‹ Correspondance et Voyage à l'étranger;Chapitre 6 sur 48 · Autre sœur de Dostoïevski · texte numérisé non relu

Autre sœur de Dostoïevski

74 CORRESPONDANCE DE nOSTOÏEVSKI

je vais devenir. Je n'ai pas un корок, cl je ne sais pas d'où je pourrai en avoir. Il m'est impossible de bouger d'ici aana avoir 500 roubles pour payer les délies de Saiut-Pélersbourg. Par conséquent, lu peux en juger loi-môuie. 11 est probable, et plus probable qu'autre chose, frère, que noue ne nous verrons pas et que je ne viendrai pas. Je m'ennuie ici, je me sens mal à l'aise. J'écris cl je ne vois pas la fin de mon travail. Mes salutations à Emilie Fédorovna. Je lui recommande MM»*' Bélinski et j'espère pouvoir compter sur son indulgence ot sur son amabilité. Il ne serait pas mal que Fedia et Mâcha témoignassent quelque gentillesee de leur part, et disent franchement leur opinion dans les limites de leur sagesse. Allons, adieu, frère, je n'ai pas de temps. Vraiment, je n'ai jamais traversé une époque aussi pénible. L'ennui, la tri^lesse, l'apathie, et l'altenle fiévreuse etconvulsive de quelque chose de meilleur me torturent. Et puis encore me voilà malade. Le diable en soitl Pourvu que tout cela se passe.

Ton

In. iJOSTOIEVSKI.

8 septembre 1846.

Je me hâte de l'informer, cher frère, que je suis parvenu tant bien que mal jusqu'à Saint-Pétersbourg et que je suis descendu chez Troutovsky comme je le désirais. Je n'ai pas ressenti de roulis; mais en voyage et ici, à Pétersbourg,j'ai été trempé jusqu'aux os et je me suis enrhumé; je tousse, j'ai un rhume de cerveau et tout cela très fort. Le premier temps je me suis bien ennuyé. Je suis allé chercher un logement et j'ai déjà loué deux petites pièces bien meublées, le service compris, pour 14 roubles par mois, mais je n'ai pas encore emménagé. Mon adresse : en face la cathédrale de Kazan, maison Kochendorff, n° 25. Écris-moi à celte adresse au plus vite; car j'ai bien envie de te lire. Je me sens bien triste.

Les Bôlinski sont arrivées à bon port ; depuis mon retour, je ne les ai pas encore revues. Le lendemain, je suis allé chez Nékrassov. Il demeure avec les Panaiev, et je les ai vus tous. L'Almanach va bien; il faut se presser.

Quant au magasin, je n'ai pas voulu demander et je ne sais pas; il doit aller aussi. Mais voilà une nouvelle: pour connaître l'adresse de Nékrassovje suis entré chez Procopovitch. Il m'a appris l'objet du voyage de Nékrassov, à Revel,— objet qu'il gardait secret, pour certaines raisons, et n'avait même pas dit à Procopovitch ; celui-ci l'avait deviné d'après certaines données. Il est venu voir Massalsky, pour lui acheter le Sin Olelcheslva (Le Fils de la Patrie) ; il paraît que l'affaire a l'air de bien marcher et à l'époque du nouvel an nous aurons une nouvelle revue.

Je ne te dis rien de Gogol, mais je cite simplement un fait. Dans le numéro du Sovremennik{Le Contemporain) du mois prochain, sera imprimé un article de Gogol, — son testament, dans lequel il renie toutes ses œuvres et reconnaît leur inutilité et môme davantage. Il prétend que de sa vie il ne touchera une plume, car le but de sa vie est la prière. Il convient en tout avec ses adversaires. Il donne l'ordre de faire imprimer son portrait en nombre immense d'exemplaires et d'employer le prix de la vente pour secourir les pèlerins désireux de visiter Jérusalem. Voilà. Conclus toi-même.

J'ai été aussi chez Kraevsky. Il met sous presse Frokhartchine qui paraîtra au mois d'octobre. Je n'ai pas parlé d'argent; mais il est fort aimable et enjoué. Je n'ai été chez personne autre. lazikov a établi un bureau et il a une enseigne. Dehors il pleut très fort, et il est diflicile de sortir. Je suis encore chez Troutovsky, mais demain je m'installe chez moi. Quant à ton manteau, je n'ai pas pu ra'eo occuper avec tous ces embarras et la pluie. Je veux vivre le plus modestement possible. Je t'en souhaite autant. Il faut commencer petitement. Nous vivrons et nous verrons. Et maintenant, adieu. Je suis pressé. J'aurais voulu t'écrire beaucoup de choses, mais vaut mieux ne pas en parler. Écris. J'attends une réponse dans le plus bref délai. Embrasse les enfants. Salue Emilie Fédorovna. Salue aussi toutes les personnes que je connais. J'écrirai davantage avec le prochain courrier. Ce n'est qu'un avis. Adieu. Je te souhaite les meilleures chances, mon ami inappréciable, et surtout, en attendant, la patience et la santé.

Ton irère,

Th. Dostoïevski.

76 C0RRB9P0N0ANCB ОВ DOSTOTEVeKt

Au même.

17 septembre 1846.

Mon cher frère,

Je l'envoie le manteau. Excuse ce relnnl. I.a faute n'en est pas à moi, j'étais obligé do chercher mon doracsliquo et enfin je l'ai trouvé. Sans lui je ne pouvais rien acheter. Le manteau a ses qualités et ses défauts. Les (|ualités consistent en ce qu'il est très large, presque double, et la couleur est bonne, couleur grise d'uniforme ; le défaut, c'est que le «Irap n'est que do 8 roubles ass. Il n'y en avait pas de meilleur. Aussi il ne coûte que 82 roubles ass. Le reste sert pour les frais de l'envoi. Que faire? Il y avait des draps à 12 roubles ass., mais d'une couleur acier clair, très jolie, mais qui te déplaît. D'ailleurs, je doute fort que ce manteau te déplaise. Il est un peu long.

J'ai tardé à t'écrire à cause du manteau. Je l'ai d/îjà annoncé que j'avais loué un logement. Je ne suis pas mal ; mais je n'ai rien pour l'avenir. Kraevsky m'a donné 50 roubles arg. et à sa mine il est facile de juger qu'il ne donnera plus rien ; j'aurai bien du mal.

Prokharlchine est terriblement défiguré dans un certain passage. Ces messieurs d'un certain endroit ont môme supprimé le mol Ichinovnik ^ et Dieu sait pour quelle raison; tout était plus qu'innocent; ils l'ont rayé partout, toute vie a disparu. Il n'est resté que le squelette de ce que je t'avais lu. Je renie ma nouvelle.

On n'entend rien de neuf par ici. Tout est comme d'habitude ; on attend Bélinski. M"^ Bélinski te salue. Tous les projets paraissent être restés en l'air ; ou bien, peutêtre, sont-ils gardés secrets, — le diable en soit î

Je dîne en société par cotisation. Beketov a réuni six amis, dont je suis, ainsi que Grigorovitch. Chacun donne 15 кор. arg. par jour, et nous avons pour le dîner deux bons plats proprement préparés et nous nous en contentons. Donc,le dîner ne me revient pas à plus de 16 roubles (par mois).

Je t'écris à la hâte, car je suis en retard et le domesti-

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