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CHAPITRE II ET COMPLÈTEMENT SUPERFLU

Ce ne sont d'ailleurs pas des réflexions, mais plutôt des méditations, des images fantaisistes, des rêveries. « de çà, de là, surtout de rien du tout ».

Pour commencer, je revins aux temps anciens, et je songeai surtout à l'homme qui avait créé l'aphorisme déjà cité sur la raison française, et je méditai sans rime ni raison à propos de cet aphorisme. Pour son époque, cet homme fut très libéral. Mais malgré qu'il portât, Dieu sait pourquoi, toute sa vie un habit à la française, la poudre et une épée au côté, pour indiquer son origine chevaleresque (ce qui n'a jamais existé chez nous) et pour défendre son honneur personnel dans l'antichambre de Potemkine, aussitôt qu'il eut mis le nez au delà de la frontière, il exorcisa à Paris avec toutes sortes de citations bibliques, et décida que « le Français n'a pas de raison, et de plus considère que d'en avoir serait un grand malheur ». A propos, croiriez-vous peut-être que j'ai parlé de l'épée et de l'habit de velours pour en taire un reproche à Von-Vizine ? Nullement ! Il n'aurait pu se vêtir d'une peau de mouton, surtout à cette époque-là, quand, même aujourd'hui, pour montrer qu'ils sont Russes et qu'ils veulent se rapprocher du peuple, certains n'ont pas mis de peau de mouton, mais ont imaginé un costume de ballet, presque celui dans lequel paraissent sur la scène dans nos opéras russes populaires les Rouslans, amoureux de leurs Ludmiles, portant des coiCfes nationales. Non, rhabit à la française était plus compréhensible au peuple. « On voit bien un seigneur, dit-il ; un seigneur ne saurait porter une peau de mouton. » J'avais entendu dire, il y a peu de temps, qu'un propriétaire aux idées modernes,

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avait OU l'idée de porler le costume ru-i-ie p)ur fusionner avec le peuple, et qu'il allait aiuni vôlu aux réunions : aussitôt que les paysans raporcevaienl, ils disaient entre eux : «Que vient faire cht^z nous ce déguisé? » Kt le propriétaire ne réussit pas à fusionner.

— € Quant à moi, me disait un autre monsieur : je ne veux rien céder. Je me raserai exprès et je porterai l'habit, s'il le faut. Je ferai ma besogne, mais je ne montrerai nullement le désir de fusionner. Je serai le maître, je serai avare et économe, môme dur et extorqueur, s'il le faut. On me respectera davantage.» D'après cela on pfiut suivre l'influence progressive et bienfaisante (jue l'Kurope exerce sur notre patrie. 11 serait impossible de se figurer, sans quelque joyeuse vanité,quel genre de livres s'éditaient et se lisaient alors (avant Le Brigadier, et de son temps). Car en ce moment nous avons un écrivain remarquable, l'ornement de notre époque, un certain Gosma Proutkov*. Son défaut principal est une timidité inconcevable; jusqu'il présent il n'a pas fait paraître l'édition complète de ses œuvres. Eh bien, il a imprimé dans les Mélanges du Sovremeri' ni/f, il y a longtemps déjà, les Mémoires de mon Grand- Père. Imaginez ce que ce grand-père, du règne de Catherine II, vieillard corpulent, âgé de soixante-dix ans, qui avait vu tant de choses, avait assisté aux réceptions à la cour, et à Olchakov, pouvait écrire, revenu dans ses terres, en faisant ses Mémoires. Ce que cela serait intéressant I Que n'avait vu cet homme I Eh bien, dans ses Mémoires, tout se compose d'anecdotes suivantes :

« Réponse spirituelle du chevalier de Montbazon. Jadis une jeune et fort belle demoiselle demandait avec saag-froid en préseace durci au chevalier de Montbazon: — «Monsieur, estce le chienqui est attaché à la queue ou la queue qui estattachée au chien? » A quoi le chevalier, qui était fort à la riposte, répondit sans se troubler, d'une voix calme: — « Madame, il n'est pas défendu à personne de prendre le chien par la queue ou par la tête. > Cette réponse ayant causé :au roi un grand plaisir, le chevalier ne resta pas sans récompense. >

Vous croyez que c'est de la blague, que je plaisante,

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