‹ Correspondance et Voyage à l'étranger;Chapitre 25 sur 48 · Katkov · texte numérisé non relu

Katkov

mum. Gomme j'ai déjà reçu en printemps 300 roubles de la Zana, après avoir terminé la nouvelle, il me restera encore à recevoir presque pour une feuille et demie (encore de la dimension du Rousski Viestnik). Quoique la nouvelle ne soit pas encore terminée, à la fin d'octobre elle sera sûrement envoyée à la Zaria. C'est certain. -J» Quoique en vertu de ces raisons je n'aie pas le droit do lui demander à présent une avance, dans ma situation critique je fais appel à ses sentiments de chrétien pour me tirer d'embarras et ra'envoyer 200 roubles. Mais comme il pourrait être embarrassant pour elle de le faire tout de suite, je la prie d'envoyer aussitôt 75 roubles seulement (c'est pour nous sauver des flots et ne pas nous laisser submerger). Ensuite, quinze jours après le premier envoi, je la prie d'envoyer encore 75 roubles,et enfin, avec le second envoi, je la prie de vous remettre (à vous, A. N. Maïkov) 50 roubles. Ainsi sera constituée la somme de 200 roubles que je demande. Ne connaissant pas Kachpirev personnellement, j'écris d'un ton très respectueux, mais aussi avec beaucoup d'insistance (j'ai peur qu'il ne se pique; car le respect est quelque peu exagéré, et la lettre, il me semble, est écrite stupidement).

Enfin, dans ma lettre à Kachpirev j'expose ma seconde demande, la plus importante. Voici : S'il consent à accorder ma demande d'argent, qu'il m'envoie les premiers 75 roubles tout de suite sans tarder le moins du monde. Je lui ai écrit que je fais appel à toute la délicatesse de son esprit el de son cœur, qu'il ne s'oflfense pas de mon insistance sur l'envoi immédiat et sans tarder, mais qu'il réfléchisse et qu'il comprenne c\\ie pour moi le temps et le terme du secours sont presque plus importants que l' arqen t. С&г '}e lui demande en môme temps, dans le cas où il ne trouverait pas bon de me venir en aide, et s'il me refusait, de me prévenir immédiatement du refus, sans tarder. J'ai écrit en môme temps que, pour informer du refus, il me suffira de recevoir deux lignes de la main du secrétaire de sa rédaction, mais seulement tout de suite, afin que je puisse prendre des mesures extrêmes et ne pas attendre inutilement l'envoi de l'argent. (J'ai été forcé de mentir une seconde fois à Kachpirev à propos de ces mesures extrêmes, lui expliquant que je serais forcé de vendre aussitôt les

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derniers effets très nécessaires, cl que pour un objet que coûte 100 thalersj'e devrais en accepter 20; ce que certÂinement je serai forcé de faire, pour sauver trois créatures, s'il Inrde avec la réponse, môme favorable. Que dans huil jours je sois forcé de vendre mes derniers effets, si je ne reçois pas d'argent, c'est la pure vérité ; car je ne puis faire autrement ; mais j'ai menti en disant que j'allais vendre des objets de 100 roubles. Les deux ou trois objets de 100 roubles que nous possédions sont depuis fort longtemps, depuis notre arrivée à Dresde, engagés, et, en effet, on les a appréciés à 20 roubles au lieu de 100, roubles. Mais à présent, il faudra vendre le linge, le pardessus, le paletot môme ; car, si môme j'écris à Katkov,je n'aurai pas d'ar^ gent de là-bas avant un mois, quoique je le reçoive sûrement.)

Vous ayant exposé le contenu de ma lettre à Kachpirev, je vais maintenant vous adresser une prière personnelle, très urgente et très particulière : aidez-moi en ami, en chrétien, en camarade! Que cela ne vous soit pas à charge 1 Je vous embarrasse pour la dernière fois. Voici quelle est ma demande:

Comme Strakhov m'avait écrit que vous étiez assez lié avec Kachpirev, aussitôt après la réception de cette lettre et sans remettre, allez chez Kachpirev, et demandez-lui qu'il fasse ce que je l'ai prié de faire à propos d'une réponse immédiate. Surtout, il me faut une réponse immédiate. Eh bien, voilà tout ce que j'ai à vous demander ! Mais comprenez donc, cher ami, à quel point c'est importante pour moi dans ma situation 1 J'ajouterai encore {poar vous seul, c'est-à-dire entre nous) que je ne demande presque que ce qui m'appartient, que dans un mois la nouvelle aura tout payé, et que, malgré que je ne prétende pas avoir le droit de me faire payer d'avance, ces gentillesses se font au dernier des hommes de lettres. De sorte que si l'on me refuse à présent à la Zaria, je comprendrai trop bien à quel niveau on me place au point de vue littéraire. Je crains encore qu'il ne considère mon ton d'un respect exagéré comme plein d'ironie. Dieu sait quel est cet homme ; personnellement, je n'ai aucune idée de lui. Mais je ne sais pas écrire à des étrangers sur des sujets délicats. J'ai écrit tout directement au net, et ce n'est qu'après avoir

lu la lettre que j'ai vu que cela paraissait trop respectueux.

Répondez donc, cher ami. Je vous écris à la hàle. Ma femme vous salue. Nous sommes daas une grande joie. C'est le troisième jour pour elle, — le plus dangereux. Ici, à Dresde, ma santé est fort mauvaise. Je m'enrhume constamment, ce qui ne ra'arrivait jamais, et en Suisse et en Italie c'était inadmissible. Les crises ont augmenté aussi à Dresde ; mais, peut-être, ce n'est que parce que nous venons d'arriver.

Je travaille avec une ardeur redoublée. J'ai une idée pour quelque chose, pour le Housfki Vieslnik, qui m'agite, mais j'ai peur d'un travail exagéré. J'aurais bien voulu vous parler littérature, mais je n'ai pas le loisir d'y songer en ce moment. Quant à la nouvelle pour la Zaria, je n'en dirai rien: je suis certain d'une chose, c'est qu'elle sera assez originale, et ce qui en résultera après, vous le verrez vous-même, si vous la lisez.

Répondez surtout deux lignes.

Enfin, en dernier lieu . Je vous prie, que Kachpirev vous donne 50 roubles. Ceci (pardonnez-moi, mon cher, de vous ennuyer et failes-le pour l'amour du Christ), — ceci esL pour que vous donniez 25 roubles à Emilie Fédorovna et 25 roubles à Paul. Us ont bien le droit d'être offensés d'un si minime secours; mais tant pis, qu'ils s'offensent ils en ont le droit, mais 25 roubles c'est toujours quelque chose et ce leur sera quelque peu utile, donnez-le-leur quand même. Comme ils ne voudraient pas croire dans quelle situation je me trouve moi-môme, et pourquoi je leur donne un secours si misérable, ne leur dites rien pourm'excuser. Faites-le donc, pour l'amour du Seigneur

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