Publié dans la Zaria, 1869, n
Frôle fût plus capable. Savez-vous, Nicolas Nicolaïevitch, queVelik-Boïarine, Nashtchokine, Litchikov, sont tous nos gentlemen des temps passés (sans dire autre chose), c'est la majesté boyarde sans aucune caricature. Car on ne saurait les tourner en ridicule à la Ostrovski, mais au contraire, on est obligé d'admirer leur allure de gentlemen, c'est-à-dire de boyards russes. Ça c'est le grand monde de celte époque, au degré le plus élevé et le plus vraisemblable; et si quelqu'un y trouve quelque chose de ridicule, ce ne sera peut-être pas la coupe de leur caftan. Avant tout et surtout on s'aperçoit que c'est une peinture de la réalité, c'est précisément ce qui a existé. C'est un grand talent nouveau, Nicolas Nicolaïevitch, et peut-être même supérieure bien des talents contemporains. Quel dommage, s'il ne suffit qu'à la comédie 1
J'aurais voulu vous écrire quelque chose à propos de la Zarîa du mois de mars, mais je ne l'écrirai pas ; c'est-àdire je voulais parler à propos des belles-lettres du numéro du mois de mars (et aussi du mois de février), maisj'attendrai encore. Je ne trouve pas convenable d'écrire, et j'ai peur. Mes salutations à tout le monde. Je vous serro la main fortement. Anna Grigorievna vous salue bien. Tout à vous,
P--S. — Bien entendu, il faut envoyer l'argent (les 175 roubles) à Florence ; sans cela je ne pourrai partir. La Zaria aussi, si elle a paru, à Florence. Mais si elle est tant soit peu en retard, à Dresde.
(En marge de la première page) : Pour l'amour du Christ n'annoncez pas ma nouvelle à l'avance, c'est-à-dire comme cela a été fait pour les Tziganes.
An même.
Florence, 29 avril (11 mai) 1869.
Très estimé Nicolas Nicolaïevitch, après le terme indiqué par vous, il s'est passé bien du temps, et non seulement je ne vois pas d'argent, mais je ne reçois aucune nouvelle. Et cependant les nouvelles me sont plus précieuses que tout : je ne puis rien entreprendre, je dois
attendre et cela me lie complètement. Ici je dépense trois fois plus à cause de cette attente : pour ne pas rf^nouveier l'engagement de l'appartement pour un mois, je l'ai gardé, selon mon idée, pour environ trois jours, et voilà déjà huit jours que je paie non par mois, maie par jour, ce qui revient plus cher. C'est ainsi pour toutes les autres dépenses,— c'est cher, désagréable et je ne puis rien entreprendre. Si je m'adresse à quelque autre personne pourdemander de l'argent, il faudra encore rester à Florence. Ici il fait chaud. Mais l'important, c'est notre situation iodé* terminée. Que se passe-t-il chez vous, expliquez-le pour l'amour de Dieu? Après l'assurance si ferme que vous m'aviez donnée, j'avais Gxé le jour et l'heure de mon départ. Ne seriez-vous pas malade? Ne vous ôtes-voue pas trompé d'adresse ? Je vous répète : Italie, Florence, à M. Théodore Dostoïevski, poste restante.
N'y a-t-il eu rien de désagréable avec la Zaria ? Je n'ai pas reçu le numéro 4. Pourquoi ne paratt-elle pas ?
Je vous adresse une demande importante, très estimé Nicolas Nicolaïevitch ; écrivez-moi s'il faut attendre ou non. Écrivez, je vous prie, sans perdre an instant. Au moins, ainsi, vous me délierez les bras. Tout à vous,
Théodore Dostoïevski.
Ma femme vous salue. Ne vous fâchez pas, si je vous dérange tant. Je vous assure que je me trouve dans une situation cruelle. Mais surtout, il me semble toujours que quelque chose est arrivé dans votre rédaction.
Deux mots de réponse seulement.
An même.
[Reçue le 17 août 1869.]
Ne vous accusez pas de votre silence, très estimé Nicolas Nicolaïevitch ; c'est une chose qui arrive fréquemment dans la vie, et puis, d'ailleurs, un rédacteur a-t-il le temps de correspondre môme avec ses amis, d'autant moins avec ses collaborateurs 1 Mais votre post-scriptum à la lettre du très estimé et cher Apollon Nicolaïevitch me fait voir et me fait conclure que vous êtes toujours bon pour moi.
C'est très bien pour moi, car plus je vais, moins je trouve de personnes bonnes pour moi. Je suis moi-môme coupable : je reste trop longtemps à l'étranger, je ne fais pas penser à moi. Je n'ai donc pas le droit de me fâcher. Mais, assez là-dessus. Je vous remercie, d'abord, pour l'adresse de Vesselovsky et pour avoir en môme temps pensé à mon intérêt. Jai écrit à Vesselovsky. J'écris en détail à Apollon
Nicolaïevitch quel est mon avis là-dossus
Je suis à Dresde depuis dix jours seulement; mais mon adresse, que j'ai donnée à quelques personnes il y a trois mois à Dresde, était exacte ; car le bureau de poste de Dresde, sur ma demande envoyée de Florence, m'envoyait à Florence toutes les lettres qui me venaient à Dresde. Oui, monsieur, il n'y a que trois semaines que j'ai quitté Florence l J'y ai passé tout le mois dejuillet et une partie du mois d'août. Vous pouvez dire avec assurance que jamais personne n'a supporté une chaleur pareille. Le bain russe à l'étuve, voilà avec quoi l'on peut le comparer, et cela jour et nuit. L'air est pur, il est vrai ; le ciel est bleu et serein, énormément de soleil ; mais c'est quand môme insupportable. J'ai vu de mes propres yeux à l'ombre (dans une ombre très profonde, dans un endroit couvert) trentecinq degrés Réaumur. Trente et un, trente-deux degrés étaient très ordinaires ces dernières trois semaines. La nuit, la température s'adoucissait et nous donnait vingt-six degrés Réaumur ; alors nous pouvions respirer. Et figurez-vous, que malgré que tous les touristes tussent partis aux eaux, en Allemagne, ou aux mers allemandes, il restait encore à Florence une masse effrayante de monde et môme des plus mylords, pour ainsi dire 1 Ils étalaient leurs toilettes, se promenaient, etc., etc. En un mot, si vous saviez jusqu'à quel point je me sens ici tout à fait inutile et étranger. Notre voyage s'est effectué par Venise (quel délice que Venise !) et Prague, où nous avons manqué mourir de froid (relativement à Florence) et où nous n'avons pas trouvé à nous loger. Oui, monsieur, c'est ainsi. Nous avions l'intention de passer l'hiver à Prague et non pas à Dresde ; nous avions décidé ainsi. Mais, arrivés à Prague, nous avons cherché un logement trois jours et nous n'avons pas trouvé. C'est pourquoi nous sommes partis. Il ne se trouve pas d'appartements meublés dans toute la ville, excepté
(les chambres isolées pour les célibataires. 11 faut achcler ses meubles, louer des domestiques, et pour Tapparlement il faut Taire un contrai de six mois. Alors nous sommes allés à Dresde.
Ainsi donc, la Zaria continue à exister ! Mes paroles doivent vous paraître ridicules, mais cependant, réfléchissez, très estimé Nicolas Nicolaïevilch ; je ne reçois de lettres littéraires de personne : dans le Goloss que je lisais à Florence, dans la salle de lecture, on n'avait pas mentionné laZaria une seule fois. Dans le liousski Viexlnik, que je reçois moi-même, on n'en a pas fait mention non plus. Et mot, moi, abonné à la Zuria{el qui ne la reçois pas à titre de collaborateur, mais en payant, sur le compte que je ne laisserai pas perdre), ayant reçu le numéro du mois }de mai, j'ai cessé de recevoir les numéros suivants (juin, uillet, etc.), pour quelle raison, je n'en sais rien. Voilà pourquoi j'ai risqué cette supposition sacrilège que la Zaria a cessé de paraître. Mon cher Nicolas Nicolaïevitch, éteignez ma soif spirituelle, envoyez moi la Zana depuis le numéro de juin, à Dresde, poste restante, sans remettre.
J'ai encore en vue une de vos bonnes promesses (faite dans un bon moment, probablement) de m'envoyer le roman de Léon Tolstoï, mais en ce moment je n'ose pas vous la rappeler, et je ne fais que la mentionner en passant. Vous pouvez vous figurer, cher et excellent Nicolas Nicolaïevitch, qu'il est absolument impossible d'écrire, c'est-à-dire de composer, avec 30 degrés Réaumur à l'ombre. Néanmoins, je me suis déjà mis à la nouvelle de la Zaria, j'ai seulement peur qu'elle ne soit un peu longue (pourvu qu'elle ne s'étende pas). Si vous me répondez vite à cette lettre alors, vers cette époque, je vous écrirai peut-être quelque chose de plus détaillé. J'espère bien vous envoyer une nouvelle dans un mois ou cinq semaines.
Emilie Fédorovna m'a écrit, il y a environ trois mois, une lettre, dans laquelle elle m'informait que vous étiez si bon de vous charger de lui remettre l'argent que je lui envoyais et, en général, que vous lui témoigniez vos bontés. Je suis très content qu'Emilie Fédorovna et sa famille aient reçu maintenant sûrement quelque chose après la mort de la tante (j'ai appris cette mort pour la première fois par la lettre d'Apollon Nicolaïevitch). S'ils ont reçu quelque
chose, je suis très content. Dans lousces trois mois j'ai été très pauvre d'argent. Si j'en avais eu, je ne me serais pas rôti à Florence, en attendant d'en ramasser pour mon voyage. Je vous prie beaucoup, excellent Nicolas Nicolaïevitch, de m'en dire un mot et aussi quel genre de service vous avait alors demandé Emilie F6dorovna. (Bien entendu, je me permets de m'intéresser unicjuement à ce qui me concerne.)
Dans trois semaines j'aurai un enfant. J'attends cela avec crainte et émoi et avec espoir et timidité. En général, j'ai beaucoup de soucis en ce moment. J'espère que vous ne m'oublierez pas et que vous répondrez. Mes compliments à Danilevsky et à tous ceux qui se souviennent de moi. Dites-moi un jour deux mots d'Alexandre Petrovilch Mikulov. Mais j'attends bientôt votre réponse et la Zaria, Permettez-moi de l'espérer.
Votre sincèrement dévoué et plein de sympathie ardente. Tout à vous,
Théodore DostoKbvskj.
A A. N. Matkov.
Dresde, 17 (29) septembre 1869.
Mon précieux et unique ami Apollon Nicolaïevitch. Je suppose que votre arrivée de la campagne et les premiers jours de votre séjour en ville ne vous ont pas permis de tenir votre bonne promesse — de m'écrire aussitôt que vous seriez de retour de la campagne. Je ne m'en plains pas et je ne vous en veux pas ; nous nous connaissons (quoique j'attende votre lettre avec la plus grande impatience), mais un doute me tracasse : comme je n'ai pas reçu de réponse à la lettre, que je vous ai envoyée il y a plus d'un mois, j'ai peur: 1» qu'elle ne vous soit pas parvenue; "2' que vous n'ayez plus la même adresse à Pétersbourg ? Je vous l'ai adressée à la Sadovaïa, maison Scheffer. Mais si vous avez déménagé ? Et alors, ce serait bien, si je pouvais sortir au plus tôt de mes incertitudes. Par exemple, maintenant, cette lettre que je vous écris est pour moi très pressée et très importante. Si elle ne vous parvenait pas? Répondez au moins une page, une demi-page
330 CORRESPONDANCE UE DOSTOKEVSKI
môme, alin que je sache, mai.» seulement répondez tout de saite, car ce sérail au-dessus de m'îs forctis (l'aLlendre. J«î vais tout de suite vous décrire ma situation ot qu«ll<; aide j'attends de votre part, comme un malheureux qui so noie.
D'abord, il y a trois jours (1«э 14 septembre), est née ma fille, Lubov. Tout s'est passé admirablement, et l'enfant est grande, bien portante et belle. Anna et moi, nous sommes heureux. (Souvenez-vous que vous serez le parrain. Anna vous en prie, les mains jointes ; voui, sans faute, doanez donc une réponse). Mais nous avons moins do 10 thalers. Ne m'accusez pas de négligence et d'imprévoyance; en ceci personne n'est coupable. Nous avions calculé à Florence que l'argent, envoyé par le lioasski Vie«<m7c, su f lirait pourtout.Mais ici,corame dans les autres calculs, nous nous sommes trompés. Inutile de vous donner des détails, mais voici : je pourrais écrire de la façon la plus délicate à notre excellent et généreux Mikhaïl Nikiforovilch ', afin qu'il nous tire d'embarras ; mais écrire tout de suite, ayant reçu de lui il y a si peu de temps, me gêne beaucoup et m'est presque impossible; ma main ne se décide pas. Cependant, on n'a encore payé ni la sage-femme, ni le médecin, et encore que nous comptions chaque kopek, dans la situation actuelle nous ne pouvons nous passer d'argent. Impossible ! Par conséquent voici les mesures que je veux prendre :
J'envoie aujourd'hui une lettre à Kachpirev, en même temps que la vôtre, personnelle (car je sais que Strakhov est absent de Pétersbourg). Dans cette lettre, je lui décris d'abord ma situation, je parle de ma nouvelle installation, de la naissance de l'enfant (tout ce qu'il faut dire); j'ai menti en même temps, disant qu'il me reste 15 thalers quand il n'y en a môme pas dix et je termine en demandant qu'on m'envoie une avance de 200 roubles pour les raisons suivantes :
En ce moment, je suis en train d'écrire une nouvelle pour laZaria et mon travail est poussé jusqu'à moitié (tout cela est exact), et alors : 1* je vois que la nouvelle aura une dimension de trois feuilles et demie du Roasski Viestnik (c'est-à-dire presque cinq feuilles de la Zaria), an mini-