‹ Correspondance et Voyage à l'étranger;Chapitre 10 sur 48 · CORRESPONDANCE DE 00«Т01ВУ8К · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE 00«Т01ВУ8К

heur dans ce mariage ; qu'il oe nous od faut рая tant pour vivre, et (]uc j'aurai assez de force et d'énergie pour nourrir mu famille; que si on m'autorisail à «écrire et à publier, ju serais sauvé, ne serait plas à charge A personne ; je ne leur domauderuis pas de secours, et surtout : que je ne me marie pas tout de suite, mais attendrai d'avoir quel- ({ue chose d'assuré. Quant à elle, elle attendra avec joie, pourvu qu'elle ail l'espoir que ma destinée s'arrange sûrement. Dites aussi que j'ai trente-cinq ans et que je suis raisonnable comme dix. Adieu, mon cher, mon ami 1

Oui! j'oubliais! Pour Гатэиг du Christ parlez à mon frère de mes alTaires d'argent. Persuodez-l«î de me venir en aide pour la dernière fois. Comprenez donc dans quelle situation je me trouve. Ne m'aband >nnez pas. On ne se trouve qu'une fois dans la vie dans Леи circonstances pareilles. Quand viendrait-on alors au secours de ses amis, sinon dans de pareils moments? Je vous embrasse, je vous serre dans mes bras Comment allez-vous? Je ne sais rien de vous 1 J'attends une lettre de tous avec impatience. Je termine cette lettre à regret; me voilà de nouveau seul avec mes doutes et avec mon désespoir.

Au même.

Semipalatinsk, 13 avril 1856.

Je m'empresse de répondre à votre chère et bonne lettre, mon bon ami, que vous m'avez écrite le 12 mars et qui m'a causé une grande joie avant-hier. J'ai attendu avec telle impatience de vos nouvelles, mais ces derniers temps j'avais cessé d'espérer une prompte réponse, car Demtchinsky, qui est arrivé de Russie il y a quinze jours, m'a dit que vous aviez été retenu à Kazan ; ensuite on a écrit de Moscou (à Spiridonov) que vous n'aviez passé qu'un jour ou deux à Moscou et que le 9 mars vous vous étiez rendu à Saint-Pétersbourg. D'après tous ces ouï-dire, j'avais calculé que je recevrais votre lettre, au plus tôt, la semaine après Pâques, et voilà, je l'ai reçue avant ! Vous ne sauriez croire combien vous m'avez rendu heureux et comme j'avais besoin de votre lettre. Mais, que je la

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reçoive de votre part, que vous ne m'oublieriez pas et que vous feriez des démarclies pour moi, — en cela je n'avais pas le moindre doute, et je n'ai jamais songé que vous m'oublieriez. Je vous connais, cœur le plus noble et le meilleur, je savais bien que vous méritez que je vous aime. Vous ne sauriez croire dans quelle situation je me suis trouvé ces derniers temps... Mais nous en parlerons après, et pour procéder par ordre, je vais commencer par votre lettre, mon bon Alexandre Egorovitch.

Mon cher et inoubliable ami, vous m'écrirez que vous comptez être en Sibérie au mois de juillet et que vous serez de passage à Semipalatinsk. Vous ne sauriez croire comme j'ai été heureux que vous n'ayez pas changé vos intentions et que vous vouliez revenir en Sibérie, et que vous vous proposiez de passer l'hiver à Barnaoul. Je vous attendrai comme le soleil. Mais, mon ami, les bruits qu'on a répandus ici sont-ils vrais : que le commandant du corps vous avait attaché à sa personne, à Omak, pour missions spéciales (on dit qu'il était fort étonné que vous n'ayiezpas passé à Omsk)? précisément, ce que vous ne vouliez pas. Alors, peut-être, pour éviter cela, si cela ne peut être changé, resterez- vous à Saint-Pétersbourg et ne reviendrez-vous plus I D'ailleurs, vous devez être déjà renseii^ni.-. On vous a certainement écrit d'ici. Pour l'amour de Dieu, mon ami, pour l'amour de Dieu, informez-moi si c'est cer» tain, si vous le pouvez. Viendrez-vous ou non, quand, où, à quel titre ei comment espérez-vous organiser vos affaires à Saint-Pétersbourg? Sauf le désir de vous voir en ce moment, vous m'êtes indispensable comme l'air, et vous l'avez toujours été pour moi, et je m'en souviens. Vous ne sauriez croire combien j'ai été heureux d'apprendre que mon frère vous avait plu et que, à ce qu'il paraît, vous vous lierez avec lui. Faites-le pour l'amour de Dieu ; vous ne le regretterez pas. Comme je suis content qu'il soit toujours le même et qu'il m'aime ! Je vous ai écrit beaucoup de choses concernant mes doutes, même à propos de lui, dans ma dernière lettre. Mais si vous saviez dans quelle triste, dans quelle horrible situation je me trouvais et combien je regrette mes suppositions sur le compte de mon frère 1 Dites-lui que je l'embrasse ; je ne lui écris pas, parce que j'ai à peine le temps de vous répondre. Je lui

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écrirai bicnlôl ma lettre officielle, il y aura : vivant, bien portant et voilà tout. Que peut-on (écrire de plus dans une lettre ofiioielle? Mai» je lui écrirai dan» la prochaine lettre (jue je vous adresserai. I)ans ma dernière lettre je lui ai encore demandé cent roubles. I*ae pour moi, mon ami, mais pour ce qui est maintenant (юиг moi le plus précieux au monde, et surtout, en caa de nécessité . Si seulement il peut baliflfaire h ma demande, qu'il le Ганяе, le Seigneur l(! récompirnsera et par cela, il me rendra heureux et me sauvera du désespoir.QuisAit ce qui pourra arriver! D'ailleurs, si un me permet de publier, alore je serai muni d'iu-giMil et je commencoroi une nouvelle vie et je ne le tourmenterai plue; je l'ai toujours fait à contro-ccear, car mon frère doit gagner son pain. Je voue avais écrit, mon ami, daller cher Totleben et de remettre ma lettre. Maintenant, voue l'avez peut-^tre déjà fait. Vous ne sauriez croire combien mon cœur est plein d'effroi dan4 l'attente tle votre répoo3<}. Je vous remercie d'avance pour tout ce que vous faites poar moi, mais seulement, pour l'amour du Christ, ne me donner pas un vain espoir, en voulant me tranquilliser. Les faits seulement ; écrivez-moi les faits. Je vous ai prié, ainsi que mon frère, d'écrire à Maria Dmilrievna, et bientôt, si c'est possible. Je voas renouvelle ma prière: faites-le pour l'amour de Dieu. Vous me dites que l'on veut nous accorder quelque grâce, mais ce qu'il eu est précisément, on le garde secret. De grâce, mon ami inappréciable, ne pou rri<»z- vous pas savoir d'avance quelque chose par rapporta moi? Cela m'est nécessaire, très nécessaire. Si vous apprenez quelque chose, communiquez-le-moi aussitôt. Je ne songe pas au Caucase. Non plus, au bataillon de Barnaoul. Maintenant, tout cela n'est rien. Vous écrivez que tout le monde aime le Tsar. Moi, je l'adore. Ma promotion m'est particulièrement importante, je l'avoue. Mais s'il faut attendre le grade d'officier, il faut attendre encore longtemps ; je me contenterais de n'importe quoi en ce moment, à l'occasion du couronnement. Le meilleur et le plus sensé, certainement, c'est d'obtenir l'autorisation de publier. J'ai l'intention de vous envover bientôt des vers à propos du couronnement, par un particulier. Mais je les enverrai aussi par voie officielle. Vous rencontrerez certainement Hasford. Il va assis-

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ter au couronnement. Ne voudriez-vous pas lui parler de présenter mes vers ? Ne pourrait-on arranger cela ?

Informez-moi aussi jusqu'à quelle époque je pourrai vous écrire, car si vous quittez Saint-Pétersbourg, ce ne sera pas bien si les lettres se perdent. Je vous ai parlé d'un article sur la Russie. Mais cela est devenu tout bonnement un pamphlet politique. Je n'aurais pas voulu supprimer un seul mot de mon article. Mais il est fort peu probable qu'on me permette de commencer mes publications par un pamphlet, si patriotiques que soient mes idées. Et copemiant cela paraissait sérieux et j'étais content. Mon article m'intéressait beaucoup. Mais je l'ai abandonné. Il se pourrait qu'on refusât l'autorisation de le publier. Alors, mes peines seraient perdues? Maintenant, mon temps est trop précieux, pour le perdre en vain, pour le plaisir personnel d'écrire. Lee circonstances politiques ont ainsi chanîçé. Et alore je me suis mis à un autre article : Lettres $ur l'Art. Son Altesee Maria Nicolalevna est Président de l'Académie. Je veux demander l'autorisation de lui dédier mon article et je le ferai imprimer sans signature. Mon article est Itt fruit de dix années de réflexion. J'ai tant réfléchi jusqu'au dernier mot, à Omsk. Il y aura beaucoup de choses ardentes, originales. Je garantis l'exposé. Il se pourra que beaucoup ne partagent pas ma manière de voir, mais moi, j'ai foi dans mes idées, et cela me suffit. Je veux prier Apollon Maikovdelire l'article auparavant. Quelques chapitres contiendront des pages entières du pamphlet. C'est précisément sur le rôle que joue le Christianisme dans l'art. Mais voilà, où le placer ? Si on le publie à part, il y aura à peine une centaine de lecteurs qui l'achèteront, car ce n'est pas un roman. l,es revues donneront de l'argent. Mais le Savremennik n'a jamais eu de sympathie pour moi, Moskintianine noQ plus. Roassky Viestnik apubVié une préface à la critique des oeuvres de Pouchkine, de Katkov, dont les idées sont coraplètemant contraires aux miennes. Il n'y aurait plus que les Otetcheslvennia Zapiski, mais que deviennent-elles? je n'en sais rien. Aussi, je vous prie, causez-en avec Maïkov et mon frère, mais simplement comme si cela n'était encore cju'à l'état de projet, s'il est possible de le faire imprimer pour de l'argent, et infor-

mcz-moi. Le principal, c'ebt que j'écris mon roman et c'est pour moi un délice.

Par là sjeulcment je puis me faire un nom, et attirer Tattenlion sur moi. Mais, certainement, il est préférable de commenc'T par un arlicU- Héri<Mix (sur l'art) vi de demander à ce propos Taulorisation de publier ; car jusqu'à présent, on considère le roman comme une bagatelle. Cela me paraît ainsi.

S'il y a moyen de parler de me faire permuter dans le service civil, el de s'en occuper, pour aller précisément à Barnaoul, pour l'amour de Dieu, ne le perdez pas de \uc. Si c'est possible d'en parler à Hasiord, parlez-lui-en pour l'amour de' Dieu ; et s'il est possible non seulement de parler, mais aussi d'agir, n'en perdez pas l'oecasion et laites des démarches afin de me faire passer à Barnaoul <lana le service civil. Pour moi c'est le pas le plus proche et le plus sûr. D'ailleurs,je suis parfaitement de votre avis qu'il faut attendre le couronnement. Dieu sait, peut-être y aurat-il davantage même que ce que nous attendons. Le temps est proche, mais Dieu sait combien d'eau peut couler d'ici là. Je parle de ma situation que vous connaissez.

Th. Dostoïevski.

Semipalatinsk, 16 avril 1856.

Je vous remercie, cher monsieur E..., de votre souvenir et de vos attentions pour moi. Sans m'y attendre pour mon bonheur J'ai trouvé en vous un vrai parent. Encore une fois merci.

De moi je vous dirai que je vis pour la plupart d'espérances seules; et le présent n'est pas très beau. Joignez à cela une mauvaise santé.

J'ai entendu dire que mon camarade D... a quitté le service militaire, qu'il est entré à Omsk dans le service civil ; tout cela pour cause de maladie.

J'ai reçu les œuvres de Pouchkine ; je vous en remercie vivement. Mon frère m'a écrit qu'au printemps de l'année dernière il m'avait envoyé par vous quelques livres, par exemple VHistoire des Saints, les historiens

anciens, et une boîto de cigares. Mais je n'ai rien reçu de vous. Ecrivez- moi, je vous prie, si vous tae les avez envoyés? Si vous les avez envoyés, .c'est perdu en route ; sinon, c'est que probablement vous-même n'aurez rien reçu. Rendez-moi un service : écrivez cela à mon frère.

Mes occupations sont des plus vagues. Je voudrais travailler systématiquement, mais je lis et écris par saccades. Je n'ai pas de temps, surtout maintenant ; pas du tout.

Vous m'écrivez sur un recueil de chansons. Si je trouve quelque chose, ce sera avec grand plaisir. Je forai tout mon possible pour trouver quelque chose mais j'en doute. Enfin j'essaierai. Moi-môrao jusqu'à présent je n'ai fait aucun recueil pareil. Ce qui m'a arrêté c'est la pensée que s'il faut faire un recueil, il faut le faire bien, et réunir au hasard même les chansons populaires ne donnera rien de bon. Rien ne s'obtient sans efTorts. En outre, mes occupations actuelles sont d'un tout autre genre. Ck)mbien me faut-il lire et comme je suis en retard! En général, ma vie est très désordonnée.

Au nom de Dieu, dites-moi quelle est cette Olga N... * et ce L. T...* qui a pubUé, dans le Sot^remennik, V Adolescence ?

Au revoir.cher monsieur E... Ne m'oubliez pas. Moi, je ne vous oublierai jamais. Votre

Dostoïevski.

Ci-inclus la lettre à G.-I. Ivanov *. Envoyez-la, je vous prie, à Pétersbourg, maison Lintzen, près de l'église du Saint-Sauveur. Vous connaissez vous-même l'adresse.

Au baron A.-E. Vrangel, Semipalatinsk, 23 mai 1856, mercredi.

Mon cher, mon très bon Alexandre Egorovitch, je me hâte (dans le sens rigoureux du mot) de vous répondre. Il ne faut pas m'en vouloir, si ma lettre est écrite à la hâte et en désordre. Je vous expliquerai tout cela après.

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