‹ Correspondance et Voyage à l'étranger;Chapitre 23 sur 48 · Il s'agitSde Guerre et P*ixt · texte numérisé non relu

Il s'agitSde Guerre et P*ixt

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qui ne voient rien plus loin que leur nez, ont-ils toujours le talent de rendre tout obscur et enfermenl-ils si profondément leur propre рспкее, qu'il est impossible de la comprendre ?

Car lui, évidemment, veut dire quelque chose ; sans aucun doute il a lu votre article. Précisément, ce que vous dites à l'endroit où vous parlez de la bataille de Borodino, c'est ce ()ui exprime toute l'idée de Tolstoï et toute votre idée sur Tolstoï. Il me semble qu'il serait impossible de parler plus clairement. L'idée nationale russe est présentée presque à nu. Et voilù ce qu'on n'a pas compris et ce qui a été traduit par fatalisme. Quant aux autres détails de l'article, j'attends la i^uite (qui ne m'est pas encore parvenue). C'est clair, c'est logique, la pensée est d'une fermeté consciente, c'est écrit avec une élégance de premier ordre. Mais il y a certaines choses dans les détails avec lesquelles je ne veux pas convenir. Certainement, dans une entrevue nous aurions causé autrement que par lettre. Finalement, je vous considère comme l'unique représentant de notre critique actuelle, à qui appartient l'avenir. Mais savez-yous : j'ai lu votre lettre avec inquiétude. Je vois, d'après le ton que vous employez, que vous vous agitez, vous inquiétez, que vous vous trouvez dans un grand trouble. J'ai bien peur aussi que vous manquiez d'habitude d'un travail fait à terme, d'un travail assidu. Vous devez écrire absolument trois ou quatre grands articles par an (vous avez encore beaucoup à expliquer, soyez-en certain) et cependant vous avez l'air de perdre courage et au delà de toute mesure, car une petite chose vous trouble tout autant qu'une grande. Cependant, dans la revue, vous êtes évidemment le personnage le plus nécessaire pour exposer consciemment la pensée de la revue. La revue ne marchera pas sans vous (je vous le dis à vous seul). Ainsi, il faut vous décider avec fermeté à accomplir cet acte de courage, Nicolas Nicolaïevitch, cet acte de courage long et difficile, et ne faire aucune attention aux désagréments. Chaque ennui est infiniment au-dessous de votre but, et c'est pour cela qu'il faut supporter, apprendre à supporter et s'aguerrir de toute façon. Mais vous n'avez pas même le droit d'aban donner votre œuvre : je serais le premier à vous maudire.

Maintenant je vous dirai brièvement l'impression que produit sur moi la revue au point de vue du reste. Vous connaissez ma louange : elle a de l'idée et de l'avenir ; son début est admirable; elle découvre sa pensée, ne se renferme plus, renonce aux termes moyens, commence par les sommets; mais à présent je vais passer à la partie désagréable de mes impressions. Et d'abard le journal est de petites dimensions, il est mesquin, ce qui se voit même à sa forme extérieure. Les feuilles du romia de Pissemski (c'est-à-dire celles qui coûtent le plus à l'éditeur, tout le monde le comprendra) sont imprimées en si grands caractères que je n'ai jamais vu rien de pareil. L'article de Danilevsky, qui est important comme exposition des vues de la revue, est imprimé mesquinement, c'est-à-dire en caractères trop petits ; le mauvais effet se manifestera plus tard. Si l'article contient vingt chapitres, à mon avis, il faudrait imprimer l'article en quatre, cinq numéros au plus : tant pis, qu'il en paraisse beaucoup à la fois; la revue fait sa profession de foi, c'est donc son article capital. Autrement, comme on le publie à présent, l'article traînera sur dix ou sur tous les douze numéros, il ennuiera le public qui, voyant toujours paraître l'article, perdra le respect qu'il doit lui porter. Je juge au point de vue matériel, ne négligez pas les côtés matériels, les apparences. Les articles manquent ; voilà vraiment quelle impression a produit'î sur moi le premier numéro ! Il m'a semblé qu'il faudrait encore deux articles. Il n'y a pas de politique courante, essentielle, pas de feuilleton. Il faudrait aussi une revue politique, mensuelle, et un journal quotidien, surtout pour les lecteurs russes. Remarquez donc que c'est le moment le plus favorable : on peut trouver un bon revuiste politique (tenez, ce jeune employé qui écrivait dans les derniers numéros de VÉpoque ; j'ai môme oublié son nom. C'est un jeune homme excellent, je crois, et de beaucoup, beaucoup de talent). Un feuilletoniste c'est autre chose ; il est difficile de trouver chez nous un feuilletoniste de talent; partout des Minaevet des Saltikov; mais, mon Dieu, que de phénomènes courants, journaliers et très remarquables et comme leur appréciation servirait à donner une idée de l'opinion de la revue. Vous évitez la polémique? Pourquoi ! La polémique est un moyen très commode

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de montrer eee opinions. Notre public l'aime beaucoup. Ainsi, tous les articles de Bélinski ont une forme polémique. Et en même temps on peut exprimer danhla polémique l'opinion de la revue et la rendre digne d'estime. Votr e style et votre exposition sont infiniment mieux que ceux de Grigoriev. C'est d'une clarté extraordinaire ; mais votre équanimitô habituelle fait que vos articles paraissent abstrnils.ll faut s'émouvoir, il faut quelquefois môme être cinglant, et s'occuper des détails les plus eeeentiels, les plus particuliers et les plus courants. Cela donne à l'article qui paraît l'aspect d'une chose essentiellement nécessaire, et cela frappe le lecteur. Dès que la poste a aug mente le prix de l'envoi, j'ai lu aussitôt dans le Golots l'annonce que la Zaria fait à ses abonnés de l'atigmentation de prix de la revue. C'est ainsi, et c'est juste; mais l'abonné peut dire aussitôt : « Très bien, monsieur, vous demandez l'argent d'un ton inflexible, sine qua non, mais soyez donc exact vous- môme. Car vous avez commencé par paraître le 8, et le deuxième mois vous avez retardé d'une semaine encore. » Oh ! Nicolas Nicolaïevilch, la première année, une revue ne doit pas plaindre sa peine. Mon défunt frère disait : < Si le semeur n'a plus de pain chez lui, mais qu'il ait entrepris de semer, il ne faut pas regretter d'avoir enlevé le pain de sa famille et d'être venu le jeter dans la terre ; sème comme tu dois le faire, car autrement rien ne lèvera et tu ne récolteras pas. > Quant à vous, vous avez eu tout de suite 2.000 abonnés. Il aurait fallu ici redoubler de sacrifices pour en avoir 3.000. Et vous les auriez eus, et la deuxième année vous aurait paru très facile. Maintenant, vous ne les aurez pas, et vous vous êtes créé des difficultés pour l'avenir. D'ailleurs, l'avenir est à vous, mais il faut de la persévérance et une somme terrible de travail. Qu'est-ce qui s'occupe chez vous de la partie essentielle, de la partie pratique de la revue? II faut ici un homme qui soit énergique, obstiné, et qui se remue facilement. Il faut parlois aller trois fois par jour à l'imprimerie... J'attends avec impatience la suite des articles, surtout du vôtre et de celui de Danilevsky. Quant au roman de Pissemski je ne puis rien en dire à présent,il faut lire la suite Quant àla nouvelle

de Tourguenev dans le Roasski Vieslnik (je l'ai lue) c'est une telle nullité, que Dieu nous en préserve 1 — D'aprè» la première partie de Pissemskije conclus qu'il ne saurait manquer de choses pleines de talent dans les autres parties également

Je vous remercie beaucoup, très bon et très estimé Nicolas Nicolaïevitch, de vous intéresser à moi. Je me porte comme d'habitude, mais les crises sont môme plus faibles qu'à Pétersbourg. Le dernier temps, il y a un mois et demi, j'ai été très occupé par la fin de VIJiot. Écrivezmoi quelle est votre opinion là-dessus, comme vous l'aviez promis ; je l'attends avec avidité. J'ai mon opinion particulière sur l'activité dans l'art; et ce que la majorité traite de fantastique et d'exclusif forme pour moi quelquefois l'essence môme de la réalité. La fréquence des phénomènes et la manière routinière de les envisager n'est pas do réalisme, mais bien au contraire. Dans chaque numéro des journaux vous rencontrez un compte rendu des faits les plus réels et les plus bizarres. Pour nos écrivains, ils sont fantastiques ;et puis ils ne s'en occupent pas; et cependant, c'est la réalité, car ce sont des faits. Qui donc va les examiner, les discuter et les dépeindre ? ils sont de tous les moments, ils sont journaliers et non exceptionnels

Un trait de caractère pseudo-russe : que l'homme veut tout commencer, s'impose de grandes tâches et ne peut terminer môme des petites choses.

Quelle vieillerie ! C'est une idée frivole et caduque et même tout à fait fausse 1 C'est une calomnie du caractère russe, qui a été faite encore du temps de Bélinski. Et quelle petitesse et bassesse d'opinion et de conception de la réalité ! Toujours, toujours la môme chose 1 Nous laissons passer ainsi la réalité sous le nez. Qui donc notera les faits et les approfondira ? Je ne parle pas de la nouvelle de Tourguenev, c'est Dieu sait quoi ! Est-ce que mon Idiot fantastique n'est pas la réalité, et encore la plus ordinaire ? Mais précisément à présent il devrait y avoir des caractères pareils dans les couches de notre société arrachées à laterre, — dans les couches qui, dans la réalité, deviennent fantastiques. Mais il n'y a rien à dire 1 Dans le roman bien des choses sont écrites à la hâte, beaucoup de

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choses sonl trutnôesen longueur el n'ont pas réussi, raais certaines choses ont réussi. Je ne tiens pas au roman, mais à mon idée. Ecrivez-moi, écriv(VA-moi votre opinion, cl le plus franchement possible. Plus vous m'en direz de mal, plus je donnerai de prix à votre sincérité. Le Housxki Viestnik n'a pas eu le temps de publier la fin au mois de décembre et il Га promis dans le supplément ; je suppose que ce sera dans le supplément du mois dn février. J'aurais voulu que vous lisiez la fin. Néanmoins, je me trouve dans une situation très embarrassante. D'ailleurs, je suis mécontent moi-même de bien des choses dans mon roman. Et moi, cependant, je suis son père.

Voici de quoi il s'agit : remerciez pour moi Danilevsky, Kachpirev, Gradovsky et tous ceux qui se sont intéressés à moi. Ça, c'est en premier lieu. Et, 2°, cher Nicolas N icolaïevitch, je compte sur vous à propos d'une affaire très délicate pour moi et je vous demande de vous y intéresser en ami. Voici cette affaire :

J'ai été énormément flatté quand vous m'avez écrit que Zaria désirait ma collaboration dans la revue. Voici ce que je suis forcé de répondre : comme j'ai toujours un besoin d'argent excessif, et que je ne vis que de mon travail, j'ai été obligé presque toujours, partout, n'importe où j'ai travaillé, de prendre de l'argent d'avance. Il est vrai que l'on m'en a donné partout. Voilà bientôt deux ans que j'ai quitté la Russie, étant redevable à Katkovde 3.000 roubles, non pour le vieux compte de Crime et ChÀtiment, mais pour un nouvel emprunt. Depuis, j'ai repris encore à Katkov jusqu'àS. 500 roubles. Je reste encore à présent le collaborateur de Katkov, mais je ne crois pas donner quelque chose dans le Rousski Viestnik cette année. J'ai à présent trois idées, auxquelles je tiens : l'une d'elles contient la matière d'un grand roman. Je pense qu'ils choisiront le roman, pour commencer l'année qui vient. J'ai à présent quelques mois de liberté. Certainement, le Bousski Viestnik menverra de l'argent cette année aussi, quoique je sois resté son débiteur. Mais nos besoins augmentent (ma femme est encore en voie de famille), j'ai beaucoup de dépenses, et ces derniers temps nous avons vécu avec une telle économie que nous nous privions de tout. Ces derniers six mois nous avons dépensé en tout 900 roubles seulement, et cela avec

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les voyages de Vevey à Milan et à Florence ; et de plus, de ces 900 roubles, on en a envoyé dernièrement cent à Paul et à Emilie Fédorovna. En ce moment, je n'ai pas encore reçu d'argent de Katkov, je suis dans un grand besoin, presque au dernier degré. Le Hoasski Viestnik a raison : je suis en retard et j'ai prié de régler les comptes. Je suppose que l'envoi traînera encore trois semaines environ ; mais ce n'est pas là le plus important, il s'agit d'un avenir plus rapproché. Bref, j'ai besoin d'argent au plus haut degré et c'est pourquoi je fais la proposition suivante à la Zaria: 1» je demande que l'on m'envoie ici, à Florence, dès à présent 1.000 roubles d'avance (mille roubles). Je m'engage moi, 2" à donner à la rédaction de la Zaria une nouve le, c'est à-dire un roman, vers le 1" septembre de l'année courante, c'est-à-dire dans six mois. Il aura la dimension des Pauvres Gens, soit 10 feuilles d'imprimerie, je ne crois pas moins; peut-être môme plus. Je ne tarderai pas un seul jour à le remettre (cette fois je suis assez exact). Si je retarde môme d'un mois, je veux bien me décider à ne pas recevoir le reste du paiement. L'idée du roman me plaît beaucoup. Ce n'est pas quelque chose qu'on fait pour de l'argent, mais tout à fait le contraire. Je sens que relativement à Crime et Châtiment l'effet que V Idiot produit sur le lecteur est plus faible. Et alors tout mon amour-propre est en jeu ; je voudrais produire de nouveau de l'effet ; et il m'est encore plus avantageux d'attirer sur moi l'attention dans la Zaria que dans le Rousski Viestnik. Voyez-vous, je vous écris tout cela avec une terrible franchise. Je propose comme prix de la feuille 150 roubles (en faisant le compte selon le Rousski Viestnik, puisque les feuilles d» la Zaria sont plus petites, c'est-à-dire ce que je reçois du Rousski Viestnik.) Je ne puis prendre moins. (Mon frère et moi nous donnions davantage d'avance). Je tâcherai de faire mon travail de mon mieux ; vous comprendrez bien, mon cher ami, que c'est tout mon intérêt. Maintenant, c'est à vous en particulier, Nicolas Nicolaïevitch, que j'adresse ma demande : 1° de contribuer en ami au succès de cette affaire, si vous trouvez qu'elle convienne à la revue ; 2° si vous obtenez le consentement de Kachpirev, je vous prie très instamment de ra'envoyer l'argent sans tarder, et de le partage"*

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ainsi : 200 (doux renie roubles) de ces mille doivent être donnés de ma part, avec ma reconnaissance extrême, à Ai)<)llon Nicolaïevilch Maïkov, auquel je les dois depuis plus d'un an. Encore 200 (deux cents roubles) doivent ôtre remis de ma part ù la 8<киг de ma femme, Maria Grigorievna Svalkovskaïa, aux Peski, à côté du premier hôpital de l'armée de terre, rue laroslav, n" 1, à la propriétaire. Les autres 600 roubles (six cents rouble»), restante, je vous prierais de me les envoyer ici directement, h Florence, h l'adresse suivante: Italie, Florence. à M. Théodore Dostoïevski, poste restante. Enfin, 3» s'il est possible d'arranger tout cela, informez-m'en et envoyez-moi l'argent snn3 le moindre retard. Je vous en prie, en vieil ami ; car je me trouve dans une situation si pénible, que cela ne m'est jamais arrivé. Enfin, si l'affaire ne s'arrange pas, je vous prie aussi de m'en informer immédiatement, afin que je n'espère pas en vain et que je ne compte pas là-dessue, et surtout pour 5л«'01г. Déplus, si l'afifaire s'arrangeait, jusqu'à un certain temps il ne faudrait pas le dire à ceux que cela ne concerne pas. Enfin, j'aurais voulu que le roman que j'enverrai à la rédaction de la Zaria vers le !•' septembre, fût imprimé dans les numéros d'automne de la revue de l'année courante. Cela m'est plus avantageux d'après certains calculs. Mais certainement, si le rédacteur veut l'imprimer l'année prochaine, je ne m'y opposerai pas. Bref, je le laisserai à la volonté de la rédaction, et je ne fais qu'exprimer mon désir.

Maintenant, comme à un vieil ami et collaborateur, je vous communiquerai quelque chose en secret, qui est pour moi une grande inquiétude : ces 200 roubles que je dois depuis plus d'un an à Apollon Nicolaïevitch, sont, je crois, la raison de son silence actuel ; il a soudain cessé sa correspondance avec moi. J'avais prié Katkov, au mois de décembre, d'envoyer 100 roubles à Emilie Fédorovna et à Paul au nom d'Apollon Nicolaïevitch (comme j'avais toujours fait dans ces occasions), et je l'avais prié lui, dans ma dernière lettre, de remettre ces 100 roubles à Emilie Fédorovna. Il a cru probablement que je venais de recevoir une forte soname, que je nageais dans l'or, mais que je ne lui remboursais pas ma dette, et que je le priais encore de remettre les 100 roubles à Emilie Fédorovna. « Il a de quoi

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venir eu aide aux autres, et il n'a pas de quoi payer ses dettes! » Voilà sûrement ce qu'il a pensé. Et cependant, s'il savait dans quelle situation je me suis placé moi-même ' Ayant pris beaucoup d'avances au Rousski Viestnik (pour des choses indispensables, les derniers six mois ma femme et moi nous sommes dans une telle misère, que nous avons engagé notre dernier linge, n'en parlez à personne), je ne voulais pas demander au Hou.sski Viestnik avant la fin du roman. Mais maintenant ils règlent leurs comptes et ils tardent de répondre. Certainement, je suis coupable de ne pas avoir payé de toute l'année, et j'ai déjà bien souffert de cette idée; mais dans ces deux années à l'étranger, j'ai dépensé seulement 3.500 roubles ; je comprends dans cette somme les voyages, et quelques envois à Saint- Pétersbourg, et Sonia. Je n'avais pas de quoi lui envoyer. El de plus il ne m'a jamais demandé et je croyais qu'il pouvait attendre, espérant chaque mois pouvoir le rembourser. Cela doit être ces 100 roubles à Emilie Fédorovna qui l'ont fâché. Mais Emilie Fédorovna est près de mourir de faim, comment ne pas lui venir en aide! Dans ma situation si sombre, l'idée seule qu'un homme dévoué m'abandonne m'est très pénible. Ne vous auraitil rien dit, ne sauriez-vous rien? Si vous savez, communiquez-le-moi, mon cherl D'autre part, il me semble étrange qu'à cause de ces 200 roubles une liaison soit rompue, qui a été amicale et qui a duré depuis 1846. Et puis sans cela je suis oublié de tout le monde. Eh bien ! voyez combien j'ai écrit, et cependant, qu'est-ce que cela peut signifier à côté de la rencontre et d'une conversation amicale ? C'est froid, c'est insuffisant, cela n'exprime rien. Hé ! quand donc nous verrons-nous 1 Cela s'arrangera peut-être. J'ai quelque espoir.Au revoir. Anna Grigorievna vous serre la main et vous remercie de votre souvenir. Encore une fois, saluez tous ceux qui se souviennent de moi. Que devient Averkeieva ? Saluez-le. Combien je regrette Dolgomostiev I Tout à vous dévoué de tout cœur.

Théodore Dostoïevski.

[En marge de la première page] : Si vous avez l'occasion de rendre 200 roubles à Apollon Nicolaïevitch, n'oubliez

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pas, oxccUent Nicolas Nicolalevilch, de mentionner que je le remercierai moi-môme par une lellre, mais que je ne lui ai pas écrit à présent parce que je ne pouvais pas connaître d'avance la décision de la rédaction de la Zaria. (En marge de la dernière page.) Nous sommes au 10 mars, et je n'ai toujours pas reçu le deuxiëm'? numéro de la Zaria. Je vais tou^ les jours à la poste, et c'est toujours : niente,niente. El puis, il pleut, il fait froid, et il fait vilain I

Ли même.

Florence, 18 (30) mars 1869.

Avant tout, je vous remercie, très estimé Nicolas Nicolaïevitch, de n'avoir pas tardé de me répondre : dans ma situation, c'est la moitié de la besogne, car cela me permet de déterminer mes occupations et mes intentions. Je vous remercie ensuite de vous être occupé de l'envoi de la Zaria, et, troisièmement, des bonnets nouvelles que vous me donnez d'Apollon Nicolaïevilch. Je lui écrirai moi-même, prochainement, pour répondre à sa lettre. S'il vous a dit du bien de moi, soyez persuadé que j'en fais autant pour lui. Pendant ces derniers temps de malentendu, mes cordiales dispositions envers lui n'ont nullement diminué. Quant à ce qu'il est un homme pur et honnête, je n'en ai depuis longtemps pas le moindre doute, et je suis très heureux que vous vous soyez lié avec lui.

Si la Zaria n'a pas encore autant de succès qu'il serait à désirer, elle a quand même du succès et presque un succès importanl, et ce n'est pas peu dire. Quoiqu'il se peuve que vous ne trouviez pas le troisième mille d'abonnés, néanmoins, ayant soutenu le succès pendant toute l'année, vous acquerrez une base solide ; je le répète avec persistance. Parmi les revues mensuelles, pas une seule n'a une direction aussi nette el aussi ferme. Le deuxième numéro a produit sur moi une très agréable impression. Je ne dirai rien de votre article, excepté que c'est une critique véritable: exactement la parole même qui est maintenant le plus nécessaire et qui explique le mieux la situation. Quant à l'article de Danilevsky, à mes yeux, il devient de plus en plus important et capital. Ce sera le futur livre de chevet de tous les Russes,

pour bien longtemps. Et combien plusy contribuentsonstyle et sa clarté, et sa popularité, malgré sa tournure sévèrement scientifique. Combien j'aurais voulu causer avec vous à propos de cet article ; précisément avec vous, Nicolas Nicolaïevitch ! Mais il faudrait dire trop de choses. 11 concorde tellement avec mes propres conclusions et mes propres idées, que je suis môme étonné, à certaines pages, de la ressemblance des convictions. Depuis longtemps déjà, depuis deux ans, j'inscris beaucoup de mes pensées, car je prépare aussi un article, qui a presque le môme litre, avec les mêmes idées et les mômes conclusions. Quel heureux étonnement était le mien, quand j'ai rencontré maintenant presque la môme chose, ce que j'aspirais à réaliser dans l'avenir déjà réalisé, en ordre, harmonieusement, avec une force de logique extraordinaire, et avec ce degré de procédé scientifique que moi, malgré tous mes efforts, je n'aurais jamais pu atteindre. J'ai tellement envie de lire la suite de cet article, que tous les jours je vais à la poste et je fais le compte des probabilités de la prompte arrivée de la Zaria (Si la rédaction voulait au moins publier trois chapitres au lieu de deux! On lit deux chapitres et ou pense: encore tout un mois, et peut-ôtre quarante jours 1 — car la Zaria ne se distingue tout de môme pas par l'exactitude n'est-ce. pas?)

J'aspire à lire cet article, par la raison encore que je doute un peu, et avec crainte, de la conclusion déûnitive ; je ne suis pas encore complètement sûr que Danilevsky indique dans toute sa force le fond définitif de la destinée russe, qui consiste à révéler au monde un Christ russe, inconnu à l'univers et dont le principe est contenu dans notre orthodoxie. A mon avis, c'est là que se trouve le principe de notre future puissance civilisatrice et de la résurrection par nous de toute l'Europe, et toute l'essence de notre future force. Mais quelques paroles ne suffisent pas pour exposer ses vues, et j'ai eu tort de commencer. Je dirai seulement : une direction de revue aussi sérieuse, aussi russe, aussi scrupuleuse et aussi observée, ne peut manquer d'avoir du succès et de réveiller la joie dans le cœur des lecteurs, après notre piteuse négation, toute feinte, tout exclusive, aux nerfs irrités.

De plus, la deuxième livraison de la Zaria a un contenu

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abondant. Il s'y trouve de très ban» arliclee. 11 est agréable de voir ce numéro. Mais quelque» lignes de votre lettre m'ont étonné /jour un instant, très estimé Nicolas Nicolalovilcli. Pourquoi dites-TOu» — et avec quel ennui, quiîlle tristesse évidente 1 — que votre article n'a pas de succès, qu'on ne le comprend pas, qu'on ne le trouve pas intéressant? Mais, est-ce <jue vraiiuonl vous étiez convaincu que tout de suite tout le monde le comprendrait ? A mon avis, cela aurait été même une mauvaise recommandation pour l'article. Ce qui est compris trop vile et trop rapidement n'est pas de longue durée. Béiinski n'a gagné la célébrité tant désirée que vers la fin de sa carrière, et Grigoriev est mort, sans presque avoir pu obtenir quelque chosedesouvivant. J'aid'iiabilude tant d'estime pourvoue, que je vous ai considéré comme capable de montrer de la sagesse dans cette circonstance également. La nature de la chose est si délieate qu'elle échappe à la majorité ; ils ne comprennent que quand on le leur a bien mâché; mais jusqu'alors, chaque nouvelle idée ne leur paraît pas trop intéressante. Et plus on Га exposée simplement et clairement (c'est-à-dire avec plus de talent), plus elle paraît simple et ordinaire. C'est une loi, monsieur ! Pardonnez-moi, mais j'ai souri môme à votre expression très naïve, que « des gens très sensés môme ne comprennent pas ». Mais ceux-là plutôt que les autres et toujours ne comprennent pas et gênent la compréhension des autres, et cela a ses raisons très évidentes, et aussi une loi. Mais vous dites vous-môme q\ie Gradovsky et Danilevsky sont ravis, qu'Aksakov est venu vous voir, etc. Est-ce que cela ne vous suffît pas ? Je suis quand môme fermement convaincu que vous avez assez de conscience de vous-même et de besoin intérieur de mouvement en avant, que vous ne perdrez pas le respect de Factivité et n'abandonnerez pas l'oeuvre ! Je vous prie, ne nous faites pas peur. Si vous partez, la Zaria sera perdue.

Parlons d'affaires à présent : mes affaires d'argent se sont un peu relevées par l'envoi de Katkov, qui a l'air de m'apprécier comme collaborateur, et je lui en suis bien reconnaissant. Mais je suis dans une si grande misère, que cet argent qui m'a été envoyé ne ma servi que pour un instant. Bientôt de nouveau je serai dans la

nécessité : mais croyez biea, très estimé Nicolas Nicolaïevitch,que ce n'est pas l'argent seul, mais une réelle sympathie pour la Zaria (dont vous ne douterez pas) qui excite mon désir d'y collaborer. Malgré tout cela, il m'est absolument impossible d'accepter la proposition de Kachpirev, telle que vous me l'avez présentée dans votre lettre, — parce que cela m'est matériellement impossible. Mille roubles, par fractions (et le premier paiement pas tout de suite, et c'est tout de suite qui est le plus important), c'est trop peu pour moi à présent. Convenez-en, que s'occuper d'une chose relativement considérable, — dix ou douze feuilles, — et pour tout le temps n'avoir en vue que 1.000 roubles, presque jusqu'au mois de septembre, c'est trop insuffisant dans ma situation. Certainement, avant, en faisant celte proposition, je me trouvais dans les mômes conditions. Mais il y a un mois^ en même temps que le Rousski Viestnik gardait le silence, je me trouvais dans une si grande détresse, que 1.000 roubles à la fois et tout de suite avaient pour moi une valeur énorme. Maintenant, j'ai plus d'avantage à commencer, et à commencer aussitôt que possible, un roman pour l'année prochaine dans le Rousski Viestnik, qui jus.que-là ne me laissera pas sans argent; d'ailleurs je n'ai jamais eu l'intention de quitter Katkov. Mais voici ce que je puis en ce moment présenter à la Zaria, au lieu des anciennes conditions, et dans le cas où quand môme on saurait apprécier ma collaboration et si ma proposition n't»-;f nas contraire aux vues de la revue :

J'ai un récit, qui n'est pus bicu grand, environ deux feuilles, peut être un peu plus (dans la Zaria, il en occupera peut-être trois ou trois et demie). J'avais songé à écrire ce récit il y a encore trois ou quatre ans, l'année de la mort de mon frère, en réponse aux paroles d'Apollon Grigoriev qui avait loué mes Mémoires du soas-sol et qui m'avait dit . « Écris donc dans ce genre-là. » Mais ce ne sont pas les Mémoires du sous-sol, c'est uae chose tout à fait différente selon la forme, quoique le fond soit toujours le même, mon éternel fond, si seulement, Nicolas Nicolaïevitch,vous reconnaissez en moi quelque fond particulier, singulier, comme auteur. Je puis écrire ce récit très vite, car dans ce récit il n'y a pas une seule ligne, ni

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une seule [)arole, qui ne soit claire pour moi. En même temps, tout cela est <l6jà écrit, quoiqu'il n'y ail rien d'inscrit. Je puis terminer ce récit et l'envoyer bien av^ant le 1"' septembre, quoique cependant je croie que voue n'en ayez pas besoin avant ; vous n'allez donc pas rae publier pendant l'été ! Kn un mol, je puis l'envoyer même dans deux mois. Et voilàtoutceavcc(|uoi je pourrai prendre part cette année à la Zaria, malgré mon désir d'écrire là où vous écrivez, ainsi que Danilevsky, Gradovsky, Maïkov. Mais voici en même temps mes conditions, que je vous prie aussi d^ transmettre h Kachpirev en réponee à sa première réponse :

Je demande d'abord, tout de suite h l'avance, 300 roubles. De celte somme, en cas du consentement, je vous prie, Nicolas Nicolaïevitch, instamment,de remettre immédiatement Г25 roublesà Marie Grigorievna Svalkovskaïa (je vous ai écrit l'adresse dans ma dernière lettre) ;les autres 175 roubles doivent m'étre envoyée ici, à Florence, au plus tard dans un mois à partir d'aujourd'hui (c'est-à-dire à partir du 18 (30) mars, c'est-à-dire que je voudrais avoir chez moi ces 175 roubles vers le 18 avril, de notre style). Alors, j'enverrais la nouvelle dans deux mois,elje feraismon possible pour ne pas mériter d'affront, c'est-à-dire présenter un travail de la façon la plus convenable. (Je ne saurais imaginer des sujets pour de l'argent ; si je n'avais pas l'idée du récit, je n'aurais pas proposé les conditions.)

A présent, Nicolas Nicolaïevitch, ne vcus fâchez pas (je vous le demande en ami) pour mes conditions, mes marchandages, et ainsi de suite. Ce n'est pas du tout un marchandage, c'est un exposé exact et clair de ma situation, et plus il est exact et clair,mieux cela vaut en affaires. Mais je vous connais trop bien, pour être sûr de l'avis que vous porterez. Vous ne m'auriez pas écrit de telles lettres, si vous ne m'estimiez pas comme homme et comme littérateur. Et j'ai toujours (dans toutes nos relations) apprécié votre avis.

Maintenant j'ai un service énorme à vous demander, Nicolas Nicolaïevitch : informez-moi de la décision de Kachpirev immédiatement après la réception de ma lettre. Cela m'est très nécessaire pour établir mes comptes, et surtout pour mes occupations. Si vous êtes

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occupé, n'écrivez que quelques lignes pour m'informer. L'adresse de Maria Grigorievna Svatkovskaïa : Aux Peski, en face de l'hôpital des armées de terre,

rue Jaroslavsky, maison n" I (à la propriétaire, c'est-à-dire

dans sa propre maison).

Au revoir, très estimé et excellent Nicolas Nicolaïevitch.

Vos lettres font énormément pour moi. Anna Grigorievna

vous salue. Et je suis votre entièrement dévoué,

Théodore Dostoïevski.

P. -S. — Le prix pour la feuille est toujours le môme : 150 roubles par feuille d'imprimerie du Rousski Viestnik . Bien entendu, si dans la nouvelle il y a plus de 2 feuilles, la Zaria paiera le surplus.

P.-S. — Qui donc vous a dit du mal de ma santé? Ma santé est excessivement bonne. Les crises continuent, mais к la lettre deux fois plus rarement qu'à Saint-Pétersbourg, au moins depuis que i'habite l'Italie.

Au même.

Florence, 6 (18) avril 1869.

Je vous suis très reconnaissant pour toutes vos peines, très estimé Nicolas Nicolaïevitch. Il est très agréable d'avoir alTaire à vous, quand ce ne serait qu'à cause de votre exactitude. Et cependant, j'ai encore des prières à vous adresser, c'est môme honteux. C'est pourquoi je vous demande une chose avant tout : si mes demandes sont tant soit peu embarrassantes, abandonnez-les ; surtout, je ne veux pas vous être à charge, et je m'adresse à vous, poussé seulement par la nécessité.

Nous allons aborder la question :

Première demande : Vous écrivez qu'à la mi-avril on m'enverra l'argent (175 roubles) et vous me promettez de surveiller l'envoi vous-môme. Je vous remercie beaucoup pour cette promesse, car il m'est impossible de compter sur Texactitudc et l'ordre des autres personnes de la rédaction, que je ne connais pas. Mais voilà : si seulement c'est possible, pourrait-on hâter le moment de l'envoi et l'avan-

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cer de (jualre ou cinq jours? Voilà ma demanda* ( ,ir л laut que, pour des raisons de famille, je quitte Florence. 11 commence à faire très chaud ici, en été le climat ne convient pas à Télat d'Anna Гичцопеупа, eelon les nn^decins. De plus, il faudrait dès à présent rhercher un médecin et son aide, qui parl«^raient une lan^ie compréhensible et qui soient convenables. Kn France c'est cher, mais en Allemagne on est bien, et prc^cisémont à Dresde, oQ nous avons déjà vécu et où nous avons fait des connaissances. Cependant, chaque semaine qui passe rend le voyage plue difficile pour ma femme,quoi<ju'elle ait encore quatre mois, et plus tôt ce sera fait, mieux cela vaudra. Eu un mot il se trouve de nombreuses circonstances. Prochainement noue attendons ici, à Florence, la mère d'Anna Grigorievna, et à la première possibilité, nous voulons tous les trois lever l'ancre et aller à Dresde, en passant par Venise, Cent soixante-quinze roubles ne sont pas grand'chose pour un si long parcours ; et comme en ce moment je n'ai plus d'argent, il faudra vivre à crédit tout le temps, jusqu'au départ, en espérant payer avec l'argent que je recevrai. En faisant mes comptes, il y a deux jours,j'ai été effrayé qu'il m'en restât si peu, et c'est pourquoi je demande instamment si l'on peut ra'envoyer plus vite, c'est-à-dire l'envoyer quelques jours plus tôt. Les services sont précieux quand ils sont rendus à propos. Eh bien ! voilà ma première demande.

Deuxième demande : à propos de la Zaria, Il est étonnant que je la reçoive si lard. Selon quelques indices (je lis quelquefois le Goloss), je suis persuadé qu'elle paraît un peu plus tôt que je la reçois. J'attends, j'attends, c'est une torture insupportable. Vous ne sauriez croire quelle torture d'attendre ! Ne pourrait-on s'arranger, Nicolas Nicolaïeyitch, que je la reçoive à temps? J'ose ajouter en même temps, pour expliquer, que dès le commencement je n'avais pas en vue de recevoir la Zaria gratuitement^ je comptais payer. Je suis persuadé que ma nouvelle aura une demi-feuille de plus que ce qui me sera payé à présent. Eh bien, quand on réglera les comptes, la rédaction pourra retenir l'abonnement. Voilà ma deuxième demande, mais avec un petit détail : si, par exemple, au moment où cette lettre vous parviendra, la Zaria a déjà paru, envoyez-la-moi immédiatement à Florence, car vous

me trouverez encore à Florence. Si elle n'a pas paru, ne l'envoyez pas à Florence, mais à notre nouvelle adresse :

Allemagne, Saxe, Dresde, poste restante, à M. Théodore Dostoïevski.

La troisième demande (délicate), mais aussi, si vous la trouvez le moins du monde embarrassante, laissez-la sans façon, même si c'était peu de chose. Voici :

J'ai écrit plus haut que je suis persuadé que ma nouvelle aura une augmentation, pour laquelle la rédaction devra me payer un supplément. Mais, par-dessus ce que coûte \a Zaria, je voudrais avoir quelques livresque je n'ai pas encore lus: ce s,onl: Les Confins de la Hussie, de Samarine, et tout l'ouvrage de Guerre et Paix de Tolstoï. Pour Guerre et Paix, d'abord, je n'ai pas encore tout lu(ne parlons pas du cinquième volume), secondement, ce que j'ai lu, je l'ai déjà bien oublié. Ainsi, s'il est possible de m'envoyer ces deux livres, sans trop de hâte, à mes frais, en les prenant tout simplement à crédit chez Bazounov, c'est-à-dire de telle façon que cela ne coûte rien à personne, et de manière à ce que je puisse les payer quand on fera les comptes, alors je vous prie de me les envoyer à mon adresse, à Dresde. Eh bien, voilà ma troisième demande 1 Cela va-t-il ? Voyez donc, très estimé Nicolas Nicolaïevitch, si cette demande contient une parcelle d'ennui et de tracas pour vous, et si oui, laissez-la. Je demande ainsi parce que je n'ai rien à lire absolument! Vous demandez dans votre lettre ce que je lis. J'ai lu Voltaire et Diderot tout l'hiver. Certainement, cela m'a procuré du plai^ir et cela m'a été utile, mais j'aurais voulu avoir quelque chose de notre actualité.

J'ai reçu dernièrement la fin de VIdiot, en brochure séparée (que l'on envoie par la poste aux anciens abonnés). Je ne sais pas si vous l'avez reçue. Je prie Maria Grigorievna Svatkovskaïa de parler à Bazounov ; ne voudrait-il pas acheter la deuxième édition ? S'il fait des difficultés, tant pis. Je demande un prix minime (relativement à mes anciennes éditions : 1.500 roubles). Je ne diminuerai pas d'im kopek. J'aurais voulu 2.000 roubles. Bazounov manquera de réflexion, s'il refuse. Car je crois qu'il doit savoir que pas une de mes œuvres n'a été incapable de supporter deux éditions (sans parler de trois, de quatre et de cinq

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éditions). Ne parlez ù personne de ce que je vous corninnnique là, juscju'à un certain temps.

Une fois pour taules, taisez vous et ne |)ari< votre impuissance, et des « ébauches froissées ». • ;i

mal au cœur. On croirait que vous le dites par hypocrisie. Jamais vous n'avez eu tant de clarté, tant de logique, tant de coup d'œil et tant de déduction convaincue. Il est vrai que votre Pauvreté de la litlérature russe m'a plu davantage que votre article sur Tolstoï. Il y a plus d'ampleur. Mais en revanche, la première moitié de l'ariicle sur Tolstoï est incomparable ; c'est l'idéal de la mise eo scène de la critique. Л mon avis, cet article a un défaut ; mais d'abord c'est seulement à mon avis, et 2°, des fautes pareilles sont louables. Ce défaut s'appelle : un excès d'enthousiasme, et cela favorise toujours une œuvre, au lieu de lui nuire. Mais enfin je n'ai jamais rien lu de pareil dans la critique russe. Je peose que l'article de Danilevsky aura un avenir colossal, môme s'il ne le trouvait pas tout d<suite. Il est impossible de supposer que des œuvres pareil les puissent s'éteindre et ne laisser aucune impression. Quant à Frôle Skobéïev * j'aurais voulu vous écrire une lettre, pour l'imprimer ensuite dans la Zaria, mais je n'ai pas le temps, et je m'agite trop ; d'ailleurs, il se pourrait que je l'écrivisse. Je ne sais pas ce que deviendra Averkiev, mais après la Fille du Capitaine je n'ai rien lu de pareil. Ostrovski est un élégant, qui paraît bien au-dessus de ses marchands. S'il lui arrive de présenter un marchanda l'aspect humain, il a presque l'air de dire au lecteur ou au spectateur : « Eh bien, quoi, c'est aussi un homme ! » Savez-vous, je suis persuadé que Dobrolubov a davantage raison que Grigoriev dans son opinion sur Ostrovski. Il se peut que l'idée du Royaume des Ténèbres ne soit même pas venue à Ostrovski, mais Dobrolubov a bien défini la chose et il est tombé sur un bon sol. Je ne sais pas si l'on trouverait chez Averkiev autant d'éclat dans le talent et dans la fantaisie que chez Ostrovski, mais l'exposition et l'esprit d'exposition sont infiniment supérieurs. Il n'y a aucune idée préconçue. Annoushka est absolument admirable, le père aussi. J'aurais seulement voulu que

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