Il s'agit du comte Léon Tolstoï
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Quel est ce TiitcheT, n'est-ce pas le nôtre? D'ailleurs, beaucoup de вей poésies sont excellentes.
A<Jieu, mon cher ami. Pardonnez le décousu de ma lettre. On ne peut jamais rien écrire dans une lettre. Voilà pourquoi je n'ai jamais pu souffrir M«» de Sévigné. Bile écrivait seslettros trop bien. — Qui sait? Peut-être pourraije un jour vous serrer dan» mes bras. Que Dieu le veuille I Pour l'amour de Dieu, no communiquez ma lettre à per^ sonne (absolument à personne). Je vous embra.S!*e.
Th. Dostoïevski.
Au haron A.-E. Vrangel,
Semipalatinsk, vendredi 23 mars 1856.
Mon bon ami, mon ami incomparable, Alexandre Ego rovitch I Où ôtes-vous, que devenez-vous? Ne m'avez vous pas oublié ? Dès lundi prochain, je commence à attendre la lettre promise, avec une impatience aussi grande que si c'était le bonheur et la réalisation de toutes mes espérances. Dans cette enveloppe, vous trouverez trois lettres : l'une d'elles est pour mon frère, l'autre pour l'aide de camp général Edouard Ivanovitch Totleben. Ne soyez pas étonné I Je vais tout vous raconter! Et maintenant je commence dans l'ordre, et je commence par moi-même. Si vous saviez toute ma nostalgie, tout mon découragement, presque mon désespoir en ce moment, vous comprendriez vraiment pourquoi j'attends votre lettre, comme le salut? Elle doit résoudre bien des choses dans ma destinée. Vous m'aviez promis de m'écrire aussitôt que possible en arrivant à Saint-Pétersbourg, et de m'informer de tout ce que j'espère et dont vous vous êtes si fraternellement occupé pendant toute l'année, — franchement, sans rien celer, sans amplifier et sans cherchera me donner de vains espoirs. Voilà les nouvelles que j'attends comme s'il s'agissait de ma vie. Ne montrez ma lettre à personne, pour l'amour de Dieu. Je vous informe que mes affaires sont dans un état extrême.
Mes espérances ! Cher, inappréciable et, peut-être, unique ami, cœur pur et honnête 1 Mes espérances! Écoutezles, Tant qu'à moi, elles m'apparaissent fort nettement. Et
1° n'y aura-t-il donc aucune amnistie cet été, à propos de la paix que l'on va conclure, ou bien à propos du couronnement ? Voilà la nouvelle que j'attends de vous avec l'impatience la plus nerveuse. Et 2'», admettons que cela soit encore du domaine de l'espérance ; mais ne me seraitil pas possible de quitter le service militaire pour le service civil et d'aller à Barnaoul, si rien ne se produit après le manifeste ? Cependant Dourov a passé dans le service civil. Et 3», resterai-je longtemps sans grade ? Qu'en pensez-vous ? Ma carrière est-elle complètement fermée ? D'autres, bien plus coupables que moi, ont eu tout. Je ne pourrais le croire. Je crois que dans deux ans, si môme rien ne se produisait à présent, je reviendrai en Russie.
Maintenant, le principal — c'est l'argent. Deux choses — un article et un roman — seront prêtes pour le mois de septembre. Je veux demander officiellement la permission de publier. Si on me l'accorde, j'ai du pain pour toute ma vie. Maintenant, ce n'est plus comme autrefois; il y a tant de réflexion, tant d'effort et tant d'énergie dans mon travail I
J'espère écrire un roman (vers le mois de septembre) qui sera mieux que Les Pauvres Gens. Car si on permet de publier (et moi, je ne crois pas, entendez-vous ! qu'on ne puisse l'obtenir), cela va faire du bruit; le livre sp vendra, me procurera de l'argent, de la considération, attirera sur moi l'attention du gouvernement, et on me fera bientôt rentrer.
Que me faut- il : deux, trois mille roubles ass. par an. Est-ce que cela ne peut suffire pour notre entreti<»n? Dans deux ans environ nous reviendrons en Russie; elle pourra vivre convenablement ; et môme, peut-être, aurons-nous amassé quelque chose. Est-il possible, qu'ayant evi pendant six ans tant d'énergie et de courage pour la lutte, avec des soulîrances inouïes, je ne sois capable de me procurer assez d'argent pour me nourrir et nourrir ma femme? Allons donc ! Car surtout personne ne connaît ni la valeur de mes forces, ni le degré de mon talent, et c'est surtout là-dessus que je compte. Enfin, dernière éventualité: admettons qu'on ne m'accorde pas l'autorisation de publier avant un an ? Mais, au premier changement dans ma vie, j'écrirai à mon oncle, je lui demanderai mille roubles arg.
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pour débuter dans une nouvelle carrière, oans parier de mon mariage; je suis sûr qu'il me lot) donnera. AIIodsI est-ce que nous ne passnrone рая une année avec cela? Et aprèt, les affaires s'arrangeront.
Enfin, je puis publier incognito et recevoir quand même l'argent. Compreniez donc, toutes ces espérances n'ont besoin de se réaliser que dans le cas où cet été rien n'aurait lieu (le manileste). Et si cela a lieu? Alexandre Egorovitch, mon amil
Si vous saviez comme j'attends votre lettre 1 Peut-être, contient-elle des nouvelles positives.
Mais lii^urez-vous dans quels embarras je me trouve I J'ai beaucoup de demandes À vous adresser : pour l'amour du Christ, accueillez les-moi./'remit're </emant/e: vous trouverez ci-incluse une lettre h Ed. Iv. Totleben. Voilà mon idée: Jadis je le connaissais très bien , son frère est mon ami d'enfance. Quelques jours avant mon arrestation je l'avais rencontré par hasard, et nous nous étions serré la main amicalement. Eh bien I II est possible qu'il oe m'ait pas oublié. Cet homme est bon, simple, il a un cœur généreux(il l'a prouvé) ; c'est un véritable héros de Sébastopol, digne des Nakhimov et des Kornilov. Portez-lui ma lettre. Lisez-la-lui convenablement. Vous remarquerez certainement d'après le ton de ma lettre, que j'ai hésité et que • je ne savais comment lui écrire. Il est si haut placé maintenant,et moi que suis-je? Voudra-t-il se souvenir de moi.'
J'ai écrit en tout cas. Maintenant : allez le voir vousraôme(j*espère qu'il se trouve à Saint-Pétersbourg)et remettez-lui ma lettre quand vous serez seuls. Vous verrez aussitôt à l'expression de son visage comment il le prend. S'il le prend mal, il n'y a rien à faire ; expliquez-lui la situation en quelques mots et dites quelque chose en ma faveur, prenez congé et sortez, après lui avoir demandé de garder votre démarche secrète. C'est un homme excessivement poli (caractère quelque peu chevaleresque), il vous recevra et vous reconduira très poliment, si même il ne disait rien de satisfaisant. Mais si vous voyez à son visage qu'il s'intéresse à moi, et qu'il témoigne beaucoup de bonté et d'intérêt, oh ! alors soyez tout à fait franc avec lui ; parlezlui de cette affaire de tout cœur, tout simplement ; parlezlui de moi, et dites-lui qu'un mot de sa part a une grande
importance, qu'il pourrait intercéder pour moi auprès du Monarque, se porter garant (comme il me connaît) que dorénavant je serai un bon citoyen, et que certainement il ne rencontrera pas de refus. Sur la demande de Pasko vitch, l'Empereur a plusieurs fois fait grâce à des condamnés polonais. Totleben est tellement en laveur maintenant, il est tellement aimé que, vraiment, sa demande vaudra autant que celle de Paskevitch. En général, je compte beaucoup sur vous. Vous défendrez chaleureusement ma cause, j'en suis certain. Pour l'amour do Dieu, ne me le refusez pas. Insistez surtout là-dessus, que je veux quitter le service militaire (mais surtout, obtenez davantage, si c'est possible, c'est-à-dire un pardon complet, ne perdez pas cela de vue). Ne pourrait4)n pas me libérer avec le droit d'entrer dans une administration civile, eL avec la possibilité de revenir en Russie, et surtout do publier? Particuli^ rement, lisez attentivement ma letU-e ù Tolleben.
Ne pourrait-on avoir recours à la poésie? J'ai lu dans les journaux que, dans un dîner, Maïkov lui avait lu des vers. Ne se connaissent-ils pas ? Si oui, parlez-en à Maïkov, sous le sceau du secret, et demandez-lui d'intercéder pour moi auprès de Totleben et de vous accompagner chez lui. N'auriez-vous pas l'occassion de rencontrer le plus jeune frère de Totleben, Adolphe ? Celui-là est mon ami. Parlez-lui de moi, et il se précipitera dans les bras de son frère et le suppliera de s'occuper de moi. Bien entendu, vous mettrez ma lettre à Totleben sous enveloppe et vous la lui remettrez ainsi. Envoyez-moi donc au plus vite des nouvelles pour m'informer de tout cela, que ce soit bien ou mal. Mais voilà l'ennui : pourvu que Lamotte ne soit pas parti à ce moment pour les affaires de sa circonscriptiou ! Il doit y aller pour un mois. Je pense qu'il ne sera pas parti. Il me semble qu'en effet, c'est sûr. Hâtez-vous de me répondre. J'ai encore peur d'une chose : ma lettre au prince Odoevsky,par exemple, a-t-elle été bien accueillie ? Ne seriez-vous pas découragé, et peut-être iriez-vous chez Totleben à contre-cœur? Mon ami 1 Ne m'abandonnez pas, ne me réduisez pas au désespoir !
Deuxième demande : écrivez-moi avec des détails et plus vite, comment vous avez trouvé mon frère. Que pense-t-il de moi? Autrefois il m'aimait ardemment ! Il pleurait en
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mo faieant 84*s adieux. Ne s'est-il pas refroidi envers moi 1 Son caractère a-t-il changé ? Comme cela me paraîtrait triste I Ne 8onge-l-il qu'à gagner de l'argent et a-t-il oublié tout le passé ? Je ne saurais le croire. Mais ausHi : comment expliquer qu'il reste des sept ou huit mois sans écrire ? il écrit n'importe (jiioi ; et m^me dans In lettre que j'ai envoyée par Kli(»nientov»ky,et qui a échappé h la censure, j'avais posé des questions auxquelles il n'a pas répondu ? et puis je vois en lui si p<Mi " " '•,
qui me rappellerait le vieux temps I Je n'out , i s ce qu'il a dit à Khomentovsky, qui lui remettait ma demande de s'occuper de moi : // ferait mieux de retter en Sibérie. Au mois de décembre nous avons écrit (par votre frère, souvenez-vous-en), j'avais demandé de l'argent, le priant de me l'expédier au nom de Lamotte. Vous savez combien j'étais gêné! Eh bien, pas un mot! Je comprends qu'il puisse manquer d'argent ; il est dans le commerce, mais dans les cas extrêmes on cherche à sauver les gens. D'ailleurs, je ne serai pas longtemps à sa charge et je lui rendrai tout. Et puis, si je lui demande de l'argent, c'est que je me suis rappelé ses paroles pendant nos adieux. Dans la lettre ci-incluse que je lui adres8e,je le prie de m'envoyer ce qu'il pourra, en dehors des cent roubles que je lui ai demandés. J'en ai besoin en cas de nécessité (si j'obtenais ma liberté, j'irais aussitôt à Kouznetzk, et sans argent, c'est impossible. D'ailleurs, si elle va à Barnaoul,je la persuaderai d'en accepter de ma part). Je ne puis vous écrire tout, mais l'argent m'est absolument indispensable ; il ne peut être aussi nécessaire qu'une seule fois dans la vie. Trois cents roubles arg. me sauveraient ; mais môme 200 roubles seraient bien, eny comptant les 100 roubles que je lui ai déjà demandés en décembre. Bien entendu.je vous écris tout cela en ami, n'allez pas vous imaginer de donner quelque chose vous-même. Je suis bien confus devant vous, car je vous dois énormément ! En tous cas, lisez la lettre que j'écris à mon frère. Ne lui faites pas voir celle-ci, que je vous écris maintenant. Mais je vous la renvoie pour les explications : racontez-lui tout. Se pourrait-il que, pareil aux oncles et aux parents de romans, il m'en veuille povr mon amour et vous dissuade de vous occuper de moi? Mais j'ai trente-cinq ans. A quoi songe-t-il? Peut-être croit-il que
je ne l'aime que pour l'argent qu'il m'envoie. Allons donc • J'ai ma Gerté. Je ne me nourrirais que de pain et nous péririons, elle et moi, plutôt que d'accepter l'argent qui me serait envoyé avec un sentiment pareil. Je ne veux pas d'aumône ! J'ai besoin d'un frère, et non d'argent ! Nous avons eu jadis des discussions avec lui, mais nous nous aimions tendrement et, je vous le jure, j'aurais donné ma vie pour lui. J'ai mauvais caractère, mais quand il s'agit de choses sérieuses, je défends mes amis. Quand nous avons été arrêtés, il me semble que dans le premier moment d'eiYroi il serait bien permis de songer à soi-même. Eh bien! Je ne songeais qu'à lui, au coup que son arrestation porterait à sa famille, combien sa pauvre femme serait frappée ; je suppliais mon troisième frère, qui avait été arrêté par erreur, de ne pas oxpliquer cette erreur à ceux qui l'avaient arrêté, le plus longtemps possible, et d'envoyer de l'argent à mon frère, supposant qu'il n'en avait point. Aurait-il oublié tout le passé et m'en voudrait-il parce que je lui demande de l'argent, et à quel moment ! Au moment le plus critique de mon existence. Écrivez-moi comment il vous a reçu, comment vous l'avez trouvé (écrivez-moi franchement sa manière d'envisager cette affaîre),el n'écoutez que votre excellent cœur, mon bon ami. Soyez aussi sincère que possible avec Maïkov à mon sujet. C'est un excellent homme et qui m'aime. Bien entendu, recommandez-lui le secret.
Troisième demande: Pour l'amour de Dieu, comprenezmoi, aidez-moi, et ne songez pas que je puisse nuire en quelque chose à ma carrière par mon amour pour elle... Je suis sûr de pouvoir nourrir ma famille. Je travaillerai, j'écrirai. Car si on n'accorde aucune amnistie, en ce moment, je pourrai toujours permuter dans le civil, obtenir la quatorzième classe au plus tôt, avoir un traitement, et surtout, publier, môme publier incognito. J'aurai de l'argent 1 Enfin, ce n'est pas pour tout de suite, et vers cette époque l'affaire s'arrangera.
Enfin : pour l'amour du Christ, informez-moi du cours de mes affaires au plus tôt et avec le plus de détails possible ; je mets toute ma confiance en vous. Persuadez mon frère de me venir en aide, soyez mon avocat auprès de lui. Tâchez de le convaincre que je ne cherche que mon bon-