COUU ES POND ANGE
dont je puisse disposer, j'irai m'informer de vos nouvelles, si loulel'ois je ne suis pas en prison : on a si grande envie de m'y mettre, et tant de moyens pour se passer cette envie, qu'il me paraît assez difficile qu'on n'y réussisse pas. Au reste, je m'en inquiète fort peu. Sans me flatter d'avoir plus de force qu'un autre je m'en sens toutefois assez pour dire : omnis locus forti patria est, et pour ajouter : et domus.
ciélc; et ce n'est pas une société qu'un amas de créatures humaines réduites à cette ij^nominie : — c'est à peine un chenil. »
On voudra bien ^e rappeler ici ce que Lamennais écrivait le,20 septembre précédent, sur l'arrestation de son neveu, et le serment qu'il s'était fait à lui-même de protester contre l'arbitraire dont il avait vu, à ses côtés, une si étrange et si excessive application.
La conclusion de lu brochure de Lamennais, entre autres passages, contenait ceux-ci :
« En cet état, que faire?
K Combattre jusqu'à ce qu'on ait vaincu le système dont l'effet, si ce n'est le but, est de livrer la Fiance à ses implacables ennemis... Reconstituer la Société, la tirer du cloaque où des hommes pervers l'ont volontairement plongée, l'arracher des inains immondes et rapaces d'une avide aristocratie, pire cent fois que l'ancienne. — la rasseoir sur les bases éternelles de la justice, du devoir et du droit.
« Réforme ! réforme ! tel est le cri qui doit retentir d'un bout à l'autre du pay^, de Brest à Strasbourg, de Rayonne à Dunkerque.
« La réforme, une réforme complète nous délivrera de la race égoïste des lâches et des traîtres, des exploiteurs qui ne voient dans le peuple qu'une proie à dévorer.
« La France ne saurait périr, — le monde a besoin d'elle. Si donc, — je le dis aux timides, — si vous ne voulez pas une réforme pacifique, voîis aure:> une réforme violente. Choisissez !
Huit ans après, la révolution de 1848 s'accomplissait aux cris de Vive la Réforme!
Violemment attaqué par M. Partarrieu-Lafosse, qui, dans un réquisitoire de trois heures, s'attacha surtout, avec plus d'adresse que d'équité, à le dénoncer aux jurés comme un ancien partisan du despotisme théocratique, assez faiblement défendu d'ailleurs par M. Maujruin qui, de son plaidoyer, fit une revue des questions politiques à l'ordre du jour, Lamennais fut, par le jury, déclaré coupable « d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement de Louis-l'hilippe, d'attaques contre le respect dû aux lois, d'apologie de faits qualifiés crimes et délits par la loi. » Sur ce dernier chef, la décision du jury no fut rendue qu'à la majorité simple. La question relative au délit « d'excita lion à la haine entre diverses classes de la société, >; fut résolue négativement. L'éditeur Pagnerre fut déclaré non coupable sur toutes les questions. '»
Lamennais fut condamné à un an de prison et 2,000 fr. d'amende.
Il paya l'amende jusqu'au dernier sou, et fit, jusqu'au dernier jour, le temps de prison.
MM. de Chateaubriand, David d'Angers, Garnier-Pagès, Larabit, Corme-
M. de Yitrolles est revenu de Provence mieux portant que jamais, Dieu merci! J'espère que, sans voyager, vous en ferez autant bientôt, et je ne désire rien plus vivement. Notre ami, à peine débotté, s'est remis en route pour aller passer une ou deux semaines à Caulaincourt*. Adieu, mon ami : recevez l'assurance de tous mes vieux sentiments.
Mille souvenirs affectueux à monsieur votre ^lls^