‹ CorrespondanceChapitre 143 sur 224 · U4. — A M. LE MARQUIS DE COKIOI.IS · texte numérisé non relu

U4. — A M. LE MARQUIS DE COKIOI.IS

La Chênaie, 29 décembre 1835.

J'ai été si souffrant, mon cher ami, à la suite des grands froids que nous avons eus, qu'il m'a élé impossible de vous répondre plus tôt; et encore, à présent, je suis fort loin d'avoir retrouvé mon équilibre, que peu de chose dérange. Que voulez-vous? (( Il faut, dit le proverbe, prendre le temps comme il vient. » Le temps comme il est venu depuis deux ou trois ans n'est pourtant pas fort agréable, et malheureusement rien n'annonce que 1856 vaille mieux. Je souhaite Irèsvivement qu'au moins vous n'ayez pas à vous en plaindre, ni vous, ni aucun de ceux qui sont autour de vous : je demanderais plus, si j'espérais plus; mais, — au moins où j'en suis, — la vie se montre telle qu'elle est, et, dépouillée des illusions qui l'embelhssent durant la jeunesse, elle me paraît ressembler beaucoup à la fée Alcine, chantée par Messer Ariosto.

Vous voilà replongé dans un monde qui ne pense guère à cela, monde du présent, sans passé, sans avenir, tout occupé de saisir au vol le plaisir qui vient et s'enfuit, comme l'enfant court dans la prairie après un papillon pour l'emprisonner dans un filet de gaze. Ne trouvez-vous pas quelque chose d'étrange, et même d'effrayant, dans le contraste de cette frivolité et de l'immense révolution qui s'accompht au sein de

M. de Vitrolles accepta cette mission, et allait faire les démarches qu'elle entraînait, lorsqu'il reçut le billet suivant .

LAMENNAIS A M. DE VITUOLLES.

« 2i mars 1838.

« Par une singulière coïncidence, mon cher ami, que Irouvé-je, hier au soir, en rentrant chez moi ? un gros paquet envoyé de l'ambassade d'Autriche, et contenant ma correspondance avec cotte pauvre famille de Senfft : cela m'a fait plaisir et peine à la fois, par toutes les choses que la vue de ces lettres m'a rappelées. Du reste, pas un mot d'envoi. Maintenant, donc, ce que je voudrais savoir, ce serait des nouvelles de M. de Senfft, do sa santé qui m'inquiète, de tout ce qui le concerne, enfin; peut-être pourrez-vous me procurer cette satisfaction, car vous voyez M. d'Apponi.

« Tout à vous, cher, bien tendrement. «

i.Vé CORRESPONDANCE

la Société humaine? Pendant que les autres classes, amollies de jouissances et de luxe, s'enivrenl de leur fandango, partout, dans le lointain, un bruit sourd annonce que bientôt commencera la Pyrrhique des peuples. Je ne puis comprendre que tant d'hommes, qui ne manquent ni d'esprit, ni de sens, s'obstinent à penser que le mouvement n'est qu'à la surface, et qu'il s'apaisera sans qu'il en résulte autre chose que de légères modifications dans les formes sociales. Le mouvement est, croyez-le bien, dans les profondeurs les plus intimes de l'Humanité, et rien ne le calmera qu'il n'ait produit un monde nouveau; les intermittences qu'on y remarque ne sont que de courts moments de repos, pendant lesquels les nations haletantes cherchent à reprendre haleine pour se remettre ensuite au travail : et les volcans se reposent aussi, et les vents sommeillent.

Tout dormait, et l'armée, et les vents, et Neptune.

Il y eut un beau tapage après. Je veux ne dormir jamais, si, en prenant la plume, je songeais à vous dire un mot de tout cela. Lustrans universa in circuitu pergitspintus,et in circulos Sîios revertitur. Pour revenir donc, mon cher ami, je vous offre mes vœux qui vous suivront, d'année en année, sans jamais défaillir, non plus que l'amitié vive et tendre que je vous ai vouée à tout jamais ^

* Lettre supprimée : — A M"* Dudevant (George Sand). La Clienaie, 4 janvier 1836. — Lettre admirable et qui caractérise à merveille les relations formées, dès ce moment, entre les deux éminents écrivains. « Dieu vous a donné un beau génie, et oe génie vous tourmentera jusqu'à ce que, sortant de la poussière de ce monde pourri, il ait retrouvé le chemin qui conduit aux lieux de son origine.

Vous avez vu la terre. Qu'avez-vous à faire là?...

La confiance que vous me témoignez m'honore et me touche vivement. J'accepte avec reconnaissance d'être le premier à lire ce que vous publierez désormais, etc., etc.

— A M. de Potter. La Chênaie, 16 janvier 1856.

.4 M™^ la baronne de Vaux. La Chênaie, 20 janvier 1856.

ItK LAMKNNAIS. 455

Page 1