‹ Correspondance et uvresChapitre 31 sur 58 · SUITE DE MES SOUVENIRS '2X · texte numérisé non relu

SUITE DE MES SOUVENIRS '2X

Qu'il est doux de pouvoir compter sur une amitié aussi solide ! mais je pense que nous allons la perdre et qu'elle ira bientôt faire la félicité d'une autre famille (1).

Mes sœurs, sans doute, se marieront à l'imitation de mes amies. Pour moi, qui n'ai jamais changé d'idée làdessus, je redoute trop les affections de la terre pour m'entraver encore par de nouveaux liens. Le bonheur de mon frère, celui de mes sœurs, sauront bien me suffire : je resterai auprès de mes parents ; je soignerai leur vieillesse ; je leur consacrerai mes jours, mon existence; et si Dieu me réserve la douleur de leur survivre, que lui seul alors remplisse mon cœur !

Elise de Raynaud, Caroline et Clémentine de Saint- Martin étant venues passer quelques jours à Gaïx, Octavie et Justine vinrent aussi se joindre à nous. De .bonnes nouvelles des amies absentes étant arrivées, nous pûmes jouir sans restriction du plaisir de nous retrouver ensemble. En elfet, nous ne nous quittâmes plus ; nous allâmes passer une journée à Lostanges, ensuite à Ilauterive où nous préparâmes à la hâte une petite fête pour M. de Villeneuve. C'était le jour de La Saint-Louis, dans le pare, sous les tilleuls, que parut un ehteurde bergères,

chacune1 avec sa houlette et son chapeau de fleurs, chantant des couplets en offrant un bouquet à M. de Ville-

(1) Emilie de Villeneuve devail fonder à Castres, en 1836, le couvi'iii de L'Immaculée Conception, e1 prendre le nom de sœur

Marie.

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neuve. Une danse suivit tout cela ; on porta des glaces. Octavie, qui avait grand chaud, ne fut pas assez prudente. Pourquoi faut-il que nos plus doux plaisirs soient toujours suivis d'un affreux regret ! l'année d'après, Octavie n'existait plus ! Dieu veut, sans doute, nous apprendre que les joies de la terre, même les plus innocentes, sont vaines et fragiles, et que ce n'est pas ici-bas qu'il faut chercher notre félicité.

C'est sur mon vieux curé que je veux discourir aujourd'hui. Depuis trente-deux ans il nous aimait et vivait dans la famille comme un des nôtres. Il nous avait baptisés, bénis, mariés ; ses neveux n'occupaient dans son cœur que la seconde place. 11 est bien juste que je consacre quelques lignes à ce vieil ami, qui, dans mon enfance surtout, me faisait passer de si heureux moments.

Quand j'étais sage, il me prenait sur son cheval, me contait de belles histoires et me donnait force dragées. Il y avait déjà longtemps que ses cheveux étaient blancs, sa tête tremblante, sa démarche pesante, lorsqu'on le trouva, un jour, sur un tas de neige, où il était tombé frappé d'apoplexie en allant dire la messe. On le transporta au château sur un brancard. Chacun accourut : l'un portait des remèdes, l'autre des secours, et moi mon crucifix devant lequel il expira sans avoir retrouvé sa connaissance (1).

(1) L'abbé Lecamus décéda au château de Gaïx, le 19 novembre 1835, à l'âge de 77 ans.

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