A MONSEIGNEUU MATHIAS, KVÈQUE DE SAINT-BRIEUG K
A la Chênaie, le 2 novembre 1854.
Monseigneur,
J'apprécie, comme je le dois, vos bons procédés qui me sont bien connus, et je vous en remercie. Si dautres personnes,
* Nous donnons ici la lettre de Mgr Tévêque de Saint-Brieuc à laquelle répond Lamennais :
L'ÉVfiQUE DE SATNT-BRIEUO A l'aBBÉ DE LAMENNAIS.
« La Bellière, 26 octobre 1854.
« Monsieur l'abhé,
« Au moment où je faisais des visites épiscopales dans l'arrondissement de Dinan, je témoignai à M. de la Bellière le désir d'avoir une entrevue avec vous, chez lui, ou dans votre maison de la Chênaie. Je me rendis, en conséquence, hier, auprès de sa famille, et on vient de m'y remettre sa réponse par l'entremise de M. Marion. Je regrette que votre indisposition actuelle vous empêche de recevoir, et je suis, au surplus, sensible aux choses obligeantes pour moi que sa lettre contient. Il m'est impossible de prolonger ici mon séjour, étant attendu pour affaires importantes à Ploubalay, d'où je me rendrai à Saint-Brieuc pour la fête de la Toussaint. Mais une circonstance favorable se présentera, au milieu du mois prochain, pour me retrouver à la Bellière. M. l'abbé Berlhier m'a engagé à venir célébrer la fête de Saint-Malo dans son église, et j'y ai consenti d'autant plus volontiers que votre frère Jean-Marie doit aussi être, à la même époque, à Ûinan, pour la retraite de ses Frères d'école. Vous savez sans doute combien j'apprécie leur établissement qui rend de si grands services à mon diocèse : c'est un bien qui me fit oublier promptement les petits désagréments que j'avais éprouvés au commencement de mon épiscopat, quand je me vis obligé de changer de grands-vicaires. Aussi ai-je fortement engagé l'abbé de Verdalle, mon neveu, à fonder luimême des écoles dans son pays, à l'instar de celle.s de Bretagne. Je me suis empressé, en dernier lieu, de lui écrire pour le prévenir contre ce que VAmi de la Heligion avait mis dans un de ses numéros, au sujet de quelques tracasseries que l'on disait avoir eu lieu à Rennes ou à Saint-Méen; je sentais qu'il pouvait en résulter de la défaveur pour monsieur votre frère, et pour ses écoles.
« Soyez donc bien persuadé, monsieur l'abbé, que rien ne peut me faire oublier les services que vous avez rendus à la Religion, vous et monsieur votre frère. Je ne méconnais pas la vérité de cet axiome : Errarc humanum est, ni celui de l'Ecriv9te : Infirmum in fide suscipile. L'Apôtre dit, à la vérité: Atqiie increpa; mais il
ajoute : Obseera cumomni palientiâ. Oh! si je pouvais réparer le mal qu'a dû
faire un oubli de cette leçon, dans une certaine circonstance délicate, avec quel zèle ne m'y emploierais-je pas!...
« Jusqu'à présent, je n'avais pas osé me flatter que l'entrevue que j'ai désirée pût avoir du succès. Peut-être n'étais-je pas dans le cas d'avoir été vu sous des couleurs assez favorables, quand la situation où était mon clergé me faisait un devoir déparier de vos écrits! Je devais vous avoir indisposé contre moi, et plus
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comme je l'entends dire, en ont envers moi de tout différents, je les ignore : il faudrait trop se courber pour regarder si bas.
encore vos collaborateurs, dans le temps où le Souverain Pontife ne s'était pas expliqué.
« Aujourd'hui, dans l'état d'abandon où ils vous laissent, j'ai pensé qu'il n'en était pas de même de M, de la Bellière, l'ancien ami de mon frère, qui a servi avec lui autrefois dans l'artillerie. L'affection qu'il m'a témoignée, depuis que je suis à Saint-Brieuc, m'a fait connaître son bon cœur, et j'ai su dès lors qu'il est pour vous ïami fidèle, l'ami incomparable qui n'abandonne pas son ami dans la nécessité. Ce sera donc sous ses auspices que je me présenterai de nouveau chez lui, ou, si vous le préfériez, chez M. Marion, en qui j'ai la même coniiance, quoique je le connaisse moins personnellement. Monsieur votre frère devait être alors (après le 15 de novembre) dans ce pays-ci; combien ne me sera-t-il pas agréable de nous voir tous disposés à adoucir vos peines! J'engageai mon clergé, dans ma dernière Instruction Pastorale, à prier dans la même intention ; je l'ai fait moi-même, et je continuerai en mettant ma confiance en Dieu.
<r Je suis, avec une considération distinguée,
« Monsieur l'abbé,
« Votre obéissant serviteur,
« t Mathias, évêque de Saint-Brieuc. »
Même après la réponse de Lamennais, si respectueuse, mais si catégorique, Mgr Mathias ne se regarda pas comme battu. La lettre suivante le prouve :
A l'abbé F. DE LAMENNAIS.
« Saint-Brieuc, 27 décembre i83i.
« Monsieur l'abbé,
'( Je ne vous oublie pas dans votre solitude; je vous y ai rendu visite, et je vous promets de revenir avec le même intérêt qui m'y avait conduit une première fois ; ce ne pourra être qu'au mois de mars, lorsque j'irai donner le saci-ement de la confirmation aux paroisses de la ville de Dinan; j'espère que j'y retrouverai monsieur votre frère, et sans doute cette fois nos mesures seront mieux prises, pour que nous nous trouvions ensemble à la Chênaie. Que je souhaiterais de faire un voyage tout à fait consolant ! J'ai peu parlé de notre premier entretien. J'ai pensé qu'il fallait surtout éviter défaire parler le public, et de faire sonner la trompette des journaux. Au reste, je n'y ai rien vu qui puisse donner lieu de s'occuper de vous, que ce qui a été dit récemment d'une lettre de M. le comte de Montalivet, écrite au Pape, Hélas! vous ne pouvez douter qu'elle ne m'ait fait faire des réflexions que je n'ose pas confier à ce papier. Je dirai seulement que j'ai prié Dieu avec une nouvelle ardeur, me souvenant des paroles qu'un vénérable évêque adressa à sainte Monique, qui le pressait d'entrer en conférence avec son fils...
C'est avec ces sentiments, monsieur l'abbé, que je vous présente mes vœux bien sincères, à ce moment où une nouvelle année va commencer. Je voudrais être plus près de vous, pour vous les exprimer de vive voix. Veuillez, je vous prie, oimr mes civilités à M. Marion ; mon désir serait de le voir chez lui, et pareillement la famille de M. de la Bellière, quand je retournerai chez vous. Je pense qu'il y aurait alors une très-bonne pêche, sur ce bord de la mer
« Agréez l'assurance de mon attachement, et du désir que j'ai de vous en donner des preuves qui m'attirent votre estime, et aussi (permettez-moi cette expression) votre reconnaissance.
« t Mathias, évêqne de Saint-Brieuc. »
DE LAMENNAIS. 4lt
Je serai toujours charmé de vous voir; cependant ma santé fort chancelante ne me permet pas de sortir de chez moi, en cette dure saison. Je crois d'ailleurs comprendre que votre désir serait de me parler de certaines choses sur lesquelles j'ai résolu de ne me point expliquer. L'entrevue que vous me proposez serait donc parfaitement inutile sous ce rapport; elle n'aurait qu'un avantage, qui me serait tout personnel, celui de vous assurer de vive voix du respect et des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, etc.