INTRODUCTION XXXI
de Gaïx se dresse, au contraire, devant nous avec un réalisme charmant, ce brave recteur qui, depuis le Concordat, n'a cessé de demeurer au château, a baptisé, béni, marié toute la famille; on le voit, parcourant la campagne à cheval, prenant les enfants en croupe, distribuant les dragées ou les prises de tabac, — ou bien, dans son église, enseignant l'évangile en paraboles languedociennes et en brusques saillies paysannes. On se disputait à la porte de son confessionnal. Un jour, une de ses pénitentes, « pressée d'un singulier mouvement de contrition, voulut passer avant les autres, qui s'y opposaient de toutes leurs forces. Alors, elle eut l'idée de mouler sur le confessionnal, afin de se glisser plus vite à la place de celle qui se retirerait. Mais, se pressant un peu trop, elle tomba à califourchon sur le cou de la pauvre pénitente, qui se mit à crier comme un aigle ». Aussitôt, le curé de bondir au dehors et de crier d'une voix de tonnerre :
Coussi i a de canons per tua Ions ornes e i en a pus per esclarci las fennos { I ) !
L'archiprêtre de Castres vient à nous sons dos couleurs plus mystiques; malheureusement, il meurt en 1825, et son successeur, ce bon M Facieu\,a bien du mal à le remplacer. \Jn beau jour, il inspirera à
(1) C.ommcnt y a-t-il des canons pour tuer les hommes cl n'y en a-t-il pas pour décimer les femmes • — Souvenirs de mon jeune âge.
XXXII CORALY DE GAIX
Coraly, ainsi que la plupart du clergé castrais, une chanson patoise fort amusante, qui fera le tour de la ville, et comme la malicieuse sera obligée de s'en accusera confesse, il la lui fera chanter tout entière en guise de pénitence : ce qui montre qu'il ne manquait pas d'esprit.
D'autres silhouettes sont plus résolument comiques : par exemple, celle de ce curé de P... qui, montant en diligence, s'improvisa le mentor, le chaperon, l'aumônier de ces demoiselles, mais ne réussit qu'à être « leur assommoir, leur pressoir, leur étoufïoir et leur désespoir (1) » ; ou celle de ce pauvre prédicateur qui, au milieu de son sermon, chaussa ses lunettes, « feuilleta ses cahiers, se fit porter un cierge pour y mieux voir, l'éteignit en crachant dessus et.le fit rallumer (2)... »
Mais la plus extraordinaire de toutes est celle du brave ecclésiastique rencontré à Ussat, en 1846 :
C'était un fort saint homme, tout pénétré de sa vocation, mais qui avait un air si fou, des manières si excentriques, que je l'avais d'abord très mal jugé. Il nous avait choisies pour ses confidentes et nous racontait, entre autres choses, qu'il était quelquefois attaqué de crises épouvantables à la suite desquelles il se croyait enragé : il me semblait, en entendant cela, voir ses yeux sortir de sa tête, et sa bouche presque écumante laissait
(1) Un voyage à Ussat.
(2) Lettre à Elise de Raynaud, avril 1824.