Héros d'une comédie d'Ostrovski
saurait expliquer la ccnlième partie des faits réels, qui ont existé. Tandis que noire idéalisme nous permettait de prédire ces faite. C'est arrivé. Mon cher ami, ne vous moquez pas de moi ; mais je fais comme saint Paul : « SI on ne me loue pas, je me louerai moi-môme. »
Mais en allendant il faut vivre. Je ne vais рая aller vendre l'Athéisme (mais j'aurai (juolque chose à dire sur le catholicisme, et le jésuitisme, comparés à l'orthodoxie). J'ai l'idée d'une nouvelle assez grand?, d'une douzaine de feuilles el cela ra'altire. J'ai encore une idée. A quoi me résoudre et à qui offrir mes services? A l.i Zaria ? Mais je me fais payer d'avance, el là je ne crois pas qu'on accepte. Certainement, je ne me passerai peut-être pas de leur aide, m lis il faut envoyer là-bas un arlir'le complètement terminé, et c'est bien pénible 1 Comra'-nl vivre, pendant qu'on écrit l'article ? Le Roasski Viestnik me paye largement (il me donne 150 roubles par feuille et il m'en avance des milliers, au moins il m'en avançait). La Gn de VIdiot produira de l'effet (je ne sais pas si c'est bien ?). Mais quant à proposer aux libraires la seconde édition cela veut dirid perdre la moitié. 11 faut qu'ils y viennent d'eux-mêmes, mais viendront-ils? Je n'ai aucune idée si le roman aura du succès ou non. D'ailleurs, c'est la fin du roman qui en décidera. En tout cas, je vous prie, mon ami, de me donner un conseil. J'attends de vous un conseil important, quand vous aurez lu la fin de VIdiot. Depuis janvier je suis libre, et ce n'est pas dans ma situation qu'il est possible de rester les bras croisés : il faut vivre et payer les dettes. Écrivez-moi, mon ami (que cela soit entre nous seulement), tout ce que vous savez sur la Zaria, ses ressources, et ce qu'elle peut donner d'avance, en général, et à moi, en particulier. Quant à moi, je vous avoue que demander une avance à la Zaria serait pour moi quelque chose de décisif. Abandonner le Rousski Viestnik, même pour quelque temps, me paraît très délicat, surtout en y devant quelque chose. (Si seulement je pouvais savoir l'opinion personnelle qu'ils portent sur ma collaboration, au Rousski Viestnik ! D'ailleurs, je dois le savoir : ils me paient.) Dans tous les cas, écrivez -moi quelque chose à propos de tout cela. Et puis encore : faut-il me mettre la corde au cou et rechercher cette collabora-
tion? D'autant plus qu'on a l'air d'y être assez indifTérent. Je suis terriblement en retard sur vous — je ne sais rien. En tout cas, tout ce que je vous écris en vous consultant est entre nous.
Je vous remercie beaucoup, moucher ami, d'avoir placé Paul. S'il ne reste pas chez Poretzky, que lui faut-il alors? Encore une prière, mon ami, encore une: je viens de demander 100 roubles à Katkov, afin qu'il vous les adresse, et je vous supplie encore une fois d'être infiniment bon, comme vous l'avez été jusqu'à présent. Ces 100 roubles sont pour Paul et Emilie Fédorovna, 50 roubles à chacun.
Mon frère Michel m'envoyait de l'argent en Sibérie.
Mais en somme cela n'était pas beaucoup, de sorte que moi je leur ai donné déjà au moins cinq fois davantage. En Sibérie, j'avais reçu 2.000 roubles pour mes deux nouvelles imprimées — il ne m'a donc pas aidé tout le temps Je le lui avais rendu encore de son vivant. Mais quand je suis arrivé, la fabrique était en train de baisser ; les cigarettes, qui marchaient bien au commencement, avaient complètement perdu vers la fin, et étaient écrasées par Miller et Laferme ; il y avait une masse de dettes et il se plaignait toujours, pressentant la faillite. Tout cela peut être confirmé par Nicolas Ivanovitch, son commis, qui lui a acheté la fabrique, la deuxième année de la revue, pour 1.000 roubles — toute une fabrique ! Ce n'est pas une grande richesse. La revue a été fondée par lui et organisée d'après sonidée, et dès la première année il a eu plus de 4. 000 abonnés, pendant quatre ans, c'est donc un minimum de 20.000 roubles de bénéfice net chaque année. Les livres de la rédaction existent encore, comme preuve, et il y a aussi des témoins. La revue a sauvé mon frère de la faillite. Quant à moi, pour ma collaboration, je ne prenais jamais plus de sept à huit mille roubles par an. L'interdiction de la revue a ruiné mon frère... Q^^and il mourut, il y avait des dettes. Mais alors je demandai 10.000 roubles à une tante et les plaçai dans la revue. La revue a été organisée d'après le conseil de tous les collaborateurs : ils ont tous pris part à ce conseil : continuer ou non? On a décidé de continuer ; j'ai donc continué. J'ai donné 8.000 roubles pour les livres, de ces 10.000, et j'ai payé une masse de dettes. La revue n'a pas réussi, parce qu'on a pensé que
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c'était moi qui étais mort (je le sais de source certaine !) et non mon frère (on nous a toujours confondu8),et puis le nom de Dostoïevski n'était plus en tôte de la rédaction. La revue a périclité — et toutes les dettes sont tombées sur moi. Après cela avec mes œuvres (en vendant à Stellovsky Crime et Châlimenf) '}* ai payé encore 10.000 roubles. Il m'en reste encore un peu, que je ne puis finir de payer...
Paul m'avait écrit que Gavrilov aurait pu lui donner avec ma garantie. J'ai écrit un papier, en reconnaissant ma dette à Gavrilov, et, de plus, j'en ai envoyé un autre, pour répondre de l'emprunt avec l'argent que je dois absolument recevoir de Stellovsky celte année ou l'année prochaine. C'est marqué ainsi sur noire contrat. Сев deux papiers sont encore chez Paul. Il m'a écrit que Gavrilov n'a pas consenti. J'ai exigé de Paul le renvoi de mes papiers ; mais il ne les renvoie pas et maintenant, à mes ordres réitérés (par Emilie Fédorovna), il promet d'en envoyer un. Je vais lui écrire de vous apporter les deux papiers et de vous les remettre. (Je vous prierai alors de les conserver jusqu'à mon retour.) Demandez-lui ces papiers. L'adresse d'bmilie Fédorovna : Pelerbourgskaïa Slorona, rue Siesginskaïa, maison Korb.n» 13,log. n« 5. Je vous supplie, mon ami, vous qui êtes un ange de bonté, ne m'en veuillez pas de vous embarrasser encore une fois de cela, — d'autant plus que je vous dois encore (mais à présent je vous le rendrai bientôt, bientôt ; il ne saurait en être autrement. Pardonnez-moi de vous parler ainsi ; mais, mon ami, vous vivez vous-même de votre travail).
Florence est belle, mais trop humide. Mais les roses fleurissent encore en plein air dans le jardin Boboli. Et que de trésors dans les galeries! Dieu, j'ai regardé la Vierge à la Chaise en 63, je l'ai regardée pendant huit jours et je ne l'ai vue qu'à présent. Mais à part elle que de choses divines ! Mais tout est laissé jusqu'à la fin du roman. Maintenant je me suis cloîtré.
Votre Auprès de la Chapelle est unique. D'où tirezvous de pareilles expressions ? C'est une de vos meilleures poésies; tout est charmant, mais anesea/e chose medéplaït ; c'est le ton. Vous avez l'air d'excuser l'icône, de la justifier. Que cela soit du fanatisme, paraissez-vous dire, mais ce sont des larmes d'assassin, etc. Savez-vous que même
les fameuses paroles de Khomiakov sur l'icône miraculeuse qui me ravissaient autrefois, ne me plaisent plus, me paraissent trop faibles. En un mot: « Croyez-vous à l'icône, ou non I » Peut-être saurez-vous comprendre ce que je voudrais dire : c'est difficile à exprimer complètement. Ah ! que de choses j'aurais à vous dire! Écrivez-moi. Mon adresse : Italie, Florence, à M. Th. Dostoïevski, poste restante.
Anna Grigorievna vous salue ainsi qu'Anna Ivanovna, de tout sou cœur. Elle s'ennuie plus que moi; car moi, au moins, je travaille avec ardeur.
P.-S. — Il peut arriver môme que delà rédaction du Bousski Viestnik l'argent ne vienne pas (les 100 roubles).
P..S. — J'écris à Strakhov : à la rédaction de la revue la Zaria. Arrivera-t-elle à bon port ?
Je vous embrasse.
Votre Th. Dostoïevski.
A Nicolas AuuluïtviUh Strakhov.
Florence, 12 (24) décembre 1868.
Vous m'avez procuré une grande joie, cher Nicolas Nicolaïevilch, d'abord par votre lettre, et secondement, par les bonnes nouvelles que vous m'annoncez. A votre première lettre, je n'ai pas répondu parce que vous n'avez pas donné votre adresse, quoique votre lettre ait été « renfermée dans mon cœur ». Je vous le dis sincèrement, des lettres telles que les vôtres, ou celles de Maïkov, sont pour moi ici comme la manne céleste. Me voilà à Florence depuis une quinzaine de jours, et il me semble que j'aurai à y rester longtemps, tout l'hiver au moins, et une partie du printemps. Vous souvenez-vous comme nous passions les soirées à Florence, assis auprès des bouteilles (et à ce propos, vous étiez plus prévoyant que moi: vous apportiez deux bouteilles pour la soirée, et moi je n'en apportais qu'une, et ayant bu la mienne, je m'emparais de la vôtre, ce dont je n'aurais pas besoin de me vanter)? Mais quand même nous n'avons pas mal passé ces cinq jours à Florence. A présent, Florence est plus bruyante et plus gaie, on s'écrase dans les rues. Il y est arrivé une masse
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de monde, comme dans une capitale ; la vie est beaucoup plus chère qu'autrefois, mais relativement h Saint-Pétersbourg beaucoup moins chère. Et malgré tout, mes pensées sont dirigées vers vous, vers la Russie, vers Saint- Pétersbourg, mais « courroux est vain s^jus forte main ». Cependant,suis-je donc en courroux, allons donc ! Je suis peut-être sol, dans bien des occasions, — c'est vrai, j'en conviens; mais quant à ôtre en courroux, cela ne m'arrive que par hasard.
Que la littérature ait été sur le point de subir un temps d'arrêt, c'est tout h fait certain *. Et même, peut-être Га-1-elle subi, si vous voulez. El même depuis longtemps. Voyez-vous, cher Nicolas Nicolaïevitch, ça dépend du point de vue : à mon avis, si tout ce qui nous appartient en propre, tout ce qui est vraiment russe et original, a disparu, — alors, elle s'est arrêtée ; on ne prévoit pas de génie, — elle s'est donc arrêtée. Elle s'est arrêtée depuis la mort de Gogol. Je préfère ce qui nous est propre. Vous estimez beaucoup Léon Tolstoï, je le vois; j'en conviens, qu'il s'y trouve du nôtre, mais peu. D'ailleurs, de nous tous, à mon avis, il a su être le plus personnel et cela vaut la peine de parler de lui. Mais laissons cela. Voici de quoi il s'agit : vous me parlez de vous-même. < Non, n'espérez rien de moi. » Ces paroles ne peuvent avoir de base sérieuse. Si vous êtes enfin dégoûté d'écrire toujours, pour un terme fixé d'avance, des articles sur commande, nous en sommes tous là. Ces termes et ces commandes détruisent toute disposition et toute ardeur, surtout quand
1 . Pour expliquer ce passage, citons le commencement de la lettre de Strakhov à Th. Dostoïevski, du 24 novembre 1868.
с Ainsi très estimé Théodore Mikhaïlovitch, une nouvelle revue, la Zaria, va paraître. Il fallait absolument la créer, car autrement, comme s'exprime un de mes nouveaux et jeunes amis, Nezelenov, qui vient d'écrire un bel et volumineux article sur Pouchkine, — 1я littérature aurait subi nn arrêt complet. Savez-vous donc depuis quel moment il date cet arrêt de la littérature ? Depuis que l'Époque a cessé de paraître. Savez-vous aussi qui est M. Kachpirev, notre rédacteur ? L'ayant connu davantage, j'ai vu que c'était un élève du Vrémia et de l'Époque ; que son éducation a été faite au moyen de ces revues, comme d'autres Russes ont été élevés par le Sovremennik, le Rousskoé Slovo, etc. Notre activité a donc porté des fruits ; ils sont rares, mais ce sont des fruits véritables, ce ne sont pas des fruits secs.»
on avance en âge. Mais, tranquillisez-vous, vous ne perdrez jamais le fond même de votre vocation. Eh bien j N'écrivez pas douze articles par an, écrivez- en trois. Vous écrirez cela avec plaisir, surtout si vous vous mettez en train. Mais il suffît non seulement de trois, de deux, mais même d'un seul article assez important, pour donner le ton à la revue (surtout quand elle commence à paraître) et attirer l'attention sur elle. Mais le plus important c'est l'œuvre de la rédaction. Car être rédacteur en chef est une chose capitale : il faut y avoir l'œil, la n)ain, et conserver toujours la môme direction. A présent, surtout à présent, c'est le plus important. Non, n'allez pas me faire perdre mes illusions sur la Zaria ! Je vois heureusement par les lettres d'Apollon Nicolaïevifch, et même par la vôtre, que celte revue a beaucoup de jeunesse et beaucoup d'ardeur; elle saura réunir autour d'elle ceux qui voudront créer quelque chose. Que cela soit jeune, ce sera frais également ; et cela sera aussi instructif et plein de bon sens, — je ne veux pas en douter, car je vous connais. Maintenant, voilà, Nicolas Nicolaïevifch : j'attends la Zaria ; pour l'amour de Dieu, envoyez- m'en un exemplaire, ici, à Florence, et sans tarder. Portez le sur mon compte (s'il le faut ?). Il se peut que nous arrivions à régler nos comptes. Vous ne sauriez croire ce que cela peut signifier pour moi ! Il faut l'avoir éprouvé soi-même, pour le comprendre. Ecrivez-moi, si ce n'est pas un secret, quel est le nombre de vos abonnés. Je vous dis : « écrivez-moi »: cela veut dire que je suis sérieusement convaincu que vous ne m'oublierez pas. Je comprends, vous avez fort à faire; mais écrivez une page, cela même sera une joie pour moi. Vous et Apollon Nicolaïevitch, je n'ai que vous deux. J'espère terminer dans un mois le travail que je dois faire pour le Rousski Viestnik, mais aussi il faut que je ne quitte pas mon ouvrage pendant ce mois. C'est encoie bien qu'il fasse doux à Florence, quoiqu'il y fasse humide, mais à Milan je ne savais pas de quoi m'envelopper, quand j'étais à la maison. Quant à la Suisse, n'en parlons pas, c'est une véritable Laponie.
Oui, mon cher, j'aurais bien des sujets de conversation avec vous ; après deux ans, je pense que les opinions mêmes doivent changer, ainsi que la manière de juger les
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choses. Со que vous rao dites de Danilevsky m'intéresse beaucoup '. Cela doit sûrement être ce fouriérisle à outrance(ot naluralislei.je crois, Dinihvsky, que j'ai connu jadis. Honneur Л lui, s'il a eu le courage de devenir Russe, après avoir été fouriériste, etRuss«î avancé encore, comme vous le présentez. J'attends son article, omrao; l'alTamé attend le pain. Ainsi donc, notrt; direction et notre travail commun ne sont pis morts. Le Vrémia et V époque ont donné quand môme des fruits, et la nouvelle œuvre s'est trouvée forcée de commencer par le chapitre sur lequel nous nous étions arrêtés. C'est excessivement réjouissant. Savez-vous, il ne serait pas mal, dans le coirant de l'année, de faire paraître dans la Zaria un article sur Apollon Grigoriev, c'est-.'i-dire, non pas une bio^çraphie, mais il faudrait parler de son importance littéraire. Je vous écris au hasard à la rédaction de la Zaria. J'espère que cela vous parviendra.
Mou adresse : Italie. Florence, à M. Th. Dostoïevski. Poste restante.
Au revoir ; ma femme vient de me rappeler de ne pas oublier de vous saluer de sa part. Si vous saviez comme nous pensons souvent à vous. Nous sommes tout seuls. Mais je finirai mon travail et Dieu nous fera grâce. Peutêtre pourrai-je revenir l'année prochaine à Pétersbourg. Quelle joie 1 Je n'attends que cela. En attendant, au revoir. Vôtre sincèrement,
Th. Dostoïevski.
Л a même.
Florence, 26 février (10 mars) 186Э.
J'aspirais tous les jours à répondre, cher et très estimé Nicolas Nicolaïevitch, à votre si aimable et si intéressante lettre, et je ne puis réaliser mon désir qu'à présent. Je vous ai répondu plusieurs fois en esprit ; chaque jour, j'ai
1. Il 3'agitde N.-I. Danilevsky, l'auteur du livre connu La Russie et l'Earope, notre с législateur de poissons э comme certains l'appelaient, à cause de ses études sur la pêche en Russie, et la réglementation de cette industrie qu'il avait faite. Le livi-e La Rassie et l'Euгоре a été imprimé dans \a. Zaria. dès la première livraison.
ajouté quelque chose à cette lettre imaginaire, et si j'avais tout inscrit, il me semble qu'il y aurait un volume entier. J'ai tardé de vous répondre d'abord parce que j'étais malade (après une crise, il faut attendre que ma tête se remette) ; d'ailleurs vous êtes aussi coupable en partie de ce que je tardais de vous écrire: d'après votre lettre, je m'étais figuré que la Zaria allait paraître ; et voyez qu'elle est encore plus en retard que le premier mois' I Mais j'avais grandement envie de faire la connaissance du deuxième volume et d'exposer alors toutes mes impressions. Car tout cela m'a beaucoup agité; d'ailleurs je chercherai à mettre de l'ordre dans ce que je vais écrire.
Premièrement, voici l'impression principale de la Zana. Pour moi, la Zuria est une œuvre heureuse et nécessaire. Mais pour moi seulement : pour la grande majorité, elle correspond exactement en ce moment,je le crois, à ce que j'ai lu dans le journal Go/oss, un de ces jours, sur l'impression qu'elle avait produite (l'unique journal russe que l'on reçoit ici). C'est l'exacte expression de l'opinion de la médiocrité et de la routine, c'est-à-dire de la majorité. Ce petit article a été évidemment écrit dans une intention hostile, mais l'article est nul, il ne vaut pas qu'on en fasse mention; il m'a paru intéressant à un certain point de vue, précisément : l'auteur de cet article n'a pas compris Vidée de la revue ; car s'il l'avait comprise, il n'aurait manqué de s'en moquer. Il demande tout étonné: Quelle est la raison d'être de cette revue? Qu'est-ce qui l'a évoquée ? c'est-à-dire que veut-elle dire de nouveau ? Oui, il est bien possible que la majorité le demandera aussi. Et comme dans les premiers mois de chaque nouvelle revue, dans le public (môme parfaitement indifférent), il commence à se former toujours une opposition à la revue, cette opposition se fera sentir encore longtemps; (ce sera malheureux, si par quelques fautes de second ordre la revue donne raison à cette opposition). Mais tout cela n'est rien; ce ne sont que des détails et des bagatelles. Connaissezvous la réponse:* Laissez-les dire du mal.du moins ils ne se taisent pas, mais ils en parlent. » Quant à vous, vous
1. Le premier numéro de la Zaria parut le 8 janvier 1869;ledeuxièmef le 18 février.
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croyez sans doute (comme moi) que le succès de chaque nouvelle idée dépend de la rainorité.Celt*^ minorité sera forcément pour vous (môme malgré les erreurs cl Ь;й fautes de la revuo.qui seront commises, il me semble). Cette minorité se fortiliera et s'établira vers la iin de l'année sûrement. Pourquoi le dis-je si afiirraativement? Parce que dans le journal ily a une idée, et, précisément, celle qui est néce.^ 8aire,qui est inévitable et qui seule est destinée à croître, tandis que les aulres<diminueront». Mais culte idée est difficile et délicate, vous le savez vous-même. Pour cette idée, surtout quand on commencera à la comprendre, c'est-àdire quand vous l'aurez davantage expliquée, on vous appellera rétrogrades, karalchadales, et peut-être même vendus, tandis qu'elle est la seule idée libérale et avancée de notre temps qui nous soit possible. Quand vous aurez fini d'expliquer cela, tous vous suivront. Kn attendant, la routine voit toujours du libéralisme et des idées nouvelles dans ce qui est justement vieux et en retard. Les Oletchestvennia Zapiski,\eDélo sont certainement considérés comme avancés. Vous savez tout cela admirablement bien, et pardessus tout que l'avenir vous appartient. Maintenant, savezvous ce que je crains ? Que vous (et beaucoup d'entre vous) ayez eu peur du travail et abandonniez cette œuvre immense. Ah! Nicolas Nicolaïevitch, ce travail est tellement considérable, et exige tellement de foi et de persévérance, que vous ne le connaîtrez complètement que longtemps après. Il me semble que c'est ainsi. Quant à moi,je ne le connais que très peu, par ricochet, quand j'ai collaboré avec mon frère, mais le Vrémia. et V Époque, comme vous le savez bien vous-même, ne sont jamais parvenus à une telle franchise et une telle mise à nu dans l'expression de leur pensée, et gardaient plutôt le milieu, surtout au commencement. Quant à vous, vous avez commencé direc tement par les sommets ; cela vous est plus difficile, il faut donc tenir plus fort.
Dans ces deux ou trois années, pendant lesquelles vous avez presque gardé le silence, vous avez beaucoup gagné, Nicolas Nicolaïevitch. C'est mon avis, si j'en juge d'après la Biednost i et l'article dans la Zaria. J'ai toujours admiré
1. La Misère de notre littérature, brochure critique de Strakiiov.
la clarté de votre exposition et la logique de vos idées ; mais, à présent, vous êtes incomparablement plus fort. C'est dommage que vous n'ayez pascommencéla Biednost dans la Zarta, c'est-à-dire je regrette qu'on ait déjà publié la Biednost .U est probable qu'à l'état de brochure, peu de personnes l'ont remarquée et, certainement, une grande quantité de ceux qui, à son apparition, l'auraient peut-être lue avec sympathie, ne connaissent peut-être pas Jusqu'à présent son existence, c'est-à-dire tout simplement ne l'ont pas remarquée. (Cette petite brochure se vendra toute, par la suite, soyez-en sûr. Car je suis persuadé qu'en ce moment il n'en est pas sorti beaucoup.) A propos, avezvous remarqué un fait dans notre critique russe ? Chacun de noscritiques remarquables (Bélinski, Grigoriev) est entré en lice en s'appuyant toujours sur un écrivain renommé, c'est-à-dire qu'il avait l'air de consacrer sa carrière à l'explication de cet écrivain, et dans le courant de sa vie il ne réussissait pas à exposer ses idées autrement que sous la forme d'explications de cet auteur. Cela se faisait naïvement et semblait être indispensable. Je veux dire que nos critiques ne peuvent s'expliquer autrement qu'en apparaissant bras-dessus bras-dessous avec l'écrivain qui le ravit. Car Bélinski ne s'est pas révélé par la revue de la littérature et des noms, ni môme par son étude sur Pouchkine, mais en s'appuyant sur Gogol, qu'il admirait encore dans son jeune âg?. Grigoriev a paru en expliquant Ostrovski et en combattant pour lui. Depuis que je vous connais, vous nourrissez une sympathie directe, infinie, pour Léon Tolstoï. Il est vrai qu'ayant lu votre article dans la Zaria, la première impression que j'aie ressentie, c'est qpi' il était nécessaire, et que vous ne pouviez autrement faire, pour exposer votre façon de penser, que de commencer par Léon Tolstoï, c'est-à-dire par sa dernière œuvre (1). Le feuilletoniste du Goloss disait que vous partagiez le fatalisme historique de Léon Tolstoï. Je m'en moque, bien entendu, de ce mot stupide, et il ne s'agit pas de cela, mais de ceci dites donc, où prennent-ils de si étonnantes réflexions et expressions ? Que signifie fatalisme historique ? Pourquoi est-ce que la routine et des gens etupides,