‹ CorrespondanceChapitre 14 sur 224 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Le 28 avril 1829.

Je n'ai pas pu répondre plus tôt, mon excellent ami, à votre lettre du 15 et à celle de M'"'' de Senfft du même jour. Ma santé a beaucoup souffert de la dernière secousse, et le peu de forces que j'avais est comme épuisé. Je crains que les vôtres ne succombent aussi au surcroît de travail que vous occasionne la maladie de M. d'Odelga, et aux inquiétudes de toute sorte. Grâce à Dieu, vous n'en aviez plus sur la maladie de la comtesse Louise, dont la convalescence doit être, je l'espère, parfaite maintenant.

J'ai reçu de Rome une lettre du P. Brzozowsky, à qui j'ai

* L'émancipation des catholiques en Angleterre, arrachée à l'indolence de Georges IV par la prudente politique de lord Wellington, qui, dans cette occasion, (it preuve d'une rare habileté, en même temps que d'un incroyable ascendant sur son parti. L'indispensable nécessité de pacifier l'Irlande fut la raison prédominante à l'aide de laquelle on put triompher des préjugés protestants et tories. Lebill d'Émancipation passa le 50 mars à la Chambre des communes, le 10 avril à la Chambre des pairs, et, trois jours après, reçut le royal assent.

envoyé mon dernier ouvrage; il paraît en être content; et. quoiqu'il me parle longuement de la Compa>!nie et de l'abus qu'on a fait, jusqu'à la fin, de la confiance du Général, il n'y a pas un mot de plainte sur le passage dont plusieurs autres se sont tant choqués. J'ai cru devoir m'expliquer franchement avec lui sur la position actuelle de l'Ordre. Je vous envoie ma lettre ouverte ; hsez-la, je vous prie, mais ne la communiquez

à aucun J , ni même au marquis d'Azegho. Il aurait fallu

vingt ou trente pages pour me bien faire entendre. Plus j'y réfléchis, plus je me confirme dans la pensée que, à moins de très-grands changements dans l'esprit et dans l'organisation de rOrdre, il est impossible qu'il subsiste : avant un demisiècle, il sera de nouveau supprimé par le Sainl-Siége. C'est l'impiété sans doute qui Ta renversé une première fois, mais non pas l'impiété seule; jamais elle ne serait venue à bout de ses desseins, si elle n'eût été secondée par un sentiment très-général, qui s'est renouvelé depuis quatorze

ans, et s'accroît tous les jours. Quand les J tombèrent,

l'Europe était fatiguée d'eux ; si on veut les servir véritablement, il faut voir cela, et lâcher qu'ils le voient eux-mêmes; un enthousiasme aveugle n'aura d'autre effet que de hâter leur perte. Leurs vrais amis sont ceux qui leur disent la vérité : puissent-ils la comprendre et se persuader qu'il y aurait beaucoup à réformer en eux, et que de cette réforme, plus nécessaire et plus pressante que jamais, dépend leur existence dans l'avenir! Ils ont, au moins presque tous, une idée de la perfection de leur Institut, qui ressemble à une sorte de fascination. Pour moi, je ne connais en ce genre rien de parfait que l'Église. Tout le reste est de l'homme et participe à son infirmité.

J'ai coupé court, comme vous l'avez vu, avec l'archevêque de Paris. Il a dit, et je le crois assez, qu'wil n'avait point lu mon Hvre. » On assure qu*il n'a eu d'autre but, en publiant son Mandement, que de se faire donner le cordon bleu à la Pentecôte.

Le Globe a imprimé une ordonnance du duc de Modène sur la censure des livres, qui est la chose du monde la plus extraordinaire; on croit rêver en la lisant. Le même journal parle d'un catéchisme publié en Autriche, il y a quelques années,

et dans lequel, instruisant les enfants de leurs devoirs envers l'empereur, on leur apprend c qu'il est pour eux ce qu'un maître est pour ses esclaves, et qu'il peut disposer comme il lui plaît des personnes et des bie»is de ses sujets; » je doute encore de ce dernier fait; s'il était faux, il serait bon, je crois, de le faire démentir ^ Je suis bien tendrement, mon cher ami, tout à vous.

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