‹ Correspondance et uvresChapitre 3 sur 58 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Justine, Elise et Mathilde de Bonne ; le château de Lastours, où fleurit la musicienne Hombeline ; plus loin, à Saint-Pons, la résidence de la famille de Raynaud, où souvent l'on ira chercher Elise, la compagne de tous les jeux et de toutes les rêveries littéraires. A certains moments, ce petit monde rieur et tendre est réuni à Gaïx, et nous trouvons dans la correspondance d'amusantes indications sur ses jeux favoris ; parfois aussi, on part en excursion, au trot paisible de la berline ou du simple « trouski », on va près ou loin, sans faste, sans désir d'éblouir, avec une grande joie silencieuse de se serrer après la tourmente et de rêver que l'on recommence « la douceur de vivre » d'autrefois.

Dans ce milieu, Coraly attirait vite l'attention, puis la tendresse. Ce n'est point qu'elle fût jolie : à seize ans, elle ne l'était pas beaucoup plus qu'à trente-cinq. Mais, facilement, sous les lignes volontairement ironiques qu'elle s'est consacrée, on devine tout de même son charme :

D'un physique très ordinaire, ma tournure est dépourvue de grâce ; de la fraîcheur et un bon cœur, voilà mon beau côté. Tout le reste est fort médiocre. Mes émotions sont vives, je n'éprouve rien a demi. Heureusement, Dieu a resserré le cercle de mes désiis, en me faisant connaître le néant des choses d'ici-bas ; je vois avec indifférence un monde qui n'est pas l'ait à la mesure de mon cœur. Ce n'est qu'à mon amie que je lais celle confidence, car, n'ayant jamais eu des succès

XII CORALY DE GAIX

mondains, l'on pourrait prendre ceci pour du dépil. Puissé-je passer une vie ignorée! Cachée comme la violette, je ne désire aucun rang ni aucune place sur la terre, sinon dans le cœur de ma mère, des autres personnes de ma famille et de mes amis (1)...

Que l'on ne voie pas dans cette humilité le fruit naturel d'une éducation campagnarde ou d'un esprit borné. Quoique Coraly n'eût été élevée que dans un modeste pensionnat de Castres, il suffit de parcourir quelques lignes de sa correspondance pour voir qu'elle était fort cultivée. Elle avait reçu de sa mère, de sa tante, de sa grand'mère, de tout le milieu distingué où elle vivait une instruction plus solide que celle de beaucoup de modernes habituées de cours et de conférences. Et quand elle se rencontrait avec ses amies, « le petit chat est mort » ne servait nullementde thème à leurs conversations, mais bien plutôt les grands et beaux livres du jour, les historiens, les poètes, les moralistes.

On se doute bien quel était le préféré de ces jeunes imaginations. Je pense que vers 1817 il devait en être de même un peu partout. Les mères laissaient traîner sur leur guéridon le Génie du Christianisme et l'Itinéraire de Paris à Jérusalem. Il n'en fallait pas plus pour que le nom et l'image de M. de Chateaubriand fussent présents dans la pénombre de tous les salons et au bout de toutes les avenues. Son

(1) Souvenirs de mon jeune âge.

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