‹ Correspondance et uvresChapitre 12 sur 58 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

piano, passant son pouce dans une de ses boutonnières », il donne sa paole dhonneu que Pais n'est pas plus aguéable que Toulouse et que, d'apès cette obsévatioiiy il va y passer le canaval. C'est un homme sensible, et pour être bien à la mode de 1825, « il a l'air d'une élégie ambulante », déclarant à tout venant qu'il veut « faire un maiage d'inclination » ; il ne demande seulement qu'une demoiselle de cinquante mille écus comptant et cinquante en espéance (1) ». Et tous ces types caractéristiques, amusants et vivants, ne défilent pas ainsi sous nos yeux. Ils se groupent, s'accostent, se mêlent, se choquent, à l'aventure des mille petits incidents qui deviennent vite des événements provinciaux : une fête votive, où le sacristain lui-même s'abandonne si bien aux joies de la bouteille, qu'il roule ivre-mort dans l'escalier de la chaire (2) ; des cortèges officiels, où les oies se mêlent à la procession, où des meutes de chasse font d'extravagants répons au Miserere (3) ; l'apostolat extraordinaire de Mme de Lestiés, « qui fait avalera son mari, protestant, tout le pain bénit qu'elle peut attraper à la messe, prétendant que chaque morceau qu'il mange lui efface un péché (4) » ; et puis des noces, des noces encore,

(1) Souvenirs de mon jeune âge. — Lettre à Léontine de Villeneuve, lin janvier 1826.

(2) Lettre à Klise de Raynaud, 1" septembre 1825.

(3) Lettre à Léontine de Villeneuve, ô août 1820.

(4) Lettre à Elise de Raynaud, novembre 1825.

XXX CORALY DE GAIX

rustiques, villageoises ou aristocratiques, mais toutes imprégnées à la fois de mœurs patriarcales et d'un savoureux comique ; enfin, des cérémonies grandioses, comme l'installation de M. de Villeneuve à la mairie de Castres, « avec cavalcades, banquets, feux de joie et illuminations, sans compter lés vers et les sérénades qui pleuvaient de tous côtés »...

Il y eut surtout un complimenteur fort intéressant, qui se présenta après le charmant discours du souspréfet, en réclamant l'attention du public, c'est-à-dire de tout ce qu'il y avait de plus marquant dans la ville. Ses bras pendants, sa tête énorme, son teint fleuri s'accordaient à merveille avec sa voix de jeune fille. Après un profond salut : « Messieurs, dit-il, le Roi... naguère... Le Roi!... » Il eut beau se taper le front, jamais l'air de bonté et les paroles bienveillantes de M. de Villeneuve ne purent le tirer de son Roi naguère (1).

Tout cela n'a rien de méchant, et Coraly de Gaïx ne pouvait en concevoir un bien amer repentir. Plus lourdement devaient lui peser, au tribunal de la Pénitence, les croquis irrévérencieux qu'elle nous a laissés sur le bon clergé campagnard de son époque, croquis sans amertume, cependant, et qu'on ne lira pas sans plaisir dans les presbytères.

Eugénie de Guérin nous a fréquemment parlé du curé d'Andillac ; mais il nous apparaît comme lointain, estompé par la poésie et la piété. Le vieux curé

(1) Lettre à la même, février 182(5.

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