire, à col de cygne doré). Au trouble visible du nouveau venu, la souveraine du lieu le prend en gracieuse pitié, elle daigne encourager un peu le fils de son ancien ami, lui parle de son père, l'interroge, fait si bien que Jean-Jacques se rassure, écoute, ose répondre, raconter même. Tout en s'animant, il pose ses doigts sur un petit guéridon couvert de bagatelles et s'empare d'un couteau de marbre rouge antique, artistement orné, venu de Rome en droite ligne. Sans se douter du malheur auquel il s'expose, tournant et retournant entre ses mains l'objet précieux que son esprit oublie , il fait de ses pouces un arc-boutant et brise net le bijou romain.
Ace coup imprévu, le causeur maladroit reste anéanti, perd absolument la conscience de son acte. Sa vue se
trouble, tout devient confus autour de lui ; il voudrait fuir,; mais tremble pourtant d^être à jamais privé du bonheur de contempler celle qui le ravit et l'épouvante à la fois.
En cet instant, la fée bienfaisante lassemble prestement les débris du marbre, les' glisse sous le coussin qui soutient son bras charmant, et, laissant tomber quelques • parles qui distrayent et excitent l'attention générale,, ranime la conversation et ramène le sang au cœur qui se sentait défaillir.
Elle était donc aussi bonne que belle 1
M"^® Récamier avait alors quarante-trois ans, elle était née à Lyon en 1777, la même année, presque le même mois, dans la même ville que M*^® Julie Carron, Tunique amour d'André-Marie. On se souvient qu'en 1796, le 10 août, après le^coucher du soleil, le naïf et rêveur André, se promenant sur la route de Saint-Germain-Montd'Or, le long d'un ruisseau solitaire, rencontre la charmante jeune fille dorft nous connaissons les vertus et Tattrait. Entre Tidylle qui commençait alors et l'orageux sentiment qui va naître à l'Abbaye-au-Bois, quel contraste !
Juliette Bernard et Julie Carron, qui devaient tenir une si grande place dans l'existence des deux Ampère, se ' ressemblaient bien peu, et avaient cependant quelques qualités communes qui attirèrent des cœurs si pareils. Élevées Tune et Tautre pendant la révolution, l'époque terrible qu'elles traversent, grâce au milieu où elles
19^ Andri^Marie et Jean^Jacques Ampère»
vivent» laisse sur ces jeunes filles des impressions et des traces bien différentes. La mère de Jean-Jacques, d'une complexion délicate^ naturellement un peu mélancolique et réservée, grandit auprès d'une famille pieuse, traditionnellement attachée à ses souverains légitimes ; •habituée de bonne heure aux privations, aux sacrifices qu'impose l'absence de la fortune , tout en cultivant son esprit par des lectures sérieuses , se livre aux travaux matériels du ménage, soigne ses parents, fréquente peu d'étrangers, voit pratiquer par les siens d'austères devoirs, et rencontre partout dans son entourage une simplicité de mœurs qui caractérisait encore la bourgeoisie au der> nier siècle.
Sa conteinporaine, au contraire, retirée de l'abbaye de la Déserte à Lyon, où elle avait été mise presque enfant, arrive à Paris à l'âge de douze ans, chez son père, receveur général des finances, et fait trop t^t à côté de sa mère les honneurs d'un salon.
Dans cette société, restée élégante, frivole, en dépit des luttes qui se préparent et menacent la France, la jolie petite fille qui joue encore à la poupée devient l'objet d'hommages précoces; M"*® Bernard s'empresse à rehausser ses grâces adolescentes, la pare comme une idole : souvent la fatigue, l'impatience ou l'ennui provoquent les pleurs de Juliette, qu'importe! il faut apprendre à plaire, et cette larme qui brille sous de longs cils ne donne-t-elle pas plus de charme au regard ? .
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André-Marie et Jean- Jacques Ampère. 195
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wy^® Garron avait dû pressentir assez vite que sa personne n'était point dépourvue d'agréments, mais dans cette modeste maispn^ qui donc lui aurait appris les secrets de la vie mondaine, les nuances de la coquetterie? Mariée à vingt-deux ans, sa raisoi^déjà formée se développe quand elle devient la compagne tant aimée d'un homme jeune, simple, travailleur. Éprouvée par la maladie. Pâme de Julie s'élève sous l'empire des souffrances physiques et de la douleur morale que lui causent les déchirements d'une séparation fatale et prévue.
En 1793, le receveur général Bernard fait épouser sa fille à son ami intime, M, Récamier. Il espère ainsi donner à cette délicieuse enfant, âgée de quinze ans et demi, un protecteur pendant la Terreur ; mais ce mari de quarante et quelques années, qui pour Juliette semble un vieillard, ne saura pas même lui servir de guide, car l'esprit de M. Récamier ne peut mûrir, et ses mœurs légères ne se modifieront jamais. Orgueilleux de la beauté qui porte son nom, il l'abandonne en souriant à toutes les séductions, livre tant de jeunesse et d'inexpérience à un monde avide de plaisir, pressé de jouir et d'oublier les tristesses du passé. Juliette, devenue reine en un jour, garde, au milieu des périls qui l'assiègent, une réputation qu'aucun de ses adorateurs n'a le droit de ternir.
Plus la femme d'André voit ses forces s'épuiser, mieux elle comprend la grandeur de la tâche qu'elle va laisser inachevée et sent l'immense importance de sa
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194 André^Marie et Jean-Jacques Ampère,
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vie de femme et de mère ; elle s'écrie en mourant : a Mon mari, mon fils, ont tant besoin de moi! »
M™* Récamier, à la fin de sa cargère, répétait à ses petites nièces : « Chères enfants, la vie que j'ai menée n'est point enviable, je ne vous la souhaite pas. »
Malgré l'éclat de sa brillante existence, ces regrets, souvent exprimés, montrent qu'elle aurait payé cher les bonheurs légitimes qui lui ont manqué. Elle en était digne aussi par son dévouement à ceux qu'elle aimait.
Jean-Jacques retourne d'abord discrètement rue de Sèvres, mais bientôt l'intimité lui est permise, et l'année suivante, au mois de septembre, M™® Récamier, installée dans une maison de campagne à Saint-Germain, donne l'hospitalité à son jeune ami.
De J.'J, Ampère à André- Marie Ampère.
Saint-Germain, septembre 182 1.
« Je suis encore ici, mon cher papa, en dépit de mes projets : on m'a témoigné tant-^'amitié que je n'ai pu résister. Du reste, la journée est fort bien arrangée pour l'étude, je ne perds pas mon temps. M™** Récamier me demande toujours si j'ai travaillé et m'y invite continuellement. Peut-être même cette sorte de persécution, quelque aimable qu'elle fût, avait-elle contrarié tout d>-
André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 195
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bord mon inspiration ; mais je ne me suis pas tenu pour battu, et ma veine a recommencé.
a J'ai vu ici M. de Chateaubriand, auquel on a lu un fragment de moi , intitulé : Malédittion contre le soleiL Je te montrerai cela ; mais ne crains rien pour la tragédie, elle marche. Tu ne peux t'imaginer à quel point M*"® Récamier aime à faire valoir ses amis. Cest une bien charmante femme.
« J.-J. Ampère. »
Jean-Jacques, que M""® Récamier a eu un instant la fantaisie d'appeler Edouard, parle de sa tragédie, de sa Malédiction contre le soleil; mais il garde le silence sur un fabliau intitulé : La Dame de l'Abbaye, Dans ces quelques pages en prose, il osait faire allusion à ses sen-> timents et déguiser sous le nom transparent de Juliette de Sancerre l'héroïne de ses pensées, qui veut aller en pèlerinage à Notre-Dame des Loges. « 0 moments d'un bonheur parfait, vous passez bien vile ! » Déjà ce jour, le seul, le dernier qui lui reste, touche à sa fin ; il faut que le trouvère quitte la noble dame avec les tendres émotions du départ ; il faut qu'il retourne dans le château de Vanteuil, où sa famille l'attend : autrefois son bonheur était dans- ce château.
196 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
D'Adrien de Jussieu à J,-J, Ampère.
Vanteuil, le 22 septembre 1821.
« Que deviens-tu, mon bon ami ? Es-tu habitant de Saint-Germain ou du Limodin, ou de Montmorency, ou de Paris ? Heureux le lieu qui possède les agréments de ton individu, et puisse Vanteuil devenir bientôt ce lieu !
«Le docteur Roch arrive aujourd'hui. Nous attendons Chanteloup, de Luynes, et je crois aussi Laugier, sous peu de 'jours ; mais la compagnie sera incomplète, mutilée, informe, tant que son principe de vie lui manquera, que son âme ne l'animera point, que son feu ne réchauffera pas. Tu vois donc qu'il faut te hâter.
Oui, tu dois, cliez Touchard retenant une place, Rejoindre des amis que ton absence lasse ; Tu dois, et le plus tôt est aussi le mieux fait, Transporter à Vanteuil Pégase et ton paquet.
« Tu sais que tu m'as promis de me lire ici le commencement de ta tragédie. Je me fais déjà une fête de nos petites promenades et d'entendre tes confidences; en échange, jeté promets du chocolat.
(c Adieu, nous t'aimons et te désirons bien tous.
« Adrien de Jussieu. »
André-Marie et Jean-Jacques Ampère, 197
D^ Albert Stapfer à J.-J, Ampère.
Vanteuil, samedi 6 octobre 182 1.
« Mon cher ami,
« Je reçois votre lettre que j'appellerais aimable, si les choses amicales que vous m'y dites, et que je vous rends, n'étaient accompagnées d'un refus qui, bien qu'appréhendé fortement! n'en est pas moins une mauvaise nouvelle pour moi. Comment, après m'avoir frustré d'un jour sur lequel je comptais, m'en ôter encore je ne sais combien ! Et remarquez une chose qui, peut-être, vous a échappé quoique toute visible : lorsqu'il s'est agi d'aller à Saitit-Germain, il n'y a eu ni instances de ma part,' ni piomesses de la vôtre qui aient pu vous faire retarder d'une heure vôtre départ, et à présent qu'il faut en revenir, deux semaines de délai ne vous contentent plus. ,Qu'en concittre? Que vous aimez beaucoup le séjour de Saint-Germain, n'est-il pas vrai? Vous m'avez parlé de promenades solitaires, de sentiers écartés. Cependant, je croîs que ce n'est pas la solitude qui vous y plaît davantage. Pour moi, qui n'ai pas la vue très-longue, je puis me tromper. En attendant, vous restez trop longtemps à Saint-Germain. Cette femme qu'on a tant aimée, vous me la ferez hair.
« Albert Stapfer. »
1 98 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
D'André-Marie Ampère à M* Roux, de Genève^
Lyon, 12 octobre 1821.
ta Mon bien cher ami, en allant passer deux jours à Genève, je vous verrai d'abord, puis MM. de la Rive, Picten, de CandoUe, et tant d'autres hommes éminents dans les sciences. J'ai rencontré ici le fils d'un de vos compatriotes, le docteur Cointet, qui a fait la plus belle découverte en médecine depuis celle deJemiir, en appliquant riode à la guérison des scrofuleux.
« J'aurais eu un grand plaisir à causer avec vous de vos projets d'expériences, même de vos objections contre les vérités fondamentales de la physique et de la chiniie. Rien n'est plus amusant en conversation, pour animer les discussions ; mais à quoi bon rédiger ces objections , par exemple, à l'égard de la chimie actuelle, que vous prétendez dangereuse pour la science chimique, tandis qu'elle la constitue?
<( Je vois bien que nous nous accorderions là-dessus à peu près comme en politique; mais nous aurions disputé avec un charme inexprimable ; et puis je vous aurais raraconté ce qu'a fait D^iltog sur la détermination des nombres des atomes, déterminés par les chaleurs spécifiques qui sont proportionnelles à ces nombres, et le travail sur les formes et l'arrangement des atomes^ dont
André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 1 99
j'ai publié une esquisse, il y a six ans, dans les Annales de Chimie, et dans celles des Mines, mais qui, tout changé et étendu à une infinité de nouveltes combinaisons, fait à présent prévoir d'avance, d'après l'arrangement des atomes dans les particules des corps simpies, les proportions de combinaison dans tous les corps composés.
« Il faudrait savoir au juste comme vous entendez Paffinité que vous appelez électro- galvanique (j'aimerais autant dire : électro-électriquei, ou galvano-galvanique !) pour pouvoir répondre à la question que vous me faites sur ce sujet.
« Vous me dites qu'on n'a pas posé des bases claires sur la question des grandes et des petites propriétés ; en venant à Lyon, vous auriez vu si les bases que j'établis ne sont pas claires; mais comment les exposer dans une lettre? et puis, à quoi bon s'occuper de ces choses où l'on ne peut rien, mais qui n'en iront pas moins peu à peu, comme le christianisme avant Constantin, en dépit d'Alexandre Julien?
« Le système psychologique dont vous me pariez, et que vous trouvez effrayant, est un pas rétrograde tendant à ramener d'anciens systèmes aussi aisés à faire que le rétablissement du gouvernement féodal. C'est Spinosa gentiment recrépi.
« Vous ne vous êtes pas trompé en vous apercevant de l'adresse avec laquelle on cherche à lier à la décou-
200 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
verte d'Œrsted les faits sur les actions des courants électriques entre eux et avec le globe terrestre; ils en sont tout à fait indépendants puisqu'il n'y est point question d'aimant, dont cette découverte a été seulement l'occasion.
« Je vais bien à présent au physique; au moral, je suis . furieux d'indignation, et me console tant que je peux avec l'électricité produisant tous les phénomènes magnétiques, la figure des particules des corps-' déterminant toutes les lois de leurs combinaisons, et la solution complète du grand problème de l'objectivité, solution dont je vous ai parlé tant de fois depuis dix-huit ans, que je n'ai fait depuis qu'éclaircir et compléter.
« Vous ne sauriez croire le plaisir que j'aurais à vous voir, et combien je vous aime, quoique vous vous amusiez à prendre à chaque instant le contre-pied de tout ce qui m'est démontré, pour en faire vos opinions favorites ! Que vous feriez une belle chose si vous trouviez la cause . de cette opposition! L'expliquez -vous par la cranologie, le lavaterisme, ou parce que nous descendrions de deux races différentes du genre humain ? Serais-je un Sanscrito-celtique venu en Europe du Thibet par le nord, et vous un Araméen descendu d'abord du Caucase dans l'Asie Mineure ?
« Adieu, mon excellent ami, à vous pour la vie.
« André-Marie Ampère. »
André-Marie et Jean- Jacques Ampère. 201
De J.'J. Ampère à Madame Récamier.
La Ferté-sous-Jouarre. octobre 1821.
« Madame,
« J'avais été trop heureux auprès de vous. Mon amitié, que la vôtre a daigné encourager, était devenue plus vive encore. Ce mois, le plus beau de ma vie, ne me laissait que de charmants souvenirs, que des impressions ravissantes dont je me plaisais à savourer la douceur en repassant dans mon cœur vos paroles si aimables, si consolantes, et vos douces confiances, et ces promenades, ces lectures, tous ces moments employés si bien à les perdre avec vous. Je songeais que bientôt j'allais vous rejoindre pour tout l'hiver, et après cet hiver, Saint- . Germain, Marly, le printemps, la nature, encore un mois de bonheur ! Ces pensées m'enchantaient, et au moment où je vous écris elles m'entraînent encore loin des tristes réalités qui m'environnent. Mon premier spectacle en arrivant ici a été un deuil; ma première promenade, au cimetière. La fille de M™° de Jussieu a mis au monde un enfant qui est mort vingt-quatre heures après sa naissance. 0 madame, les sentiments terribles de la destinée malheureuse et vaine de l'homme^ dont vous m'avez dis-
202 André-Marie et Jean-Jacques Ampirei
trait, pèsent sur moi, maintenant que je suis seul avec des infortunés. Adieu. »
« J.-J. Ampère. »
De Ballanche à J.-J. Ampère,
« Nous avons pris une part infinie^ mon cher Edouard, au malheur qui vient de frapper une famille que vous aimez; nous avons bien compris la peine que vous avez dû éprouver. L^inattendu est toujours une chose violente ; il serait fort injuste et fort dur de philosopher avec ses amis dans de semblables moments ; je suis tout à fait d'accord avec vous lorsqu'il s'agit de la rigueur des destinées humaines. Nul n'apprécie plus que moi la tristesse de notre condition, je sais ce qu'est la douleur. Une autre fois, mon cher ami, je vous dirai que c'est précisément cette rigueur de nos destinées, celte tristesse de notre condition, cette douleur de l'existence, qui m'affermissent dans mes pensées d'avenir. Je n'ai jamais rien arrangé et il est impossible de rfen arranger avec cette vie seule; il faut l'autre vie pour compléter rhomme, pour achever l'être quelconque qui est rhomme
'n 11 r tJÈmÊÊn^ÊÊà
André 'Marie et Jean-Jac^nes Ampère. 203
« Vous n^avez point eu tort de communiquer vos douleurs à des personnes qui vous aiment. L'amitié n'est pas égoïste en étant confiante, la douleur se soulage en la communiquant. L'amitié n'est pas bonne seulement dans le calme et dans le repos. ^
<c II conviendrait peu de parler poésie dans de tels moments; permettez-moi cependant de vous dire que s'il se présente à vous quelques be?iux vers de tragédie, il ne faudra pas les rejeter comme importuns. Au milieu de toutes les choses qui composent l'homme, il y a le besoin de distraction et la faculté d'échapper à l'accablement.
« Ne croyez pas que vous ayez été oublié à Saint- Germain; nous parlons de notre jeune ami, nous désirons que ce qui est en lui se développe. Nous aimons à penser qu'il dépend de lui de donner de la durée à son nom, sous quelque forme que la durée se présente. Nous aimons tous la durée, nous pensons que faire l'emploi de ses facultés, c'est accomplir un devoir.
(a Nous faisons toujours nos petites promenades, mais il n'y a pas eu,, depuis vous^ de halte littéraire; je crois même qu'il n'y a pas eu de conversation si sérieuse que de votre temps : cela vient peut-être de ce que nous n'avons pas de doute sur les grandes questions, sur les questions auprès desquelles celle desmajorats n'est rien.
« Voilà que nous allons quitter Saint-Germain, cette patrie où vous vous êtes trouvé si bien ; nous passerons
204 André'Marie et Jean-Jacques Ampère.
quelques jours à Angervilliers, puis nous reviendrons à Paris le i^ novembre. Je voudrais bien savoir des nouvelles de votre père.
« Adieu, mon cher Edouard, Je vous embrasse tendrement, et je vous prie de prendre courage. Ne vous laissez pas dominer par vos pensées d'abattement ; croyez que la vie, si elle n'est pas bonne en soi, est bonne par ce qu'on en fait. Croyez-moi, les destinées d'un être moral et intelligent doivent finir par être heureuses. Tout à vous.
<( Ballànche. 9
« En tournant le feuillet, vous trouverez quelques mots qui vous feront plus de plaisir que ma page tout entière. »
De J.'J. Ampère à Jules Bastide.
Vanteuil, lo novembre 1821.
« Il y a longtemps que nous ne nous sommes écrit, mon cher Jules. Tu as vu la Hollande et ses merveilles sans être tenté de m'en envoyer la description, je te le pardonne; mais je veux, mof, te parler de mon séjour auprès d'Albert dans la vallée de Montmorency.
André'Marie et Jean-Jacques Ampère. 205
« Depuis notre voyage de Suisse, nous n'avions pas eu de conversation intime ; nos esprits, en suivant la même route, se sont modifiés de la même manière ; ils se rencontrent aujourd'hui avec joie. Et toi, Jujes, toi, mon ami, où en est ta pauvre âme ? Cette fin d'été qui ressemble au printemps et à l'automne, ces beaux jours, tout cela ne rafraichit-il pas ton imagination ? Albert me disait Tautre soir : // y aura toujours quelque chose de sombre, de désenchanté au fond de notre existence. Oui, mais je commence à croire que toutes les joies n'en seront point bannies. Rien ne remplacera jamais ce que nous avions rêvé, et le souvenir ne s*en effacera "pas, mais il s'affaiblira peu à peu. Ce mouvement inquiet, ces retours douloureux, se tourneront vers l'extérieur; car, Jules, est-il dans la nature de l'homme de s'isoler éternellement? Cher ami, mon espérance est modeste, ma foi est timide, mais paisible et confiante. Je n'attends plus de l'avenir ce qu'il m'avait promis ; les fantômes se sont évanouis, ils ne m'égareront pas davantage; je pleurerai Tidéal impossible, sans méconnaître les biens réels; Tu me restes, et l'amitié du moins ne nous manquera jamais.
i( Adieu, mon ami, puissent mes paroles te faire du bien.
<( J.-J. Ampère. »
2o6 André 'Marie et Jean-Jacques Ampère.
D'André-Marie Ampère à J. Bredin,
Vendredi, 30 novembre 1821.
«c Je t'écris de la séance de l'Institut en attendant Pouvertùre. Jamais je n'ai eu un travail si exorbitant, vraiment au-dessus de mes forces. J'ai pris des maux d'estomac très-vifs en écrivant jour et nuit. Tu verras une partie de tout cela dans le prochain numéro des Annales de chimie et de physique; le reste te parviendra dès que les exemplaires seront prêts. Dis-moi si mes expériences ont été répétées à Lyon, si M. Clerc a reçu le troisième volume du Calcul différentiel et intégral de Lacroix.
(( En arrivant ici, la métaphysique remplissait ma tète; mais depuis que le mémoire de M. Faraday a paru, je ne rêve* plus que courants électriques. Ce mémoire contient des faits électro-magnétiques très-singuliers, qui confirment parfaitement ma théorie, quoique l'auteur cherche à la combattre pour lui en substituer une de son invention.
(( Ma petite Albine a passé trois semaines en pension, à pleurer et à maigrir d'une manière frappante; elle s'y est fait une sorte d'entorse à la hanche qui l'a tenue dixsept jours dans son lit. Elle est bien à présent, mais il n'est plus question de pension. La paix commençait à
André'-Marie et Jean^Jacques Ampère. 207
se rétablir, quand malheureusement j'ai bouleversé hier la maison par Téclat d'une violence où j'ai abîmé tout le monde, de la colère où m'avait mis un imprimeur à propos de mon dernier petit ouvrage. Cette brochure sera distribuée aux personnes qui s'intéressent à mes expériences; c'est l'indication, dans l'ordre naturel des faits, de tout ce que j'ai publié sur les phénomènes électro-dynamiques, avec des renvois aux pages de mon recueil où ces phénomènes sont décrits» avec détail.
« Je me suis endormi en t'écrivant pendant qu'on lisait un mémoire. Impossible de me tenir éveillé; je me suis couché trop tard pour arriver à donner au prote de l'École polytechnique les rédactions de mes leçons.
« Quel parti avez-vous pris relativement à votre chère Agathe ? Comment vont tes enfants ? Je t'embrasse de tout mon coçur.
« A. Ampère. »
M"*» Récamier attachait du prix à la correspondance de Jean- Jacques. Ne voulant pas que ces lettres fussent détrirites, elle les avait conservées, et alla même jusqu'à les léguer par testament à leur auteur.
Pouii obéir au désir de celle qu'il regrettait, Jean- Jacques, revenant en arrière d'une trentaine d'années, a • essayé maintes fois de mettre un peu d'ordre parmi ces
2o8 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
témoignages rétrospeciifs de son amoureux manyre, et d'y joindre quelques éclaircissements.
C'est ainsi qu'on pourra lire dans ce recueil, durant la période de [821 à 1826, d'abord la pote suivante etfcux ou trois autres encore écrites par Jean-Jacques Ampère lui-même.
De J. J. Ampère à Madame Récamier.
Décembre tSii.
« Ma volonté ne m'a ! vous
l'ai a1?andonnée tout ei rede-
mander, il m'est trop d chose
dans ma destinée peut i vous
regarder comme ma p se des
prières à la Providence vous
supplie de ne rien arranger de définitif sur le voyage en question; pardonnez-moi mes incerliludes, mais je suis loin d'être résolu à partir.
<i Pardon aussi, madame, de ces lignes, que vous trouverez peut-être inopportunes; mais j'ai craint que vous ne vissiez aujourd'hui M. le duc de Laval', et que
André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 209
votre bonté pour moi et votre empressement à favoriser un événement que vous croiriez me devoir être utile ne m'engageassent trop avant. Quoi qu'il arrive, je serai infiniment reconnaissant des offres aimables et vraiment paternelles de M. de Laval, et à jamais touché de l'intérêt que vous avez daigné montrer dans cette circonstance et dans quelques autres à celui que vous appelez votre jeune ami. »
D'André-Marie Ampère à J. Bredin»
Mardi, 2 avril 1822.
« Cher ami, je quitte Ballanche, qui a dîné ici. C'est un jour de joie aujourd'hui: il paraît qu'enfin la délivrance de l'Orient est décidée.
« Voici un tableau parfait, où rien ne sera plus jamais changé. Tu reconnaîtras tout ce que je t'ai dit dans ma dernière lettre. Si tu as fait le travail auquel je l'engageais, tu liras ce tableau comme un roman; sinon, il te fau-
plus gracieuse bonté, avait eu la pensée de m'emmener avec lui à Rome, où il se rendait en qualité d'ambassadeur. Le désir de voir Rome, et peut-être un grain d'ambition, m'avaient fait prêter l'oreille à cette offre séduisante. Mais bientôt le charme qui me retenait l'emporta sur l'attrait qui m'avait un moment entraîné. Tel est le sens de ce billet. Douze ans plus tard , je rendais hommage à ce noble et aimable personnage, qui venait de mourir.
2 1 o André-Marie et Jean-Jacques Ampère.
dra, pour le comprendre, l'étudier avec ce que je viens d'écrire tout à l'heure. I^'admirable patience que tu avais eue en exécutant celui que je t*aî envoyé d*abord avec bien moins de renseignements me donne l'espoir que tu auras commencé l'autre ; d'ailleurs, tu me le dois, car ce n'est que pour faciliter le second travail que je me suis séparé du premier. Ce tableau, je voulais le garder toute ma vie comme un monument de ta rare amitié, dont je suis si peu digne ; elle seule pourra te faire surmonter l'ennui que je t'impose encore.
« Une lettre de la commission de l'instruction publique m'annonce que ma tournée comprend l'académie de Lyon ; ainsi nous nous verrons au mois de juillet prochain.
« Je t'en prie, examine quels sont les mots du tableau, auxquels tu n'attaches pas une idée bien précise ; faism'en une petite liste dans ta* première lettre pour que je te donne de nouveaux détails sur le groupe de pensées qu'ils représentent pour moi.
« Mes respects, je t'en prie, à M"*® Bredin, et des millions d'amitiés à tes enfants.
« André-Marie Ampère. »
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De J.'J. Ampère à Madame Récamier.
Paris, 7 juin 1822.
« Cette soirée me fait l'effet d'un songe heureux, j'en suis encore tout enivré. Je cherche à rassembler mes idées, je ne le puis : le bonheur qui remplit mon âme étourdit ma pensée. Il ne me semble pas que demain je parte, que vous partiez ; que demain, après-demain, pendant plus de huit jours peut-être, je ne voie pas la petite chambre qui était ce soir si brillante, si parfumée; que je ne vous voie pas, vous que j'aime si vivement 1 * Pourquoi y a-t-il tant de choses entre nous , et vos amis passés, vos amis présents, et tant de liens? Ohl s'il n'y avait que nous! Du moins, au^milieu de tant d'obstacles, il m'est donné quelques moments, quelques heures de trouble, de ravissement et de tristesse délicieuse, quelques-uns de ces moments qui répandent sur tout le reste de ma vie le charme et les regrets. Plus je vous connais, plus je vous aime ; et plus je vous aime, plus je sens le besoin de vous aimer. Mes ouvrages, mes projets, mes succès, mes ennuis, tout cela vous appartient ; c'est vous qui m'inspirez, qui me consolez, qui m'élevez; je suis par vous. Je veux être ainsi. Je ferai Juliette, parce que ce plan vous sourit, parce qu'il sera ravissant de prononcer votre nom dans mes vers, de peindre sous ce
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nom une âme pure, tendre et gracieuse , et cette beauté qui erre dans vos regards, sur vos traits, qui attendrit votre voix, qui embellit votre sourire, qui donne à tous vos mouvements, à vos gestes, à vos bras, à vous tout entière ce charme qui n'est qu'à vous. Vous m'avez demandé votre portrait, je l'ai fait sans m'en apercevoir. Et vous partez,' et je pars! Je vous ai quitée ce soir, j'aurais pu vous voir plus longtemps. Oh ! pensez à moi, plaignez-moi et revenez samedi par pitié, par charité !
« J.-J. Ampère. »
De J.'J. Ampère à Madame Récamier.
Vanteuil, 8 juin 1822.
« Ce m'est une chose si nouvelle de penser que ce jour et celui qui le suivra, et bien des jours encore, se passeront sans vous voir, que mon imagination, étourdie par le déplacement, par les nouveaux visages, les nouveaux lieux, ne me repi:ésentaii pas vivement une pareille manière d'exister. Mes journées maintenant sont si régulièrement bornées à ne travailler que pour arriver à quatre heures, que je ne comprends plus rien à cellesci. Quel bonheur de revenir dans votre petit apparte-
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André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 2 1 3
ment et de me dire, en y entrant, que je vais vous voir; que j'échappe aux ennuis de tous genres, aux agitations de Tesprit, aux tourments de la pensée, pour remplir le reste du jour d'un sentiment pur, enivrant, délicieux! Au lieu du petit salon de TAbbaye, dont j'aime tant tous les meubles, tous les coins, les gravures, les fleurs, et jusqu'aux chaises et aux fauteuils, quand je me suis vu dans cette grande maison, un horizon immense devant les yeux, et comme établi chez des amis où je retrouve rintimité que j'y goûtais autrefois, je me suis senti dépaysé, transporté dans un milieu qui a sur moi une puissance de souvenirs et d'ancienne affection, mais qui me froisse en m'arrachant à ce qui est aujourd'hui tout le besoin et tout le charme de mon cœur. Cependant je suis assez gai et reconnaissant de la cordiale réception de cette chère famille; mais le soir, quand nous allons sur la terrasse voir cette lune, cette lune si belle, que nous pourrions regarder ensemble! Oh! que de choses les hommes ont mises entre moi et le bonheur que je voudrais ! Ils ont mis l'impossible. Ah ! madame, en ce moment je suis bien triste ! L'avez-vous été un peu à la fenêtre de l'Abbaye, quand tout le monde a été parti? Avez-vous pensé avec attendrissement que souvent je suis resté après tous les autres? Oh! si je le croyais, si je croyais qu'à Montmorency vous me plaindrez de temps en temps, si quelques-unes de ces distractions dont je me désolais Ah ! j'avais tort, il ne faut
2 1 4 André-Marie et Jean-Jacques Ampère,
pas trop envier les absents : leur joie, leurs souvenirs les plus doux sont si peu de chose, il leur manque tant! Adieu, madame, soyez assez bonne pour présenter tous mes devoirs à M"® Amélie et toutes mes amitiés à M. Ballanche. (Quelques mots de vous me feraient tant de bien!
a J.-J. Ampère. »
D'Alexis de Jussieu à J.-J. Ampère.
Paris, juin, samedi matia 1822.
« Mon cher ami, te souvient-il -de Pétat dans lequel se trouvait ma chambre pendant la dernière nuit que nous avons passée ensemble? Cette longue pipe fia-
mande, cette bouteille de bière, ce plancher humide, etc ? Tout cela m'a causé une avanie le
lendemain matin. Mon client M. le comte de Plassan est venu me réveiller sur les huit heures, et je ne sais s'il a été scandalisé de la vue de ma pipe et de Todeur du tabac qui parfumait mon appartement, mais il ne m'a plus montré sa fille, et j'ai à me plaindre de lui sous plusieurs rapports. Voilà ce que c'est que de fumer! Je vais peut-être le planter là et partir lundi pour me retrouver avec toi sous le ciel de Vanteuil.
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<c J'ai été mercredi et hier à l'Abbaye. Le prince Auguste y est venu. Il a l'air très-bon enfant, mais il salue bien drôlement. Ces deux soirées ont été fort agréables, parce que l'Altesse est arrivée tard. M"® Mante, M. Saint- Surin, etc., etc., sont venus. M"® Mante a récité des vers. Après son départ nous avons causé en petit comité. M"<^ Récamier m'a demandé si j'avais reçu de tes nouvelles. Elle doit t'écrire aujourd'hui. Elle s'installf demain dans la vallée, et je suis invité à y aller.
« Adieu. Ce soir je t'en écrirai plus long.
« Samedi soir. — Mon ami, me voilà rentré chez moi après une journée bien occupée, bien fatigante, mais après une soirée délicieuse. J'ai l'esprit calme et reposé par quelques heures de tristesse. J'ai travaillé tout le jour à mon état,- car j'ai un état dans le monde.
« Je suis très-mélancolique ; encore deux ans à peine, et je n'aurai même plus la présomption de la jeunesse pour me faire rêver une petite renommée. Celte idée me décourage. Il faut pourtant que je te conte une aventure assez gaie. Mercredi dernier, je devais dîner en ville. Ayant travaillé longtemps au Courrier*, il n'était ' plus l'heure de se présenter ; or je n'avais d'argent ni sur moi ni chez moi. Le matin j'avais donné héroïquement ma dernière pièce de vingt sols à un mendiant, ce