‹ Correspondance et uvresChapitre 2 sur 58 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

listes prennent l'habitude de considérer toutes les jeunes filles de jadis comme des « oies blanches » et de décréter que notre temps seul a su résoudre le problème de l'éducation des femmes, il ne sera pas inutile de rechercher et de retrouver, en ces manuscrits sans artifice, « l'état d'âme » dune « demoiselle » de la Restauration (1).

Coraly de Gaïx était née, en effet, le 10 août 1801, dans ce même pays d'Albigeois où se dressait la modeste gentilhommière des Guérin, mais dans un vaste château qui datait du moyen âge : « Situé sur une hauteur, on apercevait de loin ses vieilles tours, ses remparts à demi ruinés. Des salles énormes ornées de tapisseries à grands personnages et de vieux portraits ; de larges fossés, des corridors sombres et obscurs, des escaliers tournants, le cri des chouettes et des hiboux, un bois immense que les contes populaires peuplaient d'apparitions surnaturelles (2) », tel fut le décor qui contribua à donner à M11* de Gaïx une imagination innocemment romantique.

Elle descendait, d'ailleurs, d'une race fort ancienne, adonnée à la guerre et implantée clans le Midi vers le milieu du xvr siècle ; mais ce

(1) Le Journal et la plupart des Lettres de Coraly de Gaïx ont été écrits avant 1830.

(2) Souvenirs de mon jeune âge, par Coraly de (iaïx.

CORALY DE GAIX

n'était que depuis 1719 qu'elle s'était fixée aux environs de Castres, dans le manoir, si heureusement semblable à Combourg, et que l'on devait bientôt abandonner pour reconstruire tout auprès une demeure plus pratique et plus habitable.

Mais, en changeant de toit, les mœurs devaient rester les mêmes, dans ce foyer sur lequel les erreurs révolutionnaires n'avaient eu aucune prise. Comme dans la plupart des châteaux de cette époque, on vivait nombreux et unis, cherchant le bonheur dans les affections familiales, et non dans les factices amusements de notre moderne « bougeotte ». A côté du père et de la mère, Emmanuel de Richard, baron de Gaïx, et Ursule Boulade d'Espine, jeunes tous deux, il y avait là une tante du même âge, un oncle — le Chevalier — et une troupe d'enfants : Edmond, Marie, Henriette, Alexandrine et Mathilde, dont Coraly était l'aînée.

Ah ! il n'y avait pas déplace pour l'ennui : on passait l'hiver à Castres, dans l'hôtel familial ; dès les beaux jours, on regagnait la campagne, habitée de tous côtés et où les visites étaient si nombreuses qu'elles devenaient parfois un fardeau (les lettres en portent des traces). Mais, au milieu de ce mouvement, de tous ces « allants et venants », que de douces amitiés ! Tout près de Gaïx, voici le château d'Hauterive où la famille de Villeneuve offre à Coraly ses trois meilleures amies : Léonline, Octavie et Emilie ; le château de Lostanges, où l'on va visiter

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