Type célèbre d'avare du romande Gogol : Les Ames mortes
58 CORRESPONDANCE DE ООЭТОТКТвК!
main un libraire; mais le libraire a мв idées; il n'irait ром compromettre et annoncer l'œuvre d'un écrivain inconnu. Cela lui forait perdre de son crédit auprès de ses cliente. Chaque éditeur à peu près convenable est propriétaire de plusieurs revues et de plusieurs journaux. Dans ces revues et ces journaux écrivent les meilleurs écrivains ou ceux qui prétendent l'être. Si on annonce un nouveau livre, leur signature en répond dans la revue, et c'est énorme.
Par conséquent, le libraire comprendra qu'il peut l'exploiter tant qu'il voudra, quand tu viendra>4 chez lui avec un livre imprimé. Voilà l'afTairel L'éditeur, qui est un homme d'argent, m'exploitera certainement et je me trouverai dans la vase, probablement.
Alors, je me suis décidé de m'adresser aux revues et de donner mon roman pour presque rien — bien entendu à Olelchestoennia Zapiski. La vérité est que cette revue ae vend à 2..500 exemplaires ; il y a au moins 100.000 lecteurs. Si je puis l'y placer, mon avenir littéraire, mon existence — tout est assuré. Me voilà lancé. J'aurai toujours l'accès ouvert dans cette rédaction, j'aurai toujours de l'argent et de plus, si mon roman paratl dans les numéros du mois d'août ou du mois de septembre, en octobre je puis le faire paraître à mes frais, bien convaincu que ceux qui achètent des romans, l'achèteront. De plus, l'insertion des annonces ne me coûte pas un liard. Voilà !
Je ne pourrai venir à Revel avant d'avoir assuré l'avenir de mon roman, car autrement, ce serait perdre son temps. Il faut que je m'en occupe. J'ai énormément de nouvelles idées, et si mon premier roman réussit à se caser, elles assureront mon nom en littérature. Voilà en quoi se résument mes espérances d'avenir.
Quant à l'argent, hélas 1 Je n'en ai pas. Il a disparu. Mais j'ai peu de dettes. Et quant à mon logis, 1" je dois encore quelque chose ; 2» je suis dans l'incertitude : iraije à Revel ou non ? Caserai-je mon roman, ou non ? Si je pars, j'aurai le temps de quitter aussitôt; car les dépenses et les tracas d'un déménagement coûteront plus cher que de rester, quel que soit mon nouveau logement. J'en ai déjà fait le compte. Le logement, le roman, le voyage à Revel, trois idées immuables, — ma femme et mon parapluie !
COBRESPONOANCE DE DOSTOÏEVSKI 59
AdieulDansla prochaine lettre tout sera décidé. Et maintenant, au revoir. Je le souhaite toutes sortes de prospérités ainsi qu'à ta femme et tes enfants.
Dostoïevski.
Ici le temps est affreux. Les écluses célestes sont ouvertes et la Providence a envoyé à la Palmyre septentrionale plusieurs milliers de rhumes, de coryzas, de fluxions de poitrine, de fièvres, etc. Nous avons jjéchél As-tu lu Emélia. de Veltraan, dans le dernier numéro de la Bibliothèque de Lecture, — c'est ravissant ! Le tarantass est bien décrit. Mais quelle affreuse illustration !
Mes humbles salutations à Emilie Fédorovna. Je voudrais vous voir tous.
Si je case mon roman, je trouverai bien à caser Schiller, j'en réponds. Le Juif errant n'est pas mal. D'ailb^urs, Sue n'a pas grande portée.
Je ne veux pas t'en parler, frère, mais ta iiiuaiion me tourmente, ainsi que Schiller, à un tel point, que j'en oublie la mienne. Et Dieu sait si elle est dirOcile!
Si je ne case pas mon roman, je pourrai toujours me jeter dans la Neva I Que faire ? J'ai déjà pensé à tout. Je ne survivrai pas à mon idée fixe.
Réponds au plus tôt, je m'ennuie.
Au même,
Très cher ami,
Je t'écris aussitôt arrivé, comme je te l'avais promis. Si je te disais, mon Lien-aimé ami, combien de désagréments, d'ennuis, de tristesse, de vilenies, de bassesses j'ai supportés pendant mon voyage et le jour de mon arrivée à Pétersbourg, c'est au dessus de ma plume. D'abord, ayant pris con^fé de toi et de l'aimable Emilie Fédorovna, je m'embarquai sur le bateau à vapeur dans la disposition d'esprit la plus désagréable. La cohue était énorme, et mon ennui insupportable. Nous sommes partis à midi et quelques minutes. Le bateau marchait comme une tortue. Le vent était contraire, les vagues inondaient le pont ; j'ai eu froid d'une façon insupportable et je pas-
i)0 COHREHPONOANCe DB DOSTOÏEVSKI
sai une nuil indescriplible, assis, presque вапя conoaiseance et perdant la faculté de penser. Je m<' Houviens seulement que j'ai été pris de voniisscments au moins trois fois. Le lendemain soir, à 4 heures exactement, noue sommes arrivés 6Cronstudt, c'est-à-dire en vingt-huit hrures. Après trois heures d'attente, nous sommes partis dans la brume avec le plus misérable et le plus d/'goûlant des bateaux à vapeur, O/j/a, qui a marché trois heures et demie dans le brouillard et dans la nuit. Combien mon arrivée à Pôtersbourg m'a paru triste, j'ai vaguement pressenti tout mon avenir dans ces trois heures mortelles, btanl surtout habitué à vous et à Revcl, comme si j'y avais vécu toujours, Pclersbourg et ma vie dans cette capitale me parurent aiïreux, déserts, privés de toute joie; la nécessité me parut si grande, que si ma vie avait dû s'arrêter à cet instant, je serais mort avec joie. Je t'assure que je n'exagère nullement. Tout ce jeu n'en vaut pas la chandelle. Toi, frère, tu désires venir à Pétersbourg. Si tu viens, choisis la voie terrienne, car rien n'est aussi triste et aussi lugubre que l'arrivée par la Neva, surtout la nuit. Cela m'a paru ainsi, au moins. Tu dois t'apercevoir que mes idées se ressentent encore du roulis. Quand j'arrivai chez moi, la nuit, vers minuit, mon domestique ne s'y trouvait pas; il s'était placé ailleurs, en attendant, et le portier, qui se réjouissait, Dieu sait à quel propos, me donna la clef abandonnée de mon appartement de sixcents roubles (dus). Je n'ai pas môme pu prendre du thé et je me suis couché dans un état réel d'apathie. Aujourd'hui, ra'étant éveillé à huit heures, je vis devant moi mon domestique, je le questionnai. Tout était comme d'habitude. Mon appartement a été un peu remis à neuf. Grigorovitch et Nékrassov ne sont pas encore à Pétersbourg ; on suppose, d'après des on-dit, qu'ils y seront à peine vers le 15 septembre, et encore cela n'est pas sûr. Ayant donné une audience assez courte, mais décisive à quelques créanciers, je suis allé faire des démarches et je n'ai absolument rien fait. J'ai pris connaissance de quelques revues, j'ai mangé quelque peu, j'ai acheté du papier et des plumes et voilà tout. Je ne suis pas allé chez Bélinski. J'ai l'intention d'y aller demain ; aujourd'hui je suis de trop mauvaise humeur. Le soir je me suis mis à écrire cette lettre, que je termine
CORRESPONDANCE DE DOSTOÏEVSKI 6l
presque, lettre terne, pleine d'ennui, qui se ressent bien de ma situation actuelle si pénible.
« Quel ennui de vivre, messieurs ! »
Je t'écris en ce moment, d'abord parce que je t'avais promis de t'écrire au plus vite, et, secondement, je languis et j'avais besoin de t'écrire... Ah ! frère, quelle triste chose que la solitude ; je commence à t'envier maintenant. Toi, iVèrc, tu es heureux, vraiment heureux, sans le savoir. Je t'écrirai encore avec le prochain courrier. Ce qui m'ennuie un peu, c'est que je suis tout à fait (jusqu'au 15) sans ressources, mais pas énormément, car en ce moment il m'est impossible de penser à quelque jchose. D'ailleurs, tout cela n'est qu'une bagatelle. Je suis très faible et je veux me coucher, car voilà la nuit. Que nous dira l'avenir? Comme c'est dommage qu'il faille travailler pour vivre ! Mon ouvragiî ne supporte pas d'être un travail imposé. Ah ! frère ! tu ne te ligures pas combien je voudrais passer au moins deux heures avec vous. Que va-t-ii arriver, quel va être l'avenir ? Je suis maintenant un véritable Goliadkiue * ; d'ailleurs, je dois m'occuper de lui dès demain.
Un attendant, adieu ! Au prochain courrier. Adieu, mon ami bion-aimé ; salue et embrasse pour moi Emilie Fédorovna. Je salue aussi les enfants. Théodore se souvient-il encore de moi ou bien est-il devenu indifférent?
Allons, adieu, montrés cher. Adieu. Ton
Dostoïevski.
Goliadkiue a gagné par suite de mon spleen. Il m'est venu deux idées et une nouvelle combinaison. Allons, adieu, mon cher. Ecoute, que serons-nous d'ici une vingtaine d'années ? Je ne sais ce que je deviendrai ; je sais seulement qu'à présent je suis d'une sensibilité douloureuse.
A M. et M"* A. -A. Bergman mes plus humbles salutations. Pétersbourg est encore vide. Tout est assez triste.
1. Lo héros du roman Le Double, dont il est question dans ces lettres.
6*^ CORRBSPONDANCB DE DOSTOlEViiKI
Au même.
Soclobro 1S45.
Mon cher frère,
Jusqu'à présent, je n'ai eu ni le tompK ni la disposition d'esprit nécessaire pour l'informer de (juoiquo chose qui me concerne. Tout nje semblait si vilain et si sombre, que je n'osais regarder autour de moi. Et d'abord, mon trèe précieux, mon unique ami, j'étais tout ce temps sans le* sou et je vivais à crédit, ce qui était fort désagréable. Secondement, j'élais triste, en général, de sorte que je perdais courage malgré moi, je ne me soignais plus et je demeurais non plus d'une indifférence stupide, mais — pire que cela, — je dépassais la limite et je rageais et j'étais dépité jusqu'à l'imposbible. Au commencement du mois courant, Nékrassov est rentré et m'a pa}é une partie de sa dette : l'autre partie sera payée un de ces jours. 11 faut te dire que'Bélinâki m'arait fait la leçon il y a une quinzaine de jours, de quelle façon il fallait vivre dans notre monde liltéraire, et en concluant il me déclara que je devais absolument, sur le salut de mon âme, exiger au moins 200 roubles assignats par feuille. De cette façon, mon Goliadkine pourra valoir au moins 1.500 roubles ass. Nékrassov a eu des remords de conscience et il veut réparer ses torts en me promettant au 15janvier 100 roubles pour le roman Le* Pauvres Gens, qu'il m'a acheté. Il avoue franchement que 150 roubles argent n'est pas un prix convenable et, par repentir, il m'ajoute 100 roubles de supplément. Tout cela est bien. Mais ce qui est mal, c'est qu'on n'entend plus du tout parler de censure à propos des Pauvres Gen*. Ils traînent, traînent un roman aussi innocent et je ne sais comment cela finira. Eh bien, et si on l'interdit? Si on le raye du haut en bas? Ce sera vraiment malheureux, et Nékrassov prétend qu'il n'aura pas le temps de publier l'Almanach, pour lequel il a déjà dépensé 4.000 roubles ass.
Iakov Petrovitch Goliadkine est toujours fidèle à son caractère. C'est un affreux lâche ; il n'y a rien à en faire ; il ne veut pas avancer et prétend qu'il n'est pas prêt; qu'il est bien comme il est, qu'on n'a rien à lui reprocher, mais que s'il s'agissait de quelque chose, lui aussi pourrait s'y
mettre, et pourquoi pas, et pourquoi non ? Car lui aussi est comme les autres ; il n'a l'air de rien, mais il est comme les autres. Qu'est-ce que cela peut lui faire? C'est un lâche, un affreux lâche ! Il ne veut pas terminer sa carrière avant la mi-novembre. Il s'est déjà expliqué avec Son Excellence et serait prêt (pourquoi pas) à donner sa démission. Quant à moi, son auteur, il me met dans une situation très désagréable.
Je vais souvent voir Bélinski. 11 est très bien disposé envers moi et me considère sérieusement comme un témoignage public de ses opinions. Uo de ces jours, j'ai fait la connaissance de Kroneberg, le traducteur de Shakespeare (c'est le lils du professeur Kroneberg de Kharkov). En général, l'avenir (et un avenir très prochain) peut m'ôtre favorable et peut aussi devenir très sombre. Bélinski m'engage vivement à terminer Goliadkine. Il en a parlé dans tout le monde littéraire et un peu plus il le vendait à Kraevsky, tandis que la moitié des habitants de Saint-Pétersbourg ne parlent que des Pauvres Gens. Grigorovitch seul vaut son pesant d'or l II me dit lui-môme : « Je suis votre claqueur-chauffeur. »
Nékrassov aime les affaires, il ne pourrait vivre eane cela; il a ça de naissance, et le jour môme do son arrivée, il est venu chez moi dans la soirée et il a formé le projet de fonder un petit almanach périodique, dans lequel toute la gent littéraire collaborerait, mais dont les rédacteurs principaux seraient moi, Grigorovitch et Nékrassov. Ce dernier prend sur lui tous les frais. L' Almanach contiendra deux feuilles (d'imprimerie) et paraîtra une fois tous les quinze jours, le 7 et le 21 de chaque mois. On l'appellera le Zouboshal (le Gouailleur). Il s'agit de se moquer de tout et de rire de tout sans épargner personne ; de parler des Ihéûtres, des revues, de la société, de la littérature, des faits- divers, des expositions, des journaux, de ce qui se passe à l'étranger, en un mot, de tout, toujours dans le même esprit et avec la raêjme tendance . 11 commencera le 7 novembre. Nous lavons composé admirablement. Premièrement, il sera illustré. Comme épigraphe, nous prendrons les célèbres paroles de Boulgarine dans le feuilleton de Sévernaïa Ptchéla (L'Abeille du Nord) : € Nous sommes prêts à mourir pour la vérité, nous ne pouvons nous
6i CORRESPONDANCE DB DOHTOIEVSKI
passer de la v6rilé »,etc.,ei cela нега signé Thaddéc Boulgariiif^. On niollra cola aussi dane l'annonce qui ' < le
l*' novembre. l'our le promior numéro, les arli .uni
i\r. Nékrassov : !• Quelques vilenies de Sлint~Pélerstюarg (bien rntendu, qui virnnrnl do не faire) et '2* Le futur готшп (ГЕидепе Sue : les sept péchés capitaux (loul le roman en troiH pages). Revue do toutes les reruos. La conférence de Shevirev sur l'hiirmonie du vers de Pouchkine; elle est si grande que quand lui, Shevirev, se trouvait au Golysée et lisait à deux dames qui l'accompagnaient des stances de Pouchkine, toutes les grenouilles et tous " ' «rds du Golysée se rassemblèrent pour l'écouter. (- a fait
cette conférence à l'Université de Moscou.) Ensuite, la dernière séance de la Sociélc des slavophiles, dans laquelle il a été victorieusement démontré qu'Adam était Slave et habitait la Hussie ; et dans laquelle on a démontré également toute l'importance et l'utililé de la résolution de cette grande question sociale pour le bien-être et le profit de toute la nation russe. Ensuite, dans l'article consacré à la critique d'art, le Zouhoskal rendra pleinement justice à Vllluslratiun de Koukolnik. Chacun sait bien que Г///о«tration est toujours imprimée avec une grande négligence : les coquilles, les mots à l'envers ne l'embarrassent nullement.) Grigorovitch écrira V/Jistoire de la Semaine, et ajoutera quelques observations. Moi j'écrirai Mémoires d'un valet de chambre, etc. Gomme tu vois, le journal sera très amusant, dans le genre des Guêpes de Karr. Ge sera une bonne affaire ; car le plus petit revenu peut donner pour ma part de 100 à 150 roubles par mois. Le livre marchera. Nékrassov y publiera aussi des poésies.
Allons, adieu. Une autre foisj'écrirai davantage. A présent, j'ai une masse de travail et tu vois que malgré tout je t'ai écrit une longue lettre; quant à toi, si je n'écrivais pas, tu serais capable de ne pas m'écrire une seule ligne, u comptes les visites. Quel paresseux tu es !
Lis Téverin (George Sand) dans Olefchestvennia Zapiski du mois d'octobre. Il n'y a jamais eu rien de pareil dans notre siècle. Voilà des hommes modèles.
Adieu, mon ami. Je salue Emilie Fédorovna et je lui baise les mains. Les enfants vont-ils bien ? Donne des détails.
CORRESPONDANCE DE Df»STOÏEVSKI 65
Continue à traduire Schiller à loisir, quoiqu'il soit absolument impossible de dire quand on pourra réaliser l'édition. Je cherche à te dénicher quelque traduction. Mais, voilà ! Les Otetcheslvennia Zapishi ont trois traducteurs officiels. Peut-être arrangerons-nous quelque chose ensemble. D'ailleurs, tout est à venir. Si je marche, le théâtre de Schiller marchera aussi, — voilà tout ce que je sais.
Ton Th. Dostoïevski.
Au m с lue.
16 novembre 1845.
Cher frère,
Je t'écris à la hâte, car en ce moment j'ai très peu de temps. Goliadkine n'est pas encore terminé ; il faudrait cependant l'achever pour le 25. Tu es resté très longtemps sans me répondre et je commençais à bien m'inquiéter. Écris plus souvent : tu prends pour excuse ton manqu.de temps, c'est une blague. 11 faut très peu de temps pw.ii cela. C'est la paresse provinciale qui te perd à la fleur de l'âge, mon cher, et pas autre chose.
Eh bien ! mon frère, je pense que jamais ma gloire n'atteindra des hauteurs plus élevées que celles où elle plane aujourd'hui. Partout je rencontre un très grand respect, la curiosité est immense à propos de moi. J'ai fait la connaissance de quantité de gens très convenables. Le prince Odoevsky me prie de l'honorer de ma visite, et le comte S... s'arrache les cheveux de désespoir; Panaiev lui a déclaré qu'est paru un talent qui les dépassera tous. S... a fait le tour de tout le monde et étant allé chez Kraevsky, il lui demanda soudain: Qui est ce Dostoïevski? Où prendrai-je ce Dostoïevski ? Kraevsky, qui ne mâche rien à personne, et dit toujours les choses sans détour, lui répond que Dostoïevskinejne voudra pas lui faire l'honneur d'une visite. Cela est bien vrai : les aristos se perchent sur leurs échasses et se figurent qu'ils m'anéantiront sous la grandeur de leurs faveurs. On me reçoit partout comme une merveille. Je ne puis ouvrir la bouche sans que l'on répèlo dans tous les coins que Dostoïevski a dit ça, Dostoïevski veut faire ça, Bélinski m'aime autant que possible. Le poète Tourguenev (tu as bien entendu parler de lui) est revenu de Paris der-
ее COnnEHPONDANCB DE D0»T0YEV8KI
Dièrement et il ь'е>Л lelloœent attaché à moi, il u tant d'amitié pour moi, que Bélinski explique cela en euppoHaal que Тоигц1И*пеу est tombé amoureux de moi. Ah 1 iiio;i frère, quel hommo ! Un peu plu8, moi aussi je devenais amoureux de lui. Il a un réel talent, il est poète, aristocrate, beau, riche, intelligent, instruit, il a vingt-cinq an.s — je ne sais ce que la nature a pu lui геГинег ! Enfin, il a un caractère d'une droiture à toute épreuve, formé à bonne école, d'une hiimeur parfaite. Lis sa nouvelle dans П/,/cheslvennia Zapi&hi : André Kolossov, — c'est lui-mr-nic, quoiqu'il n'ait pas songé à s'exposer.
Je ne suis pas encore bien riche en argent, mais je n'en manque pas trop. Dernièrement, je me suis trouvé sans le sou. Il y a quoique temps, Nékrassov a eu l'idée de fonder le Zoaboskàl, un délicieux almanach humoristique, pour lequel j'avais écrit une annonce. Cette annonce a fait beaucoup do bruit, car c'est la première manifestation de légèreté et d'esprit en pareilles choses. Cela m'a fait penser au premier feuilleton do Lucien de Rubempré. Mon annonce a été imprimée dans les Oletchestvennia. Zapiski dans les € Nouvelles diverses ». On m'en a donné 20 roubles argent. Un de ces jours, n'ayant pas d'argent, je passai chez Nékrassov. Pendant que j'étaischez lui, l'idée m'est venue d'écrire un roman en neuf lettres. Revenu à la maison, j'ai écrit ce roman en une nuit ; son étendue est d'environ une demi-feuille. Le matin je l'ai porté chez Nékrassov, et j'ai reçu 125 roubles ass. ;donc,ma feuille vaut pour le Zouboskal 250 roubles ass. Le soir, on a lu mon roman chez Tourguenev au milieu de notre cercle d'amis, une vingtaine de personnes environ, et il a produit un effet superbe. On та le publier dans le premier numéro du Zouboskal. Je t'enverrai le livre pour le К décembre. Bélinski a dit qu'il est complètement sûr de moi, car je puis traiter des genres tout à fait différents. Un de ces jours, Kraevsky qui avait entendu dire que je manquais d'argent, m'a instamment prié de lui emprunter 500 roubles. Je pense que je lui vendrai 200 roubles la feuille.
Il me vient une foule d'idées; et il m'est impossible d'en parler même à Tourguenev, par exemple, car le lendemain, dans tous les coins de Saint-Pétersbourg, on saurait que Dostoïevski écrit ceci et cela. Eh bien, frère 1 Si j'allais
te compter tous mes succès, je n'aurais pas assez de papier. Je pense que j'aurai de l'argent. Goliadkine vient admirablement bien ; ce sera mon chef-d'œuvre. Hier, j'ai été pour la première fois chez P... et je crois que je suis tombé amoureux de sa femme. Elle est intelligente et belle, de plus très aimable et très franche. Je passe mon temps très gaiement. Notre cercle est assez grand. Mais je ne parle que de moi; pardonne-moi, mon cher; je te dirai franchement que je suis presque enivré de ma gloire. Avec ma prochaine lettre, je t'enverrai le Zouboskal. Bélinski dit que je m'abaisse en plaçant des articles dans cet almanuch. Adieu, mon cher. Je te souhaite du bonheur. Je le félicite à l'occasion de ton avancement. Je baise les mains d'Emilie Fédorovna et de tes bébés. Que font-ils ? Ton
Dostoïevski.
Bélinski me garde des entrepreneurs. J'ai relu ma lettre et j'ai trouvé d'abord que je ne sais plus l'orthographe et ensuite que je suis un vantard.
Adieu, écris-moi au plus tôt.
Noire Schiller ira bien, certainement. Bélinski nous encourage à faire une édition d'œuvres complètes. Je crois qu'on pourra plus tard la vendre avantageusement, à Nékrassov, par exemple.
Adieu.
Les Mina, les Clara, les Marianne, etc., sont bien embellies, mais coûtent un argent fou. Récemment, Tourguenev et Bélinski m'ont bien grondé pour ma vie désordonnée. Ces messieurs ne savent pas comment me témoigner leur atïection ; ils sont tous amoureux de moi. Mes dettes sont toujours aa môme point.
Au même.
1~ février 1846.
Mon cher frère,
D'abord, ne sois pas fâché de mon long silence. Je te jure que je n'avais pas de temps, et je te le prouverai bien. Ce qui m'a retenu surtout, c'était que jusqu'à ces derniers temps, c'est-à-dire jusqu'au 28, je terminais mon mauvais
suicl do GolUdkine. Horreur ! Voili. Ш calcul, hum.^ : TctZi. K^rminor avant lo mois d'août «t , .. Iratn* ju»- ;^и'1Хг1ог! Je fcnvoie à présent ГМтапасЬ /-•.. />«.«. СспЛЧ paru le .5. Allons, fr*rc 1 De quelles .nveCve, espérées no Icsa-l-on pas salué, de l°"'«» •>".', •.7" №(u,(ra/ion j'ai lu une critique qu. rcssemb.. pb.tftl à de, in^X^es. Dans Sé.ern.ra PtchéU il y ava.t )..u sa.l quo Mais je sais comment on a accueilli Gogo cl nous laTôns tous comment on accueillait Pouchkine. U public îû -môme est exaspéré : les trois quarU des lecteur» nous n uUent ma,s un quart (et môme pas) nous louange à Ггапсе: Les débaLont terr.b.es, (b'A-n.ch se vend d'une façon étonnant*, extraordma,re. "» P«f^»^;; que dans quinze jours il ne restera P»',"".'^'"'f "7.''„7„i Ca se passe comn.e avec Gogol. On l'mjur.a.l, on 1 .nju Silefon le lisait ; maintenant on a fa.t '» P"- "^ '^ cl on le loue. Je leur ai donné un os à ronger ! Qu ils se débrouillent, ces imbéciles travaillenti. ma S^«"'-}-' Sé.ernaU PtchéU s'est couverte de honte par - " И»«: C'est abominablement stupide t Mais aussi, Ч»" «^^ '^^^^^ ges, frère 1 Figure-loi que notre cercle, même Bélinski, trouve que j'ai même dépassé Gogol.
par Nikitenko, il , aura une analyse très iff^^^^^^ P^„vr.> Gens, bien entendu en ma faveur Ли mois de mars, Bélinski va faire du bruit. Odoevsky écrit un arl.de soécial sur Ш Pauvres Gens. SoUogoub, '«*»■' .■"'>° "^'• Mo Le je me suis loué dans le grand monde e dans ÎÎÔis mois environ je viendrai en personne te raconter mes
■'^C; public a desinslincts, comme toutes les foules mais pas d'instruction. On ne peut comprendre comme» il est possible d'avoir un style pare, . Us ^"»«f ^™;/i° Ut le museau de l'auteur ; mais je n a. P- -ofj^'t
trrait^X aûtremenUOn trouve le -an ^p «ео„и,