INTRODUCTION XXIII
Deux ans auparavant, Veuillot avait eu l'occasion, dans ses Mémoires de Sœur Saint-Louis, de parler de la paroisse de Gaïx et de l'œuvre entreprise parmi les jeunes paysannes par Mathilde et Coraly. Les deux sœurs les réunissaient, le dimanche, et les employaient à recruter quelques fonds pour les missionnaires de Chine : humble essai de patronage, dont il entrevit toute la portée (1). Aussi, quand elles apprirent son internement, elles lui montrèrent qu'elles ne l'avaient pas oublié. Cueillant et vendant des fleurs pour lui, elles lui envoyèrent une somme qui devait l'aider à continuer sa propagande et son action, en accompagnant cet envoi dune lettre à laquelle Mathilde a collaboré, mais où l'on retrouve surtout la main de Coraly :
A Monsieur Louis Veuillot, à Paris, prison de la Conciergerie.
Gaïx, ce 2 juin 1844.
Vous nous connaissez bien, nous sommes les petites filles- de Gaïx dont vous avez parlé (tans an beau livre, lorsque nos sœurs, plus grandes, nous apprenaient à choisir les fleurs, les champignons et les oiseaux qui plaisaient le plus, pour avoir notre petit sou à donner, nous aussi, aux pauvres missionnaires. Nous sommes étonnées qu'un monsieur que nous n'avions jamais ren-
(1) Mémoires de Sœur Saint- Louis, ch. xxn.
XXIV CORALY DE GAIX
contré dans nos courses sût si bien nous connaître. Peut-être que le bon Dieu vous avait envoyé un ange ou quelque bon prophète, comme il faisait autrefois à ses amis dans les histoires de la Bible. Maintenant, nous sommes plus grandes. Aussi, avons-nous fort bien compris que les hommes de notre pays sont plus méchants que ceux de la Chine. On vous a mis en prison, parce que vous vouliez que nos frères fussent instruits par ceux qui savent le catéchisme et le mettent en pratique.
Vous avez bien raison ! Que seraient-ils sans cela 1 Les pauvres petits de la Chine, dont les histoires nous font tant pleurer, sont bien moins à plaindre ! Le bon missionnaire les baptise et, s'il ne peut pas tous les acheter, du moins ceux qui périssent vont au ciel, tandis qu'en France, si on ne leur apprend pas à connaître le bon Dieu, que deviendront-ils? Aussi, nous destinons nos cueillettes à vous aider à payer cette grosse somme que tous nos pères entre eux ne possèdent pas.
Dans nos marchés, l'on demandait souvent pourquoi nous vendions nos fleurs; nous disions votre nom, pour ne pas mentir, et aussitôt, chose étonnante, notre corbeille était vide et notre main pleine de beaux sous blancs comme nous n'en avions jamais vus. Nous vous les envoyons tous, et nous avons bien prié la bonne Vierge, tous les soirs, à notre petite chapelle. Pour vous nos plus beaux bluets lui étaient offerts : elle vous soutiendra, vous protégera ; elle nous l'a presque promis, ainsi que de nous faire un jour partager votre triomphe, comme aujourd'hui vous partagez nos trésors.
Veuillot fut touché de la lettre et du souvenir fidèle. Il répondit :