‹ Correspondance et uvresChapitre 8 sur 58 · INTRODUCTION* XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION* XXI

nous donne le parfum d'une âme, vivant loin du monde, fleurissant pour Dieu seul, l'autre nous offre le reflet pittoresque d'une époque.

Nous ne devrons donc pas nous étonner de retrouver chez elle de la politique. Toute sa famille, tous ses amis ont plus ou moins souffert de la Révolution ; sa grand'mère d'Espine aime à en évoquer les lugubres souvenirs ; son père et son oncle ont été proscrits et ont longtemps vécu dans les bois, traqués par la Terreur... Elle arrive à la vie au moment de l'écroulement de l'Empire et du retour des Bourbons.

Aussi avec quel soin a-t-elle noté « la joie délirante du bon peuple de Castres » et surtout de sa famille, après l'abdication, sa fureur au moment des (.eut- Jours : elle bondit à une fenêtre et crache sur l'aigle impériale que des soldats portent en triomphe ! Elle se multiplie, lorsque Castres, l'une des premières villes du Midi, arbore le drapeau blanc, et que l'hôtel de Gaïx devient le quartier général de la défense royaliste. Plus tard, cette humeur belliqueuse ne l'abandonnera pas, et lorsque le chevalier, reprenant du service, sera parti pour la guerre d'Espagne, elle aime à s'imaginer (pie l'on va former un régiment de femmes, dont Léontine de Villeneuve sera colonel, et où elle sera trompette :

XXII CORALY DE GAIX

Notre coup d'essai doit être d'enlever Mina et de le conduire vivant au duc d'Angoulême.

J'espère, ma chère, que vous applaudirez à nos projets ; ils sont dignes de vous. Nos armes défensives sont un sac de cendres, et les offensives sont une quenouille que nous ne perdrons jamais de vue, puisqu'elle doit nous conduire au chemin de la gloire.

Adieu, mon cher colonel ; quand le régiment sera organisé, votre respectueuse trompette saura alors se mettre à sa place. En attendant, permettez-moi de vous traiter encore en amie, en vous embrassant de tout mon cœur (1).

On devine avec quels sentiments cette jeune ultra accueillit la Révolution de 1830. Après l'épanouissement de la Restauration, qui avait passé comme sa jeunesse, on recommença l'émigration à l'intérieur, strictement pratiquée sous l'Empire, et Goraly ne consacrera plus à la vie publique que des notes ironiques ou indignées : tantôt elle se moque du souspréfet de Saint-Pons qui, dans un discours adressé à la Garde nationale, a tellement parlé du coq gaulois qu'au lieu de lui répondre on avait envie de crier : « Cacaraca ! » Tantôt, à l'annonce de l'expulsion des Jésuites, elle s'écrie : « Quels brigands, quelles canailles que ceux qui nous gouvernent! ».

Mais ces sentiments, elle devait les exprimer d'une façon publique lorsque, à la suite des polémiques suscitées en faveur de la liberté d'enseignement, Louis Veuillot fut enfermé à la Conciergerie.

(1) Lettre à Léontine de Villeneuve, 1821.

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