Général Totleben
m COnnESPONDANCE DE I>08T01IeV8KI
moi ! Je voulais envoyer la lettre à Éd. Iv... par vous. (Si Feulement il ее trouvait h Saiat-Pélerebourg et que roue pussiez lui parler en personnel Cela vaudrait bien mieux ; mais mon frère m'a écrit qu'Éd. iv...eetà Kiцa.) Etalonif mon ami, donnez-moi un conseil. Je compte beaucoup sur vous et j'espère que vous ne m'abandonnerez pas, surtout si Edouard Ivanovitch doit bientôt revenir. Je ne sais quand est-ce (ju'il faudra écrire. ^u'en pensez-vous? Diteemoi «juelque chose et je suivrai entièrement votre coQBeii.
Maintenant, autre chose : j'ai beaucoup de livres à tous, que j'ai apportés de Sibérie ; deux paquets de votre correspondance intime et votre tapis. 11 faudrait vous expédier tout cela. J'espère que vous avez déji*! reçu quelquesuns de ces livres, que je vous avais envoyés, il y a deux ans (par Sérnenov, rmmhre de 1л Société de géographie), précisi'iment les œuvres de Sémachko. Vos livres sont assez bons. Écrivez donc quelles sont vos dispositions.
Eh bien, en attendant, cela suflit pour à présent. C'est votre tour. J'étais si content quand mon frère m'écrivit que vous étiez allé le voir 1 Je venais de charfçermon frère de vous chercher à Saint-Pétersbourg par tous les moyens.
Maria Dmitrievna et moi, nous avons souvent pensé à vous pendant ces trois ans et toujours avec le plus grand plaisir. Elle voudrait bien vous voir. Elle est toujours souffrante. Adieu donc; je vous embrasse. Votre
Dostoïevski.
Le bureau de poste est ici tellement mauvais, irrégulier et peu sûr, que j'avais bien envie de recommander cette lettre. Peut-être arrivera-t-elle quand même. On garde mes lettres jusqu'à trois jours. Mon frère m'a écrit le 16, et puis il a cessé d'écrire, et voilà déjà le "22. Que devientil? Ne serait il pas malade? J'attends sa lettre avec impatience et je m'inquiète.
A son frère Michel Dostoïevski.
Tver, l" octobre 1859.
Mon cher Michel, hier j'ai reçu ta lettre après avoir envoyé la mienne qui était pleine de reproches. Il y a, mon ami, quej'ai complètement perdu courage, ne recevant pas
de tes nouvelles. Voilà pourquoi je te supplie à Гатешг, même si tu n'avais rien à me dire d'écrire simplement qu'il n'y a rien de neuf, mais ne me laisse pas dans l'inquiétude, qui augmente encore l'état pénible et sans issue dans lequel je me trouve. J'espère que tu ne m'en veux pas de ma lettre. Ne sois pas fâché, mon ami, et écris plus souvent.
J'avoue que ta lettre m'a étonné. Que fait Nékrassov? Ne sont-ils pas devenus trop fiers? Et peut-être n'a-l-il pas encore lu? J'ai entendu dire que Nékrassov joue aux cartes avec acharnement. Panaiev a aussi autre chose à faire que la revue; s'il n'y avait pas Tchernichevsky et Dobrolubov, tout péricliterait. Tu dis qu'il faut attendre et que cela sera plus convenable. Mais, mon ami, on a déjà attendu assez longtemps. C'est pourquoi je le prie d'ailtT (je t'en prie instamment) chez Nékrassov, tâche de le trouver chez lui (c'est le principal) et parle-lui toi-même du sort qu'il destine au roman. Tâche surtout de savoii- s'ils prennent le roman pour deux ou trois livraisons; quelles sont les observations qu'ils font à propos du roman — et après avoir causé de tout cela, vers la tin. on peut faire mention do l'argent. Fais cela pour l'amour du Christ et tâche de savoir son dernier mot. Si lu n'y vas pas toi-même, il est possible qu'il ne vienne jamais chez toi, surtout s'il joue aux cartes. Je compte sur toi.
Maintenant, mon cher, je veux te parler de ce que j'ai décidé, après avoir mûrement réfléchi. Voici : je veux com* mencer un roman (un grand ouvrage — c'est décidé), — j'écrirai pendant un an. Je ne veux pas me presser. Il est si bien composé dans ma tête, qu'il me serait impossible de lui causer un dommage quelconque, en me pressant pour quelque terme fixe. Je veux écrire librement. C'est un roman à idées et il me créera une renommée. Mais pour l'écrire il faut avoir l'existence assurée. Le vendre d'avance serait un suicide. Cela voudrait dire prendre 100 ou 120 roubles, tandis que peut-être je pourrais obtenir 150 ou 200. Je serai juge moi-même et, si le roman réussit, je ferai mon prix. C'est pourquoi je ne veux pas vendre d'avance et il faut écrire et avoir des moyens d'existence. Mais voilà la question : où prendre de l'argent pour me procurer ces moyens, au moins pour un an? Ayant bien réfléchi, j'ai pris la ferme décision de publier mes œuvres
17G <;<»iiui;si'ONOANCB de doatoKeviiki
anléricurcit, et de Icspubl^r moi-même, ванн les vendre, À moins (]uo l'on ne m'endonne l>caucou|> — там on ne le fera pas. Hcouto : admettons ({ue celle édition i^ vénale lente* ment. Mais cela ne eignifte rien pour moi. J'ai besoin de 120 ou 150 rouble» par mois. Tu demandes : où prendre l'argent pour la publicalion? Voici ce que j'ai imaginé : d'aburd ne pas publier tout à la fois, mais livre par livre. Trois livres en tout. Dans le premier : Les Pauvra ($епм, Nelotchka Nexvunov (2 parties), Les Muits hlanchet, ConU pour tes Enfants, L'Arbre de Noël et /a Noce, Le Voleur КоП' nête (à refaire). Le Mari jaloux. Au toUd environ 23 feuilles en fine impression. Deuxième volume : Le Double (entièrement revu) et Le Fiéve de mon Oncle. Troisième volume : Le Village Slepantchikovo*. h' crois que la (»remière partie s'écoulera assez vite. Mais il faut revoir un peu. Les Pauvres Gens peuvent rester sans modification dans la deuxième édition, mais tout le resle «lans la preini/?re partie doit être légèrement revu et corrigé. Pour cela je le prierai de m'aider, précisément de me procurer les autres nouvelles de la première parlie.Les unes, comme Netotchk* Nezvanov, se trouvent peut-être cliez loi, et les autres sont à chercher et il faudra les chercher le plus tôt possible, sans tarder, chez Maikov, Milukov et d'autres. Salue-les de ma part et demande-leur instamment de permettre d'arracher ces nouvelles des volumes qui les contiennent. S'ils me les donnent, envoie-les le plus vite possible, je corrigerai l'imprimé et, sans tarder, je te les renverrai. Si vers la fin d'octobre nous avons terminé tout cela et que tu aies toutes ces nouvelles corrigées, le l*' novembre on pourra présenter le tout à la censure. Admettons que la censure les garde jusqu'au P' décembre. Alors, on pourra faire imprimer le premier volume à partir du !•• décembre. Où prendre l'argent? Mais voilà, je t'en prie encore : prends la quantité nécessaire de papier pour le premier volume chez le marchand et donne-lui une lettre de créance de ta part pour six mois ou même moins. Il s'agit d'environ 300 roubles,ou très peu davantage. Je te jure, Michel, mon cher, que je paierai la créance que tu vas donner (pour moi). Si le livre n'a pas de succès et ne paie pas même le papier, je saurai quand même me procurer de l'argent et 1« Carnet d'un inconnu.
je paierai la créance à la date fixée. Rien ne retombera sur toi. Quant aux frais d'impression, si on ne peut s'arranger là aussi avec un billet, je donnerai la moitié de l'argent et j'emprunterai l'autre moitié chez quelqu'un (ne pourraiton en emprunter à Sachenka?). De cette façon l'impression sera terminée au mois de janvier, vers le milieu, et en avant la mise en vente ! Je suis sûr que le premier volume produira un certain effet. D'abord, le recueil est mieux formé; secondement, je rappellerai mon nom; troisièmement, c'est un nom intéressant; quatrièmement, si le roman du Sovremennik a du succès, le reste ira aussi. Cependant, au milieu de décembre je t'enverrai (ou je t'apport<^rai moimême) Le Double corrigé. Crois-moi, frère, que cette correction, munie d'un avant-propos, vaudra un nouveau roman. Ils verront enfin ce que c'est que Le Double. J'espère provoquer un grand intérêt. En un mot, je défie tout le monde. (Et enfin, 'si je ne corrige pas Le Double maintenant, quand donc le corrigerai-je? Pourquoi perdrais-je une excellente idée, un grand caractère, d'après son importance sociale, que j'ai découvert le premier et dont j'ai été le créateur?)
Ainsi donc, au mois de décembre Le Double et Le Rêve de mon Oncle à la censure. Imprimer au mois de janvier, et, vers la fin de février, faire paraître le deuxième volume, et ensuite, presque en môme temps, on pourrait publier le troisième : Stepantchikovo. Quant à l'argent, il faut le faire à crédit, ou bien payer avec le premier volume. Enfin, on pourrait à la rigueur vendre les deux derniers volumes (selon le succès du premier). Je paierai ainsi la publication, et en attendant j'aurai pour vivre l'argent du Sovremennik, et ensuite, quand l'édition sera payée, si elle va lentement, cela me sera égal : car j'aurai assez pour vivre avec une vente médiocrement rapide; et pendant ce temps, depuis décs^mbre môme, je me mettrai sérieusement à un grand roman qui, hélas ! produira son effet dans un an, ce qui peut entraîner aussi les autres exemplaires du Recueil des œuvres. Et voilà pourquoi le premier pas à faire est celui-ci : réponds-moi tout de suite quelle est ton opinion, et aussitôt, si c'est possible, expédie-moi les exemplaires des nouvelles du premier volume pour les revoir.
178 CORKRSPONDANCB НЕ DOeTOlEVSKI
Mon a mi, н! lu tardée de me répondre, apprends qun mon tcmpH sera perdu. Je ne ferai rien (et je ne nerai рая capable) de rien faire) nvant In décision définitive, c'eeûàdire si tu m'npprouves ou non et veux m'aider. Bépoode vite, poui' l'amour de Dieu!
Maïkov nVsl рай venu; j'ai reçu une lettre de Vrangel. Golovinsky est ici et il m'a tout de suite pré^.'nté & la société du pays. Je ne tiens pas h entretenir de» relations avec tous, mais il est difficile de lYviler avec certains. On ne peut se cacher nulle part en province. Cela m'est eo quelque sorte pénible. 11 y a deux ou trois personnes întérefusante". Je me suis bien rapproché de Baranov et de la comleisj'e. Elle m'a prié instamment plusieurs fois de venir chez eux sans façon, dans la soirée. Il est impossible de ne pas les visiter. II s'est trouvé que je la coin ' "i un
peu. Il y a une douzaine d'années, Sollog< pré-
senté à elle (c'est son cousin), quand elle était encore jeune fille, M"* Vassiltchikov.
Marie Dmitrievna te salue. Je l'embrasse de tout mon cœur, et je serais heureux de toutes mes forces de pouvoir m'échapper de Tver.
Maintenant, à Tver, on m'empochera d'écrire. Pour l'amour de Dieu, mon ami, réponds. Adieu, je t'embrasse bien fort. Salue tout le monde. Soigne la santé comme un bien précieux. Salue Emilie Fédorovna, Nicolas, Sacha. Écris souvent. 11 faudrait lâcher d'avoir l'argent de Nékrassov. D'abord pour toi et aussi pour moi.
Th. D.
An même.
Tver, 2 octobre 1859,
Cher frère,
Je t'écris de nouveau et te supplie, au nom de Dieu, d'aller chez Nékrassov. Tâche de le rencontrer et termine avec lui mon affaire. J'ai besoin d'argent, très grand besoin, et toute la somme sur laquelle je compte s'élève à 500 roubles. Il a promis de donner d'avance, pour 10 leuilles d'impression, 1.200 roubles, dont 700 pour toi et 500 pour moi. Maintenant j'ai un besoin extrême de ces
500 roubles. Ne me refuse pas, mon cher, le seul sur qui je puisse compter. Je t'en supplie ; fixe ma situation.
Je t'ai écrit hier sur l'édition de mes œuvres. Pense à cette idée el, au nom de Dieu, aide-moi. Toi seul peux me secourir. Un peu de travail de ta part et tout pourrait s'arranger. Ma situation présente est pénible, mauvaise, pire. Le coeur sèche. Mes maux prendront-ils fin un jour ? Dieu me donnera-t-il enfin la possibilité de vous embrasser tous et de me retremper dans une vie nouvelle et meilleure ?
Je ne parlerai pas de ma vie ici. J'écris ces deux mots uniquement pour te rappeler de nouveau Nékrassov, et le demander d'en finir avec lui le plus tôt possible. Au nom de Dieu, fais-le et informe-moi immédiatement du résultai. Jusque-là je serai terriblement inquiet.
Au revoir, mon cher ami. En toi toul mon espoir. Rassure-moi le plus vite possible. Ton
1 a. lJo.">iuiiiVt>Ki.
P.-S. — Je viens de recevoir ta lettre d'hier. Merci pour les nouvelles. Mais voilà le malheur, jusqu'à ce jour il n'y a rien de Nékrassov. Au nom de Dieu, ne perds pas de temps. C'est une affaire grave; ne la traîne pas. Les 500 roubles me font le plus grand besoin. Au nom de Dieu, hâte-loi. J'écrirai à Vrangel ainsi qu'à Edouard Ivanovitch. Tu penses à moi; je t'en remercie; tu sais combien tu m'es cher. Je m'arracherai de tout et accourrai chez vous. Réponds, je t'en supplie, le plus vite possible. Je n'ai que toi.
An baron A.-E. Vrangel.
Tver, 4 octobre 1859.
Mon précieux ami, Alexandre Egorovitch, j'ai reçu votre charmante lettre il y a trois jours ; je voulais répondre aussitôt, mais la lettre à Edouard Ivanovitch m'a retenu, et autre chose encore. Je m'empresse d'écrire maintenant D'abord les affaires :
Ci-inclus une lettre à Edouard Ivanovitch. Lisez-la, cachetez-la, mettez l'adresse et remettez-la à Edouard
Ivanovitch en propres maios, si c'esl possible. Je compte sur vous pour louto chose. Soyez mon soutien et intercédez pour moi. Ma situation h Tver est très mauvaise. J'ai ici quehjuos relations, outre autn'S celles du comti; liaranov (le gouverneur). La comtesse est une charmante femme (née Vassiltchikov) que j'avais rencontrée à Saint- Pétersbourg quand elle était jeune fille, chez leur parent Sollogoub, ce qu'elle m'a rappelé elle-mftme. Elle me plaisait déjà alors. Mais, malgré toutes ces relations, le séjour ici m'est insupportable. Tout ce que j'ai écrit à Edouard Ivanovitch est vrai. Je soufTre moralement et physi(juemenl, et mes affaires périclitent... Voilà pourquoi, mon cher Alexandre Kgorovitch, tout mon espoir est en vous. Informez-moi pour l'amour de Dieu (juand vous remettrez la lettre, commpnl il ГагспгмИега et ce qu'il dira.
La nouvelle de votre séjour ix l'< ng pendant cet
hiver m'a extrêmement réjoui. Cent :il, nous aurons
le temps de causer et de rassembler nos souvenir». Ce temps viendra enfin, je ne souffrirai pas toujours. La nouvelle que Kh... serait prête à recommencer m'inquiète un peu. Pour l'amour de Dieu, soyez prudent. Il ne peut en résulter rien de bien, que de nouvelles chaînes. Et ce qui est i>assé ne reviendra plus. Cette femme devrait le savoir. Et puis, il y a son âge. Elle a certainement tout intérêt à vous attirer, mais il n'y en a pas pour vous. Vous me parlez d'une autre personne et de circonstances pénibles. Ce que vous dites n'est pas bien gai, en effet. J'aurais voulu connaître les détails, mais certainement pas par écrit. Les lettres ne peuvent rien expliquer. Tant que j'ai pensé à vous, mon oher, tous ces jours-ci, il me semble que de cœur vous êtes resté le même. C'est bien et aussi c'est mal. J'étais si content pour vous, il y a deux ans, quand vous êtes parti voyager ; je croyais que cela vous ferait du bien, que cela vous transformerait. Je suis bien content que ça aille mieux avec votre père. Savez- vous que c'est presque le plus important et qu'il faut apprécier cela beaucoup, beaucoup? Vous écrivez que vous avez besoin de vous organiser. Mais est-ce que ces affaires avec votre père ne sont pas encore terminées? Mon Dieu, que votre situation est pénible ! 11 faut résoudre la question, le plus
doucement possible. Voilà mon opinion. D'ailleurs, nous en causerons beaucoup, et nous en causerons à cœur ouvert. Vous avez raison, en parlant de mon amitié. Personne ne vous a jamais voulu tant de bien que moi. Que deviennent vos sœurs ? J'ai deux gros paquets non cachetés de votre correspondance de famille. Bien entendu, je n'ai jamais rien lu.
Si on m'autorise à venir à Saint-Pétersbourg,je viendrai d'abord seul, sans ma femme, et je descendrai chez mon frère. Je passerai huit jours à Pétersbourg. Je louerai un appartement, j'installerai tout et alors seulement j'irai chercher ma femme et Paul, dont il faut s'occuper. Écrivezmoi où placer ce garçon, mais le mieux possible, où c'est plus facile, où on arrive le mieux et le plus vite ? Donnezmoi un conseil. A propos : connaissez-vous Pierre Petrovitch Semenov, qui a été chez nous en Sibérie, après vous? — c'est mon excellent ami. C'est un homme excellent, et il faut rechercher ses pareils. Si vous le connaissez, saluez-le de ma part et parlez-lui de moi. Maria Dmitrievna vous salue. Je vous avais déjà écrit qu'elle parle souvent de vous. Votre portrait est toujours sur notre table. Adieu, précieux ami. Allez souvent voir mon frère. Je vous embrasse. Pensez à votre ami. Écrivez.
Th. Dostoïevski.
A son frère Michel Dostoïevski.
Tver, 1 1 octobre 1859.
Mon bon Micha, j'ai reçu ta lettre du 9 octobre et je te réponds aussitôt. Je m'inquiète beaucoup : as-lu reçu ma lettre (grand format, sur deux feuilles)? Tu devais la recevoir hier. Je l'ai écrite le 9. D'après la date de l'expédition, elle a dû quitter Saint-Pétersbourg le 10. D'ailleurs, pourquoi perdre espoir ? j'espère que tu l'as reçue, et tu dois savoir que je ne suis pas fâché et qu'il n'y a pas eu l'ombre d'une absurdité pareille. Me fâcherais-je contre toi, mon cher ? Mais revenons à l'affaire.
Tu dois savoir par ma longue lettre toutes mes espérances et toutes mes instructions. Maintenant l'affaire s'engage avec Kraevsky. C'est une affaire importante. Tu me
18'2 (;0RBEep<jMJA-4(;K i)i; dostoikvski
tj«"mafi(l<-i Ir |)rix, et voilà mon dernier mol à c«* propos: 120 roubles par feuille, d'une impreHsion ordinaire de revue, dont on iw? sert pour les romans ; et pas un kopek de moins. Mais si c'est en hloc, — c'est autre chose. Dans ce cas, je le donne plein pouvoir de vendre à Kraevsky pour 1.700 roubles, et pas un kopek de moine, et encore s'il lo donne 1.(ХЮ roubles comptant, ces jours-ci. (Il faudrait demander et insister pour avoir les 1.700 roubles comptant, c'est-à-dire : ne donner le manuscrit que contre l'argent. Quant à la censure, il ne saurait y avoir l'ombre d'un doute ; on ne rayera pas môme une virjj^le.) Si Kraevsky veut imprimer cette année même, on peut prendre 1000 roubles comptant et 700 après la mise sou» presse. Mais si c'est au commencement de l'année prochaine, 1.7(Ю comptant et pas un kopek de moins.
Explique, pour l'amour de Dieu, à Kraevsky, que si je complais 120 roubles par feuille, cela ferait 1.800 roubles pour 15 feuilles, je perds donc 100 roubles. Kl je compte sûrement qu'il y aura plus de feuilles. Il lui est donc plus avantageux d'acheter pour 1.700 roubles.
Si \e Sviétotch donne 2.500 roubles (pour5/e/ïan/cAi/foyo), bien entendu il faut accepter. On ne peut trouver rien de mieux! Qu'ils n'aient pas un seul abonné, c'est toujours 2.500 et devant les autres revues le prix de mes œuvres pourra s'établir, c'est-à-dire qu'ils n'oseront pas donner moins de 2.000 ou de 1.800 roubles pour une chose qui pourrait me rapporter tout de suite 2.500, sans hésiter. D'ailleurs, l'année prochaine, je pourrais avoir encore deux choses imprimées : La Maison des Morts et le Premier Épisode d'un grand Roman. Cela ira dans le Sovremennik. Ils ne le laisseront pas échapper, je ne le leur donnerai d'ailleurs que surrecommandation. Quant à La Maison des Morts, après tout ils n'ont pas des têtes de mouton ; ils sauront comprendre quelle curiosité peut éveiller un sujet pareil dans les premiers numéros de la revue (le mois de janvier). Si on me donne 200 roubles par feuille, je publierai dans la revue. Sinon, tant pis. Ne pense pas, mon cher Micha, que je m'en croie ou que je me vante à propos de La Mai~ son des Morts, en demandant 200 roubles. Pas du tout ; mais je comprends très bien l'intérêt et l'importance de l'œuvre et je ne veux pas y perdre.
On pourrait faire taire par cet article et par le roman suivant (dont on pourrait déjà parler adroitement, pour a nnoncer que je suis en train de l'écrire), on pourrait faire taire les Otetchestvennia Zapiski et le Sovremennik afin qu'ils ne disent pas de mal de moi dans les revues, pour ne pas leur avoir cédé Slepantchikovo (dans l'espoir d'obtenir un nouveau collaborateur). Quant au peu de lecteurs du Sviélotch, c'est|une bagatelle. Tant mieux pour moi. Quand je ferai éditer à part, le roman paraîtra tout nouveau. A propos de Slepantchikovo^ j'ai écrit à Plechtchéev, afin qu'il se renseigne exactement : pour quelle raison le Rousski Vestnik m'a renvoyé mon manuscrit, et j'ai reçu la réponse qu'il s'était informé et qu'il savait sûrement qu'ils ont eu peur des 100 roubles par feuille ; que Katkov les aurait bien donnés, mais que tout dans la revue est dirigé par Leontiev, qui gouverne Katkov, et que ce sont des grippe-sous, comme il n'y en a jamais eu. Quant au roman, ils disent qu'ils étaient ravis du commencement, mais, qu'à leur avis, la fin est faible, et que le roman demande, en général, d'être abrégé.
Enfin, je vais conclure par V observation la plus importante^ que j'avais oubliée dans ma dernière (longue lettre). Voilà : si Nékrassov se met à marchander, et s'il devient plus raisonnable, il faut lui donner alors la préférence , dans tous les cas. Comme je regrette, comme je regrette profondément qu'il ne t'ait pas trouvé chez toi ! Nous aurions su alors exactement ce qu'il pense. Ne serait-il pas possible, mon cher, de s'arranger pour le voir plus tôt ? Vois-tu : il est bien important que ce roman soit publié dans le Sovremennik. Cette revue ne voulait pas de moi avant, et maintenant elle recherche ma collaboration. C'est très essentiel pour mon importance littéraire. 2» Nékrassov, qui t'a rendu le manuscrit, revient de nouveau le chercher (pourvu que cela se passe ainsi) et enfin devient raisonnable ; toutes ces manigances ajoutent une grande importance au roman. Cela signifie que le roman n'est pas mal, si on se tracasse tant et si on marchande tant à propos de lui. Dis par hasard à Nékrassov très franchement quelle est l'opinion du Rousski Viestnik sur le roman (et parle-lui de Leontiev, en l'appelant grippe-sou) ; ajoute à Nékrassov que je connais moi-môme très bien les défauts de mon
roman, mais (ju'il me s<'mblo qu'il renferme quelques belles pages. Dis-lui ces paroles mêmes, car c'est réellement mon opinion. Il ne serait pas mal de le dire aussi à Kraevsky. Parle-leur è cœur ouvert. La franchise est une force.
N. В.— Je suis maintenant surchargé de travail. Je me mettrai à écrire (La Maison des Morts) après le 15. J'ai mal aux yeux, je ne puis absolument pas travailler aux bougies ; adieu, mon cher, je t'embrasse. Écris, tâche de voir Nékrasftov ; envoie des œuvres anciennes pour la correction. Parle aux libraires. Je crois qu'il vaudrait mieux publier sous le deuxième format. Adieu, mon ami, je te remercie pour toutes les peines que tu prends. Écris.
Tn. Dostoïevski.
Aa même.
Tver, 20 octobre 1859.
Je ne t'écris cette fois que deux mots, mon précieux Micha. J'ai reçu ta lettre du 17 octobre, mais je n'ai pas encore reçu ton envoi, je n'ai même pas reçu la feuille d'avis du bureau de poste. Notre bureau de poste fait son service d'une façon très inexacte. D'ailleurs, je ne suis pas sûr du jour où l'envoi a été expédié de Saint-Pétersbourg. Il a été peut-être retenu là-bas.
Je te remercie, mon ami, pour tes peines et tes soucis à recueillir mes œuvres. Je comprends que lu te déranges pour moi et je l'apprécie. Je te le revaudrai un jour.
As-tu reçu ma lettre (la dernière), dans laquelle je te prie d'aller chez Nékrassov et Kalinovsky ? En général, mon ami, ye le supplie, encore une fois, de m'informer dans chacune de tes lettres que с ta lettre une telle m'est parvenue », etc. C'est important. Tâche de le comprendre, et je te supplie encore, mon trésor, de faire comme je te le demande dans ma dernière lettre, c'est-à-dire d'aller chez Nékrassov et chez Kalinovsky. Certainement, je laisse tout cela à ton jugement. (Il pourrait y avoir des circonstances que j'ignore). Mais conviens-en, mon avis est assez fondé et il ne serait pas mal d'aller voir toutes ces personnes.
Jeudi dernier Kraevsky t'avait promis de l'informer un de ces jours. Nous voilà déjà au mardi. Avouons qu'ils traînent.
Quant à Kouchelev, je consens certainement et je vous remercie tous les deux (toi et Maïkov).Deux mille roubles, ce n'est pas mal, mais quels sont les trois volumes? A moins de mettre Slepantchikovo dans le troisième ? Mais ce ne serait que dans le cas où Kraevsky publierait cette année même. (Insiste, mon chéri, afin que cela soit fait cette année.)
N. B. — Encore quelque chose. Souviens-toi des jugements littéraires que portait le colonel Raslanev sur la littérature, les revues, l'importance scientifique des Otetchestvennia Zapiski, elc? CondHion absolue que Kraevsky ne supprime pas une ligne de cette conversation. L'opinion de Rastanev ne peut ni humilier, ni offenser Kraevsky, Je te prie, insiste là-dessus, tout particulièrement.
J'ai reçu ton argent et t'ai remercié, tu dois le savoir déjà.
Ma demande est déjà envoyée à Saint-Pétersbourg. J'attends. Mais c'est encore trop longtemps, peut-être, avant que je te revoie. On demandera des renseignements, etc. Je le prévois ainsi. Peut-être dans deux mois.
Adieu, mon ami. Je t'embrasse de tout mon cœur. Ton frère bien dévoué.
Salue toute la famille. Vrangel n'écrit pas, que devientil ? J'ai envoyé par lui une lettre à Totleben. Je n'ai pas reçu de réponse. Il y a une quinzaine de jours.
Au même.
Tver, 29 octobre 1859.
Je m'empresse de l'écrire deux mots, mon chéri. Le temps me manque à la lettre. Il y a ici C.-D. lanovsky, et je vais maintenant chez lui, à l'hôtel; et puis il faut encore aller au bureau de poste chercher l'argent. Je te remercie beaucoup pour l'argent. Mais parlons d'affaires. Ne me sacrifiez donc pas 1 II n'y a pas moyen (je m'en suis convaincu) de terminer plus tôt la première partie, c'est-
186 CORRESPONOANCE DE DOSTOlBTSKI
à-<lire au XII' chapitre. Pour l'amour du Christ, sauvemoi ! Prie, supplie. Montre ma lettre à André Alcxandrovilch4Nékra340v lui-même avait décidé tout de suite que s'arrêter au XII* chapitre serait faire manquer tout l'elTe t. Si on s'arrête à un autre chapitre, ce ne peut être qu'avec le chapitre € Votre Excellence » ; de sorte [que le chapitre « Mizintchikov » commencera la deuxième partie. Mais réfléchis, songes-y bien : est ce que c'est possible ? Ltî chapitre XII est le seul par lequel on puisse terminer. L'effet serait perdu. Peut-on à ce point aller contre soimême, être son propre ennemi, gâter ce qui est imprimé dans sa propre revue ? Prie, supplie, insiste au nom du Christ. Réponds donc vile comment cela a été décidé. Jusqu'à la réception de ta réponse, j'aurai la fièvre.
Ah 1 mon cher, comme tu m'aurais fait plaisir, si lu avais effacé toi-même dans la correction au moins la moitié de ce que j'avais ajouté au deuxième chapitre, quand tu étais à Moscou. J'ai fait du mal avec celte correction. Le chapitre est insupportablement long et ennuyeux, et le premier également.
Adieu. Je suis un peu souffrant (ne l'inquiète pas, ce sont les hémorrhoïdes). lanovsky part aujourd'hui. Quand tu liras cette lettre, il sera déjà à Saint-Pétersbourg.
P. -S. — Je n'entends pas parler de ma demande. Pas de réponse. J'ai reçu une lettre de Vrangel.
A Alexandre Egorovitch Vrangel.
Tver, le 31 octobre 1859.
Je vous remercie de tout mon cœur, mon bon ami, pour toutes les peines que vous prenez pour moi. Remerciez aussi pour moi Edouard Ivanovitch. Je lui aurais écrit moi-même ; mais je pense toujours que, peut-être, je serai bientôt à Saint-Pétersbourg et alors j'irai le voir. Et cependant, malgré toutes mes espérances, je ne sais qu'imaginer. Décidément, je suis comme suspendu entre le ciel et la terre. Vous savez que j'ai écrit directement à l'Empereur, et que ma lettre a été envoyée par le gouverneur du pays,M. Baranov,à Adlerberg, qui la remettra en personne à l'Empereur. Voilà douze jours que la lettre est partie. Je